Donald Trump peut-il devenir le prochain président des États-Unis ? L’écrivain américain Richard Ford analyse les chances du candidat républicain.

La bonne nouvelle, c’est que cet imbécile ne va pas devenir président des États-Unis. Il n’est pas certain qu’on en ait de meilleure.

 

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Donald Trump fait à la plupart des Américains le même effet qu’aux observateurs français en général, à part la droite délirante. Ce mal peigné se situe quelque part entre Joseph McCarthy et Benito Mussolini : comme eux arrogant, brutal, ombrageux et d’une intelligence limitée ; comme eux enclins à pratiquer l’intimidation, le mensonge et l’insulte ; personnalité clivante et dénuée de sensibilité – autant de caractéristiques qui, chez un homme appelé à gouverner un pays assez vaste, sont plus graves qu’une ignorance risible. Certes, s’il accédait à la présidence (ce qui, je le répète, n’arrivera pas), il serait dangereux, et pour tout le monde. On le voit d’ici prononcer son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès, présider une réunion de cabinet sur des questions de sécurité vitales ou en train d’écouter le rapport des chefs d’état-major interarmées sur la puissance militaire américaine et nos succès au Moyen-Orient. Ou encore choisir un juge à la Cour suprême. Il évoque Rodney Dangerfield, l’humoriste et acteur, dans un rôle de bouffon râleur.

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Ce qui ne veut nullement dire que Trump n’ait pas d’électorat chez nous. Il est clair qu’il en a bien un au contraire, même s’il reste à voir dans quelle proportion les supporteurs qui font grimper les sondages en sa faveur iront effectivement voter l’heure venue. Nos concitoyens qui soutiennent sa candidature semblent être, bien davantage que la plupart des républicains atteints de sinistrose, des gens persuadés qu’il se passe aux États-Unis toutes sortes de choses qui ne devraient pas s’y passer. Sur le fond, ces gens-là sont mal informés parce qu’ils n’écoutent que des radios d’extrême droite, ne regardent que Fox News et ne vont que sur des blogs incendiaires. Ils sont en colère. Des musulmans, ils n’en connaissent aucun, mais ils sont bien convaincus qu’ils ne les trouveraient pas à leur goût. Les Mexicains, ils n’en sont pas fous non plus. Ils ont peur, à juste raison cette fois, du terrorisme et sont intimement persuadés qu’Obama est trop laxiste à l’égard des étrangers – puisqu’il en est un lui-même, d’après eux.

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Quant à son assurance maladie qui a permis à quelque 17 millions d’Américains d’avoir une couverture médicale, ils estiment, sans savoir pourquoi au juste, qu’on devrait revenir dessus. Que les bombes américaines devraient réduire en poussière et ramener à la préhistoire l’État islamique avec tous ceux qui nous gênent, en Syrie, en Irak ou au Liban – « ces pays-là », comme ils disent. Ils considèrent que notre gouvernement fédéral se mêle trop de la vie des particuliers – mais ils ne seraient pas fâchés de le voir mettre sur écoute tous ceux qui leur déplaisent ; il ne ferait pas mal non plus d’empêcher les femmes d’avorter et les employés de traîner les grandes compagnies en justice ; les États seraient bien inspirés de rendre obligatoire l’identification lors des scrutins, histoire que les Noirs ne votent pas trop quand même. Ces citoyens, faut-il le dire, revendiquent le droit de détenir un pistolet, voire plusieurs, ou bien une arme automatique, qu’ils porteront sur eux jusqu’à la messe pour le cas où on s’aviserait de leur manquer de respect.

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La théorie du ruissellement.

Mais il ne faudrait pas croire, comme on le prétend parfois non sans cynisme, que ces électeurs potentiels de Trump soient une clique de mâles en rogne, essentiellement de race blanche, un peu demeurés et passablement ignares, issus des classes populaires ou moyennes, même si la bande à Trump en compte en effet un contingent non négligeable. Il s’agit plutôt d’hommes et de femmes de tous âges qui ont cru à la vieille promesse de Ronald Reagan selon laquelle il leur suffisait d’accrocher leur wagon au train des plus riches pour que la locomotive les emporte vers l’opulence, le bonheur et la vie confortable qui leur revient de droit en tant qu’Américains (leur revient à eux, s’entend, pas nécessairement à vous et à moi). La théorie du ruissellement, ça s’appelle. Sans rire.

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Sauf que, bien entendu, point de ruissellement. Les riches se sont enrichis et ils ont fait ce que font toujours les riches ; les revenus ont stagné ; les usines ont fermé ; les emplois se sont délocalisés vers l’Irlande et Singapour. Un Noir « gauchiste » a été élu président et toute l’économie a fini par partir à vau-l’eau au gré des malversations de ces mêmes oligarques en qui la classe ouvrière américaine était censée voir des amis et des modèles. Donald Trump était et est toujours, j’ai le regret de vous le dire, l’un de ces oligarques – ce qui rend son influence actuelle d’autant plus scandaleuse et aberrante ; elle serait du plus haut comique si l’homme lui-même était moins odieux.

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Les Américains ont la réputation de voter contre leurs intérêts. La Déclaration d’indépendance n’y est pas pour rien, qui nous a promis la « poursuite du bonheur ». Interprétation libre : nous sommes habilités à faire ce qui nous plaît et tout gouvernement qui y mettrait des bornes serait un mauvais gouvernement. Il découle de cette lecture de nos « droits » que les Américains – même si la politique ne connaît pas de trêve ni dans les médias ni sur les réseaux sociaux -, les Américains, donc, ne s’intéressent pas vraiment au gouvernement ou à la gouvernance. Ils tendent à considérer la politique elle-même – et qui leur donnerait tort au vu de la campagne de Trump ? – comme un mélange de charlatanisme, d’egomanie et de bêtise ruineuse. Autant faire très exactement ce que nous avons envie de faire : apprendre à tirer, exclure nos concitoyens les plus modestes, bombarder les autres pays quand ils ne se montrent pas assez compréhensifs et nous gargariser partout de notre valeur exceptionnelle. Le gouvernement – entreprise où tous ses détracteurs ont hâte de s’engager – n’est qu’un empêcheur de danser en rond.

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Contre toute attente et toute logique, Donald Trump, que ses propres partisans, ironie suprême, ne prennent pas au sérieux, mais en qui ils voient un roquet aboyant contre tout ce qu’ils réprouvent, a réussi, le temps d’une nanoseconde dans l’histoire de l’Amérique, à se faire le porte-drapeau de cette tranche d’électeurs aigris, électeurs avec lesquels il n’a au demeurant rien de commun, voire qui lui déplaisent foncièrement.

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Mais là s’arrête le constat. Il ne va pas gagner. Certes, il pourrait remporter l’investiture républicaine (tant mieux, le Grand Old Party ne s’en relèverait pas !). Contre un panel de candidats baudruches insipides, bonimenteurs et sans la moindre éthique, il conserve un charme clownesque indéniable : il est à tout prendre moins terne que ses rivaux. Jusque dans les plus loufoques de ses films, Rodney Dangerfield garde une forme de logique, fût-elle déviante.

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Et s’il est couru d’avance que Trump va perdre, ce n’est pas parce qu’il est idiot, qu’il nous rebute ou que sa candidature insulte toute personnalité ayant exercé la fonction présidentielle, dont Andrew Jackson, Warren Harding et Richard Nixon. Non, il ne va pas gagner parce qu’il n’y a pas assez d’Américains qui partagent ses convictions. Point final. Pour remporter la présidentielle – à l’exception peut-être de l’élection « volée » de George W. Bush en l’an 2000 -, il faut obtenir la majorité des voix chez les grands électeurs. Il ne l’aura pas.

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Donald Trump constitue un repoussoir providentiel, une authentique mascotte pour les démocrates et les États-Unis en général.

Est-ce que nous, Américains, sommes désormais trop futés, trop attachés à nos principes, trop soucieux, trop patriotes ou pas assez cyniques pour élire Donald Trump ? Voire. Je me garderais de parier sur ce point. Peut-être que Trump est carrément trop abominable, trop crétin, trop cruellement clivant et que, s’il était un peu moins calamiteux, il nous déplairait un tout petit peu moins, ce qui lui permettrait de s’introduire dans la Maison-Blanche contre Hillary Clinton, qui n’est guère le parangon de toutes les vertus elle-même et dont, si elle ne s’appelait pas Clinton, nous n’aurions jamais entendu parler.

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Quelle qu’en soit la raison, la menace bien réelle que représente et représentera longtemps Trump ne va pas émaner du 1600 Pennsylvania Avenue, je vous en réponds. Il y a un vieux proverbe aux États-Unis qui dit : « Le gland tombe de temps en temps sous la dent du cochon aveugle. » En d’autres termes, le coup de chance existe. Donald Trump, qui n’obtiendra jamais les suffrages, mais plaît clairement plus que ses rivaux républicains par ses postures racoleuses, constitue un repoussoir providentiel, une authentique mascotte pour les démocrates et les États-Unis en général lors de cette élection 2016. Nos vrais ennuis commenceraient s’il apparaissait sur la scène politique un nouveau tribun, champion des mêmes opinions, mais qui serait en quelque sorte un Trump en mieux, policé, bon genre, qui cultiverait des apparences dont celui-ci se fiche éperdument.

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Un populisme inspiré sait raffiner son image de marque et tirer les leçons de ses erreurs. Dans cette hypothèse, le jour où, face à cette version revue et corrigée, personne ne verrait plus en Donald Trump qu’un comique troupier, alors oui, nous aurions un gros problème aux États-Unis. Beaucoup plus gros que maintenant. Ce jour-là, je ne l’appelle pas de mes voeux.

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