Attaque chimique en Syrie : des certitudes et quelques zones d’ombre.

                  Attention, images choquantes !

La fumée au-dessus de Douma, une localité de la Ghouta orientale, ce samedi, après un bombardement.

De nombreux témoignages et des experts accréditent la thèse d’une attaque chimique au chlore d’envergure à Douma, en Syrie.

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Y a-t-il eu une attaque chimique à Douma dans la Ghouta orientale ce samedi ? Le doute n’est plus vraiment de mise, à l’heure où de nombreux témoignages affluent et les preuves médicales vont toutes dans le même sens. Et ce malgré les démentis véhéments de Damas et du Kremlin.

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Quel est le bilan ?

Difficile en pleine zone de guerre d’établir un bilan précis. Le nombre de morts varie donc selon les sources. Cette attaque aurait fait 48 morts selon les Casques Blancs, un groupe de secouristes en zone rebelle, et l’ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS).

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L’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux (UOSSM), une organisation humanitaire médicale française qui intervient en Syrie fait elle état d’au moins 60 personnes tuées et de plus de 1000 civils blessés. Beaucoup de ces victimes seraient des enfants.

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Y a-t-il des témoignages de première main ?

« Il y avait de nombreuses personnes en train de suffoquer, certaines sont mortes immédiatement », a déclaré Firas al-Doumi, un secouriste de Douma. « C’était un massacre. Il y avait une très forte odeur sur les lieux qui a entraîné des difficultés respiratoires chez les secouristes ». Des journalistes sur place ont aussi diffusé des images des missiles potentiellement utilisés lors de ces attaques. Difficile toutefois d’authentifier leur provenance.

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A-t-on des éléments de preuve ?

Plusieurs vidéos diffusées par les Casques Blancs où des médias comme Al-Jazeera, montrent des victimes souffrant de symptômes respiratoires typiques d’une attaque au chlore. Ils diffusent également des photos de nombreux enfants morts, ou de familles décimées dans leurs appartements. Des images qui accréditent la thèse de l’usage d’armes chimiques.

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La nature chimique de l’attaque est-elle établie ?

Raphaël Pitti, médecin humanitaire, responsable formation à l’UOSSM France, a pu analyser de nombreuses photos et vidéos de victimes. Contacté par Le Parisien, il est catégorique sur la nature chimique de l’attaque : « Aucune des victimes ne présente de lésions traumatiques, toutes ont les mêmes symptômes de type respiratoire – des odèmes aigus pulmonaires – et des brûlures au niveau des yeux… C’est le résultat d’un produit très caustique », affirme-t-il. Un point de vue partagé par Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques. « La nature chimique de l’opération est en tout cas prouvée. C’est impossible de se tromper », confie le chercheur.

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Connaît-on les gaz utilisés ?

Pour Olivier Lepick, « si l’on en croit les images et les vidéos et les tableaux cliniques (liste la plus précise possible des caractéristiques, symptômes et signes d’états pathologiques), on peut voir les effets d’un gaz neurotoxique, un organophosphoré, probablement du sarin ». « La mort visiblement foudroyante des victimes laisse supposer que ce n’est pas que du chlore », abonde Raphaël Pitti : « Le chlore apporte un sentiment d’irritation, il y a une phase d’agitation, l’envie de se sauver. Là, les corps étaient effondrés les uns sur les autres. Ils ont été foudroyés dans leurs appartements ». Selon lui, il y a « certainement » un deuxième gaz. Mais de quelle nature ? « C’est possible que ce soit du gaz sarin. Mais c’est impossible de le dire avec certitude car l’un des signes pour déterminer l’usage de ce gaz, c’est le rétrécissement de la pupille. Or, toutes les victimes ont les cornées brûlées. Mais c’est, avec certitude, un produit foudroyant », continue le médecin, spécialiste de la zone.

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Peut-on accuser le régime syrien avec certitude ?

« Les preuves d’une attaque sont bien présentes. Ça s’est bien passé avant-hier, on a des preuves tangibles. C’est savoir qui a lancé le produit qui pose toujours problème. Si on doit frapper sur le coupable, Il faut savoir qui c’est. Dans une telle situation de guerre, n’importe qui peut avoir envoyé ce missile, les rebelles comme le régime », explique Raphaël Pitti.

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Sans surprise, Bachar Al-Assad a farouchement nié toute implication depuis samedi, comme depuis le début du conflit d’ailleurs. Face à ce déni, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé ce lundi enquêter sur cette attaque. Une équipe d’enquêteurs travaille pour réunir davantage d’éléments « pour établir si des armes chimiques ont été utilisées », a déclaré le directeur général de l’organisation, Ahmet Uzumcu.

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Assad n’a-t-il pas démantelé son arsenal chimique ?

Le 21 août 2013, une attaque chimique de grande ampleur sur la Ghouta avait choqué le monde entier et poussé Damas à s’engager sur la destruction de son arsenal chimique. Mais il y a un an, le 4 avril 2017, une nouvelle attaque chimique sur Khan Cheikhoun faisait 89 morts, dont 33 enfants, 18 femmes et plus de 400 blessés.

Dans ces conditions, difficile de savoir exactement ce que possède le régime. Côté chlore, explique Olivier Lepick, il est tout bonnement « impossible de dénier à un Etat le droit d’en posséder. On en trouve dans énormément de produits du quotidien, et il est donc impossible d’empêcher de fabriquer des bidons remplis de chlore cerclés d’explosifs… » Pour le sarin, estime l’expert, « l’arsenal a été globalement démantelé depuis 2014 mais le régime de Bachar Al-Assad a pu garder une quantité peu importante de sarin, et le stocker, dans l’immensité du désert syrien ». « Je crois plus en l’existence de stocks résiduels que dans l’importation de nouvelles armes », explique-t-il. Quelques centaines de litres peuvent faire d’énormes dégâts… »

Un enfant syrien mort dimanche après l’attaque chimique dans la Ghouta

 

 

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  1. 15ansdemafia

    Toutes les armées du monde, les rebelles syriens aussi très certainement, possèdent dans leurs équipements des détecteurs qui permettent d’identifier un produit toxique utilisé. Les armées occidentales qui sont sur ou à proximité de la zone, en sont dotés car ces matériels font parti de la « dotation initiale » du combattant au même titre que les fusils, les munitions, la trousse de secours, etc. Si l’autopsie des morts devait être aussi réalisée, la preuve ou non serait donnée de l’utilisation de ces produits. Nous saurions si s’agit de neurotoxiques de type G ou A, ou s’il s’agit de vésicants. D’autres produits « non toxiques » peuvent aussi être employés comme des irritants. Ce qu’il faut voir, est qu’alors que des preuves pourraient être apportées sur l’utilisation de toxique – et non pas sur qui les a envoyé – (Détection et identification des supposés produits et autopsies), l’occident va s’empresser de les détruire en bombardant. On a jamais vu condamner un supposé criminel avant de lui avoir opposé des preuves.

    Les photos présentées ne prouvent strictement rien et le prétexte de la guerre en Irak sur ces prétextes de menaces chimiques devraient nous faire douter face à de telles accusations (30.000 civils tués dans la prise de Bagdad). On veut jouer à la guerre … il ne faudra pas s’étonner par la suite et pleurer ses morts. Décidément, la bêtise humaine est toujours plus forte que la raison. Nous refaisons les mêmes erreurs ou les mêmes recherches de confrontation.

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Bon comme un citron bien rond !

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