Depuis le déclenchement du “printemps arabe”, le monde arabo-musulman connait des mutations multiples et profondes qui ont eu des conséquences politiques, sécuritaires, économiques et sociales importantes ayant induit l’instabilité, l’amplification du terrorisme, la multiplication des organisations extrémistes, l’accroissement des actions violentes qui se sont étendues ces dernières années aux quatre coins du monde.

La France ne pouvait pas échapper aux conséquences du printemps arabe.

Il y a indéniablement des conséquences politiques, géopolitiques, économiques et surtout sécuritaires du séisme provoqué par le « printemps arabe », aussi bien sur le monde arabo-musulman qui en est l’épicentre que sur l’Afrique et l’Europe et tout particulièrement la France.

Ce dernier pays en a subi la réplique sismique sous deux aspects. Primo, par l’arrivée d’une première vague d’émigrés Maghrébins en 2011, puis, à partir de 2014, par une seconde vague de réfugiés syriens, irakiens, afghans, africains sans précédent dans l’histoire. Secundo, par l’émergence de terroristes locaux partis faire le djihad en Syrie et en Irak, avant de revenir en faire la démonstration criminelle à Paris, en janvier 2015, puis en novembre de la même année, et récemment au cœur même de l’Europe, Bruxelles.

Par son ampleur et sa rapidité, par sa destruction « constructive », par les passions et les ressentiments qu’il a libérés, par l’islamisme radical qu’il a galvanisé, par le terrorisme qu’il a généré, le « printemps arabe » ne pouvait pas ne pas affecter, d’une façon ou d’une autre, la rive nord de la Méditerranée, interface géographique, politique, économique et civilisationnelle du monde arabe en général et du Maghreb en particulier.

Des effets secondaires tragiques en Libye, au Yémen, en Syrie…

En 2011, dans l’euphorie révolutionnaire et l’accélération frénétique de l’histoire, les penseurs et les vrais spécialistes n’avaient plus grand-chose à dire. Seuls les journalistes, historiens de l’instant et « philosophes » de l’immédiateté, avaient droit au chapitre. Dans cette précipitation, certains avaient alors décrit le « printemps arabe » comme le début d’une ère nouvelle, celle de la démocratie arabe, du respect des droits de l’homme, de la liberté d’expression, de la prospérité économique, du vrai dialogue des civilisations et, déjà, de l’islamisme « modéré » !

Encore faut-il déceler dans ce « printemps arabe » ce qu’il a charrié comme effets secondaires, par rapports aux objectifs et espoirs nés de ces « révolutions ».

Dans le cas du pays qui aurait le mieux réussi sa transition, à savoir la Tunisie, ces effets indésirables sont multiples : le fiasco économique, la paupérisation croissante, le chômage endémique, l’insécurité chronique, la normalisation de l’islamisme dit « modéré » et, surtout, le terrorisme. Malgré une transition démocratique relativement réussie, la Tunisie de la laïcité Bourguibienne est devenue le premier pays exportateur de djihadistes dans le monde !

Dans le cas des autres pays tel que la Libye, le Yémen, la Syrie ou l’Irak, ces effets secondaires sont encore plus tragiques : guerres civiles, antagonisme confessionnel, conflits tribaux, déplacement de populations, génocide contre les minorités chrétiennes et yazidies, exode massif, catastrophe humanitaire, ruine économique, prolifération du terrorisme…, sans parler de Daech. Les terroristes étaient des individus isolés ou des organisations marginales ; désormais, ils disposent d’un « État », avec son territoire en constante extension, son armée, son idéologie, ses réseaux sociaux, sa cinquième colonne en Europe, son économie, ses réserves en pétrole, son drapeau noir et ses ambitions expansionnistes.

De Tombouctou à Dakar, l’islamisme est devenu un péril mortel.

Le continent africain est aussi une victime collatérale de ce « printemps arabe » qui a tourné à l’hiver islamiste. De Tombouctou à Dakar, l’islamisme, qui tissait sa toile depuis longtemps à l’abri des regards et sous l’indifférence de l’Europe est devenu un péril mortel, aussi bien pour les populations que sur la stabilité des États africains. Par où elles passent, ses ramifications terroristes (Boko Haram, AQMI, Al-Shebab, Mujao…) ne laissent derrière elles que ruines et désolation.

Même si le phénomène s’enracine dans des causes historiques, politiques, culturelles, sociologiques, anthropologiques et religieuses aussi complexes que profondes, c’est précisément la misère économique et sociale qui constitue le principal terreau du fanatisme religieux et du terrorisme islamiste. C’est la cruauté du chômage qui met en marge de la société des milliers et même des millions d’individus, notamment des diplômés, et qui fait de ces jeunes désœuvrés et sans horizon, des proies faciles aux organisations terroristes.

Le terrorisme n’a pas que des causes économiques et sociales.

Si les États légaux ne recrutent plus chez eux, chez l’État dit islamique, c’est le plein emploi, avec à la clé la promesse du paradis dans l’au-delà ! Si la vie n’offre aucun sens existentiel à ces jeunes, c’est dans la mort et le martyr qu’ils finissent par le trouver. Donner sens à la vie en se donnant la mort ! Pis encore, en l’infligeant aux autres par des attentats aussi lâches que barbares. Tant que cette misère sociale perdurera et tant que la fracture économique entre le nord et le sud persistera, le terrorisme menacera.

Et si, tôt ou tard, l’Europe finira par vaincre ce fléau, comment parviendrait-elle à endiguer le déferlement des milliers de migrants clandestins arabes, afghans et africains qui s’échouent quotidiennement sur ses rives méditerranéennes ? Certainement pas en comptant exclusivement sur la collaboration « loyale » et « amicale » de la Turquie ! Encore moins sur le Qatar, principal allié des Frères musulmans dans le monde.

C’est pour dire que le terrorisme islamiste est une menace globale, pesant sur le monde arabe, sur l’Afrique, sur l’Europe, sur l’Amérique, sur l’Asie, sur la Russie…, qu’il faudrait savoir traiter de manière résolument sécuritaire, mais aussi dans ses causes multidimensionnelles : économiques, sociales, politiques, culturelles et géopolitiques. C’est que le terrorisme islamiste n’a pas que des causes économiques et sociales comme on le dit souvent. Il procède aussi d’une culture, d’une psychologie et d’une religion qui n’a pas encore fait son propre aggiornamento et qui doit relever le défi des Lumières contre l’obscurantisme. D’où l’importance cruciale de distinguer l’islam politique de l’islam quiétiste, ou plus précisément encore, l’islamisme idéologique de l’islam spirituel.

 

 

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