Haviv Rettig Gur a composé ce long texte pour le Times Of Israel, pour expliquer les véritables motivations du djihad au couteau qui fait rage en Israël.

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Depuis des années, les Palestiniens se sentent abandonnés, voire trahis par leurs leaders de l’Autorité Palestinienne et du Hamas. Ils se rendent compte que l’État juif est là pour rester. Que contrairement à ce qu’on leur promettait, les Juifs n’ont pas été jetés à la mer, ils n’ont pas été vaincus et ils ne partiront pas. Les guerres de Gaza, les intifadas n’ont servi à rien. Il ne leur reste que les attaques suicides pour mourir en martyrs en essayant de tuer le plus de juifs possible car ils se rendent compte qu’il n’y aura jamais de Palestine.

«Le terrorisme du mois passé ne constitue pas une nouvelle vague de la rébellion palestinienne contre Israël, elle est un hurlement face à la prise de conscience omniprésente que la résistance a échoué.

Après quatre semaines de cette dernière flambée de violence, au cours de laquelle de rapides coups de couteaux, des protestations, des funérailles et des déclarations se sont succédé, il peut sembler difficile de comprendre exactement ce que cette série d’attaques terroristes signifie réellement. Les explications ne manquent pas, bien sûr, mais habituellement, elles en disent plus long sur la personne qui explique que sur le phénomène expliqué.

De nombreux experts, sympathiques à la situation difficile des Palestiniens, estiment que les meurtres sont causés par une «frustration» économique ou politique – les déclarations des assaillants eux-mêmes, ou de leurs partisans les plus passionnés en politique palestinienne, se contredisent souvent quand ils insistent sur le fait qu’ils sont motivés par la dévotion à Dieu, l’islam ou la vision d’une Palestine rachetée.

Ceux qui sympathisent avec les Israéliens dénoncent le «fanatisme» palestinien et estiment que la rhétorique des attaquants en est la preuve. Pourtant, la rhétorique palestinienne, avec tout son rejectionnisme, ne peut expliquer cette explosion en particulier car, en vérité, elle ne marque aucune rupture avec le passé.

Cela fait plusieurs décennies que la branche nord du Mouvement islamique en Israël prévient que les Juifs veulent « voler » Al-Aqsa.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas vante depuis des années les «martyrs» – parmi lesquels on remarque des tueurs d’écoliers israéliens – , à la consternation des Israéliens. Pour le reste du monde le désintérêt est complet.

Ni le terme «fanatisme» – davantage un jugement qu’une description – ni le terme «frustration» n’englobent vraiment ce que signifient les attaques dans le contexte culturel et politique qui leur a donné naissance, et auquel elles s’adressent: la conscience collective palestinienne.

L’Intifada manquante

La première Intifada, commencée en 1987, était un effort véritablement populaire soutenue par de larges pans de la société palestinienne. Son intention était donc plus amorphe et plus authentique que toute stratégie spécifique adoptée plus tard, assez authentique pour causer des changements fondamentaux dans la façon dont de nombreux Israéliens ont perçu l’aspect moral des revendications palestiniennes vis à vis de l’État juif.

La deuxième Intifada de 2000, avec sa stratégie claire et souvent déclarée, de provoquer assez de douleur et de peur chez les Israéliens pour qu’ils choisissent le départ de leur propre gré, ne venait pas de la base, mais avait, au moins en apparence, mobilisé les élites palestiniennes.

Cette dernière vague de terrorisme n’a de large soutien ni parmi la population, ni parmi les élites.

En effet, l’un des faits les plus remarquables concernant les coups de couteaux et les protestations qui dominent tant les manchettes des dernières semaines est celui de constater combien peu de Palestiniens participent en réalité : quelques centaines, et à certains moments de mobilisation spectaculaire – comme les occasionnels jours  » de rage  » demandés par les dirigeants arabes – peut-être quelques milliers.

Cette absence est un fait que les nouvelles de télévision ou les vidéos virales sur Internet ne parviennent pas à transmettre, car elles sont mal équipées pour raconter une histoire qu’elles ne peuvent pas montrer en vidéo.

Pourtant, la simple arithmétique est indéniable: le peuple palestinien ne tire pas à boulets rouges sur les Israéliens. Il reste à la maison.

Les élites, quant à elles, louangent du bout des lèvres les « martyrs » – certes les termes utilisés par l’AP sont violents et célèbrent ouvertement l’agression d’enfants ou offrent aux médias officiels l’expression de diffamations sanglantes antisémites – mais simultanément, ils agissent avec détermination sur le terrain afin de perturber et d’arrêter les attaques contre les Israéliens, et même, plus rarement, offrent des arguments contre elles.

De cette absence du peuple et des élites, des efforts désespérés pour faire cesser la violence alliés à la nécessité d’affirmer publiquement sa légitimité, un message plus profond émerge.

Ces jeunes – la moyenne d’âge des agresseurs se situe autour de 20 – qui sont en train de tuer des Israéliens, et meurent souvent presque instantanément dans la tentative, sont salués comme des martyrs par les Palestiniens non pas tant parce que ceux-ci croient que leurs décès ont un sens, mais parce qu’il est trop angoissant d’admettre publiquement qu’ils n’en ont aucun.

Dans leur refus de reconnaître les autorités palestiniennes en dehors de leurs propres réseaux en ligne, dans leurs invocations religieuses et leurs appels des uns aux autres plutôt que l’évocation des anciens héros de la « résistance » palestinienne qui prêtent leurs noms aux groupes armés plus établis, ils livrent un plaidoyer passionné pour que leur propre société retrouve une vision qu’elle a largement abandonnée.

Leur résistance consiste moins à s’opposer à «l’occupation israélienne» (nous utilisons ici leur propres termes, car la plupart des Israéliens croient que l’occupation continue en raison de la violence, et non l’inverse) qu’à se battre contre la réalisation croissante chez les Palestiniens que leur mouvement national n’a pas de réponse, pas de récit ou de vision politique qui proposerait une voie à suivre en vue de jours meilleurs.

Ces jeunes tueurs cherchent, dans leur ferveur kamikaze, à raviver l’idée que la victoire directe reste possible, ne serait-ce que parce que l’alternative – la possibilité qu’Israël ne puisse être délogé, la vision nostalgique d’une Palestine indivise, sans entraves est irrécupérable – est tout simplement trop monstrueuse à contempler.

Donc, il importe que leurs actions soient bruyamment célébrées et discrètement déplorées. Contrairement à la deuxième Intifada, où de nombreux Palestiniens croyaient que les attentats-suicides, par leur brutalité, pouvaient au moins être justifiés par l’espoir qu’ils produiraient des résultats réels, peu de Palestiniens s’attendent maintenant ou peuvent sérieusement fantasmer qu’une quelconque victoire puisse découler de ces nouveaux suicides.

Les décès de ces jeunes tueurs, qui prétendent que leurs attaques redonnent aux Palestiniens le respect qui leur est du, n’ont en fait pour résultats que l’approfondissement du désespoir et du sentiment d’indignité des compatriotes qu’ils laissent derrière eux.

Perdre le fil

Le mouvement national palestinien avait un récit cohérent. Le système politique israélien, selon lui, était une construction politique reposant sur la force des armes, vouée à l’effondrement sous le poids de sa propre injustice, emportant avec elle vers l’Occident colonialiste et impérialiste des millions de juifs qu’elle avait amené dans ce pays.

Ce récit a formé la logique sous-jacente du terrorisme palestinien. Sa brutalité a été adulée précisément parce que dans cette analyse de l’ennemi israélien, elle obligerait Israël à payer un coût élevé pour son existence et elle hâterait le jour de sa chute, le jour où Israël succomberait à ses faiblesses inhérentes.

C’est cette vision qui a inspiré la politique palestinienne depuis des générations. Elle était crue par les modérés autant que par les extrémistes. Sa prémisse essentielle, que les Juifs d’Israël ne forment pas une nation ayant des droits et nulle part où aller, mais qu’ils sont plutôt une construction idéologique colonialiste imposée à ce pays par des étrangers, est devenue un pilier de la politique palestinienne; elle se retrouve à la racine de l’identité palestinienne, de ce que la nation palestinienne signifie.

La Palestine, une identité qui n’avait aucune expression politique jusqu’à l’arrivée du Sionisme, est pour les Palestiniens, au moins en partie, la réalité culturelle et sociale délimitée par l’expérience d’être repoussés par l’invasion impérialiste des Juifs.

Rien de tout cela n’enlève aux Palestiniens soit leur nationalité ou leur histoire. Ces identités et récits ne peuvent être donnés à une nation que par elle-même. En effet, les intellectuels palestiniens conviennent généralement que le défi du sionisme a servi à fusionner un sentiment national palestinien de résistance aux nouveaux arrivants.

Pourtant, cette vision de l’État juif présente un problème flagrant: elle a échoué monstrueusement à prédire les événements.

Israël, cette coquille censément vide, cette construction idéologique artificielle, n’a pas croulé sous son propre poids.

C’est plutôt le monde arabe qui s’est effondré autour de l’État juif, tandis que lui continue, exaspérant, injustement, de prospérer.

La promesse de la faiblesse interne d’Israël, offerte aux Palestiniens autant par des militants juifs que par les idéologues palestiniens, n’a pas été tenue.

Les Juifs ne sont pas partis, et malgré le ralliement d’une poignée d’intellectuels juifs radicaux à la cause palestinienne, ils ne sont pas prêts à reconnaître que leur identité nationale est inauthentique.

Al-Aqsa en péril

Un sondage complet et d’une profondeur surprenante de l’opinion publique palestinienne démontre en détails douloureux le découragement actuel des Palestiniens.

« Pour la première fois depuis que nous avons commencé à poser cette question, une majorité [de Palestiniens, 53%,] exige maintenant la dissolution » de l’Autorité palestinienne, explique le rapport, produit par le sondeur palestinienne respecté Khalil Shikaki.

La raison principale: les Palestiniens se sentent sans défense contre une imminente menace israélienne. 81% des Palestiniens interrogés ont déclaré qu’ils craignent d’être « blessés par Israël ou que leurs terres soient confisquées ou leur maisons démolies, » révèle l’étude.

Ce chiffre surprendrait la plupart des Israéliens, qui continuent à considérer la violence des extrémistes juifs et les batailles juridiques sur la construction de logements et la propriété des terres en Cisjordanie comme des phénomènes marginaux.

Quelle que soit leur portée statistique – habituellement, les responsables israéliens et palestiniens présentent des chiffres différents – Ces expériences ont un effet décisif sur la capacité des Palestiniens à faire confiance.

Ainsi, nous constatons que plus des deux tiers (68%) des Palestiniens a déclaré dans le sondage Shikaki que la protection contre les attaques des extrémistes juifs ne sont pas la responsabilité des Forces de défense israéliennes, mais de l’Autorité palestinienne qui les représente ostensiblement.

Un nombre presque identique de Palestiniens, soit 67%, déclare que l’AP n’a pas fait tout ce qu’il fallait pour assumer cette responsabilité – non pas qu’elle ne parvenait pas à les protéger, mais elle n’a même pas vraiment essayé.

Près de la moitié des habitants de la Cisjordanie (48%) ont même dit qu’ils seraient volontaires pour un service non armé dans des unités de la Garde civile de leurs villes et villages pour se défendre contre la violence israélienne, si la chance leur était offerte.

Ce sentiment de l’échec de leurs institutions nationales ne s’arrête pas à la question sécuritaire. Les Palestiniens se sentent activement opprimés par leurs dirigeants et idéologues.

Dans l’enclave de Gaza contrôlée par le Hamas, un régime qui ne prétend guère respecter les droits individuels ou civils, seulement 19% des Palestiniens disent que leurs médias sont libres et seulement 29% disent qu’ils peuvent critiquer leur gouvernement sans crainte (un nombre en fait plus faible que les 34% qui disent soutenir le Hamas).

On croit communément que l’expérience palestinienne dans la bande de Gaza est en quelque sorte fondamentalement différente de celle de la Cisjordanie. Lorsqu’on demande aux Palestiniens de décrire leurs dirigeants, cependant, les chiffres lamentables sont presque les mêmes dans les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne. Seulement 23% en Cisjordanie disent que leur presse est libre, et 29% – chiffre identique à ceux sous le régime du Hamas – disent qu’ils peuvent critiquer leur gouvernement.

Il est impossible de comprendre les revendications des Palestiniens à l’effet qu’Israël cherche à les priver d’Al-Aqsa, revendications qui sous-tendent les dernières violences, sans d’abord saisir ce sentiment envahissant de vulnérabilité et d’abandon.

Selon le sondage, la grande majorité des Palestiniens pensent qu’Israël cherche à changer en sa faveur la situation au Mont du Temple de Jérusalem. Au moins la moitié – 50% – des Palestiniens disent qu’ils croient qu’Israël a l’intention de détruire la mosquée Al-Aqsa et le sanctuaire du Dôme du Rocher afin de les remplacer par un troisième Temple juif.

Un autre 21% disent qu’Israël a l’intention de diviser l’esplanade du Mont du Temple et de construire une synagogue à côté des sites musulmans. Un autre 10% – le total est maintenant de 81% – déclare qu’Israël veut changer le statu quo vieux de cinq décennies qui ne permet qu’aux musulmans d’y prier. Seulement 12% disent qu’Israël cherche à maintenir le statu quo.

Bien sûr, cette acceptation généralisée de la notion de perfidie israélienne ne devrait pas surprendre ceux qui connaissent les sondages du passé ou le conflit israélo-palestinien en général. Mais Shikaki a fait suivre cette question par une autre, et les réponses sont étonnantes.

Israël va t-il réussir à mener à bien ses infâmes projets? A t-il demandé.

Au moins la moitié, 50%, des Palestiniens ont dit oui.

La racine de ce que les Israéliens appellent parfois le «grand mensonge» des Palestiniens – en substance, l’idée que les Juifs complotent pour leur retirer Al-Aqsa – n’est pas vraiment difficile à comprendre par les Israéliens. Les Israéliens savent très bien que le sentiment de vulnérabilité peut considérablement changer votre point de vue sur l’ennemi.

Il importe peu de savoir si un quelconque dirigeant israélien en particulier veut réellement changer le statu quo sur le Mont du Temple à un moment donné. Le simple fait qu’ils pourraient le faire s’ils le voulaient – comme un grand nombre de Palestiniens disent ouvertement le croire – met en relief le sentiment atrocement fort de l’impuissance et de l’échec des aspirations palestiniennes.

Le cœur battant de l’identité et de la géographie palestinienne, le sanctuaire qui est à la base de leur revendication d’une place d’honneur dans l’Islam, est tenu dans la main de fer de l’ennemi.

Le Premier ministre Benjamin Nétanyahou insiste régulièrement sur le fait qu’Israël n’a que de bonnes intentions pour le Mont du Temple, en disant que son gouvernement va garantir les droits palestiniens et l’accès à Al-Aqsa comme les gouvernements précédents l’ont fait depuis cinq décennies.

Les Palestiniens ne croient pas ces assurances pour plusieurs raisons: tout comme les Israéliens qui ne perçoivent pas les nuances chez les Palestiniens, ratant le découragement palestinien général au plus fort des attaques terroristes violentes à coups de couteaux; de même les Palestiniens ne se donnent pas la peine de distinguer entre l’activisme d’un Yéhouda Glick ou d’un Uri Ariel et les engagements de longue date des gouvernements et du public israéliens envers un statu quo pacifique sur le site.

La méconnaissance palestinienne envers les Israéliens, en dépit de la proximité intime dans laquelle nous vivons tous, signifie aussi qu’ils projettent sur Israël une certaine mesure de leur propre politique.

Il y a peu de doute chez la plupart des Palestiniens que si la disparité du pouvoir était inversée au Mont du Temple, comme c’était le cas avant 1967, les musulmans nieraient aux juifs ce qu’ils croient qu’Israël prévoit de leur refuser. Il leur est difficile de vraiment croire que les Juifs n’ont véritablement pas l’intention de faire ce qu’ils feraient s’ils étaient à leur place.

Enfin, et peut-être plus important, Nétanyahou ne semble pas comprendre que ses assurances ont en elles-mêmes d’humiliant: elles mettent en évidence le fait intolérable que le sort d’Al-Aqsa dépend en définitive de lui et de son cabinet.

Le baroud d’honneur

Au moins deux visions distinctes palestiniennes ont émergé pour aider le mouvement national palestinien à reprendre pied.

L’une a été peut-être mieux exprimée par le journaliste palestinien bien connu Mohammed Daraghmeh, qui est aussi chroniqueur de l’Associated Press à Ramallah. Dans une chronique remarquable la semaine dernière ignorée en grande partie, mais pas totalement par les Israéliens, Daraghmeh a parlé directement aux jeunes attaquants palestiniens – et à leurs dirigeants absents du combat.

« Après que la Seconde Intifada ait pris fin, nous étions unis et nous disions: «nous avons eu tort ici, là nous avons commis des erreurs,» a t-il écrit sur le site de nouvelles palestinienne Al Hadath. «Pourtant, cette autocritique tardive a finalement été une lâcheté, puisque les intellectuels et les dirigeants palestiniens n’ont pas eu le courage de parler pendant que l’Intifada faisait rage. Aujourd’hui, aussi, les politiciens craignent pour leur popularité. Mais les intellectuels chargés de sauvegarder l’esprit de la nation – eux ne doivent pas avoir peur. Ils doivent crier d’une voix forte Où allons-nous? »

Selon Daraghmeh, le seul pouvoir que les Palestiniens peuvent exercer contre la force écrasante de l’occupant israélien réside dans le fait que la Palestine est devenu un problème international.

«[Le problème] ne va pas se régler dans un tourbillon de couteaux ou d’actes de martyrs [attentats-suicide], ou dans des protestations ou des manifestations. Il ne prendra fin que lorsque le monde comprendra qu’il a le devoir d’intervenir et de tracer des frontières et des lignes, comme il l’a fait en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo … On peut demander: Combien de temps? Et je dis: Le jour viendra. … On peut demander: Est-ce que la lutte pacifique peut amener la fin de l’occupation? Et je dis: l’armée et la lutte armée l’a t-elle fait? …. Seul le monde peut apporter la solution. Mais il ne le fera pas si nous nous taisons, ou si nous nous suicidons. Il viendra [ à notre secours] si nous restons sur la voie humaine de notre lutte nationale …. Nos enfants saisissent des couteaux de cuisine dans une vague d’émotion …. Nous devons nous tenir devant eux et leur dire: Vous êtes en train de détruire vos vies et les nôtres – la Palestine a besoin de vous vivants ».

Ces sentiments sont faciles à admirer dans le contexte du discours palestinien ( les Israéliens pourraient être moins émus car ils ne trouveront aucun scrupule moral sur l’acte même de poignarder des Israéliens innocents).

Daraghmeh a publié son avertissement dans un site de nouvelles relativement populaire dont la page Facebook compte plus de 230 000 «likes».

En fait, ce point de vue reflète la stratégie essentiellement suivie par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas au cours des dernières années: internationaliser le conflit, attirer un monde fondamentalement sympathique dans l’équation afin de forcer les Israéliens à se retirer.

Pourtant, cette proposition, plus modérée que les autres stratégies palestiniennes souffre de la même faiblesse que les plus violentes: elle ne tient pas compte des dures réalités stratégiques.

Daraghmeh omet de préciser que les conflits de Bosnie et du Kosovo ont pris fin par l’expédient brutal de bombardements aériens. Est-il vraiment raisonnable de s’attendre à ce qu’il appelle le «monde» – pour être exact l’OTAN menée par les USA – se mette à bombarder Israël pour le chasser de la Cisjordanie ?

Ou moins caricaturalement, le public israélien qui décrit toujours aux sondeurs comment, selon lui, un retrait de Cisjordanie se traduirait par une version considérablement plus importante et plus sanglante que les guerres à Gaza des dernières années, avec des roquettes ciblant les centres de population israélienne et des incursions israéliennes subséquentes causant une agonie bien pire pour les Palestiniens que l’occupation actuelle – un public d’électeurs qui perçoit ces risques peut-il se laisser influencer par le boycott économique, les résolutions du Conseil de droits de l’homme des Nations Unies ou les rebuffades des ONG indignées ?

Puis, il y a la deuxième vision palestinienne, celle qui équivaut à un déni de l’échec des stratégies passées. A Gaza, le Hamas a passé les quatre dernières semaines à saluer les attaques en Cisjordanie.

Pourtant, ironiquement, ce triomphalisme du Hamas plutôt que l’autocritique de Daraghmeh, a mis en relief l’effondrement stratégique palestinien. Le Hamas a loué et chanté la gloire des attaques lancinantes, tout en limitant fortement les tirs de roquettes qui démontraient leur sympathie, depuis la bande de Gaza, par crainte de représailles israéliennes contre la bande côtière qui ne feraient qu’augmenter le coût que les Gazaouis croient avoir payé pour la stratégie de lutte perpétuelle du Hamas. (Ce n’est pas par hasard que le soutien du Hamas à Gaza – tombé à 34% en Septembre – marque une baisse de cinq points par rapport au dernier sondage de Shikaki en Juin.)

Pire, les dirigeants palestiniens ne semblent pas comprendre que le soutien à la violence du Hamas sape mortellement l’internationalisme non-violent de M. Abbas et consolide la détermination des Israéliens dans le refus de se retirer de la Cisjordanie parce qu’ils ne croient pas qu’Abbas pourrait vraiment tenir contre le Hamas si Israël se retirait.

L’ironie est peut-être mieux contenue dans les commentaires d’Izzat Al Rishq, lundi dernier, ce membre du bureau politique du Hamas basé au Qatar, qui a proclamé que « les héros de la Palestine » avaient réussi à provoquer un « blocus » de l’occupant israélien avec seulement des couteaux et des armes de poing.

Face au blocus imposé par Israël à la bande de Gaza dirigée par le Hamas, le groupe a trouvé une réponse en gonflant par la rhétorique les réalisations des tueurs (principalement) non affiliés au Hamas dont les assassinats sont maintenant comparés à une action dissuasive.

De même, l’un des leaders du Hamas à Gaza, Mahmoud Alzahar, a déclaré la semaine dernière que les images de soldats de Tsahal fuyant un tireur palestinien qui a ouvert le feu sur eux à la station centrale d’autobus de Beersheba, prouvent que les soldats israéliens sont des incapables qui ne pourraient même pas diriger le trafic.

Il ne semble pas remarquer que ses propos sur la fragilité de l’armée israélienne pourrait soulever des questions sur l’incapacité du Hamas à percer efficacement la ligne défensive israélienne dans les quatre guerres qu’il a menées contre les Israéliens depuis que ces derniers ont quitté la bande de Gaza.

Lorsque le Hamas décide de ne pas s’impliquer effectivement dans une agression palestinienne majeure contre Israël tout en proclamant que la même agression constitue un multiplicateur de force qui équilibre en quelque sorte le pouvoir des deux côtés; quand il proclame que les soldats israéliens sont faibles tandis qu’il surveille la frontière de Gaza pour éviter que les Palestiniens soient confrontés à ces mêmes soldats et suscitent leur réaction, on peut conclure avec certitude que même le Hamas ne sait pas très bien comment faire avancer la cause palestinienne.

Il y a, bien sûr, une voix de plus: celle des agresseurs eux-mêmes.

Ici aussi, l’impasse stratégique devient vite évidente. Leur « éveil de Jérusalem » autoproclamé constitue à la fois un appel à la sainteté d’Al-Aqsa et une exorcisation du fait que le vide pathétique de leur impuissance dont Jérusalem est l’illustration, n’a rien d’un éveil.

Dans leur rejet des autorités palestiniennes existantes, ces «enfants nés avec le numérique» à la maison, formés par l’Internet anarchique et en partie façonnés par ces tendances narcissiques, sont à la recherche d’une nouvelle source inépuisable culturelle et politique de résistance qui ne soit pas entachée par les échecs du Fatah et Hamas.

Les responsables de la sécurité israélienne ont dit au gouvernement au cours des dernières semaines que les coups de couteaux sont en grande partie le fait de « loups solitaires » qui agissent sans le genre d’infrastructure organisationnelle qui les rendrait vulnérables aux perturbations faciles par le renseignement israélien.

Le caractère diffus de ce genre d’activités en ligne par des gens ordinaires rend plus difficiles leur interception (au moins jusqu’à ce que les services de sécurité israéliens pénètrent suffisamment les médias sociaux palestiniens), mais il les rend aussi incapables d’en arriver à une escalade véritables des attaques qui pourraient produire une véritable panique chez les Israéliens – la sorte de panique que le terrorisme comme stratégie nécessite fondamentalement.

L’activisme en ligne prend vraiment de l’importance seulement dans la mesure où il inspire une masse critique d’activisme dans le monde réel.

Dans la longue liste des ironies douloureuses pour les Palestiniens, il en est encore un autre: la chose même qui donne à ces jeunes attaquants, résolument modernes leur avantage tactique assure leur défaite stratégique. Les Israéliens qui ont, éventuellement, repoussé les attentats suicides de la seconde Intifada par le simple expédient de continuer à mener leurs activités quotidiennes ne seront pas intimidés par les coups de couteaux dans les rues.

Cette simple vérité n’est pas perdue pour les assaillants. C’est une des raisons pour lesquelles ils ne parlent pas d’objectifs ou de stratégie de façon sérieuse. Les jeux vidéo, les dessins animés et les vidéos de musique qu’ils partagent sont essentiellement dépourvus de perspective.

Ces artefacts de l’état actuel de la « résistance populaire» palestinienne sont principalement axés non pas sur un chemin visible vers la rédemption nationale, mais sur la promesse de satisfaction personnelle.

Le message est simple: poignarder les Juifs, regardez-les crier, pour vous prouver à cet instant qu’ils sont mortels, vulnérables. Pendant ce bref instant – c’est ce que la propagande en ligne promet implicitement – la dignité palestinienne sera restaurée.

Pourtant, les attaques dans le monde réel qui découlent de cette promesse, les moments de bousculades frénétiques avec les Israéliens, les décès rapides que connaissent les attaquants maintes et maintes fois, même face à des civils israéliens désarmés, ne font qu’accélérer l’effondrement des solutions palestiniennes et du respect de soi et mettent encore plus en relief le flegme israélien.

L’échec nécessaire ?

Rien de tout cela ne peut tenir lieu d’argument moral.

Que les revendications essentielles des Palestiniens soient bonnes ou mauvaises, ou que le scepticisme les Israéliens face à l’idée de se retirer de la Cisjordanie soit moral ou immoral, en définitive ce sont des questions étrangères au simple fait de la prise de conscience croissante des Palestiniens qu’ils ne peuvent plus exprimer des options valables, violentes ou autres, pour récupérer le contrôle de leur destin.

Pourtant, dans l’aveu même de l’échec, comme toujours, se trouve une allusion à un chemin possible qui mène dans une direction différente.

Le mouvement national palestinien a payé un prix monstrueux pour sa lecture erronée des Juifs – pour n’avoir pas compris que les Juifs israéliens sont en grande partie les descendants de réfugiés qui n’ont eu nulle part où aller lors des brutalités du 20ème siècle, et ne pouvaient donc pas être chassés par le terrorisme comme pouvaient l’être les colonialistes européens dispersés, loin de leurs pays mais jamais vraiment séparé d’eux.

La résilience des Juifs à la violence arabe ne réside pas dans des réalités historiques, mais dans une réalité psychologique: les Juifs croient qu’ils se défendent, et cela suffit à les inoculer au terrorisme.

Le terrorisme, après tout, n’est rien d’autre qu’une tentative de rendre coûteux un certain comportement; il dépend fortement de la capacité des victimes à envisager une alternative viable à leur comportement actuel.

Dans cette analyse , la victoire israélienne est extrêmement limitée. Elle n’est pas enracinée dans une sagesse politique israélienne, mais dans les processus inconscients de l’identité israélienne. De même, cette victoire ne peut «résoudre» le défi essentiel. Personne n’a encore suggéré des moyens plausibles par lesquels les deux peuples en présence pourraient être forcés de quitter cette terre. Donc, les Israéliens et les Palestiniens restent coincés, que ce soit par l’échec ou par la réussite, dans la coexistence ou la brutalité sauvage, avec la dure réalité de l’existence de l’autre en tant que nation autoproclamée.

Il est facile de comprendre pourquoi les Palestiniens ont du mal à se réconcilier avec la présence juive. Les obstacles à la reconnaissance sont immenses. Si les Juifs ne peuvent être chassés, si la stratégie fondamentale de les amener à avoir assez peur pour prendre la fuite n’a pas été ancrée dans une compréhension de ce que cela pourrait entraîner – c’est à dire dans la façon dont les solutions de rechange à cette patrie pourraient apparaître dans la psyché collective des Juifs – quelle est la valeur des sacrifices palestiniens faits sur l’autel de cette stratégie illégitime ?

Si les Juifs de l’Israël « colonialiste » ne peuvent pas être délogés, cela signifie t-il qu’ils ne sont pas comme les autres projets coloniaux qui pouvaient être amenés à s’effondrer ?

S’ils ne sont pas des colons qui peuvent être repoussés vers l’Allemagne, la Russie, l’Irak ou le Maroc d’où ils viennent, que sont-ils ?

Que doit-on faire des revendications implacables de l’ennemi de la nation, qui se heurtent directement aux revendications des Palestiniens ?

Les nations ont des droits, et ne perdent pas ces droits quand elles se trompent. Voilà pourquoi les dirigeants palestiniens ont tellement peur d’acquiescer à la demande d’Israël de reconnaître l’État juif.

Parmi leurs arguments contre cette exigence, il en est un qui est primordial: cela équivaudrait à reconnaître les droits nationaux des Juifs, une concession beaucoup plus profonde que la reconnaissance du pouvoir juif par les modérés palestiniens.

L’échec n’a pas encore donné lieu à une considération sérieuse à l’effet que la prémisse au cœur de la stratégie palestinienne puisse être erronée. Aucun Palestinien quelque soit sa proéminence, sa capacité à façonner l’opinion ou à contrôler des milices, n’est prêt à être le premier à reconnaître la défaite.

Et alors même que l’opinion publique palestinienne se lasse de l’inutilité de la lutte actuelle, la politique palestinienne restent piégée dans l’incertitude persistante, une incertitude qui est la pierre angulaire et la validation du Hamas : si nous abandonnions trop tôt? Si un peu plus de douleur, un peu plus de sacrifices permettaient de racheter et de reprendre tout ce qui a été perdu ?

Ils sont peu nombreux à vraiment croire cela parmi les Palestiniens, mais aucun n’est encore prêt à chercher une autre voie.

Haviv Rettig Gur pour le Times of Israel

Reproduction autorisée avec la mention suivante : ©, traduction et adaptation Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

(@magalimarc15)

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