Drieu Godefridi est un penseur libéral classique, et un ami de longue date.
Il a fondé un institut qui m’est cher, puisqu’il porte le nom et défend les idées de l’un des plus grands penseurs du vingtième siècle, Friedrich Hayek.

Guy Millière « L’islam est fondamentalement incompatible avec la civilisation occidentale »

Il a publié ces dernières années divers essais de grande qualité qui ont l’immense intérêt d’aller à l’encontre de l’air vicié du temps présent.

L’un de ces essais, co-écrit avec l’économiste français Henri Lepage s’appelle Le GIEC est mort : Vive la science ! Le titre est optimiste, puisque si le GIEC est effectivement mort, son cadavre empuantit encore l’atmosphère et continue à écraser la science, mais le livre fournit une explication pertinente et indispensable des stratagèmes étatiques utilisant le prétexte du « changement climatique » pour disséminer des réglementations envahissantes et délétères.

Un autre, plus récent, s’appelle La Loi du genre et porte sur la « théorie du genre », ce dogme qui prétend nier la différence des sexes, le masculin et le féminin, et qui, depuis là, déploie une prétention totalitaire au remodelage des êtres humains sous le prétexte que leur identité sexuelle serait une construction sociale qu’il serait possible de défaire et de refaire.

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Un essai, plus récent encore, puisqu’il vient de paraître, est consacré à l’islam. La Trahison des Clercs : Lettre à un combattant de l’islam et constitue un apport très utile aux débats en cours sur le sujet.

L’islam radical est, pour l’essentiel, un retour à la lettre du Coran, qui exige d’être pris à la lettre

Drieu Godefridi y adopte la forme d’une lettre adressée à un Musulman.
Il y réfute l’idée que l’islamisme (ou islam radical) est distinct de l’islam, et la réfutation, magistrale, à laquelle il procède, permet à elle seule d’en finir avec les ineptes élucubrations qu’on ne cesse d’entendre dans les grands médias : l’islam est tout à la fois davantage qu’une religion et autre chose qu’une religion, un dogme de type totalitaire, une « norme complète, immuable » englobant tous les aspects de la vie humaine, de la société et de l’histoire du monde. L’islam radical est, pour l’essentiel un retour à la lettre du Coran, mais le Coran exige, c’est une évidence pour quiconque le lit, d’être pris à la lettre.

Drieu Godefridi montre ainsi l’incompatibilité de l’islam avec la civilisation occidentale, qui, à la différence de l’islam, repose sur la Loi, mais aussi sur la possibilité de distinguer ce qui relève de Dieu et ce qui relève de l’esprit humain, et dès lors, sur le fait que si des normes fondamentales existent, celles-ci ne sont ni complètes ni immuables et ne peuvent aucunement prétendre l’être.

Il montre à quel point les explications données pour expliquer la violence islamique envers l’Occident (explication par la condition sociale défavorisée des Musulmans violents, explication par le racisme des Occidentaux, explication géopolitique par l’impérialisme occidental) sont des prétextes.

Il souligne, enfin, et c’est pourquoi il reprend l’expression
« trahison des clercs »
, que ceux qui, dans le monde occidental, parlent de l’islam, sont des gens qui, pour la plupart, ignorent quasiment tout du sujet dont ils parlent : parler de ce qu’on ignore est un travers de nombre d’ « intellectuels », tout particulièrement, hélas, en contexte francophone, j’ai déjà eu l’occasion de le souligner, et c’est au cœur de mon livre Voici revenu le temps des imposteurs Mais parler de ce qu’on ignore en présentant un dogme délétère comme ce qu’il n’est pas peut aisément devenir un crime, car cela équivaut à anesthésier ceux qui peuvent être victimes du dogme délétère.
Nombre de ceux qui parlent d’islam en France parlent de ce qu’ils ignorent. Certains, ce qui est pire, n’ignorent rien, et trahissent encore davantage, puisqu’ils mentent sciemment : s’ils sont musulmans, ils pratiquent la dawa, s’ils ne sont pas musulmans, c’est pire encore.

Les portes de l’interprétation de l’islam sont fermées depuis huit siècles

Ma seule réserve, assez minime, par rapport au livre de Drieu Godefridi est qu’il laisse la porte ouverte à une évolution possible de l’islam par le biais de la réouverture des portes de l’interprétation (ijtihad) et de la jurisprudence islamique (fiqh) : j’ai longtemps pensé moi-même que cette réouverture était possible. J’ai, aujourd’hui, des doutes assez profonds sur ce sujet. Les portes de l’interprétation sont fermées depuis huit siècles. Le fiqh n’a pas bougé depuis, mais même au temps où les portes de l’interprétation n’étaient pas fermées, la limite à l’interprétation était que la récitation (al-quran) était considérée, ce qui est toujours le cas, comme la parole de Dieu devant être prise à la lettre. Le courant al-muʿtazilah, influencé par la philosophie aristotélicienne, a, même avant la fermeture des portes de l’interprétation, été marginalisé. L’œuvre d’Ibn Sina a été vivement critiquée et traitée comme relevant de l’apostasie par al-Ghazali, qui fut bien plus influent que lui. Il en va de même pour Ibn Rushd, qui fut banni de Cordoue et vit ses livres brûlés en 1195, en Andalousie, à un moment où dans le califat abbasside à Bagdad, il n’était déjà plus question d’interprétation depuis des décennies.

Les intellectuels musulmans qui tentent d’ouvrir à nouveau les portes de l’interprétation sont quasiment tous en Occident, et sans aucun impact sur le monde musulman, où c’est plutôt le retour strict au dogme tel qu’il s’est enclenché avec Muhammad ibn ʿAbd al-Wahhab, et continué avec les théologiens d’ al-nahda et avec les penseurs de l’islam radical, tels Sayyid Qutb, qui gagne du terrain aujourd’hui.

Plutôt que parler de réserve minime, je devrais peut-être parler d’infime désaccord.

Le livre de Drieu Godefridi est clair, précis, remarquablement argumenté, en somme indispensable.

Il a l’avantage d’exposer en peu de mots des points essentiels.

© Guy Millière

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