Le porte-parole du groupe terroriste HAMAS met en garde contre des résultats « désastreux » si Israël devait mettre en œuvre la demande d’Abbas de réduire la fourniture d’électricité à la bande. Des responsables s’inquiètent d’une catastrophe humanitaire.

Abu Ubaida, le porte-parole de la branche armée du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 janvier 2017. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)
Abu Ubaida, le porte-parole de la branche armée du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 janvier 2017.

Le groupe terroriste du Hamas a averti lundi que la décision prise par Israël de réduire l’approvisionnement en électricité déjà dérisoire à Gaza aurait des résultats « désastreux et dangereux » qui pourraient mener à une explosion de violence.

Le cabinet israélien a décidé dans la nuit de réduire le niveau de fourniture d’électricité que l’état juif accorde à la bande de Gaza à la demande du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui cherche à accroître les pressions sur le Hamas, principal adversaire de son parti du Fatah.

La réduction serait de quarante-cinq minutes par jour sur les heures durant lesquelles Gaza reçoit de l’électricité, ont fait savoir les médias israéliens.

« La décision de l’occupation de réduire l’électricité à Gaza à la demande du président palestinien de l’AP Mahmoud Abbas est catastrophique et dangereuse. Cela accélérera la détérioration de la situation qui sera explosive dans la bande », a indiqué le porte-parole du Hamas Abdel Latif al-Qanua.

« Ceux qui assumeront les conséquences de cette décision, ce sont les ennemis israéliens qui assiègent la bande de Gaza et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, » a-t-il ajouté.

Un Palestinien utilise une lampe à gaz pour travailler dans son restaurant qui n'a plus d'électricité, dans la bande de Gaza, le 17 novembre 2013. (Crédit : Emad Nassar/Flash90)

Les habitants de Gaza ne reçoivent actuellement qu’entre trois et quatre heures d’électricité par jour, une production livrée par la propre centrale électrique du territoire et par d’autres en Israël et en Egypte.

Les coupures d’électricité, ainsi qu’un certain nombre d’autres mesures prises par l’AP depuis le mois dernier, ont pour objectif d’obliger le Hamas à céder le contrôle de la bande ou à payer la note sur ses propres deniers.

Au cours de la réunion du cabinet, de hauts responsables militaires, dont le chef d’état-major de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, ont averti que ces coupures d’électricité pourraient mener à une escalade de la violence tout en saluant la pression mise sur le Hamas, selon un article paru dans Haaretz citant un membre du cabinet sécuritaire.

Israël comme l’AP accusent le Hamas d’être en possession de l’argent qui assurerait les besoins énergétiques de Gaza, mais affirment que le groupe en dépense une grande partie en armement et en préparation à un futur conflit contre l’état juif.

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, membre du cabinet, a déclaré lundi à la radio militaire que la réduction de l’approvisionnement en électricité avait pour origine une querelle continue entre le Hamas et Abbas.

Le Hamas a pris le contrôle de Gaza en 2007 après un conflit violent avec le parti du Fatah.

« Il n’y a aucune certitude que cela cause une confrontation militaire. Il est possible que les Palestiniens commencent à comprendre la catastrophe que signifie le Hamas pour eux », a indiqué Erdan.

Israël et le Hamas se sont affrontés lors de trois guerres depuis 2008.

Des Palestiniens remplissent des bouteilles et des jerricanes d'eau potable à des robinets publics au camp de réfugiés de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 22 février 2017 (Crédit : Said Khatib/AFP)

L’approvisionnement en électricité est une inquiétude majeure dans ce territoire chaud et exigu qui célèbre actuellement le mois sacré du Ramadan.

La seule centrale électrique de l’enclave a cessé de fonctionner au mois d’avril après que le Hamas a connu une pénurie de fioul, refusant d’en acheter davantage auprès de l’Autorité palestinienne en raison de ce qu’il a dénoncé comme des « taxes élevées » sur le produit.

L’Egypte a également fourni un peu d’électricité à Gaza, mais ces lignes électriques connaissent des dysfonctionnements.

Selon le général de division Yoav Mordechai, chef du COGAT, l’unité du ministère de la Défense qui gère les affaires civiles au sein des territoires palestiniens, Israël ne livre à Gaza que 125 mégawatts par mois – environ 30% de ce qu’il faut pour assurer un approvisionnement d’électricité à Gaza pendant 24 heures.

Des palestiniens se réchauffent autour d'un feu pour pallier le manque d'électricité, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 1er décembre 2016. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Après la mise en oeuvre de cette nouvelle décision, Israël n’apportera à Gaza que 75 mégawatts par mois.

Le porte-parole du ministère de la Santé de Gaza, le docteur Ashraf al Qidra, a mis en garde lundi contre les « conséquences dangereuses pour les malades et la santé publique en général » dans la bande si cette baisse devait effectivement avoir lieu.

Les résidents de Gaza dépendent également des usines de désalinisation de l’eau qui leur fournissent de l’eau potable. Sans électricité, le fonctionnement de ces usines se trouvera encore davantage compromis.

Juste avant l’accord donné par le cabinet israélien de réduire l’approvisionnement électrique à Gaza, l’ONG israélienne Gisha — Le centre légal pour la liberté de mouvement, a émis une forte mise en garde contre cette initiative.

« Aujourd’hui, des ailes entières ferment dans les hôpitaux durant les pannes d’électricité et sont obligées de réduire des traitements essentiels, qui sauvent la vie, car il n’y a pas suffisamment d’électricité pour les assurer », a fait savoir le groupe. « Les usines de désalinisation ne peuvent pas fonctionner, 100 millions de litres d’une eau majoritairement non-traitée sont pompés quotidiennement dans la mer méditerranée, l’eau pour l’usage domestique n’est disponible que par intermittence, les eaux usées ne peuvent être amenées hors des zones résidentielles et les générateurs, qui sont supposés offrir une alternative, sont sur-utilisés et sur le point de s’effondrer ».

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L’AP payait jusqu’à présent 40 millions de shekels par mois pour les 125 mégawatts. Mordechai a expliqué qu’il avait reçu une « note officielle » de Ramallah disant que l’AP souhaitait ne payer que 20 à 25 millions de shekels par mois pour l’électricité à Gaza.

Au mois de mai, Hussein al-Sheikh, chef du département des Affaires civiles de l’AP, avait accusé le Hamas de bénéficier personnellement de la collecte des paiements de l’électricité auprès des habitants de Gaza.

« Nous n’allons pas continuer à financer le coup d’état du Hamas à Gaza », avait-il déclaré au micro de la station de radio « la voix de la Palestine ».

Dans une interview accordée le 25 mai à la BBC, Mordechai avait fait écho à ces accusations.

« Malheureusement, le Hamas prend 100 millions de shekels par mois auprès des habitants de la bande de Gaza : sur les taxes de tous les Palestiniens dans la bande de Gaza, sur les biens, et ces sommes n’arrivent jamais entre les mains de l’Autorité palestinienne », avait-il indiqué.

« La raison pour cela, c’est que le Hamas préfère que l’argent aille dans les tunnels, aux travaux de fouilles souterraines nécessaires à ces tunnels et à l’organisation », avait-il ajouté.

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LE QATAR PAIE AUSSI SON SOUTIEN AUX PALESTINIENS.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn, ainsi que l’Égypte, ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha, en raison de son soutien aux islamistes et de sa complaisance à l’égard de l’Iran. Ce minuscule émirat a été également exclu de la coalition militaire qui combat au Yémen les Houthistes soutenus par l’Iran.

 
Conseil coopération du Golfe

Les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe subissent ainsi la crise la plus grave. Pour «protéger sa sécurité nationale des dangers du terrorisme et de l’extrémisme», l’Arabie saoudite a décidé de fermer ses frontières terrestres, aériennes et maritimes avec le Qatar. Effectivement le Qatar héberge divers groupes terroristes qui déstabilisent la région, comme les Frères musulmans dont ils partagent l’idéologie, Daesh et Al-Qaeda. Il soutient des groupes terroristes soutenus par l’Iran dans la province de Qatif, où vit la minorité chiite du royaume saoudien. Il a enfin une capacité de nuisance au Bahreïn soumis à des troubles organisés par la majorité chiite de ce pays.

Les responsables Frères musulmans, expulsés d’Égypte, de Syrie ou de Tunisie, trouvaient refuge dans cet émirat tandis que des financiers du terrorisme agissaient au grand jour à Doha. Par crainte de son voisin menaçant, le Qatar ne s’est jamais montré hostile à l’égard de l’Iran, a fortiori puisqu’il partage avec lui un immense champ gazier dans les eaux du Golfe persique. Par intérêt il n’a jamais voulu prendre position dans le conflit chiite-sunnite.

 
Trump à Ryad

Mais il n’a pas voulu suivre la stratégie des Américains de Trump, des Saoudiens et des Émiriens qui ont décidé de désigner l’Iran comme ennemi commun. L’émir du Qatar, Cheikh Tamim, avait été accusé d’avoir minimisé la menace iranienne. Mais sur cette question, par crainte d’une réaction violente de leur voisin envahissant, le sultanat d’Oman et le Koweït refusent également de faire de l’Iran leur bête noire et ne se sont pas associés à la mise en quarantaine. La fracture au sein de CCG est ainsi entérinée.

 
Emir du Qatar

Le Hamas bénéficiait du rare soutien étranger et les voisins du Golfe avait exigé que le Qatar prenne ses distances avec le groupe terroriste de Gaza. Il semble que le refus du Qatar a engendré le blocus imposé par les Saoudiens. Le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, Adel Al-Joubeir, avait exigé que le Qatar cesse de financer le Hamas et les autres groupes affiliés aux Frères musulmans : «Nous voulons que le Qatar mette en œuvre les promesses faites il y a quelques années en ce qui concerne le soutien des groupes extrémistes». Dans une attitude paradoxale, le Qatar avait financé le front de AlNosra et le Hezbollah alors qu’il s’agit de deux factions qui sont en guerre les unes avec les autres en Syrie.  Le Hamas a en effet une relation compliquée avec l’Arabie saoudite qui n’a pas digéré la victoire du groupe «extrémiste» aux élections à Gaza, qualification donnée par le président Trump lors de son voyage à Ryad.

 
Ministre des affaires étrangères qatari Adel Al-Joubeir

Dans le cadre d’un partenariat pragmatique, l’Arabie avait apporté son soutien au Hamas et accueilli ses dirigeants jusqu’en 2015. Mais l’accord nucléaire entre l’Iran et les États-Unis a fait basculer le Royaume et les Émirats dans le camp d’Israël avec une offre appuyée de normalisation des relations diplomatiques. Les révolutions des «printemps arabes» ont créé une hostilité à l’égard des Frères musulmans auxquels le Hamas est affilié. Le Qatar a voulu se distinguer de ses alliés en maintenant de bonnes relations avec tous les Palestiniens, Hamas et Fatah, et a investi des dizaines de millions de dollars dans la reconstruction de Gaza.

 
Mohamed Dahlan et Mahmoud Abbas

Très lié aux Américains, le Qatar a voulu maintenir une politique indépendante vis-à-vis des Palestiniens entraînant ainsi des frictions de plus en plus visibles. Par opposition, les Émirats Arabes Unis accueillent et soutiennent l’archi-rival du Hamas, Mohammed Dahlan, qu’ils cherchent depuis plusieurs mois à imposer comme nouveau président palestinien. Le Qatar paie ainsi son rôle et son influence sur l’arène palestinienne auprès de Mahmoud Abbas et du Hamas. L’administration américaine a fait pression sur le Qatar qui a une approche différente sur la question palestinienne en traitant avec le Hamas. Il est le seul soutien étranger du Hamas face à la forte pression de ses voisins du Golfe qui insistent pour réduire ses liens avec le groupe islamique.

 
L’ancien émir du Qatar à Gaza

Avec l’accord tacite d’Israël, le Qatar a investi à Gaza des centaines de millions de dollars pour les routes, le logement et un grand hôpital. Il représente un rare pourvoyeur d’emplois dans une économie dévastée par la guerre. Le responsable du Hamas, Mushir al-Masri, a déclaré que l’appel saoudien au Qatar pour réduire ses liens avec son groupe palestinien était «regrettable et contredisait le soutien arabe traditionnel pour la cause palestinienne, cédant ainsi aux appels américains et sionistes pour mettre le Hamas sur la liste des groupes dits terroristes».

 
Mushir al-Masri

 

Cette nouvelle situation affectera certainement le Hamas qui persiste à appeler à la disparition d’Israël et qui prépare systématiquement la prochaine guerre. Le Qatar est le grand financier de Gaza pour des projets importants. En 2012, l’ancien émir du Qatar, Hamad bin Khalifa al-Thani, avait visité Gaza, le seul chef d’État à le faire depuis que le Hamas est au pouvoir. L’émir avait alors annoncé une subvention de 407 millions de dollars pour construire un complexe résidentiel de 3.000 unités à Hamad quartier de Khan Younes. Deux phases du projet ont été totalement réalisées.  Des entrepreneurs palestiniens ont signé avec le Qatar des accords pour la dernière phase de la construction mais ces accords pourraient être gelés dans cette nouvelle situation. Le Qatar a également refait des routes, réparé ou reconstruit des mosquées et supervisé des dizaines de projets d’infrastructure. Il a également payé les livraisons de carburant et d’électricité venues d’Israël pour fournir de l’énergie à Gaza.

 
Quartier de Hamad

Dans la ville de Hamad, des drapeaux du Qatar flottent, des boutiques, une pharmacie, des magasins et des cafés ont été ouverts. La pression sur le Qatar pourrait augmenter l’isolement politique et financier du Hamas. Pour compenser ce risque, une délégation de haut niveau du Hamas s’est rendue en Égypte pour tenter de réchauffer les relations, mais cela n’est pas gagné face à la volonté d’Al Sissi ne pas aider son ennemi potentiel.  Le Hamas se retrouve dans une situation politique difficile.

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