The Doors – Feast of Friends © Eagle Vision
Un doc autoproduit par les Doors : découvrez l’intimité du roi lézard.
Après 45 ans de bataille juridique, le documentaire Feast Of Friends,
autoproduit par les Doors et réalisé par Paul Ferrara, est enfin disponible officiellement. Un objet aussi précieux que déroutant.
« On ne l’a pas fait vraiment, ce film. En réalité il s’est fait tout seul » confiait Jim Morrison à l’époque en parlant de ce documentaire expérimental. Pourtant, s’il a été autoproduit par les Doors en personne, Feast Of Friends est avant tout construit sous l’œil de Paul Ferrara.
Au mitan du mois d’avril 1968, fraîchement diplômé de son école de cinéma, l’ex-camarade de classe du leader des Doors et de son organiste Ray Manzarek décide de s’éclipser sur la grande route de l’Ouest américain pour suivre le groupe alors en pleine expansion. Armé d’une caméra 16mm Arriflex, il capture pendant cinq mois des scènes de vie incroyables et, avec l’aide de son acolyte Babe Hill, tente d’enregistrer tant bien que mal des sons sur un enregistreur portable à bobine.
Un florilège de détails constitue le fil d’Ariane de Feast Of Friends. C’est bien d’ailleurs ce qui caractérisait les mélodies jouées par Ray Manzarek sur ses octaves ou qu’il fallait décrypter entre les lignes du poète déchu. Pas seulement un documentaire, ce film reste surtout la seule production vidéo jamais imaginée par les Doors eux-mêmes. Dépourvu d’entretiens avec les membres du groupe ou de repères biographiques, le film entend être plus vrai que nature.

Jim Morrison, tantôt atone, tantôt survolté, multiplie les provocations au cours ses messes musicales.
Sous l’emprise de l’alcool et du psychédélisme, le chanteur est de plus en plus imprévisible. Quand la veille il tentait littéralement de transformer son concert en émeute, il effectue le lendemain une « ode » au philosophe Friedrich Nietzsche, improvisée au piano. Avant de se rafraîchir dans la Kern River au sud de San Francisco. « Jim aimait barboter et nous en avons profité pour tourner avec lui alors qu’il prenait un pause pour nager et profiter du soleil », explique Paul Ferrara dans le livret du DVD. L’occasion de relâcher la pression médiatique et surperformer plusieurs titres lors d’un concert à l’Hollywood Bowl pour le « soundcheck », le 5 juillet 1968, le seul jamais filmé dans son intégralité.

Une période composée de chaos et de rédemption, donc, tandis que le groupe prépare la sortie de son troisième album studio, Waiting for the Sun. Avant que ce festin entre amis ne se termine sur un voilier, au large d’Hawaï, sous l’air stratosphérique de Gustav Holst, « Neptune, the Mystic ». Et de s’envoler pour une tournée européenne, début septembre 1968, sans la caméra de Paul Ferrara.
Mais, après les dérives et les accusations d’exhibitionnisme au cours d’un concert à Miami, le 1er mars 1969, Jim Morrison veut se défaire de cette aura de rock star, oublier sa terre natale et souhaite privilégier la poésie au tempo. Le financement de Feast Of Friends est arrêté. En mars 1971, le poète prend finalement le large, direction Paris. Dans ses bagages, il emporte avec lui une copie du documentaire. L’excès se nourrissant de l’extrême, dans la nuit du 2 au 3 juillet, Jim Morrison s’éteint de ce qui semble être une overdose. Quelques jours plus tôt, le leader déchu avait oublié dans un sac en papier plusieurs affaires chez un ami, dont la fameuse copie du film. Jim Morrison n’a jamais pu lui réclamer. Et cette histoire dure depuis 45 ans.

Depuis, Eagle Rock Entertainment et Doors Property, LLC ont décidé de réétalonner et restaurer en haute définition ce document d’envergure. Parallèlement, la bande-son a été remasterisée dans son entièreté par Bruce Botnick, architecte sonore emblématique du groupe.
Le coffret DVD, histoire de contenter les fans les plus pointilleux, est agrémenté de trois bonus supplémentaires : Encore, un court-métrage inédit rythmé par des enregistrements rares du groupe dont une séquence où les Doors enregistrent en studio le titre « Wild Child ». On peut aussi y (re)découvrir le documentaire The Doors Are Open, réalisé lors du dernier concert donné par le band au Roundhouse de Londres en 1968. Mais également la performance du titre «The End », filmé à Toronto en août 1967 pour l’émission « The O’Keefe Centre Presents The Rock Scene – Like It is ». Une chose est certaine : depuis le 11 novembre dernier, les portes de la perception sont toutes entrebâillées.
Feast of Friends est sorti le 11 novembre en DVD et Blu-ray.


