2051693-2844261

2 mai 73.

Le 2 mai 73, la forteresse de Massada tombe aux mains des légionnaires. C’en est fini de la première guerre juive contre la domination de Rome.

La forteresse de Massada (DR)

L’ultime résistance.

Construite au IIe siècle av. J.-C., au temps des Maccabées (ou Asmonéens), la forteresse de Massada surplombe de 400 mètres les rives sauvages de la mer Morte.

C’est le dernier îlot de résistance juive à l’occupation romaine.

Surplombant la mer Morte, Massada (vocable hébraïque signifiant forteresse’) est situé au sommet d’une falaise isolée, à l’extrémité occidentale du désert de Judée. C’est là un site d’une beauté majestueuse et désolée.
A l’est, la falaise dévale en à pic sur près de 450 mètres vers la mer Morte (le point le plus bas du monde, à quelque 400 mètres au-dessous du niveau de la mer). A l’ouest, elle domine d’une centaine de mètres le terrain environnant. La topographie rend des plus difficiles l’accès au sommet de l’escarpement.
La seule source écrite concernant Massada est l’ouvrage de l’historien Flavius Josèphe, La guerre des Juifs. Né Joseph ben Matityahou dans une famille de prêtres, c’était un jeune dirigeant, nommé gouverneur de Galilée lors de la grande rébellion contre Rome, en 66 de l’ère chrétienne. Il réussit à survivre au pacte collectif de suicide des derniers défenseurs de Jodfat et se rendit à Vespasien, qui allait peu après être proclamé empereur. Se faisant appeler Flavius Josèphe, il devint citoyen romain, historien de renom, et relata en détails tous ces événements. Son récit, compte non tenu de ses jugements moraux, s’est révélé exact pour l’essentiel.
Selon lui, c’est Hérode le Grand qui bâtit la forteresse de Massada entre 37 et 31 avant J.-C.. Hérode, un Iduméen couronné roi de Judée par ses maîtres romains, était honni de ses sujets juifs. Maître d’uvre de Massada, il « avait conçu cette forteresse comme un refuge pour lui-même ». On y trouve des fortifications tout autour du plateau, des entrepôts, de vastes réservoirs emplis d’eau de pluie, des casernes, des palais et une armurerie.
Quelque 75 ans après la mort d’Hérode, au début de la guerre des Juifs contre Rome, en l’an 66 de l’ère chrétienne, un groupe de rebelles juifs vainquit la garnison romaine de Massada. Après la chute de Jérusalem et la destruction du Temple (70 de l’ère chrétienne), ils y furent rejoints par des zélotes et leurs familles, fuyant Jérusalem. Prenant Massada pour base, ils effectuèrent des raids et harcelèrent les Romains durant deux ans. En l’an 73 de l’ère chrétienne, le gouverneur romain Flavius Silva marcha contre Massada avec la Dixième légion romaine, des unités auxiliaires et des milliers de prisonniers de guerre juifs. Les Romains dressèrent des camps au pied de Massada, mirent la place en état de siège et édifièrent des retranchements. Puis ils construisirent un rempart de milliers de tonnes de pierres et de terre battue contre le flanc ouest de la forteresse et, au printemps 74, ils firent monter un bélier mobile le long de cette rampe et opérèrent une brèche dans la muraille de la forteresse.

Des membres de la secte extrémiste des zélotes s’y réfugient après avoir fait régner la terreur dans le pays. Armés d’un poignard, ils avaient coutume d’assassiner leurs compatriotes suspectés de collaboration avec l’occupant ! On les avait surnommés pour cette raison « sicaires », du latin sica, qui signifie poignard.

Afficher l'image d'origine

Au nombre d’un millier, avec leurs femmes et leurs enfants, sous la conduite d’un chef nommé Eleazar ben Jair, ces Zélotes ou sicaires vont résister pendant trois ans aux Romains.

Afficher l'image d'origine

Ces derniers vont mettre un point d’honneur à s’emparer de cette forteresse en plein désert, bien qu’elle n’ait aucun intérêt stratégique pour eux… Le légat de Judée Lucius Flavius Silva en organise méthodiquement le siège avec les 15 000 hommes de la Xe Légion Fretensis.

Afficher l'image d'origine

Pour éviter des assauts inutiles et meurtriers, il fait ériger par une armée d’esclaves une rampe artificielle depuis le pied du rocher. Sur cette rampe, il peut ainsi amener une tour d’assaut et un bélier au pied des murailles.

Afficher l'image d'origine

Le seul récit que l’on ait du siège nous vient de l’historien juif Flavius Josèphe, qui assiste le légat romain. Quand les assiégeants pénètrent dans la forteresse, ils doivent affronter l’incendie allumé par les Zélotes avant de découvrir les cadavres de ceux-ci. D’après l’historien, qui n’a pas lui-même vu l’intérieur de la forteresse, dix des assiégés auraient tué les autres avant de se suicider eux-mêmes. Tous seraient morts à l’exception de deux femmes et cinq enfants. Voici un extrait de son récit (traduction de René Harmand, Paris, 1911) :

Résultat de recherche d'images pour "l'historien juif Flavius Josèphe"

 

« … Ensemble, ils embrassèrent, étreignirent leurs femmes, serrèrent dans leurs bras leurs enfants, s’attachant avec des larmes à ces derniers baisers ; ensemble, comme si des bras étrangers les eussent assistés dans cette œuvre, ils exécutèrent leurs résolution, et la pensée des maux que ces malheureux devaient souffrir, s’ils tombaient aux mains des ennemis, était pour les meurtriers, dans cette nécessité de donner la mort, une consolation. Enfin, nul ne se trouva inférieur à un si grand dessein ; tous percèrent les êtres les plus chéris. Malheureuses victimes du sort, pour qui le meurtre de leurs femmes et de leurs enfants, exécuté de leur main, paraissait le plus léger de leurs maux !
Aussi, ne pouvant plus supporter l’angoisse dont ces actes une fois accomplis les accablait, et croyant que ce serait faire injure aux victimes de leur survivre même un court instant, ils entassèrent promptement au même endroit tous leurs biens et y mirent le feu ; puis ils tirèrent au sort dix d’entre eux pour être les meurtriers de tous ; chacun s’étendit auprès de sa femme et de ses enfants qui gisaient à terre, les entourant de ses bras, et tous offrirent leur gorge toute prête à ceux qui accomplissaient ce sinistre office. Quand ceux-ci eurent tué sans faiblesse tous les autres, ils s’appliquèrent les uns aux autres la même loi du sort : l’un d’eux, ainsi désigné, devait tuer ses neuf compagnons et se tuer lui-même après tous ; de cette manière, ils étaient assurés qu’il y aurait égalité pour tous dans la façon de porter le coup et de le recevoir. Enfin, les neuf Juifs souffrirent la mort et le dernier survivant, après avoir contemplé autour de lui la multitude des cadavres étendus, craignant qu’au milieu de ce vaste carnage il ne restât quelqu’un pour réclamer le secours de sa main et ayant reconnu que tous avaient péri, mit le feu au palais, s’enfonça d’un bras vigoureux son épée tout entière dans le corps, et tomba près de ceux de sa famille… »

De Massada à Varsovie, le mythe à l’épreuve

Le souvenir de Massada a ressurgi avec brutalité en avril-mai 1943, lorsque les derniers juifs du ghetto de Varsovie se sont soulevés contre les SS allemands dans une tentative héroïque et désespérée. Ce fut pratiquement, contre les nazis, le seul acte de résistance armée au génocide des Juifs.

Afficher l'image d'origine

Le mythe de Massada a toutefois été mis à l’épreuve par les fouilles menées de 1963 à1965 par le général et archéologue Ygael Yadin, ainsi que le rappelle Le monde de la Bible (n°180, novembre-décembre 2007).

Afficher l'image d'origine

Si la rampe de terre construite par les Romains est avérée, de même que l’incendie des installations, rien ne vient démontrer la réalité du suicide collectif. Celui-ci relèverait sans doute d’une exagération épique propre à l’historien.

rome_antique_image657

Deuxième guerre juive.

En Judée même, le sentiment national n’est pas mort avec la prise de Massada.

Afficher l'image d'origine

Deux générations plus tard, l’empereur Hadrien est lui-même effrayé par la vigueur du particularisme juif. Il décide de le combattre par une campagne d’hellénisation : la circoncision est prohibée, Jérusalem rebaptisée « Colonia Ælia Capitolina » et un temple dédié à Jupiter Capitolinus est édifié sur les ruines du précédent. La Judée elle-même perd son nom. Elle est intégrée à la province de Palestine, ainsi nommée en souvenir des anciens habitants du littoral, les Philistins.

Afficher l'image d'origine                          Jerusalem

Mais un jeune exalté du nom de Bar Kochba (« Fils de l’étoile ») prend la tête d’une nouvelle révolte et s’empare de Jérusalem. Il malmène la légion égyptienne XXII Deiotariana chargée de faire régner l’ordre.

Afficher l'image d'origine

Hadrien se rend sur les lieux et appelle la Xe légion bretonne, sous le commandement du général Gaius Julius Severus, pour mater la rébellion. La campagne militaire va durer trois ans, de 133 à 135, et entraîner la mort de plusieurs centaines de milliers de Juifs. À son terme, la Judée sera durablement ruinée et les Juifs auront, qui plus est, l’interdiction de se réinstaller dans la ville de Colonia Ælia Capitolina, l’ancienne Jérusalem.

Afficher l'image d'origine

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :