D’après un ex-diplomate qui a fait défection, de plus en plus de Nord-Coréens tournent le dos au dictateur.

Corée du Nord : "Les jours de Kim Jong-un sont comptés"

Le régime de Pyongyang est-il voué à s’effondrer ? C’est ce que pense un ancien haut diplomate nord-coréen passé au Sud en août dernier.

« Je suis convaincu que les jours de Kim Jong-un sont comptés », a déclaré ce mercredi lors de sa première conférence de presse devant les médias étrangers l’ancien numéro deux de l’ambassade de Corée du Nord à Londres, Thae Yong-Ho.

Le diplomate est convaincu que nombre de ses compatriotes vont suivre son exemple car le régime nord-coréen est « sur une pente descendante ». Pour preuve, de plus en plus de membres de l’élite nord-coréenne « tournent leur dos » à Kim Jong-un :

« Les structures traditionnelles du système nord-coréen s’effondrent. »

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Des purges impitoyables.

La Corée du Nord est dirigée depuis sa fondation en 1948 par la dynastie des Kim. Elle est l’objet de multiples résolutions de sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU décrétées pour la contraindre à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique interdits.

Thae Yong-Ho, l’un des plus hauts diplomates à être passé au Sud ces dernières années, a expliqué que l’accès aux informations étrangères dans le cadre de ses fonctions avait contribué à faire vaciller sa foi dans le régime.

Ses doutes sont devenus des convictions quand Kim Jong-un, arrivé à la tête du pays après le décès de son père il y a cinq ans, s’est mis à se débarrasser de hauts responsables du régime dans d’impitoyables purges.

Afficher l'image d'origineCorée du Nord : il s’est assoupi pendant un discours, un ministre exécuté au canon !

Les diplomates nord-coréens sont généralement contraints quand ils sont nommés à l’étranger de laisser un de leurs enfants au pays, comme « garantie » de leur fidélité au régime. Mais Thae Yong-Ho, 55 ans, a eu la chance de pouvoir partir en Grande-Bretagne avec ses deux fils aujourd’hui âgés de 19 et 26 ans.

« Le régime de Kim Jong-un prend en otage l’amour entre parents et enfants pour contrôler les diplomates nord-coréens. »

L’ex-diplomate, passé au Sud avec femme et enfants, avait été qualifié de « pourriture humaine » par Pyongyang qui l’accuse d’avoir détourné une importante somme d’argent, violé un mineur ou encore espionné pour le compte de Séoul.

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Obtenir la bombe d’ici la fin de l’année.

La Corée du Nord, qui a réalisé en 2016 deux essais nucléaires et plus d’une vingtaine de tirs de missiles, a pour ambition de se doter d’un missile intercontinental (ICBM) susceptible de porter le feu nucléaire sur le territoire américain.

Thae Yong-Ho affirme que Pyongyang espère « achever » son développement nucléaire d’ici la fin de l’année, en profitant notamment des alternances politiques aux Etats-Unis et en Corée du Sud. L’ancien diplomate estime :

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« La seule façon de régler le problème des menaces nucléaires nord-coréennes est d’éliminer le régime de Kim Jong-un. »

Il défend les sanctions internationales contre Pyongyang, et plaide pour que des campagnes soient organisées pour propager à l’intérieur de la Corée du Nord des informations étrangères afin d’inciter la population à « la révolte ».

Des réformes économiques timides ont été lancées en Corée du Nord, concède-t-il, « mais les moins privilégiés trouvent la vie encore plus dure. »

Corée du Nord : 5 questions sur la bombe atomique de Kim Jong-un.

Corée du Nord : 5 questions sur la bombe atomique de Kim Jong-un

Selon certains experts, Pyongyang pourrait bientôt être en capacité de projeter un engin plus puissant que celui qui a détruit Hiroshima à des centaines, voire des milliers de kilomètres.

Ou en est le programme nucléaire de Kim Jong-un ? La bombe est devenue le symbole de son autorité suprême, au point que dès son accession au pouvoir, il a fait inscrire dans la Constitution que la Corée du Nord était désormais « dotée de l’arme atomique ». Et malgré les sanctions internationales instaurées en 2006 après le premier essai nucléaire et durcies au début de l’année, le programme progresse. Jusqu’à quel point ? Personne ne semble le savoir avec certitude.

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1Comment la Corée du Nord s’est-elle procuré la bombe ?

On ne sait pas avec certitude comment les ingénieurs nord-coréens sont parvenus à découvrir les premiers plans de la bombe… Grâce aux Chinois ? Aux Pakistanais ? Beaucoup de spécialistes pensent que Pyongyang a reçu l’aide du réseau du père de la bombe pakistanaise Abdul Qadeer Khan qui a reconnu s’être rendu une dizaine de fois en Corée du Nord notamment pour vendre les plans de centrifugeuses, les machines à enrichir l’uranium.

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2De quel arsenal dispose Pyongyang ?

Selon les services de renseignement de Séoul, la Corée du Nord disposerait d’une quinzaine de bombes rustiques. Ce qui inquiète les spécialistes est l’avancée du programme balistique de Pyongyang. En février 2016, ses ingénieurs sont parvenus à mettre sur orbite un prétendu satellite de communication. En fait, il s’agissait du test d’un missile de longue portée (photo ci-dessous). Un premier avait déjà réussi en 2012. Reste à savoir quand les chercheurs parviendront à installer au bout d’une telle fusée une tête suffisamment petite et légère pour être projetée à des milliers de kilomètres.

Cette tête miracle ne peut être qu’une bombe dite à hydrogène. Les ingénieurs nord-coréens sont-ils capables de mettre au point une bombe H ? Bruno Tertrais, chercheur à la Fondation pour la Recherche stratégique :

« Personne ne le sait avec certitude. Le dernier essai, en janvier, le quatrième réussi depuis 2006, a été fait à une profondeur telle que les capteurs n’ont pas pu ‘renifler’ les gaz rares avec précision. »

Bien que le régime affirme avoir réussi à faire exploser ce jour-là une bombe H, il semble que l’engin testé était une arme à fission « boostée » : une arme atomique classique mais beaucoup plus puissante.

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3Comment est financé le programme militaire ?

La Corée du Nord n’est toujours pas totalement électrifiée, et une partie de son peuple souffre de malnutrition, mais « Kim 3 » investit des fortunes dans ce plan fou. Pour trouver des devises, tous les moyens sont bons : de l’exportation de travailleurs au trafic de drogue synthétique en passant par l’ouverture de restaurants à l’étranger.

Le 6 mai, Kim Jong-un réunira le 7e congrès du Parti des Travailleurs, l’organe du pouvoir. Il entend s’y faire consacrer « Leader suprême » et installer sa dictature personnelle. Ce sera le début de l’ère Kim Jong-un. Certains prédisent alors un apaisement, des réformes économiques pour mieux nourrir le peuple. D’autres parient sur une fuite en avant militaire – une confrontation avec la Corée du Sud et son protecteur américain.

4Kim Jong-un envisage-t-il de frapper ?

Son père était prêt à abandonner l’arme atomique : pour lui, elle était un instrument de négociation avec les Américains, notamment pour obtenir de l’aide alimentaire. Le fils la considère comme l’assurance-vie de son régime. Le journaliste Lee Jaehoon qui épluche ses discours pour le quotidien sud-coréen ‘The Hankyoreh’, explique :

« Il parle souvent de Kadhafi et de Saddam Hussein. Il répète : voyez ce qui arrive à ceux qui renoncent à la bombe atomique. Son idée est d’obtenir des Américains une réunification des deux Corées en une sorte de confédération, tout en conservant la bombe. »

Pourrait-il l’utiliser ? « On ne peut plus exclure cette hypothèse totalement », répondent aujourd’hui la plupart des spécialistes. Certains se demandent si, un jour, il ne pourrait pas être tenté de faire une démonstration de force.

5Quelles sont ses cibles ?

Les bombes de Pyongyang constituent une menace sérieuse pour son voisin sud-coréen puisqu’elles peuvent être lancées de l’un des Soukhoï en service dans l’aviation du pays. Si l’arme testée en janvier dernier explosait à Séoul, elle ferait des milliers de morts.

Que se passerait-il si la bombe nucléaire nord-coréenne tombait sur Paris ?Dans l’hypothèse d’une démonstration de force, Kim Jong-un pourrait aussi faire exploser un engin à très haute altitude au-dessus de Séoul.

Personne ne serait tué par la déflagration ou la radioactivité. Mais l’impulsion électromagnétique produite par l’explosion dévasterait tous les circuits électriques de la capitale sud-coréenne, qui en serait paralysée.

Selon certains experts, Pyongyang sera bientôt en capacité de projeter un engin plus puissant que celui qui a détruit Hiroshima à des centaines voire des milliers de kilomètres. Les Américains le redoutent. La preuve : ils ont déjà installé un bouclier antimissile en Alaska et en Californie pour contrer une éventuelle attaque…

Kim Jong-un, l’homme le plus dangereux de la planète.

COREE DU NORD. Kim Jong-un, l'homme le plus dangereux de la planète

Il va être intronisé « Leader suprême » le 6 mai. A 33 ans, le tyran nord-coréen qui détient la bombe atomique fait trembler ses voisins. Qui est cet énigmatique despote, dernier rejeton d’une dynastie qui martyrise son peuple depuis soixante-dix ans ? Enquête.

Il est le plus jeune chef d’Etat du monde – le plus dangereux aussi. Lorsqu’il succède à son père, en décembre 2011, Kim Jong-un n’a pas 30 ans. Avec son étrange coupe de cheveux, son visage poupin et sa démarche d’obèse, on le prend pour un clown. On croit que le troisième monarque de la dynastie des Kim – la famille qui tyrannise la Corée du Nord depuis près de soixante-dix ans – n’est qu’un bouffon, que son régime tortionnaire s’effondrera, enfin, comme un château de cartes. Mais voilà : quatre ans plus tard, le clan Kim est toujours au pouvoir, et le Falstaff de Pyongyang s’est mué en un Caligula d’Asie. Il ne fait plus rire personne.

Non seulement il est encore en place, mais il se révèle aussi autoritaire, ambitieux et menaçant que son père, Kim Jong-il, et même que son grand-père, le fondateur de la monarchie rouge en 1948, Kim Il-sung. Pire, il dispose de l’arme suprême – la bombe atomique – et des moyens de la projeter. Si bien que ses menaces de vitrifier Séoul, Pékin ou New York sont désormais prises très au sérieux par les grandes chancelleries.

Autrement dit, et aussi improbable que cela ait pu paraître il y a quelques années, « Kim 3 » est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs de la géopolitique asiatique, si ce n’est mondiale. C’est pourquoi le magazine américain « Time » vient de le classer parmi les cent personnalités les plus influentes de la planète en 2016.

Qui est cet énigmatique despote de 33 ans, appelé « le Maréchal » par la presse officielle nord-coréenne ? Comment et avec qui gouverne ce potentat richissime, fana de pop music, qui entend continuer de martyriser son peuple pendant les quarante ou cinquante années à venir – et qui, dans ce but, va se faire définitivement introniser Suryong (« Leader suprême ») lors d’un congrès grandiose le 6 mai ?

Jusqu’où peut aller cet admirateur déclaré de Jean-Claude Van Damme et de Michael Jordan qui vient d’instaurer un service militaire de six ans pour les jeunes femmes (il est de dix ans pour les hommes) ? A Séoul et à Washington, on a interrogé des spécialistes réputés de la mystérieuse dynastie Kim ainsi que plusieurs personnages importants qui ont, récemment, fait défection et réussi à fuir le pays le plus fermé du monde. Leurs réponses sont souvent surprenantes – jamais rassurantes.

Violent et imprévisible.

Ra Jong-yil a longtemps dirigé les services secrets sud-coréens. Il est donc l’un des hommes les mieux renseignés sur la famille qui règne sur le frère ennemi du Nord depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il appelle ce régime assassin « la théocratie de Pyongyang », en référence à la propagande locale qui présente les Kim comme d’essence quasi divine. « Le dernier de la lignée, Kim Jong-un, n’est certes pas un demi-dieu comme le croient beaucoup de ses compatriotes, explique le maître-espion dans le très sélect Seoul Club, mais, à l’évidence, il est extrêmement intelligent. Il aime la confrontation et n’a peur de rien. »

« Benjamin des trois fils de Kim Jong-il, il était son préféré, justement à cause de ce caractère trempé et narcissique. Personne ne lui a jamais imposé de discipline. Il a pris l’habitude d’obtenir ce qu’il désire. C’est pour cela qu’il est particulièrement dangereux. »

Dès son enfance, Kim Jong-un, qui souffre de diabète et d’hypertension comme son père, vit à l’écart. Au début des années 1990, Kim Jong-il l’envoie en Europe faire ses études primaires et secondaires dans des établissements ultrachics, notamment près de Berne, en Suisse. Là, le futur « Maréchal », qui devient francophone et anglophone, vit sous une fausse identité dans un grand duplex qu’il ne quitte presque jamais.

Comme sa mère vient très souvent en France pour soigner un cancer , il est chaperonné par une tante et un oncle. En 1998, le couple s’exilera aux Etats-Unis et changera de nom, terrifié par le tempérament violent et imprévisible de son protégé.

Un troisième adulte s’occupe de lui en Suisse : l’ambassadeur nord-coréen auprès des Nations unies à Genève, Ri Su-yong. C’est lui qui cache la fortune de la famille en Occident et fait parvenir en catimini à Pyongyang les produits de luxe dont Kim Jong-il, grand amateur de femmes, de yachts et d’alcool, est très friand mais que l’ONU lui interdit d’importer. Entre le diplomate et l’héritier, une relation de confiance s’établit. Après son installation au pouvoir, « Kim 3 » en fera son ministre des Affaires étrangères et l’un des hommes clés de son régime.


Ri Su-yong en août 2014 à Naypyidaw, en Birmanie. 

C’est en 2008 qu’il est bombardé dauphin officiel, après la première attaque cérébrale de son père. Il a 25 ans. Les médias du régime commencent à parler de lui et de son destin de futur maître du pays. On l’appelle « le brillant camarade » puis le « jeune général ». « Jusque-là, personne ne connaissait son existence qui a été cachée même à la nomenklatura, dit Jang Jin-sung qui a occupé un poste élevé dans le tout-puissant Parti des Travailleurs, avant de faire défection il y a quelques années. Afin de l’imposer au peuple, les services de propagande lui ont concocté, à la va-vite, un passé mythique, grandiose. »

1,50 mètre pour 90 kilos.

A les croire, « Kim 3 » serait né au pied du mont sacré Paektu, alors qu’il a vu le jour dans la ville portuaire de Wonsan, où son père disposait d’une résidence ; il aurait appris à conduire une voiture à 3 ans et rédigé une thèse de stratégie militaire à 15, tandis qu’il est rentré de Suisse sans le moindre diplôme et qu’enfant ses Mercedes étaient… à pédales. Rien n’est trop gros pour tenter de faire avaler aux 25 millions de Nord-Coréens un troisième Kim à la tête du pays.

Les propagandistes font tout pour transformer ce jeune homme aux étranges proportions – 1,50 mètre pour 90 kilos – en « Leader suprême ». Ils assurent que le « système idéologique monolithique du chef », base doctrinale de la révolution nord-coréenne, a besoin de… continuité familiale.

Ils lui organisent dare-dare un mariage avec une jeune chanteuse. Un homme marié en impose plus qu’un célibataire. On lui apprend à parler et à marcher comme son grand-père, qui reste vénéré dans ce pays clos qui n’a connu que des régimes féodaux. Afin d’accentuer la ressemblance, on lui aurait même, assurent certains, fait subir de la chirurgie esthétique. Et la manip prend.


Kim Jong-un, le 15 avril 2012 à Pyongyang.

D’autant plus facilement que, dès son accession au pouvoir, Kim Jong-un endosse le costume de chef de l’Etat avec une maîtrise déconcertante. Jean Lee a été, en 2012, la première correspondante d’une agence de presse occidentale, Associated Press, accréditée à Pyongyang. « J’ai assisté à son premier discours comme leader du pays, se souvient-elle. C’était le 15 avril 2012, pour la célébration du centième anniversaire de la naissance de son grand-père, Kim Il-sung, sur la grande place qui porte son nom. Cela faisait vingt ans qu’un chef de la Corée du Nord ne s’était pas exprimé en public ! J’ai été sidérée par sa voix grave et son calme. Malgré son inexpérience, il émanait de lui une très grande confiance. »

La « pompe à fric » familiale.

Pendant un an, « Kim 3 » s’initie aux arcanes du pouvoir grâce à un mentor désigné par son père avant sa mort : son oncle, Jang Song-thaek, qui a épousé la fille du fondateur de la dynastie. Ce tonton par alliance, qui devient une sorte de régent, connaît les rouages les plus secrets du régime. Depuis des années, il dirige le saint des saints : le Département de l’Organisation du Parti. Derrière cette dénomination anodine se cachent la « pompe à fric » de la famille et l’instrument de contrôle de l’élite nord-coréenne. Kim Kwan-jin y a longtemps travaillé, avant de fuir en Corée du Sud :

« Nous, les fonctionnaires du département, étions des intouchables. Nous étions payés en devises et n’avions de comptes à rendre qu’au leader. C’est normal : nous montions des opérations pour lui procurer du cash. »

Un exemple ? « A Singapour, poursuit Kim Kwan-jin, j’ai participé à une grande arnaque à la réassurance qui a rapporté 20 millions de dollars avant d’être découverte par les autorités locales. En fait, le département gère toutes sortes d’activités : des hôtels, des boîtes d’import-export, des pêcheries industrielles, des fabriques de pâtes, et même l’unique service d’e-mail de la Corée du Nord. Le tout pour abonder ce que les autorités appellent pudiquement le ‘fonds révolutionnaire’. En réalité, les millions de dollars ainsi récoltés sont apportés, chaque semaine, au leader du pays, en liquide. »

Aujourd’hui, le département est, selon certains spécialistes, contrôlé par l’une des sœurs de « Kim 3 ». Une autre dirigerait le ministère de la Propagande. Petit à petit, le nouveau dictateur a installé des proches à tous les postes clés. Il a même promu son ancien entraîneur de basket, le général Choe Pu-il, ministre de la Sécurité du peuple, et donc chef des 300.000 policiers qui assurent la sécurité du régime.

Caviar et cognacs français.

Pour forger une nouvelle élite à sa main, le jeune mais habile tyran a fait le ménage au sommet de l’Etat – une purge à coups de kalachnikov. Deux ans après son arrivée au pouvoir, en décembre 2013, il prouve à son peuple et au cercle dirigeant qu’il n’est pas une marionnette et qu’il n’a plus rien à apprendre du régent. Comment ? En le faisant exécuter en public

« L’oncle-mentor se moquait ouvertement de son inexpérience, dit le maître-espion sud-coréen Ra qui vient d’écrire un livre sur lui. A mon avis, il y a une autre raison à cette exécution spectaculaire : le dauphin détestait depuis toujours cet homme qui, au vu et au su de sa mère, organisait, pour son père, des parties fines avec des brigades du sexe composées de prétendues ‘secrétaires techniques’. » Les Atrides en Extrême-Orient…

Au total, les services secrets sud-coréens estiment que, ces deux dernières années, plus de deux cents hauts responsables ont été passés par les armes. Avec, selon le principe très en vogue à Pyongyang de « culpabilité par association », tous les membres de leurs familles qui n’ont pas réussi à fuir à l’étranger.


En décembre 2013 en gare de Séoul (Corée du Sud), un bulletin d’information montre Jang Song-thaek en train d’être appréhendé. 

Afin d’acheter la loyauté de la nouvelle nomenklatura, « Kim 3 » lui accorde des privilèges exorbitants. Lui-même adore le luxe. L’ancienne vedette du basket américain Dennis Rodman est l’un des très rares Occidentaux à avoir été invités chez lui. Il raconte son appétit pour le caviar, les cognacs français. Et ses fêtes « 7 étoiles » sur son yacht.

Pour les 200.000 cadres qui forment l’armature de son régime, le jeune dictateur a fait construire des immeubles ultrachics et sécurisés à Pyongyang, avec piscine intérieure, crèches et centres commerciaux approvisionnés en produits venus de Paris, Londres ou Tokyo, où tout est payé en devises étrangères. Pour leurs loisirs, il a fait bâtir une petite station de sports d’hiver et plusieurs parcs d’attractions. Cette « classe spéciale » a le droit d’acheter des appartements et même des commerces, bien que la propriété privée soit toujours officiellement interdite.

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Messages de propagande.

« Le peuple, lui, n’attend plus rien de son ‘Leader suprême’, explique le professeur Lee Woo-young, président de l’Association des Etudes nord-coréennes à Séoul. Depuis la grande famine des années 1990, il sait que le système prétendument socialiste ne fonctionne plus. Tout s’est effondré. Un quart seulement des Nord-Coréens peuvent survivre avec un maigre salaire de l’Etat. Les autres, qui gagnent quelques centimes – oui centimes – d’euro par mois !, essaient de se débrouiller grâce au ‘jangmadang’, le marché noir, auquel toute la population a recours. »

Pour eux, l’heure est au capitalisme le plus sauvage, avec ses usuriers et ses flics totalement corrompus. Beaucoup n’y parviennent pas. Selon l’ONU, un Nord-Coréen sur quatre a du mal à se nourrir tous les jours. Et des milliers d’enfants vivent dans la rue.


Kim Jong-un examine une fabrique de l’Armée populaire de Corée. Photo officielle. 

Yo-yong, petit bout de femme de 50 ans, a fui le « paradis » des Kim en 2015. « J’étais chef de district dans une ville près de la frontière chinoise, raconte-t-elle dans un minuscule appartement de la banlieue de Séoul. J’avais la responsabilité de trente-huit foyers. C’est par moi que passaient les messages de propagande et les ordres du ‘Leader suprême’. Quand il a décidé de construire une autoroute, j’ordonnais à mes ‘voisins’ d’aller, à leurs heures perdues, ramasser plusieurs kilos de sable et de gravier dans le lit d’une rivière proche. A la fin, certains refusaient d’obéir. Ils n’avaient même pas de quoi se nourrir et on leur demandait de travailler pour rien. Moi-même je faisais du marché noir pour survivre, puisque mon salaire officiel n’était que de 800 wons [80 centimes d’euro] par mois. »

« J’allais acheter des céréales en Chine que je revendais à la sauvette. Les flics, les douaniers, les chefaillons du parti nous rackettaient si souvent que parfois il ne nous restait plus rien. Pendant longtemps, j’ai cru dur comme fer que nous vivions dans un ‘paradis’. A la fin, je n’en pouvais plus de ces parasites. »

Pour contenir le risque de révolte, « Kim 3 » gouverne par la terreur. « Il a fait fermer quelques camps de travail proches de la frontière chinoise, explique James Pearson, un journaliste de Reuters à Séoul qui vient de publier ‘North Korea Confidential’. Mais il en a agrandi d’autres, dans le centre du pays, comme on peut le voir sur les photos satellite. Entre cent et deux cent mille prisonniers marnent comme des esclaves dans les mines de charbon et de fer, dans des fermes aussi. Parmi eux, dix à vingt mille opposants politiques sont enfermés dans des zones dites ‘de contrôle total’ où, torturés par des gardes aux pleins pouvoirs, ils ne sont pas traités comme des humains et disparaissent à jamais. »

« Kim 3 » a durci plusieurs lois répressives. « Il veut que son peuple ait le moins possible accès aux informations de l’étranger afin que les Nord-Coréens ne puissent pas comparer leur situation misérable à celle de leurs voisins », explique le professeur Lee Woo-young.

L’utilisation de téléphones portables connectés au réseau chinois, jusque-là tolérée, est désormais punie de plusieurs années de camp. De même que le visionnage de séries sud-coréennes, très populaires au Nord, que les trafiquants téléchargent sur des clés USB, plus faciles à cacher que des DVD.

Et pour l’application de ces nouvelles mesures particulièrement impopulaires, « Kim 3 » n’a pas confiance dans les dirigeants locaux. C’est pourquoi il a récemment dépêché des émissaires personnels, sortes de gauleiters, dans chaque région pour veiller au grain.

Arsenal atomique.

Mais, pour asseoir son pouvoir et sa légitimité, il mise d’abord sur le nucléaire militaire. La bombe est devenue un sceptre, le symbole de son autorité suprême. Il y tient à ce point que, dès son accession au pouvoir, il a fait inscrire dans la Constitution que la Corée du Nord était désormais « dotée de l’arme atomique ». Le pays n’est toujours pas totalement électrifié, et une partie de son peuple souffre de malnutrition, mais « Kim 3 » investit des fortunes dans ce plan fou.

Pour trouver des devises, tous les moyens sont bons : de l’exportation de travailleurs au trafic de drogue synthétique en passant par l’ouverture de restaurants à l’étranger. Si bien que, malgré les sanctions internationales instaurées en 2006 après le premier essai nucléaire et durcies au début de l’année, le programme progresse.

Jusqu’à quel point ? Personne ne semble le savoir avec certitude. On ignore même comment les ingénieurs nord-coréens sont parvenus à découvrir les premiers plans d’une bombe. Grâce aux Pakistanais ? Aux Chinois ? Mais à l’évidence ils pourront bientôt projeter un engin plus puissant que celui qui a détruit Hiroshima à des centaines voire des milliers de kilomètres. Les Américains le redoutent. La preuve : ils ont déjà installé un bouclier antimissile en Alaska et en Californie pour contrer une éventuelle attaque…

Que veut faire « Kim 3 » de son terrible arsenal, d’ores et déjà doté d’une quinzaine de bombes rustiques, selon les services de renseignement sud-coréens ? Son père était prêt à l’abandonner : pour lui, l’arme atomique était un instrument de négociation avec les Américains, notamment pour obtenir de l’aide alimentaire. Le fils la considère comme l’assurance-vie de son régime.

« Il parle souvent de Kadhafi et de Saddam Hussein. Il répète : voyez ce qui arrive à ceux qui renoncent à la bombe atomique », explique le journaliste Lee Jaedonnais hoon qui épluche ses discours pour le quotidien sud-coréen ‘The Hankyoreh’.

« Son idée est d’obtenir des Américains une réunification des deux Corées en une sorte de confédération, tout en conservant la bombe. »

Pourrait-il l’utiliser ? « On ne peut plus exclure cette hypothèse totalement », répondent aujourd’hui la plupart des spécialistes. Certains se demandent si, un jour, il ne pourrait pas être tenté de faire une démonstration de force. Comment ? Par exemple en faisant exploser un engin à très haute altitude au-dessus de Séoul. Personne ne serait tué par la déflagration ou la radioactivité. Mais l’impulsion électromagnétique produite par l’explosion dévasterait tous les circuits électriques de la capitale sud-coréenne, qui en serait paralysée.

 


Barack Obama regarde vers Pyongyang, depuis la zone démilitarisée,le 25 mars 2012
à la frontière avec la Corée du Sud.

Ce ne sont là que des hypothèses. On sait tellement peu de choses sur les motivations profondes de « Kim 3 », sur sa vision du monde. « Le plus inquiétant, ajoute Lee Jae-hoon qui analyse son agenda en détail, c’est que, depuis qu’il est au pouvoir, il n’a jamais rencontré de dirigeants étrangers importants. Son père avait discuté longuement avec la secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright… Lui, non. Il n’a même pas été reçu par le président chinois Xi, ni par Poutine. Cloîtré à Pyongyang, il ne sait pas comment les autres raisonnent. Et réciproquement. Une situation éminemment dangereuse. »

Trembler, chaque minute.

Il est là pour des décennies. C’est son objectif. Le 6 mai, il va réunir le 7e congrès du Parti des Travailleurs, l’organe du pouvoir. Le précédent remonte à… 1980. Il avait désigné son père comme le successeur du grand Kim Il-sung et le numéro deux du régime. « Kim 3 », qui a désormais une héritière, une petite fille dont on ignore l’âge exact, entend se faire consacrer « Leader suprême » et installer sa dictature personnelle. Ce sera le début de l’ère Kim Jong-un.

A quoi va-t-elle ressembler ? Comment concilier programme nucléaire très coûteux et bien-être minimal pour la population ? Certains prédisent un apaisement, des réformes économiques pour mieux nourrir le peuple. D’autres parient sur une fuite en avant militaire – une confrontation avec la Corée du Sud et son protecteur américain.

Une chose est sûre : Yo-yong, la « chef » quinquagénaire qui a fui le « paradis » des Kim l’an dernier, passera les prochaines années à trembler, chaque minute, pour son fils resté sur place. Il devra lutter, tous les jours, pour survivre. Et baisser la tête pour ne pas disparaître dans une « zone de contrôle total ».

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Bon comme un citron bien rond !

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