De grands projets informatiques tournent au cauchemar
aux Etats-Unis la grande réforme de la sécurité sociale est compromise par les dysfonctionnements du site web Healthcare.gov et la France a des soucis avec Louvois…

Barack Obama n’en a pas fini de porter la croix de sa loi sur l’assurance-santé, qui devait constituer la pièce maîtresse de son legs à l’histoire. « Un sacré putain de projet », s’était extasié Joe Biden, le vice-président américain, lors de sa promulgation, en 2010 (il pensait que le micro ne captait pas). Aujourd’hui, la réforme tourne au désastre politique en raison de la panne persistante du site Internet indispensable à sa mise en oeuvre. La cote de confiance du président est au plus bas – moins de 40 % – et un tiers des Américains seulement approuvent ce texte destiné à permettre aux 40 millions de non-assurés d’être couverts. Mais le pire est peut-être à venir.
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Hasard du calendrier, le week-end de Thanksgiving correspond au 30 novembre, date à laquelle l’administration fédérale a promis que serait « réparé » le site qui vend les nouveaux contrats subventionnés par l’Etat. Cette concomitance fait courir un nouveau risque d’implosion au système qui, incapable de gérer l’affluence, avait « disjoncté » lors de sa mise en service, le 1er octobre. La Maison Blanche craint que ce long week-end automnal, traditionnellement passé en famille, ne soit l’occasion d’une intense consultation du site Internet healthcare. gov. Calibré pour recevoir 50 000 connexions simultanées, le système pourrait être sollicité par trois fois plus d’usagers. Une nouvelle paralysie apporterait de l’eau au moulin des républicains, qui répètent que le texte est inapplicable et que la santé est un bien trop précieux pour être gérée par des fonctionnaires incompétents. Presque chaque jour, la presse révèle de nouveaux détails sur ce « plantage » qui traduit l’incapacité de l’administration à maîtriser un projet complexe, la légèreté des sous-traitants informatiques, et la cécité des politiques devant un désastre annoncé. La loi, qui maintient la concurrence entre une multitude d’assureurs locaux tout en instaurant un système d’allocations liées aux revenus, est certes nébuleuse. Les républicains ont tout fait pour la saboter dans les Etats qu’ils contrôlent, obligeant Washington à créer l’incontrôlable site fédéral. Déjà, certains élus démocrates soumis à réélection l’an prochain s’alarment de l’impopularité de l’« Obamacare » et prennent leur distance vis-à-vis du président.
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Pour Barack Obama, ce revers est d’autant plus paradoxal qu’il efface le succès remporté en octobre face aux républicains. Ils avaient provoqué un coûteux shutdown du gouvernement, précisément dans le but d’obtenir l’abrogation de l’Obamacare , en vain. Et la spirale infernale n’est peut-être pas finie. Si les dysfonctionnements du site healthcare. gov persistent et empêchent un nombre suffisant d’Américains jeunes et bien portants de souscrire, l’équilibre économique du nouveau système sera compromis : les primes grimperont en flèche, alors que la loi est censée permettre l’accès à des « soins abordables ». Barack Obama pourrait alors être contraint d’en reporter la disposition centrale, l’obligation de s’assurer d’ici au 31 mars 2014, sous peine d’amende. Pareil report aliénerait les principaux alliés du président : les compagnies d’assurance qui soutiennent l’Obamacare car la loi rend solvables les dizaines de millions de clients jusqu’à présent exclus de leurs services.
LA BONNE SANTÉ DES SITES LOCAUX
Apocalyptique pour la Maison Blanche, cette perspective est appuyée par le nouveau contentieux qui oppose le président aux assureurs. M. Obama a faussement promis que les anciens contrats excluant les garanties minima exigées par sa loi ou imposant des franchises exorbitantes désormais plafonnées pourraient être renouvelés. Les 4,2 millions d’assurés qui ont reçu des avis de résiliation et vont devoir payer plus cher des garanties plus complètes, comprennent d’autant moins que l’idée d’une mutualisation des risques de santé est largement étrangère à la culture américaine. « Pourquoi devrais-je souscrire des garanties pour la contraception et la grossesse alors que j’ai 65 ans ? Merci Obama ! », s’indigne une retraitée sur un site consacré à la santé. Jonathan Gruber, l’économiste du MIT, qui a inspiré la réforme, l’admet : au total, 3 % de la population américaine va devoir payer plus cher pour que tout le monde soit assuré correctement. « Notre société se doit de l’accepter. C’est dommage mais, dans l’histoire américaine, aucune loi n’a bénéficié à tout le monde. » Les observateurs les plus optimistes rappellent que le système du Medicare (la « sécu » des plus de 65 ans) a aussi connu des débuts erratiques dans les années 1960. Ils montrent en exemple la Californie ou le Kentucky, Etats qui ont ouvert leur propre site et où l’Obamacare engrange des adhésions. Les pessimistes soulignent la difficulté de généraliser l’assurance-santé dans un pays où seules les lois du marché régulent les coûts. Résultat, selon une enquête de l’institut Commonwealth Fund publiée à la mi-novembre, 37 % des Américains ne se soignent pas lorsqu’ils sont malades ou ne peuvent payer leurs traitements. Ce que l’on appelle « Obamacare » est une des réformes majeurs de l’administration Obama pour le second mandat de ce président : il s’agit de permettre à chaque citoyen de bénéficier d’une assurance maladie, en rendant celle-ci obligatoire sous peine de pénalités financières. Ainsi, selon cette nouvelle loi, les citoyens sont désormais obligés de s’assurer en souscrivant une assurance maladie avant janvier 2014. Les entreprises de plus de 50 salariés qui ne fourniront pas de couverture maladie sont soumises aux mêmes obligations.
Pour cela, et parce qu’au pays de la libre concurrence les assurances maladies sont proposées par des compagnies privées, l’administration Obama avait prévu la mise en place d’un portail web, accessible via www.healthcare.gov et permettant à chacun, en fonction de son profil, de choisir parmi les offres disponibles, et pour les revenus les plus faibles de bénéficier d’une subvention de l’État pour y souscrire.
Ce portail web est en fait une gigantesque place de marché permettant à des centaines de millions de personnes de choisir parmi des milliers d’offres, ce qui, on s’en doute, n’est pas simple

Pourtant, en juin 2013, Brian Sivak, Chief Technology Officer du Health and Human Services (HHS) déclarait à The Atlantic à propos du site web Healthcare.gov « Il est rapide, fait en HTML statique, totalement évolutif et sûr. Il s’agit juste de mettre en service un site web, c’est la beauté de la chose« . Hélas, dès son ouverture le 1er octobre, le site connaissait une suite de pannes qui en rendaient l’utilisation très difficile. Depuis, l’administration a travaillé d’arrache-pied pour corriger les dysfonctionnements, et avait annoncé sa réouverture pour le 30 novembre, aujourd’hui donc. Mais le 30 novembre est au cœur du week-end prolongé de Thanksgiving, période durant laquelle des millions de familles sont réunies et ont du temps pour se connecter sur Internet, provoquant un afflux massif de visites sur le site Healthcare.gov : conçu pour recevoir 50.000 connexions simultanées, il en recevrait en ce moment entre 3 à 5 fois plus. Et si j’en juge par ce que j’ai pu observer ce matin, cela n’est pas encore au point :
À ce stade, selon un collège de 4 experts, entendus par un comité de la Chambre des Représentants, le site n’est toujours pas fiable et il faudrait l’arrêter durant 12 mois pour le remettre sur les bons rails en corrigeant tous les bugs. Car ce site, avec l’application sous-jacente, repose sur 500 millions de lignes de code… et le coût total du projet, qui dépasse 174 millions de dollars, pourrait atteindre 500 voire 600 millions de dollars à terme. On ne sait pas où se situent précisément les dysfonctionnements, entre la plateforme informatique de gestion des offres et des souscriptions et l’infrastructure frontale composée de serveurs et applications web.
Au pays des géants de l’Internet, patrie de Google, Facebook, Amazon, Ebay ou Netflix, sites web qui brassent des volumes gigantesques de données pour des millions de connexions simultanées, un tel fiasco est tout de même surprenant. En France, nous avons notre bonne vieille sécurité sociale, et après le Minitel et son service 3615 AMELI elle s’est mise à Internet. Ainsi, le site web AMELI permet aux assurés comme aux professions de santé et aux entreprises d’interagir au quotidien avec l’Assurance Maladie pour toutes leurs démarches.
Avec le site AMELI Direct il est très facile de trouver un professionnel de santé via un moteur de recherche simple à utiliser. Et pour permettre au patient de maîtriser le coût de sa santé, l’Assurance Maladie indique précisément le coût pratiqué par chaque médecin pour les actes qu’il pratique, à comparer au montant remboursé.
En complément, toutes les mutuelles privées proposent désormais des Extranet facilitant le suivi des remboursement et les démarches de leurs adhérents.
Pour une fois que dans un domaine la France est plus efficace que les États-Unis, ne nous privons pas de le signaler. Pour autant, chez nous aussi il arrive que de grands projets informatiques structurants dérapent : on l’a vu avec Chorus et plus récemment Louvois, projet pour lequel les responsabilités sont encore à déterminer précisément.
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