Une digue sépare la centrale nucléaire des eaux de la Gironde. Mais les marais alentour restent inondables, tout comme la route d’accès.
Nous sommes secoués par la catastrophe japonaise. J’ai proposé une réflexion à chaud, car on ne doit pas oublier la tempête de 1999 et l’inondation de la centrale du Blayais. » Jacques Maugein, président de la commission locale d’information nucléaire, réunit son bureau cet après-midi, à 16 h 30, au Conseil général, à Bordeaux, pour une discussion à bâtons rompus. On ne se bornera pas à évoquer les événements du Japon, il sera surtout question du fonctionnement de la centrale des rives de Gironde.
Expert indépendant
Bernard Basse-Cathalinat, biophysicien et spécialiste de la médecine nucléaire et membre de cette commission, se réjouit d’une telle initiative.
« Depuis l’inondation de 1999, des mesures de sécurité ont été prises, les digues ont été renforcées et rehaussées. La centrale, en principe, est insubmersible. Partout où l’eau était passée, des aménagements ont été apportés pour que cela ne se reproduise plus », indique M. Basse-Cathalinat. Il souligne, cependant, qu’« une inondation du marais autour de la centrale est toujours possible ».
Et rappelle que la route d’accès à la centrale n’a pas été surélevée. « Elle peut être submergée, les secours seront alors empêchés. »En expert libre et vigilant, Bernard Basse-Cathalinat attirera l’attention sur l’enseignement majeur des événements blayais (hier) et japonais (aujourd’hui) :la fragilité des centrales nucléaires « face au trop d’eau et au pas assez d’eau ».« Elles courent le risque de l’inondation comme celui de la ressource insuffisante à un bon refroidissement qui réclame des volu- mes considérables. » Ainsi, quand ses quatre réacteurs fonctionnent, la centrale du Blayais utilise 180 mètres cubes d’eau à la seconde. Que le prélèvement en eau ralentisse, et la puissance des réacteurs diminue.
Jacques Maugein entend appuyer là où le risque est clairement identifié. « Nous voulons des informations précises d’EDF sur les conditions d’utilisation des eaux de refroidissement qui doivent être le mieux garanties », prévient-il. Le président de la commission rappelle qu’après l’inondation de 1999, une étude hydraulique du secteur du Blayais avait été commandée. Il regrette qu’elle ait été interrompue alors que l’État avait pris des engagements financiers « qu’il n’a pas honorés jusqu’au bout ».Enfin, s’il apparaît que la région « est à l’abri d’un tremblement de terre semblable à celui qui a frappé le Japon », M. Maugein rejoint Bernard Basse-Cathalinat sur « le risque d’inondation venant de l’intérieur ». « L’eau peut contourner la centrale et l’isoler. Cette situation n’est pas satisfaisante. Quand on a la connaissance du risque, on doit prendre les précautions qui s’imposent. » EDF, l’exploitant du site, sera mis face à ses responsabilités, et les élus seront sommés de prendre position.
Assumer la sécurité.

Renforcer la sécurité coûte extrêmement cher, mais il n’est pas concevable que, pour des raisons de compétitivité, la dépense liée à la sécurité soit rognée. Il faut assumer. »
Les inondations à Bordeaux en images
Stéphane Lhomme, né à Bordeaux le 4 novembre 1965, est le directeur de l’Observatoire du nucléaire. Il est aussi président de l’association antinucléaireTchernoblaye et militant de l’association Droit au logement. Titulaire d’un DEA ensociologie, il a été instituteur de 1991 à 2002. En 1999, il rentre à la Ligue Communiste Révolutionnaire, où il ne reste qu’un an, puis fonde le « Collectif des Girondins pour la sortie du nucléaire », renommé Tchernoblaye après l’accident de la centrale. Après avoir été élu administrateur du Réseau Sortir du nucléaire en l’an 2000, il a été embauché par le Réseau en tant que chargé des relations extérieures de septembre 2002 à février 2010. Licencié en avril 2010, il fonde l’Observatoire du nucléaire.







