Bien sûr, que Dylan est aussi un écrivain. La preuve, avec le premier volume de ses “Chroniques”, où le folk singer le plus ronchon de la planète a remis les pendules à l’heure en 2004. On attend toujours la suite.

Bob Dylan, prix Nobel : l'écrivain qui ne voulait pas être un prophète

l a si souvent chanté que les temps étaient en train de changer qu’il a fini par avoir raison. Les temps ont changé. Nous aussi. Lui aussi. Enfin, si l’on veut. Parce que Bob Dylan se produit toujours sur scène. Actuellement en tournée aux Etats-Unis, il partage l’affiche avec Willie Nelson et un jeune groupe de bluegrass, The Greencards.

Sans aucun doute, il profite des retombées du succès qu’a connu la publication du premier volume de ses «Chroniques», vendu à plus de 560.000 exemplaires au pays de Woody Guthrie. Mais Dylan n’est plus un prophète. Il est devenu ce qu’il n’a jamais cessé de vouloir être: un type qui interprète des chansons avec une sorte d’obstination rageuse, quitte à les massacrer devant un public incrédule mais fidèle.

Ses «Chroniques» ont donc surpris. D’abord parce que Dylan n’est pas du genre à se confier. Ensuite parce qu’il révèle ici un vrai talent d’écrivain. Les mauvaises langues n’ont pas tardé à affirmer qu’il avait certainement reçu un coup de main d’un de ces éditeurs capables de transformer en récit calibré la matière décousue d’une mémoire. La structure même du livre vient démentir le doute.

Celui-ci en effet s’ouvre sur l’année 1961, au moment même où Dylan, âgé de 20 ans, vient de quitter son Minnesota natal pour débarquer à New York. Il nous transporte ensuite à la fin des sixties – l’époque du doute – pour nous propulser en 1987, année de la rencontre avec le producteur Daniel Lanois et de l’enregistrement de «Oh Mercy». Le dernier chapitre évoque à nouveau les années 1960 puis l’enfance du jeune Robert Zimmerman, fils d’un comptable de la Standard Oil.

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Pas de chouineries, pas de nostalgie. Dylan se raconte avec un détachement parfois teinté d’humour. Parfois aussi il se montre rageur. Ainsi quand il dépeint cette cérémonie au cours de laquelle il est nommé docteur honoris causa de la prestigieuse Université de Princeton. Un orateur l’ayant présenté comme «l’expression authentique de la conscience perturbée et inquiète de la jeune Amérique», Dylan se met à frissonner et à trembler: 

 

La conscience perturbée de la jeune Amérique! Ça recommençait. Je n’arrivais pas à le croire. Je m’étais fait avoir.

Avec une obstination qui lui ressemble fort, le chanteur remet les pendules à l’heure, affirmant partager «peu de chose» avec cette génération qui veut voir en lui un«prophète».

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Je n’étais pas un prêcheur, écrit-il. Je ne faisais pas de miracles. A ma place n’importe qui serait devenu fou.

Réfugié à Woodstock après un premier accident de moto, et alors que le mythe tourne à plein régime, il doit affronter des «intrus, des malades, des pique-assiettes, des démagogues». Sacré «Frère aîné de la rébellion, Pape de la contestation, Tsar de la dissidence, Leader des écornifleurs», il envisage même un moment de tout plaquer, de recommencer une autre vie.

« Chroniques » est avant toute chose le passionnant roman d’apprentissage d’un jeune homme dont la conscience, peu à peu, va s’ouvrir au monde. Sa description du creuset new-yorkais est extraordinairement vivante.

Dans les clubs où il se produit, il croise Woody Allen, Lenny Bruce, Karen Dalton, Dave Van Ronk, Harry Belafonte. Il lit, il lit beaucoup: Dostoïevski, Tchekhov, Balzac (qu’il trouve «hilarant»), Clausewitz, Homère, Thucydide. Dans les musées, il regarde Picasso, Rubens, Goya et – son idole! – Red Grooms.

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Dylan a soif de savoir. Fasciné par Woody Guthrie – il raconte ici les visites qu’il lui rend à l’hôpital -, il a conscience que cette folk music dont il s’abreuve est dépassée et qu’il faut lui donner un autre visage, une autre dimension.

En lisant ces «Chroniques», on redécouvre des pans entiers de la musique populaire américaine du XXe siècle. Chef d’orchestre généreux, Dylan fait jouer la partition de sa vie par les autres. De Thelonious Monk à Rickie Nelson, de Joan Baez aux Beatles, cet admirateur de Rimbaud accumule les hommages comme pour dire: voyez, Bob Dylan, ce n’est pas compliqué, c’est tout ça!

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