D’où vient ce fanatique, commanditaire du kidnappinge de plus de 200 lycéennes?
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Dans le chaotique géant de l’Afrique, Aboubakar Shekau a été l’artisan de la dérive meurtrière d’une secte islamiste dopée par la misère, la corruption et l’impuissance de l’armée 

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D’où vient ce fanatique, commanditaire du kidnapping de plus de 200 lycéennes? Dans le chaotique géant de l’Afrique, Aboubakar Shekau a été l’artisan de la dérive meurtrière d’une secte islamiste dopée par la misère, la corruption et l’impuissance de l’armée

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L’image est floue, le son, médiocre, la mise en scène, aussi grandiloquente que convenue. Mais le message est clair. Clair et glaçant. Dans la vidéo transmise à l’Agence France-Presse et dévoilée le 5 mai, Aboubakar Shekau, le gourou de la secte islamiste nigériane Boko Haram, revendique avec une allégresse barbare l’enlèvement, le 14 avril précédent, de 276 adolescentes, dont 220 environ toujours portées disparues un mois après l’assaut lancé sur leur lycée de Chibok, ville de l’Etat de Borno, dans l’extrême nord-est de la nation la plus peuplée d’Afrique.

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Flanqué d’acolytes masqués en treillis de combat, l’orateur pose, kalachnikov en sautoir, devant un véhicule blindé kaki et deux pick-up équipés de mitrailleuses. Pour le reste, on se croirait dans une parodie bâclée, sinon au coeur d’un casting amateur de djihadistes d’opérette. La gestuelle, le phrasé, le sourire goguenard: tout respire l’outrance, voire la démence. Le forcené livre sa harangue hallucinée en haoussa – la langue la plus répandue dans le nord du pays

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en arabe et dans un anglais rudimentaire : « Vos filles, je les vendrai au marché. Allah me l’ordonne. » Puis le barbu fait serment d’arroser le sol du Nigeria du sang des chrétiens et des musulmans impies. « Tuer! Tuer! Tuer! Tuer! » ânonne-t-il, avant de défier Barack Obama, François Hollande, la dynastie Bush, Bill Clinton, et -comprenne qui pourra -Abraham Lincoln.

Que sait-on d’Aboubakar Shekau? Pas grand-chose. Les experts ne s’accordent ni sur son âge – les uns le disent encore trentenaire, les autres lui donnent entre 44 et 49 ans – ni sur son lieu de naissance exact. Même si, à en croire la plupart d’entre eux, ce fils de paysans d’ethnie kanuri doit son patronyme à la bourgade de l’Etat de Yobe, frontalier du Niger, où il aurait vu le jour. Pour autant, quelques rares témoignages permettent de retracer sa trajectoire. Dès 1990, le jeune Aboubakar rallie Maiduguri, capitale de l’Etat voisin de Borno et futur bastion de Boko Haram, où il erre un temps, sans cap ni boussole, dans le quartier déshérité de Mafoni.

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Son besoin d’ancrage le conduit jusqu’aux bancs d’un institut d’études juridiques et islamiques. Là, il se lie avec un certain Mamman Nur, qui l’introduit auprès du prédicateur radical Mohammed Yusuf. Les sermons de cet ouléma charismatique formé à Médine (Arabie saoudite), prompt à flétrir les perversions de l’Occident, l’éducation laïque ou les méfaits d’une élite arrogante, cupide et corrompue, lui assurent l’allégeance d’une cohorte d’étudiants pauvres et désoeuvrés, épris de « pureté » et de mysticisme. Aboubakar Shekau passe alors pour un élève taiseux, bosseur et frugal. Chichement vêtu, habité par ses lectures, il ne craint ici-bas rien ni personne. Quoique sommaires, ses compétences théologiques lui vaudront le surnom de Darul Tawhid, référence à sa loyauté d’airain au concept d’unicité de Dieu.


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Le noyau militant né autour d’un Yusuf qui ne dédaigne ni les rituels magiques ni les amulettes sort de l’ombre en 2002, sous le nom de Communauté des disciples pour la propagation de l’enseignement du Prophète et la guerre sainte. Appellation qu’éclipse bientôt la formule familière « boko haram », qui signifie « la culture occidentale est sacrilège ». L’année suivante, le prêcheur et ses adeptes s’établissent dans les environs de Kanama, aux portes du Niger, où ils créent une manière de cité idéale, censée renouer avec les vertus de l’islam originel.

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Une galaxie où graviteraient de quatre à six factions

La liste des cibles s’allonge de mois en mois. On visait à l’échelon local le check-point, le bâtiment public, l’imam suspect de tiédeur, puis l’église. Désormais, il s’agit de semer la terreur et le deuil sur le campus, dans le dortoir de l’internat – toujours cette hantise névrotique du savoir -, mais aussi, comme ce fut le cas les 14 avril et 1ermai, au coeur de la gare routière d’une banlieue d’Abuja, la capitale fédérale. Et de livrer bataille à l’armée sur son terrain. Pour preuve, cette offensive lancée en décembre dernier contre une base aérienne et une caserne de Maiduguri, fatale entre autres à cinq avions. Le recours aux voitures piégées et aux kamikazes l’atteste : l’arsenal s’étoffe, tandis que le modus operandi se durcit. Et ce au contact, soutiennent maints analystes, des « cousins » de l’internationale djihadiste, qu’ils sévissent au Sahel sous l’étendard d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) et de ses satellites ou en Somalie, dans les rangs des miliciens shebab. Shekau lui-même aurait ainsi été signalé aux abords de Gao (Mali), au temps où les dingues de la charia y dictaient leur loi. Evincés des métropoles depuis la proclamation, voilà un an, de l’état d’urgence, ses soudards écument les campagnes, ravageant les villages coupables d’avoir levé une milice d’autodéfense ou soupçonnés de ollaborer avec les militaires. Quant au kidnapping de la famille française Moulin-Fournier, enlevée en février 2013 dans l’extrême nord du Cameroun et libérée deux mois plus tard, il traduit une autre inflexion : jusqu’alors, Boko Haram s’abstenait de s’emparer d’otages européens, laissant ce soin à Ansaru, filiale supposée dissidente.

Lycéennes enlevées au Nigeria: l’Elysée cherche la faille Boko Haram

Un sommet se tient ce samedi à l’Elysée pour coordonner la lutte contre la secte islamiste Boko Haram après l’enlèvement de 200 lycéennes au Nigeria. Plusieurs chefs d’Etat africains ont répondu présents. Lycéennes enlevées au Nigeria: l'Elysée cherche la faille Boko Haram

Une capture d’écran de la vidéo de Boko Haram diffusée le 12 mai 2014 montrant des lycéennes enlevées par le groupe islamiste, en train de prier, habillée en hijab, dans un endroit non précisé.
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Paris est à la manoeuvre. Un mois après l’enlèvement de plus de 200 lycéennes par Boko Haram, l’Elysée accueille ce samedi un mini sommet africain autour du président nigérian Goodluck Jonathan, dont la stratégie face au groupe islamiste est de plus en plus contestée. Le sommet réunit également les chefs d’Etat du Cameroun, du Niger, du Tchad et du Bénin, ainsi que des représentants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Union européenne. Il vise à établir une stratégie régionale contre Boko Haram, secte islamiste nigériane apparue en 2002 et qui menace de plus en plus les voisins du géant anglophone d’Afrique de l’Ouest.

« Lenteur tragique et inacceptable »

Le rapt des lycéennes ont jetté une lumière crue sur la violence d’un groupe islamiste armé dont les attaques sanglantes ont fait des milliers de morts, mais aussi sur la violence de l’armée nigériane et incurie gouvernementale, pointées du doigt par les plus proches alliés du Nigeria, Américains en tête.
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Washington, qui a classé en novembre 2013 Boko Haram sur la liste des « organisations terroristes étrangères », et qui a mobilisé hommes et équipements pour aider à retrouver les lycéennes, a fustigé jeudi « la lenteur tragique et inacceptable » de la réponse du gouvernement nigérian face à la crise.

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De fait, le président Goodluck Jonathan ne s’est ému du sort des jeunes filles que plus de 15 jours après leur enlèvement. Et la veille de sa venue à Paris, s’exposant à de nouvelles critiques internationales, il a annulé une visite annoncée à Chibok, la localité de l’Etat de Borno (nord-est) où s’est produit l’enlèvement.

Pas d’intervention militaire prévu

Paris, qui de son côté n’a pas formulé publiquement de critiques à l’encontre de son nouvel allié anglophone, une des puissances économiques du continent, va tenter avec ce sommet de coordonner la lutte au niveau régional. Les diplomates soulignent l' »excellence » des relations entre Paris et Abuja depuis l’arrivée du président François Hollande, très investi sur le continent africain.
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S’il n’est pas question d’une intervention militaire occidentale contre Boko Haram, répète l’Elysée, la France, qui intervient militairement au Mali et en Centrafrique, dispose de troupes au Tchad et au Niger et a eu plusieurs ressortissants pris en otages dans la région, se prévaut d’une réelle expertise pour impulser cette lutte. La France a des Rafale à N’Djamena qui peuvent effectuer des missions de reconnaissance et deux drones au Niger, rappelle une source militaire.
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Au plan régional, Paris attend que les pays concernés élaborent un plan avec des mesures communes, comme le partage de renseignements, et un soutien des partenaires occidentaux à ce plan, explique une source diplomatique. Autre piste qui pourrait être abordée, l’implication du Conseil de sécurité de l’Onu et l’éventuelle application de sanctions contre le groupe islamiste.
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Bon comme un citron bien rond !