Pour l’heure, les Etats-Unis sont hors jeu, et c’est ce que voulait Obama.

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Sa décision récente d’envoyer cinquante hommes des forces spéciales américaines assister les alliés des Etats Unis en Syrie est un geste de façade destiné à donner l’impression qu’il fait quelque chose. Il n’ira pas au delà. C’est un geste de façade.

Pour l’heure, le maître du jeu est Vladimir Poutine, et Vladimir Poutine entend sauver ce qui reste du régime Assad, pour garder le port de Tartous et une base russe en Méditerranée. Il s’y prend de manière nette et brutale, et nulle force occidentale n’est en mesure de l’arrêter.

Pour l’heure, les dirigeants iraniens s’appuient sur Poutine, car l’Iran ne peut, par lui-même sauver le régime Assad, qui est leur allié : le sauvetage du régime Assad leur permet non seulement de garder un fragment de Syrie, mais aussi de préserver la mainmise du Hezbollah sur le Liban.

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Comme c’était prévisible, et comme je l’avais prévu, Poutine a peu touché, jusqu’à présent, l’Etat Islamique, qu’il a voulu utiliser pour faire pression sur l’Arabie Saoudite, les émirats du Golfe et l’Egypte, déjà menacés par les ambitions de l’Iran.

Et comme c’était prévisible en ce contexte, les dirigeants saoudiens, des émirats du Golfe et de l’Egypte se sont rapprochés de Poutine, aux fins d’obtenir sa protection : ils savent que seul Poutine peut freiner les ardeurs de l’Iran, et s’en prendre à l’Etat Islamique. Des émissaires saoudiens se sont souvent rendus à Moscou ces derniers temps.

Des accords, loin des projecteurs, ont été passés en ce sens, qui expliquent pourquoi l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Russie se sont retrouvés, à Vienne, à la même table.

Poutine a, sans aucun doute, échangé des garanties faisant que l’Iran n’agresse pas l’Arabie Saoudite, que l’Arabie Saoudite consente au maintien d’Assad, et qu’en échange la Russie s’en prenne plus nettement à l’Etat Islamique.

Le fait que Poutine ait promis de s’en prendre plus nettement à l’Etat Islamique explique la volonté de ce dernier de s’en prendre à la Russie, et l’attentat contre un avion russe dans le Sinaï, commandité par l’Etat Islamique, est, de la part de celui-ci un message clair, montrant à Poutine que l’Etat Islamique n’est pas sans moyens de riposte, au delà du territoire syrien : ce que Poutine, en fait, sait déjà, et qui explique aussi pourquoi (outre sa volonté de l’utiliser comme moyen de pression sur l’Arabie Saoudite, les émirats du Golfe, l’Egypte) il a été, jusqu’à présent prudent face à l’Etat Islamique.

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Celui-ci s’est, de fait, doté de ramifications qui inquiètent Poutine : depuis le territoire afghan, où il est désormais implanté, l’Etat Islamique a pénétré les républiques musulmanes de la périphérie Sud de la Russie, et la Russie elle-même. Des cellules dormantes de l’Etat Islamique existent désormais au Tadjikistan, en Ouzbekistan, au Kazakhstan et en Russie. Il est possible que des soldats russes musulmans (la Russie a une population musulmane importante, plus de douze pour cent de sa population, et, donc, des soldats musulmans) soient des agents infiltrés de l’Etat Islamique.

L’imbroglio ne serait pas complet si on n’y ajoutait pas que la Chine n’est pas absente du terrain. Des bateaux de guerre chinois sont récemment venus mouiller dans le port de Tartous, en Syrie, pour assister l’armée russe. La Chine a elle-même intérêt à voir l’Etat Islamique amoindri : elle fait face à des révoltes islamiques sunnites dans le Xinjiang, où la population musulmane est importante et semble infiltrée par l’Etat Islamique. Elle voudrait pousser Poutine à davantage contre l’Etat Islamique, sans s’impliquer trop directement elle-même.

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L’imbroglio ne serait pas complet si on n’ajoutait pas la situation en Turquie.

Erdogan a longtemps soutenu l’Etat Islamique et voulait le renversement d’Assad, tout en voulant que l’Etat Islamique écrase le soulèvement kurde en Syrie et l’autonomie kurde en Irak, aux fins d’éviter un débordement chez les Kurdes turcs. Il a contribué à la déstabilisation de l’Europe en laissant passer les flux migratoires qui ont déferlé jusqu’en Allemagne. Il ne peut plus espérer renverser Assad, et il peut difficilement appuyer ouvertement l’Etat Islamique désormais sans se placer en conflit plus ouvert avec la Russie. Il peut tout juste réprimer les Kurdes à l’intérieur du pays, et accentuer la dérive autoritaire de son régime. Les élections, à l’évidence truquées (ce qu’on ne dit pas en France) qui viennent d’avoir lieu, sont lourdes de risques d’émeutes et de mécontentement.

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L’Europe face à cela apparaît comme un non acteur, en position de subir et non de contrôler.

Le fait que les Etats Unis soient hors jeu fait que celle-ci est à la merci de Poutine, comme elle est à la merci de l’Iran, allié de Poutine.

Poutine apparaît comme le seul à même d’endiguer l’Etat Islamique (qui menace aussi l’Europe) et d’éviter que l’Iran (qui a tous les moyens de menacer l’Europe lui aussi) soit trop menaçant.

Poutine tient entre ses mains, outre la sécurité de l’Europe, les fournitures énergétiques dont celle-ci a besoin.

Cela explique que les gestes d’allégeance à son égard se multiplient.

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La volonté de Hollande et Fabius de poser leurs conditions et d’exiger le départ d’Assad est en ce contexte ridicule. Même l’Arabie Saoudite, les émirats du Golfe et l’Egypte n’exigent plus le départ d’Assad.

Les gestes de soutien de quelques députés français à Assad sont eux-mêmes, en ce contexte, ridicules : Assad n’est encore là que parce que Poutine le veut, et les Iraniens aussi. Assad n’est plus rien.

Dans la ville sainte de Qom, le 14 juin.

Les gestes d’amitié envers l’Iran sont des gestes d’apaisement vils. L’Iran est l’un des éléments de l’imbroglio, mais reste un pays dangereux, anti-occidental, soutien du terrorisme. La nocivité de l’Iran est freinée présentement par Poutine : cela ne rend pas les mollahs plus fréquentables.

L’enthousiasme manifesté ici ou là en France vis-à-vis de Poutine, présenté parfois comme sauveur de l’Occident, est d’un simplisme consternant.

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Oui, Poutine est le seul à même d’endiguer l’Etat Islamique et d’éviter que l’Iran soit trop menaçant. Oui, il tient entre ses mains les fournitures énergétiques et la sécurité de l’Europe. Mais oui, aussi, l’imbroglio proche-oriental existe et la position de Poutine face à l’Etat Islamique est difficile.

Une nouvelle vidéo de l'EI s'en prend à la France.

Poutine joue une partie de realpolitik. Son but est de sauver un peu de la puissance de la Russie. Il n’a aucun intérêt à sauver l’Europe de quoi que ce soit, et a, même plutôt intérêt à faire payer la protection que l’Europe peut lui demander : en Ukraine, dans les pays baltes, par le prix des matières premières énergétiques, qu’il fera tout pour faire remonter, et fera remonter si l’Arabie Saoudite et les émirats du Golfe poursuivent leur rapprochement avec lui. Poutine peut faire pression sur la Turquie d’Erdogan pour qu’elle ne soutienne plus l’Etat Islamique, mais n’a aucun intérêt à faire pression sur Erdogan pour qu’il endigue les flux migratoires qui déferlent en Europe. Il laissera Erdogan demander des milliards à l’Europe en échange d’un éventuel endiguement des flux.

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Je dirai pour finir un mot d’Israël.

Israël doit aussi compter sur Poutine pour endiguer l’Etat Islamique et freiner les ardeurs de l’Iran. Mais Poutine n’empêchera pas la présence iranienne sur les hauteurs du Golan, ou le renforcement du Hezbollah, car ce sont des éléments de sa stratégie.

Israël n’est pas menacé par Poutine, et peut utiliser sa position de puissance régionale stable et forte comme un atout pour le jeu de Poutine : c’est ce qui se fait présentement. Avec succès : Poutine voit Israël comme un pôle de stabilité, et comme un allié tactique.

Poutine n’est pour autant pas un allié stratégique d’Israël. Son alliance avec Israël ne repose pas, comme celle qui a pu exister avec les Etats Unis, sur des valeurs communes.

Israël doit compter sur l’allié tactique qu’est Poutine parce que les Etats Unis ont le Président qu’ils ont aujourd’hui et parce que l’Europe se conduit peu à peu en ennemie d’Israël. Mais un allié tactique ne peut remplacer un allié stratégique.

Si un ami d’Israël arrive à la Maison Blanche en janvier 2017, Israël aura à nouveau un allié stratégique. Sinon, la situation restera difficile.

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La décomposition du Proche-Orient ne fait que commencer.

Si un (ou une) démocrate est élu dans un an, cela ne s’arrangera pas.

Si c’est un Républicain, celui-ci ne pourra pas aisément remédier à la situation. Détruire peut se faire rapidement. Reconstruire est bien plus long et difficile.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

AU SUJET DE L’AUTEUR :

Guy MillièreGuy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats, il est professeur à l’Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis. Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France. Expert auprès de l’Union Européenne en bioéthique, Conférencier pour la Banque de France. Ancien visiting Professor à la California State University, Long Beach. Traducteur et adaptateur en langue française pour le site DanielPipes.org. Editorialiste à la Metula News Agency, Israël Magazine, Frontpage Magazine, upjf.org. Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman. Rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992 Il a participé aux travaux de l’American Entreprise Institute et de l’Hoover Institution. Il a été conférencier pour la Banque de France, Il a participé à l’édition d’ouvrages libéraux contemporains comme La constitution de la liberté de Friedrich Hayek en 1994 dans la collection Liberalia, puis dans la collection « Au service de la liberté » qu’il a créée aux éditions Cheminements en 2007. Il a également été rédacteur en chef de la revue éponyme Liberalia de 1989 à 1992. Il a été vice-président de l’Institut de l’Europe libre ainsi que Président et membre du conseil scientifique de l’Institut Turgot. Il fait partie du comité directeur de l’Alliance France-Israël présidée par Gilles-William Goldnadel. Il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages.

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