Le High Level Military Group a dépeint le scénario d’un conflit potentiel entre l’État hébreu et le groupe terroriste soutenu par l’Iran, et ce qui peut être fait pour l’empêcher.

Les soldats évacuent un camarade blessé au cours de la seconde guerre du Liban, le 24 juillet 2006, (Crédit : Haim Azoulay / Flash 90)

Dans un rapport détaillé publié mardi, l’organisation a répertorié les actions de l’armée israélienne ainsi que la réorganisation du Hezbollah durant les onze années qui ont suivi la seconde guerre du Liban, dernière interaction franche entre les deux armées. Le HLMG a également décrit les stratégies que chaque partie utilisera pour la prochaine guerre, ainsi que les potentielles failles de ces plans.

« Le Hezbollah ne souhaite pas voir de conflit éclater actuellement, étant donné qu’il cherche encore à consolider ses avoirs en Syrie et à poursuivre ses entraînements au Liban. Cependant, ses actions et sa propagande suggèrent qu’ils envisagent avec certitude de se battre avec Israël à un moment donné », explique le rapport.

« Le timing d’un tel conflit sera probablement déterminé par un mauvais calcul ainsi que sur la base d’une décision prise en Iran et au Liban. »

Le groupe a indiqué que dans l’éventualité d’une telle guerre, « elle sera surement plus violente et plus destructrice que les précédentes », parce que les deux parties se sont renforcées et ont intensifié leurs capacités militaires depuis le dernier conflit.

Le rapport, intitulé Hezbollah’s terror army: How to prevent a third Lebanon war, propose quelques recommandations pour éviter qu’un tel conflit ne se produise, et ne le décrit pas comme une guerre qui attend d’éclater.

Les généraux à la retraite et anciens membres de l’armée américaine, française, allemande, britannique, italienne, espagnole, colombienne, indienne et australienne, qui compose le HLMG ont également été très critiques au sujet des Nations unies, pour « son échec grave et flagrant » à mettre en œuvre la résolution 1701 du Conseil de sécurité qui a mis fin à la deuxième guerre du Liban en 2006, un manquement qu’ils tiennent pour responsable de l’aggravation de la situation.

Les anciens chefs militaires ont indiqué que la mission de maintien de la paix au Liban, la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban), n’applique pas les aspects de la résolution 1701, qui sont censés garantir que les acteurs armés non-gouvernementaux que sont les militants du Hezbollah, soient tenus à l’écart du Sud-Liban.

Le rapport de 76 pages, basé sur des entretiens avec des délégués israéliens menés exclusivement durant une mission exploratoire, parvient aux mêmes conclusions que celles des responsables de l’armée israélienne. En préparant ces évaluations, le HLMG n’a rencontré aucun responsable libanais ni membre du Hezbollah, ni responsable aux Nations unies.

Et pourtant, le HLMG soutient que ses évaluations sont « purement basées sur l’expérience militaire et stratégique acquise par ses membres ».

Le colonel Richard Kemp parle devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies le 29 juin 2015 (Photo: Autorisation UN Watch / Oliver O'Hanlon)

Le HLMG compte parmi ses membres un ancien président du comité militaire de l’OTAN, un ancien chef d’État-major de l’armée israélienne, un ancien ambassadeur itinérant des États-Unis pour les crimes de guerre, un ancien directeur-général de la Defense Intelligence Agency en Inde et le fervent défenseur d’Israël, le colonel Richard Kemp de l’armée britannique.

Ce Groupe a été créé par la Friends of Israel Initiative, un groupe fondé par l’ancien Premier ministre espagnol José Maria Aznar en 2010, pour lutter contre une « campagne de délégitimation contre Israël sans précédent ».

Ce n’est pas la première fois que le groupe s’essaye à la sécurité israélienne. En décembre 2015, l’organisation avait diffusé un rapport qui défendait l’armée israélienne durant la guerre de Gaza, qui avait eu lieu l’été précédent. Ils avaient déterminé que l’armée s’était conformée aux règles d’un conflit armé, et les avait même surpassées.

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Le Hezbollah a bien grandi.

Le Hezbollah a été fondé en 1985, trois ans après le début de la première guerre du Liban. Il a été créé avec le soutien de l’Iran, et avait commencé par tuer des soldats israéliens stationnés dans les avant-postes de l’armée israélienne au Sud-Liban avec des missiles antitanks improvisés, des explosifs, et des petites armes à feu.

Au fil du temps, le groupe est passé de nuisance terroriste à ennemi de grande ampleur, ayant une emprise significative sur la politique intérieure du Liban. Ce qui était initialement un groupe terroriste de pacotille représente désormais la référence face à laquelle l’armée israélienne évalue son niveau de préparation.

Des partisans du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah pendant un évènement commémorant les 11 ans de la fin de la 2e guerre du Liban avec un discours télévisé d'Hassan Nasrallah, à Khiam, dans le sud du Liban, le 13 août 2017. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

Dans le rapport, les anciens généraux et officiers de la défense décrivent le Hezbollah comme étant « largement considéré comme l’acteur non-gouvernemental le plus puissant du monde. »

Alors que le groupe terroriste s’est impliqué dans les combats au nom du dictateur syrien Bashar el-Assad, il est devenu plus fort grâce à son expérience en combat et a amélioré son accès à un arsenal sophistiqué par le biais de son fournisseur, l’Iran.

« Le Hezbollah a le poids politique d’un gouvernement, la force de frappe d’une armée et l’approche stratégique d’une organisation terroriste », établi le rapport.

Israël pense que le Hezbollah maintient une force de 25 000 combattants à temps plein. Parmi eux, 5 000 combattants ont été en Iran suivre une formation intensive, et 20 000 autres combattants dans des unités de réserve.

Un tank portant le drapeau du groupe terroriste du Hezbollah dans la région syrienne de Qalamoun, le 28 août 2017. (Crédit : Louai Beshara/AFP)

L’armée terroriste se vante de détenir des drones d’attaques, des systèmes de défense aérienne, des véhicules blindés pour le transport de troupes, et même des tanks. Ils pourraient également avoir le Yakhont, un missile anti-navire, avec lequel il peut menacer des navires de la marine israélienne.

Mais ses armes de choix sont les missiles et les roquettes, qu’il accumule et améliore, avec l’aide de l’Iran, à un rythme frénétique.

Le Hezbollah possèderait entre 100 000 et 150 000 projectiles, principalement de courte portée. Les responsables israéliens estiment que dans une prochaine guerre, le groupe terroriste serait en mesure de tirer en moyenne un millier de missiles par jour.

De plus, l’armée israélienne suppose que le groupe s’est focalisé sur la précision de ses missiles, de sorte qu’ils puissent atteindre directement des sites stratégiques israéliens.

Des experts en explosifs israéliens inspectent une roquette du Hezbollah après son atterrissage à Haïfa, dans le nord d'Israël, le 9 août 2006. (Crédit : Max Yelinson/Flash90)

« Par conséquent, non seulement la menace s’est amplifiée de manière exponentielle sur le plan numérique, mais le taux de létalité a augmenté en raison d’une charge utile plus importante, et une précision de tir accrue », a écrit le HLMG dans son rapport.

Israël œuvre pour contrer cette menace grâce à des systèmes de défense antimissiles tels que le Dôme de Fer, la Fronde de David, et les systèmes Patriot et Arrow. Mais les responsables militaires soulignent régulièrement que ces batteries ne fournissent pas une protection parfaitement hermétique.

Sur le plan de la défense, le Hezbollah s’est intégré à la population civile du sud-Liban, « pour des raisons tactiques (ce qui pousse Israël a hésiter avant d’attaquer) et stratégiques (utiliser les photos des civils blessés pour délégitimer l’armée) », indique le rapport.

Le HLMG ajoute que le Hezbollah avait « transformé presque chaque village chiite du sud du pays en un atout militaire ».

À l’intérieur et à l’extérieur de ces villages, le Hezbollah aurait préparé des positions de combat à partir desquelles il pourrait se confronter à la puissante armée israélienne.

Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a également averti que le groupe terroriste ne se battra pas seul, mais qu’il aurait le soutien des milices syriennes soutenues par l’Iran, et d’autres combattants du Moyen Orient. Cela contraindrait l’armée israélienne à se battre sur plusieurs fronts, si le Hamas à Gaza rejoint aussi le conflit.

Les partisans libanais du Hezbollah à Nabatieh, le 24 mai 2015. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

Mais le groupe terroriste dispose d’un autre avantage : la population israélienne n’est pas habituée ni préparée à un conflit prolongé.

Un homme inspecte les dommages causés à une maison après une attaque à la roquette par des terroristes de la bande de Gaza sur la ville israélienne de Yehud, à côté de l'aéroport international Ben-Gurion d'Israël, le 22 juillet 2014. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

« Les décideurs ont fait part de leur préoccupation quant à la façon dont le public israélien est préparé au niveau de dévastation que causera un affrontement militaire avec le Hezbollah », a déclaré le HLMG.

« Les jeunes israéliens sont moins habitués à la menace d’attaque directe que ne le sont leurs aînés, et le succès d’Israël à neutraliser les roquettes les moins sophistiquées tirées depuis Gaza peut avoir faire monter la confiance de la population en la capacité de l’armée à intercepter les roquettes susceptibles d’être tirées par le Hezbollah. »

L’armée israélienne n’a pas à rougir.

Bien que l’arsenal du Hezbollah contienne « plus de roquettes que de nombreuses armées européennes », selon le rapport du HLMG, l’armée israélienne est considérée par de nombreux analystes comme la plus puissante du Moyen Orient.

Des F-35 israéliens lors du vol de démonstration au dessus de la plage de Tel Aviv, le 2 mai 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

« Israël est équipé des avions de chasse les plus performants, des drones avec une technologie de pointe, et on considère qu’elle détient des armes nucléaires », ont écrit les militaires.

« Les données disponibles sur l’année 2014 suggèrent que l’armée a 410 500 membres de son personnel en activité, 3 657 tans et 989 avions. »

Israël a également considérablement amélioré son renseignement sur le groupe terroriste depuis les 11 ans depuis la seconde guerre du Liban. Cette évolution est importante dans la mesure ou le manque d’informations précises serait responsable de nombreux échecs dans ce conflit.

En associant l’impressionnante force militaire à sa disposition et le renseignement nécessaire pour la diriger, l’armée pourrait mettre fin à une guerre prochainement, avant que le front israélien ne subisse trop de pertes.

« Cependant, alors qu’un conflit potentiel progresse, la supériorité militaire d’Israël va avoir du mal à se traduire par une victoire sur le champ de bataille », estime le HLMG.

Dans le rapport, les anciens généraux ont écrit que les responsables israéliens leur ont confié qu’ils s’attendent à « des milliers de victimes au Liban, parmi lesquels figureront de nombreux civils, en dépit du fait qu’Israël adhère aux plus standards du Droit de la guerre ».

Manifestement, alors que HLMG propose une estimation générale du bilan côté libanais, il ne suggère pas de bilan côté civils israéliens, indiquant seulement que ce nombre « va probablement dépasser de loin le bilan des conflits précédents ». (Il y avait eu 50 victimes civiles durant la guerre du Liban en 1982, et 46 en 2002.)

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Le Hezbollah et le Liban, bonnet blanc et blanc bonnet ?

L’une des questions qui taraude le HLMG est la perception qu’a Israël du Liban, et si elle est intrinsèquement liée avec le Hezbollah, où s’il s’agit d’une entité distincte.

« Durant les recherches du HLMG, il a été clair qu’il existe un débat politique poussé dans les hauts échelons de la hiérarchie israélienne au sujet de certaines voix qui font comprendre qu’un éventuel conflit devra inclure le Liban parmi ses adversaires », ont écrit les anciens généraux.

Naftali Bennett, ministre de l'Education et président du parti HaBayit HaYehudi, pendant l'émission "Rencontre avec la presse" de la Deuxième chaîne, le 4 juin 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Par exemple, le ministre de l’Éducation Naftali Bennett affirme que Liban et Hezbollah sont indissociables et que l’infrastructure nationale libanaise devrait également être considérée comme cible militaire durant une prochaine guerre.

En 2006, la politique de l’armée israélienne consistait à faire le distinguo entre Liban et Hezbollah, mais la façon dont le pays a évolué pourrait changer cela.

Dans le rapport, le HLMG a indiqué qu’une « relation hautement fusionnelle existe entre le Hezbollah et les forces armées libanaises », qui se concrétiserait par un partage du renseignement, et une coopération sur le plan matériel.

Soldats libanais à Ras Baalbek, après leur retour du front contre l'Etat islamique, le 21 août 2017. (Crédit : Stringer/AFP)

« Israël a montré au HLMG des preuves qui laissent penser qu’au moins une partie de l’armement que reçoit l’armée libanaise de l’international, notamment des États-Unis, finit par se retrouver aux mains du Hezbollah », ont écrit les militaires.

Cependant, certains analystes, dont le nom n’est pas cité dans le document du HLMG, affirment, contrairement à Bennett et à d’autres responsables israéliens que le Liban est le Hezbollah, et inversement.

L’un d’entre eux est David Daoud, un analyste chercheur pour le think-tank et groupe de défense United Against a Nuclear Iran. Il soutient qu’en attaquant les infrastructures libanaises, Israël pourrait aider le Hezbollah à prouver à la population libanaise que le groupe terroriste est, comme il le prétend, le défenseur du pays contre « le régime sioniste ».

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Les gardiens de la paix ont les mains liées.

Le HLMG a mis l’accent sur le rôle et les échecs de la FINUL, la mission onusienne au Sud-Liban.

La force internationale est généralement considérée par Israël comme incapable, ou du moins peu disposée à prendre des mesures sérieuses contre la mise sur pied des forces du Hezbollah, alors que le Liban est considéré comme un complice du groupe terroriste par l’armée israélienne.

Les activités de la FINUL au Sud-LIBAN sont dictées par la résolution 1701 du conseil de sécurité, qui, entre autres, stipule qu’il ne doit pas y avoir aucune force paramilitaire au sud de la rivière Litani.

Selon le HLMG, les forces onusiennes appliquent la résolution 1701 « au sens très étroit, en ce qui concerne leur habilitation à chercher des armes au Liban et à freiner l’activité des groupes armés ».

Israël et le HMG soutiennent que cette mission doit être interprétée plus largement. Cela permettrait à la FINUL de contrecarrer les efforts de guerre du Hezbollah en empêchant activement le groupe terroriste de posséder des armes au sud de la rivière Litani, et d’employer la force si nécessaire.

« Un nouveau mandat, revu et corrigé est nécessaire pour gérer cette situation », estime le rapport.

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Que peut-on faire d’autre ?

« La communauté internationale doit prendre des mesures pour freiner les activités de l’Iran, intensifier les sanctions et mettre en place des méthodes dissuasives »

Au-delà des pouvoirs à octroyer à la FINUL, le HLMG n’offre que peu de conseils sur les moyens d’empêcher une guerre future entre le Hezbollah et Israël.

Les conseils sont assez vagues, et ne parlent pas d’éléments spécifiques à mettre en œuvre. La recommandation principale consiste à gérer non pas le Hezbollah, mais son supérieur.

« La communauté internationale doit prendre des mesures pour freiner les activités de l’Iran, intensifier les sanctions et mettre en place des méthodes dissuasives », a écrit le groupe.

En ce qui concerne spécifiquement le Hezbollah, le HLMG a appelé les pays occidentaux à cesser de dissocier les branches terroristes politiques et terroristes du groupe.

Les anciens militaires ont également enjoint les États-Unis à prendre des mesures avec le contingent libanais « pour déchoir le Hezbollah de son statut de force motrice de facto du pays ».

Plus généralement, le HLMG appelle l’Occident à « soutenir fermement Israël dans efforts pour désamorcer les tensions ».

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