La déconfiture iranienne sur le Golan influe sur les discussions actuelles.
Quelle influence cela peut-il avoir sur le cours des discussions nucléaires, qui doivent aboutir le 31 mars ?

Golan

L’opération conjointe du Hezbollah, de l’Iran et de miliciens chi’ites étrangers, sous couvert de tanks syriens, dénommée « la vengeance des Martyrs de Quneitra », en souvenir des 12 commandants iraniens et du Hezbollah liquidés par Israël, le 18 janvier, et qui visait à nettoyer les foyers de l’opposition et à installer un avant-poste iranien sur le Golan, juste à la frontière israélienne, est, à ce stade, paralysée, après 2 mois et dix jours de tentatives infructueuses.

Si on additionne ce revers sérieux voire cette déconfiture à l’échec de Qassem Suleimani à Tikrit en Irak, obligé de céder la place à l’aviation et aux renseignements américains, ainsi qu’à l’entrée-surprise en guerre de l’Arabie Saoudite et de dix pays sunnites coalisés contre les Houtis au Yémen, l’Hégémonie de l’Iran sur le Moyen-Orient semble connaître des « couacs » à répétition.

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Rebelles syriens, dans les contreforts du Golan : ils tiennent en échec l’opération iranienne.

Cette opération a débuté en fanfare. Les médias du Hezbollah et ceux affiliés au régime syrien avaient décrit cette offensive militaire, en janvier, comme « la Mère de toutes les batailles ». Ces reportages évoquaient au moins 3.000 hommes de troupes et de nombereux miliciens afghans et pakistanais, mobilisés autour de chefs du Hezbollah et des experts iraniens, qui travaillaient à nettoyer les Hauteurs du Golan de toute force d’opposition. Le but était aussi de sécuriser la route allant de Dera’a, capitale de la province de l’Houran et centre nerveux des activités des rebelles, jusqu’à Damas.

Le même mois, Qassem Suleimani, Commandant des forces Al Qods, faisait sa tournée sur ce théâtre de guerre, de façon à pouvoir la diriger de plus près. On avait même pris soin de réaliser des photos de Suleimani en compagnie de combattants, afin d’authentifier ce moment « historique ». La chaîne « Al Midian » appartenant au Hezbollah décrivait les réalisations militaires de cette opération comme « impressionnantes » et ne laissait aucun doute sur le faite que cette force menée à la bataille par le Hezbollah réussirait très bientôt à mettre un coup de balai dans le bastion central de l’opposition, la seule force qui menace le régime, à l’exception notable de l’Etat Islamique.

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Mais, en réalité, ce que cette force a pu accomplir à ce jour, reste modique. Après bientôt 3 mois de combats, on peut affirmer que l’opération conjointe du Hezbollah et de l’Iran est une déconfiture patente. C’est, en tout cas, ainsi que la décrivent beaucoup d’observateurs en Israël.

La réussite a de nombreux pères, mais l’échec est certainement orphelin : Assad, le Hezbollah, Suleimani et, derrière lui, l’Iran des Mollahs, pourraient en revendiquer la paternité. La même centrale téhéranaise qui revendique ses succès en Irak et au Yémen a, ici, été, stoppée par des forces paramilitaires du Sud de la Syrie.

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Qassem Soleimani, lors d’une réunion des commandants des Gardiens de la Révolution, à Téhéran, Iran. Il est censé être le principal stratège des opérations iraniennes à l’international.

Il se peut, bien sûr, que cet échec soit temporaire et que, dans quelques mois, les combattants de « l’Axe du Mal » relancent leur offensive, avec une réussite bien plus éclatante. Mais, pour le moment, les faits sur le terrain, parlent d’eux-mêmes : les tentatives de l’Iran, épaulé par le Hezbollah, pour changer du tout au tout la configuration du front nord d’Israël, en utilisant l’armée d’Assad et des milices exogènes venues d’Asie Centrale et d’Irak comme chair à canon, n’a réalisé aucun de ses objectifs initiaux.

La stratégie iranienne consiste à combiner les deux fronts libanais et syriens contre Israël. Si le Hezbollah engage la bataille en opérant contre l’ennemi Sioniste depuis le territoire du Sud-Liban, alors que les contre-offensives israéliennes peuvent contrecarrer l’avenir politique du Hezbollah au Liban, les hauteurs chaotiques du Golan s’avéreraient bien moins problématiques pour l’organisation chi’ite et pour ses maîtres iraniens. Dans cette zone, les Iraniens voulaient établir un terrain de guerre entièrement sous leur contrôle, débarrassé de toute présence de l’opposition syrienne, qui leur offrirait un double-avantage : endommager sérieusement Al Nusra et les autres groupes rebelles pro-jordaniens, qui dominent tellement le Sud de la Syrie, et créer des quartiers-généraux avancés, à partir desquels diriger des attaques contre Israël et l’entraîner dans une guerre de harcèlement. Le Secrétaire-Général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lui-même, a déclaré dans une interview que le Golan et le Sud-Liban étaient devenus un seul et même front.

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La frappe israélienne présumée sur le Golan, le 18 janvier, où un Général des gardiens de la Révolution, , Muhammad Ali Allahdadi, et au moins six chefs importants du Hezbollah ont été tués, soulignait encore plus les efforts consentis par l’Iran pour instaurer ce nouveau front. On a pu évaluer que cette liquidation à haut niveau aurait permis de déjouer la création d’une infrastructure militaire déterminante que le Hezbollah et l’Iran voulaient utiliser contre Israël, sous le commandement du fils de l’architerroriste Imad Moughniyeh, appelé : Jihad.

Cet effort iranien n’a donc pas été entrepris seulement à partir de cette frappe israélienne, en janvier, mais de nombreux mois plus tôt. A l’origine, les Iraniens souhaitaient employer les groupes palestiniens réfugiés en Syrie comme supplétifs, mais leurs capacités se sont avérées tout sauf vraiment convaincantes. C’est alors que les Gardiens de la Révolution ont tenté d’utiliser les cellules commandées par le terroriste libéré Samir Kuntar. Mais son organisation a aussi eu à subir les frappes extrêmement dommageables des unités aériennes et de l’artillerie israélienne.

Samir Kuntar faisant le salut nazi, lors de ses visites au Liban.

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C’est alors que l’Iran a décidé d’augmenter le niveau de ses investissements. Il a créé une unité d’élite qui s’est entraînée toute une année durant, depuis l’entraînement de base jusqu’à des exercices d’attaques coordonnées extrêmement sophistiquées. Un réseau entier de logistique appuyait cette unité, commandée par Jihad Mughniyeh. Des dizaines d’hommes ont été recrutés par le biais d’épreuves très sélectives, et on leur a inculqué une grande diversité de compétences pour leur permettre d’opérer dans le secret le plus absolu. Cette nouvelle unité était composée de vétérans chevronnés du Hezbollah, de Palestiniens fidèles à Assad et de Syriens triés sur le volet dans les meilleures unités. C’était devenu « le Bébé » de Nasrallah et Suleimani et ils se préparaient intensément à des attaques de snipers et à des tirs de missiles antitanks contre des cibles israéliennes, tout le long de la frontière. La frappe israélienne près de Quneitra, selon des sources importantes en Israël, a frappé une patrouille avancée, avant que l’unité n’entame ses premières opérations.

Mais, sans doute pire pour l’estime de soi des faiseurs d’empire en Iran, l’effort iranien n’a pas seulement sombré face à Israël. L’avance des forces syriennes, du Hezbollah et des milices chi’ites a rapidement été stoppée par les combattants de l’opposition, à l’intérieur même du territoire syrien. A Nawa, Sheikh Maskin, et Tel Mar’I, ces forces rebelles ont réussi à mettre les forces télécommandées par l’Iran en déroute. La même chose, à Dera’a, leur fief.

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Quelles sont les raisons de cette défaite ? Le Hezbollah blâme le mauvais temps – l’épaisse couche de neige qui s’est abattue, au moment où cette offensive a été stoppée. Il se peut aussi que le Hezbollah n’ait pas pu envoyer ses meilleurs combattants [mais puisqu’on parlait d’unités triées sur le volet avant le déclenchement de l’opération, celles-ci ont pu y participer], ou que la résistance offerte par l’Armée Libre Syrienne et le Jubhat al Nusra s’est avérée trop forte pour eux.

En même temps, le Hezbollah est obligé de combattre sur bien d’autres fronts qui ne sont pas moins dangereux pour lui. Les médias libanais ont mentionné récemment des combats très âpres dans la zone même de son propre fief, à Baalbek, sur la frontière syrienne (mais du côté libanais). Et bien que le Hezabollah ait réussi à conquérir la chaîne des monts Qalamoun, les combats n’ont jamais cessé à cet endroit, et à Alep, l’armée syrienne n’a pas réussi à vaincre l’opposition radicale sunnite. Les faubourgs de Damas, principalement dans le secteur des sanctuaires chi’ites et du lieu saint de la mosquée de Sayyida Zayneb, sont bombardés presque quotidiennement.

Par tous ces indicateurs, on peut en conclure que la guerre civile en Syrie est loin d’être terminée… L’Iran et le Hezbollah, ne marquant pas de points stratégiques suffisamment probants, s’y trouvent enlisés pour encore longtemps.

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