Et si l’impensable advenait ? Après l’élection de Trump aux Etats-Unis et le Brexit, personne ne se risque plus à exclure l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle. Pour prendre conscience des conséquences de ce tremblement de terre démocratique, nous avons passé les 144 engagements de la candidate FN au crible et imaginé les 100 premiers jours de sa présidence.

Le Pen à l'Elysée : à quoi ressembleraient ses 100 premiers jours

Marine Le Pen revisse lentement le réservoir de sa cigarette électronique, le sent tiédir dans sa paume alors qu’elle exhale une longue bouffée de vapeur. Elle n’entend rien de l’excitation qui l’entoure. Des images lui reviennent comme des flashs, des visages anciens surgissent de sa mémoire. Celui de l’enseignant à Assas qui lui fit étudier, en travaux dirigés, un arrêt rendu en 1973 condamnant Le Pen pour « apologie de crime de guerre », à cause d’un disque publié par la Serp. Ce prêtre au regard noir, refusant de la saluer au motif qu’on ne peut être bonne catholique et fille de Jean-Marie. Ces interviewers de renom, baudruches gonflées à l’hélium de la bien-pensance, suintant le dégoût à son endroit…

Louis Aliot

La voix de Louis Aliot fait fuir ces fantômes :

« Il est temps d’y aller… madame la présidente ! »

Son « Loulou », le seul à connaître ses démons, sait après quoi elle court depuis toujours. Cette victoire est sa réparation.

Le cauchemar Le Pen : personne ne pourra dire qu’il ne savait pas

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A 20 heures, le visage de la candidate du Front national s’affiche sur tous les écrans du pays. Une courte majorité de Français lui ont fait confiance pour « remettre la France en ordre en cinq ans ». De l’ordre, ils vont en avoir. Magistrats, hauts fonctionnaires, journalistes vont valser maintenant. Elle en rit en son for intérieur, cela viendra, patience. Corsaire dans l’âme, elle trancherait bien des têtes sans attendre, mais on la traiterait aussitôt de bête immonde.

Déjà, ses adversaires, livides sur les plateaux de France 2 et de BFMTV, n’ont que les mots de « drame », « fascisme », « chaos », « fanatisme antieuropéen » à la bouche. Heureusement que Marion leur oppose son sourire tranquille et narquois. Sa nièce, ce soir, est son meilleur agent.

Marine et Marion Le Pen : le deal avant « l’ultime combat » présidentiel

La voix d’Emmanuel Macron, encore éraillée par les derniers meetings, s’élève : « Je ne crois pas que ce régime d’exception qu’on nous prépare durera ! Je ne crois pas que les Français, dont je respecte le vote, mais auxquels je dis ‘On vous a trompés’, permettront longtemps cette duperie ! La démocratie survivra, la démocratie vaincra le populisme ! »

 

Tous s’interrompent lorsque, à l’image, un pupitre vide apparaît. La candidate victorieuse s’avance sous les cris de joie. Son visage porte le masque de la dignité. Aucun relâchement, aucun rictus revanchard, rien ne doit inquiéter. « Ce soir, c’est la victoire du peuple ! », lance-t-elle. Ses supporters survoltés répondent en écho : « On est chez nous ! On est chez nous ! » Les militants présents ont été triés sur le volet afin que nul ne dérape devant un micro. Tandis qu’elle impose le silence, les phrases-clés de son discours défilent déjà sur son compte Twitter :

« Je vais rassembler » #MarinePrésidente…

« Je constituerai un gouvernement d’union nationale » #MarinePrésidente…

« Je ne laisserai pas la finance déstabiliser notre pays et voler la victoire du peuple » #MarinePrésidente…

marine

Panique à l’Elysée.

A l’Elysée, Gaspard Gantzer, le conseiller en communication de François Hollande, lâche entre ses dents : « C’est de l’anesthésiant en intraveineuse ! Si les Français savaient… » En face de lui, le secrétaire général de la présidence, Jean-Pierre Jouyet, est au téléphone avec Nicolas Bay, secrétaire général du Front national, que la rumeur donne comme futur ministre de l’Intérieur. Ce dernier s’enquiert des mesures d’ordre public prévues d’ici à la passation de pouvoir. Sans avoir besoin de se le dire, les deux hommes ont à l’esprit les manifestations hostiles et les désordres qui ne manqueront pas d’accueillir ce basculement historique.

Pour l’heure, la France est un pays pétrifié, l’air est immobile, le silence, épais. D’une chaîne à l’autre défilent des regards noyés de larmes, des visages inquiets, crispés par l’effroi. Même à Hénin-Beaumont, d’où « cette reconquête nationale est partie », comme le claironne le maire, Steeve Briois, la fête semble tomber en quenouille. Dans une rue déserte, une électrice frontiste lâche au micro qu’on lui tend : « Ils avaient qu’à nous entendre, nous les petits », puis ajoute, en fermant son portail à clé : « Cinq ans, ça va passer vite… »

« J’en ai marre, cette fois je vais voter FN ! »

A cet instant, ce qui préoccupe le plus Jouyet se joue ailleurs. Depuis l’arrivée en tête de Marine Le Pen au premier tour avec 35% des voix, les investisseurs étrangers vendent massivement leurs obligations françaises. Ancien directeur du Trésor, le secrétaire général n’ignore rien des mécanismes de la dette publique. Si la France, comme il le redoute, perd l’accès aux marchés financiers, elle va dans le mur, et si l’Etat émet des obligations que personne n’achète, les taux à court terme explosent. La perspective d’une sortie de l’euro affole tout le monde. Inquiets à l’idée de voir leur épargne perdre de la valeur, des particuliers français basculent leurs comptes dans des banques allemandes.

FN : des propositions économiques toujours pas crédibles

Alors que le président socialiste, retranché dans son bureau, s’attelle à une déclaration aux Français, Jouyet pilote un avion dont les réacteurs menacent de lâcher l’un après l’autre. Lui qui avait travaillé avec Jospin à Matignon il y a vingt ans, au lancement de l’euro, a déjà finalisé une note confidentielle sur les scénarios en cas de Frexit, jusqu’à la mise en place d’un contrôle des capitaux à la grecque…

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Zemmour et Buisson au Puy du Fou.

Dans la nuit noire, le Puy du Fou est en liesse. Sur le vieil étang du célèbre parc jaillissent les orgues de feu. Rose bleue à la main, Marine Le Pen vient de faire son entrée sur l’immense scène. Le plus grand spectacle de nuit a été recomposé pour l’occasion autour de tableaux majeurs de l’histoire de France, revue et corrigée par Philippe de Villiers. Le vicomte atteint de catholicisme aigu autant que de complotisme est tout aise. Demain, les cloches pourront toujours sonner (1), les « patriotes » auront rejeté les hordes salafistes à la mer.

Quand il avait soumis à la candidate le projet de cette célébration, elle avait commencé par hésiter. Elle connaît les emballements du Vendéen, avait dû le stopper net alors qu’il lui proposait, à demi-mot, de baiser la bague de Jeanne d’Arc, acquise par sa famille. « Je ne baise l’anneau de personne », avait-elle bondi. Mais elle avait tranché rapidement, comme à son habitude. Ce serait une fête populaire, dans le droit-fil de son slogan de campagne, « Au nom du peuple », et si elle accédait à l’Elysée, ne le devrait-elle pas aussi au ralliement de la droite hors les murs qui, un an plus tôt, la battait froid ?

Quelque chose a changé chez Marine Le Pen…

C’est effectivement une fête populaire grandiose. Dans les rangs des VIP, elle a relevé la présence d’Eric Zemmour et de Patrick Buisson. Partout, ses supporters, montés à la hâte en cars, forment une foule dense. « Ils ont pris les cars Macron », lui glisse à l’oreille Florian Philippot, ravi de son trait d’humour. Un regret fugace traverse l’esprit de l’élue, elle aurait aimé triompher sur la place de l’Opéra, là où se concluent traditionnellement les défilés du 1er-Mai du FN. Mais la capitale et ses bobos, de gauche et de droite, se sont donnés, dans les urnes, à Emmanuel Macron.

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Un vilain mois de mai.

Serge et Beate Klarsfeld, comme ils l’avaient annoncé deux ans plus tôt dans « l’Obs », quittent la France. Partout, dans les grandes villes, Lille, Nantes, Toulouse, Rennes, Lyon, Marseille, et dans la capitale, s’organise « la Résistance ». Les reportages se multiplient sur les préparatifs des grandes marches du 15 mai, date de la passation de pouvoir entre François Hollande et Marine Le Pen. Ce jour-là, de la place de la République à la place du Capitole, du beffroi au Vieux-Port, ils sont des millions. Partout, des mots d’ordre se répandent, avec la devise « Liberté-Egalité-Fraternité » en majesté ; des « Résiste ! », « Au maquis ! », « Ma France à moi ».

Toute la gauche militante défile, épaule contre épaule, avec de nombreux élus de droite. Des couples politiques improbables se mêlent à la foule, comme Najat-Vallaud Belkacem et Nathalie Kosciusko-Morizet, côte à côte. François Ruffin et Frédéric Lordon ont relancé Nuit debout. Les collectifs « antifa » scandent : « Le fascisme, c’est la gangrène, on l’élimine ou en crève. » A 18 heures monte à l’unisson de ces cortèges répartis sur le territoire « le Chant des partisans ». L’hymne des résistants noue les gorges :

« Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne… »

« Alors celle-là, on ne me l’avait pas faite ! », enrage la présidente à l’Elysée. Sur les ondes, Eric Zemmour s’étrangle : « Cette évocation de l’occupation nazie et ces slogans discréditent ceux qui les profèrent. » Enchaînant les interviews depuis huit jours, Elisabeth Lévy, la patronne de « Causeur », répète que « rien dans les statuts du FN ou dans son programme ne contrevient à la légalité républicaine. Franchement, Philippot en pétainiste, vous y croyez ? » (2). Le bilan des échauffourées de la nuit, entre identitaires et extrême gauche, casseurs et forces de l’ordre, est très lourd.

Génération identitaire, les phalanges de Le Pen qui veulent la victoire des « Français de souche »

La présidente fait appeler Nicolas Dupont-Aignan, qu’elle sait raccord avec son projet de sortie de l’Europe, et donne pour consigne qu’il entre, côté jardin, par la grille du Coq.

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Dupont-Aignan à Matignon.

Elle attend du président de Debout la France du concret, du tangible, tout de suite. Pendant qu’il s’écoute parler, Marine Le Pen repasse dans sa tête son plan de bataille : manœuvrer sans faire de vagues jusqu’aux législatives et présenter, dès le conseil des ministres du 22 juin, sa révision de la Constitution qu’elle soumettra, par un premier référendum, aux Français fin juillet (engagements 2, 3, 4, 5, 6).

C’est fou comme aucun journaliste ne l’a interrogée, pendant la campagne, sur la nécessité d’en appeler aux Français aussi vite. Le référendum est l’arme favorite des populistes, celle qui permet de court-circuiter les assemblées élues. Elle sait qu’elle n’aura pas une majorité absolue en juin au Palais-Bourbon, mais comme le lui répète son secrétaire général, Jean Messiha, « on fera sans le Parlement ». Elle se félicite d’avoir placé à ses côtés, à l’Elysée, cet énarque de 49 ans, aimable et stylé. « Français de souche par naturalisation », comme il dit, il est né en Egypte, un bel exemple d’assimilation. Quand elle sortira sa botte secrète, le peuple lui donnera les mains libres pour diriger. Ce coup d’Etat référendaire, personne ne l’a vu venir…

« Marine Le Pen utilise un langage codé »

La présidente raccompagne Dupont-Aignan jusqu’à la porte de son bureau avec un grand sourire : « Faites vite, monsieur le Premier ministre. » Voilà pour l’union nationale ! Le locataire de Matignon n’est pas estampillé FN, comme elle l’avait promis, à lui de rassurer la bourgeoisie de droite, polie et bien peignée.

Trois jours plus tard, confortablement installée dans le bureau présidentiel, son chat sur les genoux, elle boit du petit-lait en regardant à la télévision Jean Messiha annoncer la composition du gouvernement. Il est impeccable sur le perron de l’Elysée avec son air solennel :

« Sur proposition du Premier ministre, la présidente de la République a nommé : M. Nicolas Bay, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité ; M. Philippe Olivier, ministre de la Cohésion nationale et de l’Assimilation républicaine ; M. Thierry Mariani, ministre des Affaires étrangères ; M. Florian Philippot, ministre de l’Economie et des Finances ; Mme Marion Maréchal-Le Pen, garde des Sceaux, ministre de la Justice ; M. Christian Picquemal, ministre de la Défense ; Mme Ludovine de La Rochère, ministre de l’Education nationale… »

C’est alors que, sur son portable crypté, un SMS de Louis Aliot s’affiche : « Rencontré l’homme qu’il nous faut. Il est OK. Vardon passe te voir. »

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Interdiction de manifester.

La silhouette massive de son conseiller chargé des affaires sensibles ne tarde pas à apparaître dans l’encadrement de la porte. « Entre, Philippe… Louis m’a prévenue », lance la présidente. Philippe Vardon, autrefois leader des identitaires avant de se ranger au Front, est concis, précis : « PéPé peut prendre ses fonctions dans quarante-huit heures. Rien à gratter sur ses états de service, tout est nickel. Quant au décret, il est prêt, dès que Bay remplace Le Roux, on peut le sortir. » Elle sourit.

« Bien, on va enfin pouvoir interdire toutes ces manifestations de ‘résistants’ ! »

« PéPé » ? Obnubilée par les écoutes, Marine Le Pen a donné pour consigne d’user de noms de code sur pratiquement tout. « PéPé » est un préfet de région en fin de carrière acquis à ses idées, il sera sous peu le nouveau préfet de police de Paris. Exit Michel Cadot, issu de la promotion Voltaire.

Le FN, le parti « antisystème » qui courtise l’élite à l’ENA

La présidente fait signe à Vardon de ne pas s’en aller tandis qu’elle remonte le son. Sur BFMTV, le visage de son beau-frère Philippe Olivier est apparu en insert. Les commentateurs rappellent le passé mégrétiste du mari de Marie-Caroline, sa sœur aînée, et son retour en grâce depuis l’éloignement de Jean-Marie Le Pen. Ils n’y trouvent trop rien à redire. En revanche, le débat s’échauffe sur l’intitulé de son ministère et « l’assimilation ». L’un des invités pressent « de vives réactions dans les banlieues. Ces jeunes, déjà, ne sont pas reconnus par notre société, et, maintenant, on va leur demander de ne plus parler arabe chez eux ! » Un autre assure qu’on a échappé « au pire… Je crois savoir qu’Eric Zemmour plaidait auprès de l’Elysée pour un ministère de la remigration ». Effroi sur le plateau.

L’entrée au gouvernement de la très catholique Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, ne surprend pas plus que cela, pourtant c’est une sacrée concession qu’a dû faire Marine Le Pen, pas bigote pour deux sous. « Il va nous falloir passer par l’entonnoir du rassemblement » (2), confiait au soir de la victoire l’un de ses lieutenants. Le général Picquemal, en revanche, concentre les tirs pour avoir participé à une manifestation antimigrants, organisée par le mouvement islamophobe Pegida, à Calais. Heureusement que ses états de service au Tchad et en Bosnie rassurent. Thierry Mariani est la plus belle prise. Ex-ministre de Sarkozy, ex-filloniste, depuis longtemps à la droite de la droite, ce pro-Poutine n’a pas résisté longtemps à la tentation. Les Affaires étrangères, il en rêvait.

Philippe Vardon a patienté. La présidente Le Pen revient à lui. « Et l’engagement 15 de mon programme, on en est où ? », s’enquiert-elle. La candidate avait promis de « désarmer » les banlieues et de « cibler les 5.000 chefs de bandes délinquantes et criminelles identifiées par le ministère de l’Intérieur ». Engagement spectaculaire, propre à évoquer un coup de filet géant. Le conseiller a sondé les flics. Même les plus favorables au FN lui ont fait comprendre que, de la promesse à la réalité, il y avait un grand canyon. Averti du tempérament autoritaire de la présidente, Philippe Vardon lui propose un plan B : « Impératif pour commencer : remplacer le patron de la PJ et le directeur de la police nationale. Puis organiser des descentes régulières à Bobigny, à Argenteuil et aux Ulis. » Il repart avec un feu vert, « sans accrochages, hein… On fait de l’image jusqu’aux législatives », insiste la chef de l’Etat.

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Chasse aux migrants.

CNews, la chaîne de Vincent Bolloré, a eu l’exclusivité. Deux équipes ont suivi les fonctionnaires de la PAF et des douanes, patrouillant avec des chiens dans les Ardennes, à la frontière belge et dans les Alpes, sur la frontière avec l’Italie. Les images sont impressionnantes. Des migrants, mains sur la tête, assis sous la menace des chiens, jettent des regards effrayés aux caméras. Matignon, dans un communiqué, annonce fièrement que la France a retrouvé le contrôle de ses frontières.

Une semaine plus tard, dans « Envoyé spécial », Elise Lucet dévoile le pot aux roses. Les fonctionnaires en question, chargés de la surveillance des grands tunnels internationaux du Mont-Blanc et de Fréjus, ont été déplacés le temps du tournage. Florian Philippot, plus souvent à la télévision qu’à Bercy, dénonce aussitôt les « fake news » et « les médias partie prenante du système désavoué par le peuple ».

Pourtant, de l’avis des syndicats de douaniers, la promesse de la candidate de rétablir les frontières nationales avec le recrutement de 6.000 agents durant le quinquennat (engagement 24) nécessiterait dix ans. A cela, une raison simple : il n’y a en France qu’une école de formation à La Rochelle, avec une capacité limitée à quelques centaines d’élèves par an…

Pour faire oublier cet épisode peu glorieux, la présidente frontiste va, pour sa première sortie en province, à la rencontre des 290 ouvriers de l’usine Whirlpool d’Amiens, dont les lignes de production de sèche-linge doivent partir en Pologne. Sur le site, elle menace le numéro un de l’électroménager : « Whirlpool, ici, gagnait de l’argent. Mais ce n’est pas assez pour le milliardaire américain qui préfère produire en Pologne, là où le salaire moyen est de 430 euros… Je ne l’accepterai pas. Les produits de ces sociétés qui délocalisent seront taxés à 35% s’ils comptent les vendre sur le territoire national après avoir délocalisé. C’est cela le patriotisme économique. » Les ouvriers y croient, jusqu’à ce syndicaliste CGT qui déclare : « Trump l’a fait, pourquoi pas nous ? »

Sortie de l’euro, impôts, retraites : les zigzags économiques du FN

Illico, la Commission européenne fait savoir qu’elle saisira la Cour de Justice pour tout manquement au droit européen.

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Marion Maréchal-Le Pen dégage les procureurs.

En France, le drapeau européen a été retiré partout, le drapeau tricolore pavoise « en permanence » tous les bâtiments publics. L’engagement 93 a été appliqué promptement. Tout à sa joie, Marion Maréchal-Le Pen a demandé à ses services d’en accrocher cinq au-dessus de l’entrée du bel hôtel de Bourvallais, place Vendôme. A la chancellerie, « la nièce » est l’œil de la présidente sur les affaires judiciaires en cours, notamment celles qui concernent le FN. Marine Le Pen, protégée par son immunité présidentielle, a intimé à Marion l’ordre de sortir des griffes de la justice ses éminences brunes, Frédéric Chatillon et Axel Loustau, poursuivis dans le cadre du financement des campagnes du parti.

Marion Maréchal-Le Pen, « c’est Belzébuth grimé en Bambi »

Sans tarder, la ministre de la Justice démet de ses fonctions le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, connu pour sa proximité avec Hollande. La tour de contrôle des affaires sensibles est, désormais, entre les mains d’un homme de confiance du Front. Claire Thépaut, la juge d’instruction chargée des affaires du FN, est indélogeable mais une campagne de presse, bien menée, pourrait peut-être l’amener à se dessaisir… On verra, se dit la garde des Sceaux en arrangeant ses longs cheveux blonds en un chignon.

Emplois fictifs : ce million d’euros que le FN doit au Parlement européen

Pour l’heure, elle s’occupe de dégager les procureurs de Marseille, Bobigny, Paris. Mais qui pour les remplacer ? « Les postes vacants trouvent toujours preneur, cela se fera sans bruit, sous des prétextes divers de lâcheté des intéressés » (2), pronostique un vieux connaisseur des nominations au sein de la justice. Il n’a pas tort. Il pourrait en aller de même pour les recteurs dans l’Education nationale et toutes les positions enviées.

Pendant la campagne présidentielle, un proche de Marine Le Pen confiait, en termes crus, la recette :

« Le Front national, c’est 80 mecs dans la direction au sens large et 400 conseillers régionaux, mais c’est pas avec cette armée de glandus qu’on va diriger. Marine rencontre discrètement des gens de très haut niveau. Si on prend l’Etat, on aura tous les postes qu’on veut à distribuer » (2).

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Républicains défroqués.

A l’approche des législatives, le gouvernement Dupont-Aignan annonce deux trains de mesures. Le premier vise à donner du pouvoir d’achat aux plus modestes, ces classes populaires qui ont porté Marine Le Pen au pouvoir. Les tarifs du gaz et de l’électricité baisseront « immédiatement » de 5% (engagement 60), le minimum vieillesse sera revalorisé (engagement 58), les heures supplémentaires seront défiscalisées et majorées (engagement 64). Avec quel financement ?, s’interrogent les économistes. Il faudra attendre le collectif budgétaire présenté début juillet pour avoir la réponse.

Le deuxième paquet de mesures vise les étrangers, cible numéro un du FN : l’aide médicale d’Etat, créée par Jospin et destinée aux ressortissants étrangers en situation irrégulière, sera supprimée (engagement 71). C’est juridiquement faisable, sauf pour les mineurs. Mais la présidente n’a cure des « détails » pour l’heure. Elle veut frapper les esprits, vite et fort. Dès les résultats des législatives connus, le premier projet de loi, visant à instaurer le droit du sang (engagement 27), sera présenté au conseil des ministres. Le symbole est fort, il faudra un Parlement osant rompre avec l’usage français du droit du sol datant de la loi de 1889. Les étrangers auront compris qu’ils ne sont pas les bienvenus. Tout cela fera oublier les promesses intenables, celles qu’on lance en meeting pour que la clameur s’élève.

Ces enfants d’immigrés tentés par le FN : « La gauche, ce sont des traîtres »

Malgré le ralliement de Républicains défroqués, la majorité relative des « Patriotes », sortie des urnes le 18 juin, est courte à l’Assemblée nationale. Les électeurs qui, lors de la présidentielle, avaient voulu renverser la table ont cherché à la remettre un peu sur ses pieds. Résultat, c’est bancal. Dans le plus grand secret, Florian Philippot, missionné par Marine Le Pen, rencontre Laurent Wauquiez, lors d’un dîner organisé par Patrick Buisson. Le jeune patron des Républicains refuse toute idée d’alliance mais se dit prêt à joindre ses votes à ceux du groupe frontiste, au cas par cas, sur certains textes « dans l’intérêt de la France ». Au journal de TF1, deux jours plus tard, Laurent Wauquiez se pose en « premier opposant à Marine Le Pen », mais dénonce « ceux qui prônent le blocage du pays ».

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Le coup d’Etat référendaire.

C’est la foule des grands jours dans la cour de l’Elysée, le 22 juin, télévisions françaises et étrangères, radios, photographes, se bousculent. Jean-Pierre Elkabbach, pour CNews, est venu en personne humer l’air. Le brillant directeur de la rédaction de « Valeurs actuelles », Geoffroy Lejeune, joue les modestes, il est pourtant devenu la coqueluche des émissions politiques. Le conseil des ministres a adopté le projet de révision constitutionnelle que le porte-parole du gouvernement présente, dans la foulée, à Matignon :

« La priorité nationale sera inscrite dans la Constitution, ainsi que l’interdiction du communautarisme, la supériorité de la loi française sur les traités européens et les droits dérivés antérieurs. Le référendum d’initiative populaire et l’élargissement du domaine d’intervention du référendum, l’obligation d’utiliser ce moyen pour réformer la Constitution » (2).

Les questions des journalistes fusent. « Vous utilisez l’article 11 de la Constitution pour cette révision par référendum, or cet article ne prévoit pas ce cas de figure. Comment faites-vous ? » ; « Pouvez-vous vous passer d’un vote préalable de l’Assemblée ? » Le porte-parole temporise : « Les élus auront bien sûr un débat approfondi comme il se doit. Le Parlement est au cœur de nos institutions mais je vous rappelle que le débat dans ce cadre ne fait pas l’objet d’un vote »… « La priorité nationale n’est-elle pas contraire au principe d’égalité français ? Vous risquez une motion de censure… », rebondit l’un, tandis qu’une consœur revient sur l’interdiction du communautarisme :

« Les implications de cette disposition vont très loin. Il y a actuellement beaucoup d’associations qui peuvent, à tort ou à raison, être taxées de communautarisme… Des centres de recherche, des chercheurs en histoire, politique, sociologie, spécialisés par exemple dans les discriminations, peuvent aussi s’en trouver visés. »

« Quel amalgame ! », l’interrompt le porte-parole, tandis que des officiers de sécurité poussent fermement l’insolente. Le porte-parole conclut :

« Le référendum sur la révision constitutionnelle aura lieu le dimanche 2 juillet. Demain, la présidente de la République se rendra à Bruxelles où elle rencontrera le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et la chancelière allemande, Angela Merkel. Un pool médias a été constitué : CNews pour les télévisions, RMC pour les radios, ‘le Figaro’ pour la presse écrite, Atlantico pour les sites en ligne. Vos confrères du pool vous rapporteront les informations-clés. Je vous remercie. »

« Bonjour la chape de plomb ! », gronde un vieux routier. L’après-midi, « le Monde » titre en une et en énormes caractères : « LE COUP D’ÉTAT RÉFÉRENDAIRE ».

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Merkel : « Il faut agir vite, ou tout s’effondrera »

La présidente Le Pen replie le journal. « J’aurai juridiquement tort mais politiquement raison », se dit-elle en enfilant sa veste. Direction Bruxelles, à nous deux « la Prussienne ». Elle a en mémoire le coup de téléphone, le 8 mai, d’Angela Merkel, courtois mais très froid. Trois minutes, montre en main. En raccrochant, Le Pen était furieuse : « Elle me convoque ! Pas question que j’aille en Allemagne. » Philippot avait osé une vanne d’un goût douteux : « On peut suggérer un compromis ? Montoire ? Un wagon à Compiègne ? » Elle avait imposé Bruxelles, c’est là qu’elle porte le fer. La première rencontre, déjà dans la capitale belge, avec Angela Mekel, peu après sa victoire, s’était mal passée.

Xénophobes et racistes : les amis européens de Marine Le Pen

Cette nouvelle entrevue est l’occasion de marteler la volonté de la France de retrouver quatre souverainetés : la souveraineté économique (avec la possibilité d’un protectionnisme national et le contrôle des banques), la souveraineté territoriale (avec la disparition de Schengen), la souveraineté législative (avec la supériorité du droit national sur le droit européen) et, enfin, la souveraineté monétaire (engagement 1). L’euro deviendrait une monnaie commune, pour les échanges avec le reste du monde. Le franc, le mark, la lire, seraient convertibles en euro à des taux fixes, mais ajustables en fonction des situations des pays. Il n’y aurait donc pas de marché des changes intra-européen.

« L’Union européenne ne peut exister sans la France. C’est donc sa mort, en somme, que vous proposez », constate, glaciale, Angela Merkel. « Non, je propose une Europe des nations, un mot dont on a, semble-t-il, oublié le sens dans cette ville », rétorque Le Pen. Elle confirme à son interlocutrice qu’un référendum, cette fois sur l’euro, aura lieu à l’automne : « Soit vous acceptez l’évolution que propose la France, soit j’appellerai à voter pour une sortie de l’UE » (2). C’est-à-dire à la destruction complète de 70 ans de construction européenne…

De retour à Berlin, Angela Merkel convoque ses ministres et les leaders des grands partis.

« Il faut agir vite, ou tout s’effondrera. La France va sortir de l’euro, l’Italie et l’Espagne suivront peu après. Il ne nous reste plus qu’à transformer la zone euro en une zone monétaire des pays responsables : Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Autriche, République tchèque, peut-être Hongrie, peut-être Pologne. »

« Une zone Deutsche Mark, donc ? plaisante Martin Schulz, son rival. Serez-vous la chancelière qui aura laissé l’Union s’effondrer ? » Personne ne moufte. Merkel comprend qu’elle doit trouver un compromis avec Le Pen. Renoncer à Schengen pour retenir la France dans une nouvelle union monétaire ? Ou espérer qu’avant d’avoir activé la planche à billets et sorti des francs de la Banque de France, la présidente d’extrême droite aura déjà constaté les dégâts de toute cette incertitude sur l’économie hexagonale ? L’opinion s’inquiète de cette perspective.

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Poutine aux anges.

En France, le référendum sur la révision constitutionnelle, début juillet, est un succès pour l’Elysée. Les avertissements des constitutionnalistes sont passés au-dessus de la tête du plus grand nombre. Ils ont pourtant sonné le tocsin : la préférence nationale rompt avec le principe républicain d’égalité entre les citoyens, ont-ils répété, de tels bouleversements reviennent à changer de régime. Mais rares sont ceux à s’être reportés au texte du projet, aride, touffu, certes amendé pour calmer les députés… mais sans toucher à l’essentiel, tapi sous les euphémismes et un juridisme de façade. La question posée aux Français, forcément réductrice, a suffi pour emporter l’adhésion. Le tour funeste est joué tandis que le soleil chauffe le littoral français.

Sur les plages dans le Sud, les forces de l’ordre arrêtent les inconscientes venues en burkini. Elles sont peu nombreuses, la majorité d’entre elles préférant rester cloîtrées chez elles. Les identitaires, eux, s’impatientent et sur les murs se multiplient les tags menaçants contre les musulmans. Préoccupés par le climat en France, les déclarations hostiles de Marine Le Pen à l’égard de leur pays, et dépités après l’élimination de leur club en Ligue des Champions, les Qataris annoncent qu’ils vendront le PSG.

Rentrée de sa visite de vingt-quatre heures à Washington, la présidente frontiste a eu ce qu’elle voulait : une photo officielle sur le pas de la Maison-Blanche. Elle a été reçue par Donald Trump comme la dernière de ses priorités, à observer son regard vide, elle s’est même demandé s’il n’était pas sous antidépresseurs. La cote de popularité du président américain est, en effet, au plus bas. Les mouvements de protestation contre ses décrets et ses mesures erratiques se multiplient. La communauté internationale le boude. Les critiques se multiplient jusque dans son propre camp. Combien de temps tiendra-t-il ?

Poutine, c’est autre chose, c’est du solide. Elle s’envole, peu avant la mi-août, pour Moscou. Elle bénéficie d’une étonnante notoriété grâce à la propagande des chaînes de télévision russes. Cette visite d’Etat sera le point d’orgue de ses 100 premiers jours à l’Elysée. Le Quai-d’Orsay a déjà informé Poutine qu’elle reconnaîtrait officiellement la Crimée en tant que territoire russe dans le discours qu’elle doit prononcer. Elle renouvellera aussi son soutien appuyé à l’engagement militaire des Russes contre Daech en Syrie. Thierry Mariani, son nouveau ministre des Affaires étrangères, est bien sûr du voyage et espère réchauffer ses relations avec la présidente. Elle le rend comptable de l’hémorragie de démissions chez les diplomates français refusant de servir une France lepénisée.

A Moscou, elle oubliera les nuages noirs qui s’amoncellent. Le Conseil d’Etat retoque les projets de décret du gouvernement, obligeant à les réécrire, et il retarde, avec ses sourcilleuses recommandations, l’avancement des projets législatifs. Quant à l’opinion de ceux qui ont porté Marine Le Pen au pouvoir, elle montre des signes d’impatience ou de trouble, comme l’attestent les sondages.

C’est un Poutine aux anges qui reçoit la chef d’Etat à la résidence présidentielle de Novo-Ogariovo, une propriété du XIXe siècle à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Moscou, où il passe désormais l’essentiel de son temps. Elle connaît le protocole. C’est elle qui doit tendre la main la première au président russe. Ensuite, il l’emmène, comme le veut la coutume, faire quelques pas dans le parc et lui offre un samovar. Une journée parfaite, pour Le Pen, ses ministres et les invités de sa délégation. Seule l’évacuation sanitaire d’Eric Zemmour, victime d’une allergie au caviar en pleine réception, a troublé le nouvel ordre mondial. Hypocondriaque, l’auteur du best-seller « le Suicide français » a exigé d’être rapatrié à Paris. On n’est jamais mieux que chez soi.

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Par Marie Guichoux, avec Arnaud Gonzague, Caroline Michel, Mathieu Delahousse, Sophie Fay, Corinne Bouchouchi, Pascal Riché, Doan Bui, Natacha Tatu et Maël Thierry.

(1) Du titre de son dernier livre, « Les cloches sonneront-elles encore demain ? » (Albin Michel).

(2) Ces propos ont été tenus par leurs auteurs avant mars 2017. Nous les avons replacés dans le contexte imaginaire de cette fiction.

 

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