L’affaire Bygmalion a fait imploser l’UMP.

images (16)Il n’aura pas fallu vingt-quatre heures après les élections européennes pour que le parti de la droite se déchire. Mardi 27 mai, le bureau politique du parti a viré au règlement de comptes. Sommé par François Fillon de quitter son poste de président, Jean-François Copé a plié en acceptant de démissionner au 15 juin. Un nouveau congrès devrait se tenir pour procéder à son remplacement.

 

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L’affaire Bygmalion qui, depuis trois mois, empoisonne la vie de l’UMP et se concentrait jusque-là sur le président du parti, Jean-François Copé, fait aujourd’hui l’effet d’une bombe à fragmentation. Elle menace de faire imploser toute la droite. Ce dossier, qui a déjà pris une tournure judiciaire, prend une nouvelle dimension :Nicolas Sarkozy est à son tour éclaboussé. La droite donne une image exécrable, au moment où le FN vient de lui ravir le titre de premier parti d’opposition aux élections européennes.
« Toutes ces casseroles font un bruit terrible », résume le député UMP Bernard Debré. Au cœur des soupçons, Jean-François Copé est la principale victime de ce feuilleton à rebondissements. Le président contesté de l’UMP va y laisser son poste à la tête du parti d’une manière précipitée alors que son mandat devait courir jusqu’en novembre 2015.

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Fragilisé par l’échec de la droite aux européennes face à un FN triomphant, M. Copé est un homme à terre. Après être passé pour un tricheur dans son duel fratricide avec François Fillon à l’automne 2012, il semble avoir tout perdu. Politiquement, il se retrouve très isolé puisque son alliance de circonstance avec Nicolas Sarkozy, nouée à l’été 2012 contre l’ancien premier ministre, a volé en éclats.

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Si vous n’avez rien suivi au scandale qui secoue l’UMP

Un chef de parti, des proches favorisés et des liens avec le Qatar… Le patron de l’UMP, Jean-François Copé, fait l’objet de plusieurs accusations, qui ont abouti à sa démission, mardi 27 mai. Des révélations de l’hebdomadaire Le Point, le 27 février, en passant par l’ouverture d’une enquête préliminaire, jeudi 5 mars, et la mise en cause de l’UMP et des comptes de campagne de Nicolas Sarlozy par l’avocat de Bygmalion, lundi 26 mai, retour sur l’« affaire Copé ».

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De quoi M. Copé est-il accusé ?

Les surfacturations.

 Le Point affirme, dans un article du 27 février, que la société de communication Bygmalion, ou plus précisément sa filiale Events & Cie, a été rémunérée par l’UMP 8 millions d’euros pour l’organisation des meetings de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Une somme jugée importante eu égard aux prestations fournies.
Selon l’hebdomadaire, l’entreprise a bénéficié « de juteuses commandes sans appels d’offres et payées rubis sur l’ongle » par le groupe UMP de l’Assemblée nationale, lorsque M. Copé en était le président. Il affirme aussi que l’entreprise a décroché de nombreux contrats à partir de 2010, date à laquelle Jean-François Copé en est devenu le secrétaire général.

Le Qatar.

Le Point évoque particulièrement « le mystère sur l’origine des fonds »de Bygmalion. L’entreprise aurait fait un montage financier complexe avec la société luxembourgeoise Centuria Capital, un « fonds d’investissement de plus de 4 milliards d’euros largement abondé par les Qatariens », selon l’hebdomadaire.
Le patron de ce fonds aurait notamment servi d’intermédiaire lors de « la vente de deux joyaux appartenant à l’Etat » – l’hôtel Kinski et le centre de conférences Kléber –, lorsque M. Copé était ministre du budget.

Comment la justice s’est saisie du dossier
Selon les informations du Monde, le parquet de Paris a ordonné, le 5 mars, une enquête préliminaire visant implicitement Jean-François Copé et les marchés obtenus par la société Bygmalion, en particulier sa filiale Events et Cie, durant la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy.

Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales. Elles visent à établir d’éventuelles infractions de «faux»«abus de biens sociaux» et «abus de confiance».

Quels sont les liens entre Bygmalion et M. Copé ?

Les deux fondateurs de Bygmalion, Bastien Millot et Guy Alves, sont tous deux proches de Jean-François Copé. Ces communicants ont tous deux travaillé avec lui à la mairie de Meaux, dont M. Copé est maire, puis dans son cabinet lorsqu’il était ministre délégué au budget, entre 2004 et 2007.
Elu à la tête de l’UMP en 2012 dans des conditions controversées, le député UMP a confié l’intégralité de la communication du parti à M. Alves, qui est également le contact identifié au Journal officiel de l’association Génération France, le microparti de M. Copé. Il en a même été le trésorier, selon Le Point.
Le troisième homme de l’affaire est Emmanuel Limido, le patron de Centuria Capital. Qualifié d’« investisseur fantôme » par le Point, il aurait joué les intermédiaires lors de la vente des deux biens immobiliers de l’Etat. Or, entre ces deux ventes, M. Limido aurait embauché M. Alves en tant que directeur du développement.

Quelle est la défense de Jean-François Copé ?
Depuis plusieurs mois, le président de l’UMP est gravement mis en cause par cette affaire, une situation d’autant plus grave dans un contexte de défaite aux élections européennes de dimanche.
Le Monde a révélé lundi 26 mai que Jean-François Copé allait porter plainte contre X pour être entendu par les juges et communiquer les informations dont il dispose dans le dossier Bygmalion. Une initiative qui « vise à desserrer l’étau autour de lui », selon un copéiste contacté par Le Monde.

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Voici les principaux arguments de Jean-François Copé :

 

1-Il n’a jamais été au courant des ventes de l’immobilier de l’Etat organisées par France Domaine.
En tant que ministre délégué au budget, il a piloté la vente d’une partie du patrimoine de l’Etat.

2-Guy Alves était dans le privé au moment des ventes au Qatar.

Si M. Alves a quitté le cabinet de M. Copé en septembre 2006, soit quelques mois avant la vente du centre Kléber, conclue en avril 2007, cela ne veut pas dire qu’il n’a pas participé aux négociations en amont.

3-Il n’a pas choisi Bygmalion, qui travaille avec l’UMP depuis 2002.

Depuis 2010, et particulièrement depuis son arrivée à la tête de l’UMP, l’omniprésence de Bygmalion dans l’organisation des événements du parti fait grincer des dents, surtout chez les pro-Fillon.

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Comment Bygmalion a-t-il fait volte-face ?
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Jusqu’à récemment, les deux cofondateurs de Bygmalion avaient nié toutes ces informations. Dans un entretien à L’Express, mardi 4 mars, ils avaient dénoncé un« règlement de comptes politique, orchestré à quelques semaines des municipales et visant le président du principal parti d’opposition ».

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Mais l’avocat de la société de communication, Me Maisonneuve, a dynamité la stratégie qui prévalait jusqu’à présent. Lundi 26 mai, il a affirmé que Bygmalion se serait vu « imposer » des factures litigieuses « à la demande » du parti. Un montage organisé pour dissimuler les dépassements de frais de campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle 2012.

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Patrick Maisonneuve a estimé à « plus de dix millions d’euros » les sommes litigieuses. Selon lui, des prestations liées aux meetings de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2012 étaient « indûment » imputées à des conventions facturées à l’UMP.

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« C’était ça ou ils n’étaient pas payés », a dit Me Maisonneuve, qui a parlé de « chantage économique ». Refusant de désigner des responsables présumés, l’avocat de Bygmalion a appelé la direction de l’UMP à désigner les responsables : « L’équipe de campagne du candidat n’a qu’à dire les choses »« Bygmalion est prêt à l’assumer mais ne veut pas en porter la responsabilité », a-t-il encore déclaré.

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Ces nouveaux rebondissements transforment « l’affaire Bygmalion » en « affaire des comptes de campagne », selon l’avocat.
C’est un coup dur pour le maire de Meaux (Seine-et-Marne), qui ne peut plus compter sur la bienveillance des sarkozystes. Plus question de miser sur un retour victorieux de l’ex-président pour accéder à Matignon, comme il en rêvait. Autre conséquence négative : M. Copé perd son bouclier, Jérôme Lavrilleux. Il a décidé de se séparer de son homme à tout faire depuis dix ans, trop exposé dans cette affaire pour le rôle stratégique qu’il a joué lors de la campagne de M. Sarkozy. Enfin, ses soutiens, tels Luc Chatel ou Roger Karoutchi, ont pris leurs distances.
L’autre grand perdant de cette affaire, c’est Nicolas Sarkozy.

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L’ancien président se retrouve mêlé à cette histoire depuis l’intervention choc de Me Patrick Maisonneuve, l’avocat de Bygmalion, lundi 26 mai. Ce dernier a assuré que l’affaire serait avant tout celle « des comptes de campagne du candidat Sarkozy ».

 


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D’après Me Maisonneuve, les « fausses factures » en cause visaient à couvrir des dépassements de frais de sa campagne en 2012. Une thèse appuyée par le directeur de cabinet de M. Copé, Jérôme Lavrilleux, qui a reconnu que des prestations fournies par la société de communication ont été indûment facturées à l’UMP au lieu d’être imputées aux comptes de campagne de M. Sarkozy.

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Ces propos ont fait l’effet d’une bombe car ils contribuent à braquer les projecteurs sur l’ex-président, dont les comptes de campagne ont déjà été rejetés par le Conseil constitutionnel en juillet 2013. Alors qu’une souscription auprès des militants avait été lancée pour combler les 11 millions d’euros manquants, cette affaire menace de détériorer la relation de confiance de M. Sarkozy avec les sympathisants de droite. Laurent Wauquiez ne s’y est pas trompé. « Quand on se dit que des Français ont donné des millions d’euros pour renflouer le parti et qu’on comprend que tout ça est allé à un groupe de communication avec des fausses factures, c’est juste insupportable », s’est-il indigné sur France Info.

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LA SARKOZYE INDIGNÉE

Pour l’ex-président, ce rebondissement constitue un nouvel obstacle sur le chemin de son retour. Traqué par les juges dans plusieurs autres affaires, il voit de nouveau son nom apparaître dans un dossier sulfureux. La Sarkozye s’en inquiète, et joue l’indignation. Son fidèle lieutenant, Brice Hortefeux, a assuré mardi sur RTL que l’ex-chef de l’Etat était « très mécontent de voir son nom associé à cette curieuse actualité ».

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« Nicolas Sarkozy se retrouve au milieu d’une affaire qui ne le concerne en rien »,peste son entourage. « La question de fond, c’est : quel degré de connaissance Nicolas Sarkozy pouvait-il avoir de l’intendance de sa campagne ? »

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Les rivaux de M. Sarkozy à l’UMP dans l’optique de la présidentielle de 2017 pourraient tirer profit des ennuis de l’ex-président. Alain Juppé le premier, qui fait figure de principal recours au cas où le favori des sympathisants de droite se verrait empêcher.

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JUPPÉ ET FILLON EN EMBUSCADE

Dès lundi soir, le maire de Bordeaux a appelé à la préparation « de primaires coorganisées par toutes les forces de la droite et du centre, ouvertes à tous nos électeurs ».

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Le fondateur de l’UMP espère que cette affaire lui permettra de resserrer l’écart qui le sépare de M. Sarkozy dans les sondages pour faire figure, à terme, de candidat favori à droite. « Alain Juppé est le seul en mesure de contester le leadership de Nicolas Sarkozy aux yeux des sympathisants UMP »,remarque le sondeur de l’IFOP, Jérôme Fourquet.
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François Fillon reste lui aussi en embuscade. Distancé dans les sondages, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy espère se repositionner dans la course à l’Elysée, grâce à une sortie de route de l’ex-président.

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Depuis l’été 2012, M. Fillon tente d’incarner une autre pratique du pouvoir que l’ex-président, souhaitant que ce positionnement se révélera payant à terme. Celui-ci qui espère un duel avec Alain Juppé confie : « Si on doit être en compétition, ce sera à la loyale, il n’y aura pas de mauvais coups. »

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Les autres prétendants à la primaire (Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand) y voient également une occasion de tourner la page Sarkozy pour mieux jouer leur carte dans l’optique de la présidentielle de 2017. L’un d’eux veut croireque Nicolas Sarkozy ne pourra pas effectuer un retour gagnant : « On ne répond pas à un problème nouveau avec une solution ancienne. »

Jérôme Lavrilleux dit-il vrai sur les dépenses de campagne de François Hollande ?

Image « dérapages » financiers lors de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, aux locaux de l’UMP le 22 novembre 2012.
Les larmes aux yeux, le plus fidèle lieutenant de Jean-François Copé a accusé le PS de bricoler ses comptes à l’instar de l’UMP, dont il venait de dévoiler les supposées pratiques comptables douteuses.

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Sur le plateau de BFMTV, après avoir admis des « dérapages financiers » durant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, Jérôme Lavrilleux a signalé ce qui, pour lui, est une discordance entre le bilan des comptes de campagne de François Hollande et celui des comptes de la majorité.

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Ce qu’il a dit :

« Vous vous rendrez compte que le PS déclare dans ses comptes à lui, sur les salaires, 21 millions d’euros. (…) Et dans les comptes de François Hollande, les mises à disposition de personnels par le PS, c’est 650 000 euros. Je m’interroge. »

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POURQUOI LA COMPARAISON N’A PAS DE SENS
Jérôme Lavrilleux a raison sur un point :  le total des salaires du PS est bien égal à 21 millions d’euros en 2012. C’est en effet une somme nettement supérieure aux dépenses des autres partis en la matière. Mais c’était déjà le cas les années précédentes.

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A l’UMP, c’est le poste de dépenses concernant la propagande et la communication qui est nettement au-dessus des autres.

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Mais les comptes de campagne sont distincts de ceux du parti du candidat — c’est d’ailleurs cette distinction qui est au cœur de l’affaire Copé-Bygmalion.

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Lors d’une campagne présidentielle,
les militants sont amenés à tractertoqueraux portes, appeler les électeurs indécis ou participer à d’autres opérations de communication. C’est ce que Jérôme Lavrilleux appelle « les mises à disposition du personnel ». Les coûts engendrés par cette activité bénévole à l’occasion d’une élection sont portés dans une rubrique spéciale de chaque compte de campagne, celle du « personnel mis à disposition » des candidats.

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Si un bénévole est envoyé faire le tour d’une circonscription pour la campagne, les frais de son voyage seront inscrits dans les comptes de campagne dans cette case.
François Logerot, président de la commission chargée de vérifier la validité des comptes de campagne (CNCCFP), est sceptique quant aux propos de M. Lavrilleux :

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 « Je ne comprends pas la portée de cette critique. (…) Si l’intérêt était de démontrer que le plafond du compte de campagne de M. Hollande était dépassé par le travail des bénévoles, ça ne tient pas debout ! L’évaluation du coût du personnel mis à disposition pour la campagne est inscrit dans le bilan de M. Hollande. »

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Le bras droit de M. Copé a donc mis en comparaison le montant total des salaires du Parti socialiste — 21 millions d’euros par an environ — et une partie des dépenses liées au personnel militant de François Hollande à l’occasion de la présidentielle — 654 062 euros. Autrement dit, il a comparé deux comptes de deux propriétaires différents : le premier est celui du Parti socialiste, le second est celui du candidat Hollande ; et deux choses différentes : d’un côté des salaires, de l’autre des défraiements.

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POURQUOI LA QUESTION MÉRITE TOUT DE MÊME D’ÊTRE POSÉE

Les dépenses liées à l’activité des militants sont plus élevées dans les comptes de M. Hollande que dans ceux des ses concurrents d’alors. Et de loin. Une moitié des candidats de la dernière présidentielle a déclaré des dépenses liées à cette activité militante et bénévole ; une autre moitié, elle, n’y a pas consacré un centime. Jean-Luc MélenchonFrançois BayrouNathalie ArthaudMarine Le Penet Eva Joly sont de ceux-là. Pour M. Logerot, cela signifie « soit que ces partis n’ont eu affaire qu’à du personnel salarié pour l’élection, soit que les contrats de travail conclus avec le parti avant la campagne ont été suspendus et remplacés par des nouveaux ».
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Pour Yves Contassot, trésorier de la campagne d’Eva Joly, « c’est un choix que fait le parti, il décide de prendre en charge ou non les frais de l’activité bénévole. Il est possible qu’un militant participe à la campagne sur son temps libre et ses deniers ». Pour la campagne d’Eva Joly, le parti écologiste a choisi de ne pas rembourser les factures des militants.

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 « C’est une question de priorité, quand on a un budget de deux millions d’euros pour faire campagne, on doit faire des choix », ajoute M. Contassot. Toujours est-il que cela explique que la ligne soit blanche pour les campagnes financièrement plus modestes que celles du PS ou de l’UMP.
Pour conclure, notons que la CNCCFP a accès aux détails des comptes de campagne mais pas à ceux des comptes des partis. « Nous vérifions que les partis ont respecté leurs obligations comptables. Les partis sont des entités privées et il n’existe aucun mécanisme de surveillance concernant leur exercice annuel  », explique M. Logerot.

L’article 4 de la Constitution admet en effet que les partis politiques « se forment et exercent leur activité librement ».

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       Copé touché, coulé.

 

 

 

 

 

 

Bon comme un citron bien rond !