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Sommaire

I. La structure de l’Etat Islamique

a. Organisation politique et territoriale

  1. Les dirigeants et le système politique de l’Etat Islamique
  2. Territorialité de l’EI

b. Organisation religieuse

  1. La relation chiites/sunnites
  2. La question du salafisme au Moyen Orient

II. Dynamiques propres à l’Etat Islamique

a. La crise Irako-syrienne

  1. L’origine du conflit
  2. Une volonté expansionniste qui fait tâche

b. L’évolution majeure de la guerre, vers une professionnalisation de la communication

  1. Une propagande millimétrée
  2. L’Al-Hayat Media Center, le pendant Djihadiste de l’Agence France Presse
  3. De Hollywood à l’Etat Islamique

c. Financements de l’EI

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A bearded man with Islamic State leader Abu Bakr al-Baghdadi’s appearance speaks in this screen grab taken from video released on April 29, 2019. Islamic State Group/Al Furqan Media Network/Reuters TV via REUTERS. THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. THE AUTHENTICITY AND DATE OF THE RECORDING COULD NOT BE INDEPENDENTLY VERIFIED BY REUTERS.

III. Les limites de l’Etat Islamique

a. La position des orientaux

  1. L’Arabie Saoudite
  2. La Jordanie
  3. Al-Qaïda

b. Vers une intervention occidentale ?

L’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), plus couramment nommé Daesh par les occidentaux, est une entité salafiste extrémiste, contrôlant actuellement de larges territoires en Irak et en Syrie. Si l’organisation se targue d’être un califat, exerçant donc une autorité suprême sur les musulmans du monde (par filiation avec le prophète), elle n’est pas reconnue comme telle par les régimes musulmans au travers le monde. Connu en Occident pour ses méthodes barbares, souvent décriées dans les médias, Daesh reste une organisation mystérieuse, cultivant une image nouvelle du jihad par le biais des réseaux sociaux.
Fondé en octobre 2006 par Abou Omar al-Baghdadi et soutenu par le Conseil consultatif des Moudjahidines d’Irak, l’Etat Islamique est issu d’Al-Qaïda en Irak (AQIL). La mouvance évolue rapidement, jusqu’à proclamer son indépendance d’al-Qaïda en 2013, puis la création d’un Califat le 30 juin 2014. L’émergence de cette nouvelle puissance remet en question la stabilité géopolitique du Moyen Orient ; les exactions subies par les populations sous la coupe de l’Etat Islamique sont le symptôme d’un malaise bien plus profond. Les disparités religieuses au sein de la région sont en partie à l’origine de l’apparition du Califat, comme nous l’étudierons dans ce mémoire.
Le renouveau du djihad, vieillissant depuis la guerre d’Afghanistan (1979-1989), est permis par la modernisation des moyens de communication. L’apparition de nouvelles techniques d’information et de communication marque une révolution dans les nébuleuses terroristes. Elle facilite la transmission d’images de propagande via Internet, offrant aux djihadistes un large rayon d’action. Cette révolution électronique permet également l’enrôlement de jeunes dans les pays occidentaux, une nouvelle problématique qui s’impose dans nos sociétés.
Le contrôle territorial de l’EI permet l’exploitation des ressources naturelles de ces pays. Il s’agit d’une des principales rentes du Califat, pour qui les financements sont primordiaux : ils permettent l’équipement des troupes et la gestion des infrastructures vitales à l’Etat.
L’hégémonie de l’Etat Islamique au Moyen Orient est remise en question par l’intervention de forces armées étrangères sur son territoire. Ainsi, les Etats voisins de l’Irak et de la Syrie s’inquiètent de l’expansion militaire du Califat, et doivent mettre en place une stratégie de défense face au djihadisme. Du côté occidental, les opinions sont partagées au sujet d’une intervention terrestre en Irak et en Syrie : le souvenir de l’échec en Lybie est encore présent dans les esprits.
Dans ce mémoire, nous nous proposons d’analyser l’Etat Islamique. Ainsi, nous étudierons les structures politique et religieuse du Califat, afin de saisir les fondements de cette organisation. Nous verrons ensuite les dynamiques dans lequel le mouvement est impliqué. Enfin, nous nous pencherons sur les limites auxquelles l’Etat Islamique est soumis.
Note : dans ce mémoire, nous préfèrerons l’appellation Etat Islamique, nom officiel de l’organisation, à l’acronyme Daesh, mis en avant par la diplomatie française. En effet, l’usage d’acronymes en arabe est péjoratif, et fait partie de la stratégie de rejet diplomatique mise en place par L. Fabius. De plus, les noms des différents membres de l’EI présentés dans ce travail sont des noms de guerre, et non des noms civils.

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I. Structure de l’Etat Islamique

A. Organisation politique et territoriale
1. Les dirigeants et le système politique de l’Etat Islamique
a. Introduction historique

Si l’Etat Islamique semble être un élément incompréhensible du paysage politique mondial, il est nécessaire d’apprécier sa vision panarabe pour saisir les fondements de son organisation.
Le rêve panarabe peut trouver son origine dans les Califats successifs (Abbassides, Omeyades…) durant lesquels la plupart des peuples arabes sunnites sont regroupés au sein d’un même Etat. Ainsi, même si l’autorité califale s’affaiblit peu à peu, jusqu’à devenir honorifique au temps des Mamelouks (au profit des sultans et des émirs locaux), les sunnites dépendent tous de la même organisation politique. Cette unification arabe perdure jusqu’au début du XXe siècle et les accords de Sykes-Picot (1916), qui préparent la partition de l’empire Ottoman après la Première Guerre mondiale.
La vision panarabe moderne apparait sous l’influence d’Hussein ben Ali, chérif de la Mecque. Dès 1915, celui-ci convient d’un accord avec le Royaume-Uni sur la rébellion arabe contre l’empire Ottoman en échange de la reconnaissance et du soutien britannique à la formation d’un royaume arabe indépendant au Mashrek et dans la péninsule arabique. Cet accord sera rendu caduc par Sykes-Picot, mais montre la volonté d’une unification arabe dès cette époque.
Le projet panarabe est repris au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, notamment par Nasser et sa République Arabe Unifiée, rassemblant sous l’égide du Caire l’Egypte, la Syrie et le Sud-Yémen. M. Kadhafi a également utilisé le vocabulaire panarabe au début de son règne, avant d’essuyer des échecs dans cette politique.
L’analyse du panarabisme nous permet de tirer des conclusions quant aux ambitions de l’Etat Islamique : al-Baghdadi, son leader, se voit en maitre du monde musulman, à l’instar des précédents califes. Une personnalité avide de pouvoir, pervertie par les idéaux panarabes et convaincue du bienfait de son oeuvre ne saurait s’arrêter devant les interventions diplomatiques étrangères. Mieux, celles-ci ne font que confirmer son discours et son image de porteur de la liberté.
Après avoir étudié l’évolution du monde musulman dans le temps, intéressons-nous au Califat actuel. L’Etat Islamique apparait le 15 octobre 2006 sous l’égide d’Abou Omar al-Baghdadi, ressortissant d’Al-Qaïda en Mésopotamie. Dès janvier 2006, Al-Qaïda en Irak s’allie avec cinq groupes au sein du Conseil Consultatif des moudjahidines en Irak (CCMI), afin de coordonner au niveau national les actes terroristes contre les populations et le gouvernement. Le leader historique d’Al-Qaïda en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui, est abattu en juin 2006 par un assaut conjoint des forces américaines et irakiennes. Il est alors remplacé par Abou Ayyoub al-Masri. Cependant, le CCMI annonce en octobre 2006 la formation de l’Etat Islamique en Irak (EII), contrôlé par Abou Omar al-Baghdadi.

Al-Qaïda en Irak est peu à peu absorbé par l’EII, séduisant les combattants de ce premier par une diatribe antisémite et anti-chiite. En décembre 2007, Oussama ben Laden appelle « tous les musulmans d’Irak (à) se rallier à Abou Omar al-Baghdadi ». L’émir al-Baghdadi est finalement abattu en 2010 par un assaut américano-irakien et remplacé par Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi.
Le nouveau leader du mouvement se révèle plus radical que l’ancien : ses prises de positions sur la nécessité d’un contrôle géographique montre un éloignement idéologique avec Al-Qaïda. En effet, l’organisation de ben Laden considère que le terrorisme ne doit pas se solder par la conquête de territoires : il s’agit d’une guerre d’usure contre les Etats-Unis et les différents régimes « apostats » du Moyen-Orient, tels que la Jordanie ou l’Arabie Saoudite. Ainsi, l’objectif à court terme d’Al-Qaïda est d’instiller le jihad dans les coeurs. Une emprise géographique et l’établissement du Califat ne sont envisageables qu’à long terme. Pour l’EI, l’enjeu majeur est le contrôle territorial, qui doit s’étendre à terme sur l’ensemble de l’Oumma (diaspora sunnite).
Cette différence majeure de point de vue entraine un éloignement progressif entre l’Etat Islamique en Irak et la branche centrale d’Al-Qaïda. La rupture est officialisée en 2013 : à l’époque, l’EII se rebaptise Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), aussi appelé Etat Islamique en Irak et al-Sham, afin d’incorporer en son sein le groupement al-Nosra, représentant d’Al-Qaïda en Syrie. L’EIIL annonce alors que le front al-Nosra a été créé sous l’ordre d’al-Baghdadi, et qu’al-Joulani (leader d’al-Nosra) n’est qu’un lieutenant de l’EIIL. Celui-ci conteste, et demande l’arbitrage d’al-Zawahiri, numéro 1 d’Al-Qaïda depuis 2011. Le refus de l’annexion par la branche centrale entraine le schisme entre Al-Qaïda et l’EIIL.

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b. La tête de l’Etat Islamique

Après cette introduction historique, penchons-nous sur l’organisation politique au sein du Califat. Celle-ci se conçoit à plusieurs échelles, que nous tacherons de développer. L’organisation est dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi, surnommé le Calife Ibrahim. La proclamation du Califat en juin 2014 a permis à al-Baghdadi d’accéder à une nouvelle aura : son titre lui confère théoriquement la fonction de commandeur des croyants, plus haut titre du sunnisme.
Abou Bakr al-Baghdadi est un Irakien, né en 1971 à Fallujah. Il a suivi des cours de théologie à l’Université des Sciences Islamiques d’Adhamiyah. Après avoir obtenu un doctorat, il prêche dans la mosquée de Samarra jusqu’à 2003. La personnalité du leader de l’EI est trouble et méconnue, du fait des campagnes de propagande accessibles partout sur Internet.
On peut néanmoins noter une évolution du comportement d’al-Baghdadi : il n’apparait en public pour la première fois qu’en juillet 2014, au lendemain de la proclamation du Califat. Il a en effet vécu caché pendant plusieurs années. De ce fait, les services de renseignement occidentaux ont cru pendant un certain temps qu’al-Baghdadi n’était qu’un homme de paille, à l’instar de son prédécesseur Abou Omar al-Baghdadi. Depuis juillet 2014, le calife apparait bien plus souvent en public, offrant aux combattants de l’EI une violente diatribe contre les kouffar, ces « mécréants » chassés par le djihad.

D’un point de vue politique, al-Baghdadi est identifiable à un chef d’Etat totalitaire. On retrouve en effet dans la politique de l’EI les éléments symptomatiques du totalitarisme : contrôle de la pensée des « citoyens » par la loi islamique, modification du programme scolaire dans les territoires conquis, mise en place d’un code vestimentaire strict (barbe pour les hommes, abayas et voiles pour les femmes). Dès lors, on peut faire un parallèle entre la situation actuelle au Moyen-Orient et l’Entre Deux guerres en Europe. On peut ainsi adapter la théorie de la brutalisation, développée par George Mosse : dans son ouvrage De la Grande Guerre aux totalitarismes, paru en 1990, l’auteur américain part du principe que l’expérience de la guerre moderne, infligée aux populations européennes, a causé la montée du totalitarisme dans les années 1930. Pour ce faire, il explique que les sociétés européennes ont été brutalisées, d’une part par la banalisation de la violence et de la guerre.
Les stigmates de la Grande Guerre, et notamment le traité de Versailles qui partitionne la nouvelle République de Weimar, contribuent également à une montée en puissance de l’extrémisme politique. Ainsi, la société allemande se laisse aller à la banalisation de la violence politique (assassinats politiques non punis, apparition de corps francs non assujettis à l’Etat), qui a permis l’avènement du totalitarisme nazi.
La situation au Moyen Orient, et surtout en Irak, rappelle alors la position européenne des années 1920. Après avoir subi les affres d’une guerre moderne (2003), qui marque l’apparition de nouvelles techniques de combat (drones, guérilla), l’Irak ne peut endiguer la formation de groupes extrémistes. La banalisation de la violence est extrême dans ce pays qui a vécu sous le joug des exactions de Saddam Hussein. Les frontières de l’Etat ont été définies par des nations étrangères il y a un siècle, sans tenir compte des notions religieuses et communautaires.
Cette analyse, qui définit l’EI comme un Etat totalitaire, permet de remettre en question la théorie de Samuel Huntington, qui annonçait en 1996 un « Choc des Civilisations », opposant les civilisations islamique, occidentale et asiatique. En effet, l’EI ne saurait être représentant d’une civilisation, car il ne représente pas l’Islam mais un Etat totalitaire sectaire.
A la tête de l’Etat, on retrouve donc al-Baghdadi, secondé par ses deux « députés », émirs de l’EI pour la Syrie (Abou Ali al-Anbari) et pour l’Irak (Abou Muslim al-Turkmani jusqu’à sa mort, fin 2014). Le choix d’un régime bicéphale s’explique par les différentes dynamiques en action dans ces deux pays : ils ne sauraient être dirigés par le même homme, tant les conflits irakiens et syriens sont différents. Les premiers ministres sont des maillons clés de la chaine de commandement de l’EI : ils permettent de diffuser les directives d’al-Baghdadi à leurs ministères, que nous étudierons prochainement. Ils font également partie du cabinet qui entoure le Calife, composé des plus anciens membres du mouvement. Ce cabinet a subi de lourdes pertes en 2014 : 14 des 18 membres sont tués lors des frappes américaines sur l’Irak, réduisant son efficacité et laissant le calife sans conseillers proches. Al-Turkmani fait partie de ces morts, et il est difficile de savoir qui l’a remplacé en Irak. De nos jours, la CIA estime que 9 à 11 personnes font partie du cabinet, dont 7 sont connus.

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c. Les ministères de l’EI

Les premiers ministres de l’Etat Islamique diffusent les ordres du Calife dans leurs ministères respectifs. Ces deux chaines de commandement reprennent néanmoins la même structure : on compte ainsi sept ministères majeurs (guerre, finance, justice, renseignement et administration publique, propagande et affaires militaires), et deux moins importants que sont la santé et l’éducation. Les ministères de l’EI ne sont pas comparables à leurs équivalents occidentaux : la force du Califat est d’opérer à couvert, les équipes ministérielles étant par conséquent réduites au strict minimum. Ainsi, un ministère aussi important que celui de la guerre ne compte qu’environ 20 personnes en Syrie.
Deux organes ministériels sont communs à l’Irak et à la Syrie : il s’agit du ministère de la Guerre et celui des Affaires Militaires. Le commandement des forces armées de l’EI est assuré par Abou Omar al-Chichani, un géorgien vétéran de la guerre d’Ossétie du Sud, en 2008. Brillant stratège et meneur d‘hommes, il est radié de l’armée géorgienne pour raison de santé (tuberculose). Il tente alors de rejoindre la Tchétchénie voisine pour combattre. Il sera emprisonné 3 ans, et se radicalise en prison. A sa sortie en janvier 2012, il rejoint la Syrie et mène au combat une troupe de moudjahidines. Sa popularité croissante au sein des troupes de l’EI lui ouvre les portes du commandement : il est promu Emir de la guerre de l’EI en 2013.
Le ministère des Affaires Militaires dépend quant à lui d’Abou Chema. Il est en charge de la logistique inhérente à la guerre : transport de troupes, achat et production d’armement…
Le ministère de la Justice est un des ministères les plus importants de l’EI. Dirigé par Abou Bakr al-Khatani en Syrie, et Abou Mohammed al-Ani en Irak, il juge la conformité à la Charia de la vie dans les zones conquises. Pour ce faire, il s’appuie sur trois types de juges, représentant les trois échelles judiciaires. Les premiers, dits Qadi Hisbah, s’occupent de l’application de la Charia au quotidien. Ils ont pour mission de punir sur place les citoyens ne respectant pas l’Islam (femme sans voile par exemple). Ils passent leurs journées à battre le pavé, à la recherche d’infractions mineures. Le deuxième niveau du système judicaire de l’EI est représenté par les Qadi ’Am. Ils jugent les affaires plus graves, comme le vol ou le meurtre, hors de la juridiction des premiers juges. Le troisième niveau judicaire est quant à lui du ressort des Qadi Makdalem, qui ont pour mission de faire remonter les doléances des citoyens contre le pouvoir et le calife. Il va sans dire que ces juges travaillent conjointement avec les services secrets de l’EI.
Le ministère du renseignement est en charge des services secrets de l’Etat Islamique. Les missions des services secrets sont basiques : ils doivent s’assurer de la coopération des citoyens et empêcher toute tentative de révolte par la terreur. Ils sont craints dans l’Etat, mais également hors des frontières : certaines cellules de renseignement sont actives depuis la Turquie. L’infiltration en Irak et en Syrie est le résultat de l’animation de cellules salafistes présentes depuis plusieurs années sur le territoire.
Le ministère des Finances est le plus proche du pouvoir central : il assure la redistribution des financements entre les différents ministères et wilaya. Le ministre étudie ainsi chaque projet proposé par les différents ministres, et offre les fonds correspondants. Il s’occupe également de la production de pétrole, principale rente de l’EI.

La propagande est en charge de la guerre informatique, de la production de films vantant les mérites de l’EI et de la diffusion de ces images sur Internet. C’est un ministère stratégique, car il permet l’afflux de nouveaux combattants étrangers dans la région.
Les « ministères » de la Santé et de l’Education correspondent à des entités de moindre importance. De ce fait, ils dépendent de ministres au niveau national, mais les services sont néanmoins délégués aux walis comme nous le verrons par la suite.
d. Le commandement local
L’Etat Islamique est réparti en plusieurs provinces, ou wilaya, dirigées par un wali, émir local de l’EI. Chaque wali dépend directement du ministère de l’administration publique, et possède des pouvoirs limités sur la collectivité. Il est ainsi en charge de la mise en place d’une choura, conseil régional en charge des questions mineures : gestion des infrastructures locales, de l’éducation et des hôpitaux, services techniques tels que le ramassage des ordures ou la gestion de l’eau.
Concernant l’Education, les walis doivent s’assurer de l’application des nouveaux programmes scolaires mis en place par les ministres. Ces programmes modifient l’Histoire de la région, et offre une éducation en accord avec la Charia. Pour la Santé, les walis sont garants du bon fonctionnement des hôpitaux de la région, afin d’offrir un soutien logistique aux soldats du Califat.
Il est intéressant de noter la similarité entre l’Etat central (calife entouré de son cabinet) et de l’administration locale (wali et sa choura). Les walis doivent toutefois référer à l’émir de l’administration publique avant d’agir.

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2. Organisation territoriale
a. Territoires en Irak et en Syrie

L’EI s’étend actuellement sur une large zone à cheval entre l’Irak et la Syrie. Il contrôle actuellement le tiers est de la Syrie, et environ un quart de l’Irak. Il est difficile d’appréhender la superficie de l’EI, tant les informations varient selon les sources, du fait de la propagande djihadiste et de l’absence d’information provenant de l’intérieur de l’Etat. L’opacité de l’EI est sa principale force.
On connait toutefois les différents fiefs de l’EI, qu’ils soient situés en Irak ou en Syrie. Ainsi, le Califat est maitre de Mossoul, seconde ville d’Irak, et de Fallujah. Les troupes de l’EI sont positionnées aux portes de Bagdad, qui marque la frontière sud du Califat. A l’Est, Kirkouk semble à portée des djihadistes, mais reste contrôlée par les Kurdes depuis juin 2014. Le Kurdistan irakien fait figure de zone sûre : portée par sa grande autonomie, il s’agit d’une des seules zones d’Irak dans lesquelles la sécurité a été rétablie à la suite de la guerre de 2003. Le Kurdistan bénéficie en effet d’une forte croissance économique, de l’ordre de 10%, et attire les IDE européens et américains. La redistribution de la rente pétrolière irakienne, dont il touche 18%, permet au Kurdistan de soutenir l’effort de guerre.
La frontière irako-syrienne est également contrôlée par l’EI, qui détient le poste frontière d’al-Qaim (250 000 habitants) depuis juin 2014. Le Califat est en possession de la majeure partie d’al-Anbar, plus grande province irakienne, ainsi que les gouvernorats de Mossoul, Tirkit et Kirkouk.
Du côté syrien, l’Etat Islamique est en possession de la province de Deir ez-Zor, qui possède d’importantes réserves pétrolières. Le Califat s’est également étendu à la ville de Raqqa, située au nord de la Syrie, ainsi qu’à la province d’Alep. Les combats entre les différents belligérants continuent dans la ville d’Alep, comme nous le verrons plus tard.

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En 2014, l’Etat Islamique fait circuler une carte alarmiste sur les réseaux sociaux : elle montre les ambitions d’al-Baghdadi dans sa conquête de l’Oumma. Cette carte, censée présenter les plans de conquêtes sur 5 ans de l’EI, montre le nord de l’Afrique, le Moyen Orient, le Caucase, le sous-continent indien, le Kazakhstan, la péninsule ibérique et les Balkans sous domination djihadiste. Si la carte a pour principale motivation d’alarmer les populations des pays concernés, elle s’inscrit dans la logique d’expansion de l’EI, par conquête des anciens territoires sous domination arabe. Rappelons également qu’al-Baghdadi entendait « marcher sur Rome » en 2014.

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b. La création d’une nébuleuse djihadiste

L’EI n’est plus seulement un Etat centralisé, mais tend à devenir une nébuleuse djihadiste comme l’est al-Qaïda : l’allégeance de groupuscules islamistes à travers le monde témoigne de ce phénomène. Ainsi, le Califat possède des soldats dans plusieurs pays à majorité musulmanes. Le plus important est Boko Haram, situé au Nigéria, connu en Occident pour ses coups d’éclats contre les écoles nigérianes.
Au Maghreb, deux groupes sont associés à l’EI. Le premier est Majilis Choura Chabab al-Islam¸ groupe djihadiste basé à Dema, en Lybie, et responsable de la mort des 21 coptes égyptiens en février 2015. Cet évènement a forcé l’Egypte à intervenir militairement en Lybie, par des assauts aériens sur les bases djihadistes. Le second est Jund al-Khilafah, actif en Algérie et responsable de la décapitation de l’otage français Hervé Gourdel en septembre 2014. Il existe d’autres groupes de moindre importance qui ont porté allégeance à al-Baghdadi ; ces groupuscules sont en général issus d’AQMI, et ont rejoint le Califat au lendemain de sa création.
Le Califat bénéficie également de soutien aux Philippines, où la plus grande mouvance djihadiste du pays, Al-Harakat al-Islamiyya dépend du Califat depuis août 2014.
Le développement de filières djihadistes rattachées au Califat à l’étranger montre le paradoxe de l’Etat Islamique. Se voulant état centralisé, la création d’une nébuleuse est contraire à son objectif initial. Le Calife ne peut gérer ces groupes éloignés comme il le fait avec ses combattants en Irak et en Syrie : l’Etat Islamique devient donc une marque plus qu’un Etat en lui-même. De plus, ces allégeances remettent en question la séparation entre les pouvoirs centraux de l’EI et d’al-Qaïda : si l’opposition entre al-Baghdadi et al-Zawahiri est réelle, comme celle entre les troupes de l’EI et d’al-Nosra en Syrie, la différence est plus sombre au sein de la nébuleuse. On peut ainsi se rappeler de la proximité évidente entre Boko Haram et AQMI, mais également de la formation de djihadiste de l’EI par des membres d’al-Shebab (Somalie)…
Le rattachement de mouvements salafistes étrangers facilite cependant l’existence du Califat : le transfert de savoirs y est extrêmement important. L’EI peut donc entretenir
camps d’entrainement dans plusieurs pays africains et asiatiques, permettant ainsi la formation de djihadistes partout dans le monde.

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c. La balkanisation du Moyen Orient

On retrouve ce thème dans nombre de débats liés aux conflits au Moyen Orient : beaucoup d’experts estiment en effet que le Moyen Orient ne saurait être stable dans sa configuration actuelle. On note en effet que la stabilité d’un Etat dans cette région du monde dépend fortement de la répartition religieuse et communautaire de sa population. Ainsi, un royaume comme la Jordanie est stable, du fait de sa démographie : 98% de la population jordanienne est arabe, et 92% est sunnite ; la gestion de l’Etat est donc facilitée.
Partant de ce principe, le vétéran américain Ralph Peters propose une carte redessinée du Moyen Orient en 2006, en tenant compte des disparités démographiques des Etats. Celle-ci propose l’avènement d’un Kurdistan libre, englobant les populations kurdes d’Irak, de Syrie et de Turquie. La partition de l’Irak entre les communautés chiites et sunnites, et la création d’une cité-Etat à Bagdad semble également résoudre les problèmes communautaires dans cette région. En 2007, le Congrès américain annonce qu’il est favorable à une partition de l’Irak en 3 zones, correspondantes aux trois communautés irakiennes.
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Il faut toutefois rappeler que cette carte n’est que pur fantasme : elle ne tient en effet pas compte des zones de peuplement mixtes, dans lesquels chiites, sunnites et kurdes cohabitent. De plus, des Etats comme la Turquie ou l’Iran n’accepteraient jamais de céder des territoires tels que ceux présentés. Le Kurdistan turc, par exemple, représente un
majeur pour la Turquie, du fait du Grand Projet d’Anatolie, qui prévoit la construction de 22 barrages (dont 19 usines hydroélectriques) sur le Tigre et sur l’Euphrate. Ce projet explique également l’attentisme turc, notamment lors de la crise des peshmergas irakiens à Kobané.
La remise en question des frontières du Moyen Orient par les Occidentaux constitue une certaine victoire pour l’EI. En effet, l’EI a énormément communiqué sur la fin du traité Sykes-Picot pour justifier son emprise géographique : ce traité, signé entre la France et le Royaume-Uni en 1916, définit les frontières du Moyen-Orient que l’on connait aujourd’hui (à l’exception d’Israël). Ainsi, le hashtag #SykesPicotOver, lancé par des comptes pro-EI, a été très largement relayé sur Twitter en octobre et novembre 2014.

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B. L’organisation religieuse au Moyen-Orient

La religion au Moyen-Orient est importante dans cette civilisation qui occupe cette région de l’Asie. Le Moyen-Orient est le berceau de religions pratiquées par plus de 3 milliards de personnes sur la planète.
Aujourd’hui, les musulmans sont plus d’un milliard dont 90% sont sunnites et 9% chiites. Le 1% restant correspond aux chiites septimains (les adeptes du chiisme septimain, aussi appelés « Ismaéliens », ne reconnaissent que 7 imams). Leur chef religieux est l’Aga Khan. Ils se divisent en plusieurs groupes dissidents et sectes : nizarites, alaouites (surtout présents en Syrie) et druzes (présents en Syrie, au Liban et en Israël)), des kharijites, des ismaéliens et d’autres courants minoritaires qui ne sont pas reconnus par les sunnites.

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1. Confrontations entre sunnites et chiites

Comme nous venons de le voir, dans la religion musulmane, les deux branches principales sont les sunnites et les chiites.
Les sunnites ont pour chef le calife. C’est un homme ordinaire, c’est à dire non proche de Dieu, et élu par d’autres hommes dans la communauté des fidèles. Le système religieux sunnite n’inclut pas de clergé, contrairement au chiisme. Les chiites considèrent que la communauté musulmane ne peut être dirigée que par les descendants de la famille de Mahomet.

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Aujourd’hui, l’affrontement entre sunnites et chiites est synonyme de « guerre mondiale », qui a débuté depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle est menée au nom de différences et de conflits dogmatiques (des problèmes territoriaux et gouvernementaux), et nous nous apercevons que beaucoup de pays en souffrent :
– Au Pakistan, il y a près d’un attentat par semaine contre des lieux de culte sunnites ou chiites.
– L’Irak souffre de violents affrontements entre sunnites et chiites que nous pouvons comparer à une guerre civile.
– Les confrontations entre les deux principales branches de l’Islam concernent également le Liban.
– A Bahreïn, la révolte des chiites persiste. Les citoyens, gouvernés par des sunnites, sont soutenus dans leur révolte par l’Iran.
– Leur soulèvement se multiplie au Yémen où la minorité chiite est également aidée par l’Iran dans sa révolte contre les autorités sunnites et l’armée saoudienne.
– Cette confrontation entre les deux branches de l’Islam s’étend également à la Chine (avec 50 millions de musulmans), dont une petite minorité chiite se concentre dans les régions de l’Ouest et du Centre.

Cette « guerre mondiale » entre sunnites et chiites que connaît le monde musulman se marque dans un contexte politique régional. Après la Seconde Guerre mondiale, les pays arabes nouvellement indépendants, ou gardant des liens étroits avec les pays colonisateurs tels que la France et la Grande-Bretagne, continuent à s’opposer dans certaines colonies. Toute cette colonisation visait à exporter la démocratie et la citoyenneté occidentales. Cela semblait fonctionner dans un premier temps au Liban, en Syrie ou en Égypte, notamment grâce à la formation donnée par les nombreuses congrégations religieuses, l’enseignement de ces nouvelles idées ne s’adressait qu’à une élite et ne touchait pas les classes plus populaires.
Mais c’est en 1948, lors de la création d’Israël que cela a atteint les régimes en place. Pour l’Occident, il ne s’agit plus d’exporter la démocratie mais de défendre dans le monde arabe les intérêts occidentaux menacés par le soutien occidental à l’État hébreu. Puis en 1956, la « guerre de Suez » entraîne la perte du statut de grandes puissances régionales de la France et de la Grande-Bretagne au profit de l’Union soviétique et des États-Unis. En Égypte, Nasser, messager du « nationalisme arabe » et de l’unité des peuples et des cultures arabes, porte l’idée d’un État moderne sur le modèle occidental.
Cependant, l’Occident choisit comme allié l’Arabie Saoudite qui applique pourtant le Coran comme constitution. En Arabie Saoudite, les courants islamistes et salafistes sont animés par des valeurs défendues par l’école juridique et théologique hanbalite, retenue par la branche sunnite, dominante dans le pays. Par cette alliance, les États-Unis contrôlent le premier producteur mondial de pétrole. Jusqu’en 1979, ils contrôlent également le deuxième producteur mondial de pétrole : l’Iran. L’Iran a réussi, grâce au chiisme, seconde branche minoritaire de l’Islam, à s’implanter dans le monde arabe et à influer sur sa diplomatie.
Depuis 1992, les affrontements entre chiites et sunnites se sont ravivés sous la forme d’une « guerre mondiale ». Ainsi, en 1992 le commandant Massoud, qui est une figure mythique de la résistance afghane à l’Armée rouge, attaque la tribu à 90% chiite des Hazaras. Les Hazaras vivent au centre de l’Afghanistan et représentent 12 à 13% de la population afghane. Ces événements attisent les tensions et créent une haine tenace parmi les chiites contre les sunnites. Ils interviennent dans un contexte particulier : l’Afghanistan était alors déchiré par une guerre civile qui a duré quatre ans (1992-1996) et qui a suivi le départ des Etats-Unis. Elle s’est achevée par la victoire des Talibans.
Le départ des États-Unis est considéré comme une grande trahison par Oussama Ben Laden, soutenu jusqu’alors par la puissance américaine. Ben Laden, qui voulait recréer un califat islamique, voit ses rêves détruits par la guerre civile et se transforme en un ennemi pour les États-Unis.
Aujourd’hui, la guerre entre les sunnites et les chiites est mondiale, elle peut remettre en question toute la stabilité de l’Islam. Les raisons de cet affrontement se font en trois grands points: religions, ethnies, et stratégies, donc un affrontement purement et strictement politique.

Les affrontements entre les deux branches de l’Islam remontent à l’an 632, date de la mort du prophète Muhammad, suivie d’une bataille de succession. Cependant, l’Islam se trouve particulièrement éclaté depuis la disparation du califat, aboli par Atatürk en 1924 : il n’existe alors plus aucune autorité réellement capable de se prononcer sur le dogme et de l’imposer, à l’exception du roi du Maroc dont l’autorité est cependant limitée à son seul pays.

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2. Le salafisme

Le salafisme est issu de l’école hanbalite, la plus rigoureuse des quatre écoles juridiques islamiques, qui ne reconnaît que le Coran et la sunna comme sources du droit musulman et inspire plus tard le wahhabisme. On distingue deux formes du salafisme.
Tout d’abord, celle des réformistes, qui souhaitaient imposer une réforme épurée des textes au XIXème siècle. Les salafistes actuels mettent quant à eux une lecture aveugle qui rejette toute innovation.
Ce néo-fondamentalisme traditionnaliste se révèle parfois une passerelle intellectuelle vers l’extrémisme et le jihad planétaire. La principale préoccupation du salafisme est de vivre en symbiose avec les prescriptions coraniques. Celui qui adopte cette forme de l’Islam professe un certain mépris pour la vie sociale et politique et les courants engagés en politique, tels les Frères musulmans. La foi « revivifiée » doit naturellement transformer la société et le monde entier.
Al Sahwa al Islamiya (« le Réveil islamique ») est une tendance inspirée d’un courant plus politique, conduite en 1991 par deux cheikhs wahhabites : Salman Al Awda et Safar Al Hawali qui étaient, tous les deux, contre le roi Fahd après la première guerre du Golfe. L’influence des deux personnages a diminué en raison de la montée du salafisme radical et autres tendances réformistes. Hawali fut atteint d’un problème cérébral en 2005; quant à Awda, qui ne se situe plus sur le terrain de la contestation, ses relations avec le royaume saoudien sont meilleures.
La référence de ce courant reste le Syrien Mohammad Sourour, qui veut rétablir le pouvoir des religieux face aux politiques. Ce courant minoritaire s’est mis en place dans le système politique quand l’identité islamique a été remise en cause en Occident.
Le salafisme jihadiste suit une ligne révolutionnaire : il constitue la base intellectuelle du terrorisme et des opérations suicide, encourageant des actions violentes contre les Occidentaux. Cette expérience est inspirée du Frère musulman égyptien Sayyed Qotb ou du Jordanien Abou Mohamed al-Maqdissi, où il considère que tout musulman a l’obligation, où qu’il soit, de porter le fer contre ceux, musulmans ou non, qui oppriment les « musulmans pieux ».
Ce courant est né au cours de la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan durant les années 1980.Il est un mélange entre la doctrine traditionnaliste saoudienne et la stratégie de prise de pouvoir des Frères musulmans. Les salafistes jihadistes se prononcent pour le combat armé destiné à libérer les pays musulmans des occupations étrangères et des régimes jugés apostats. Ils se battent à la fois contre les islamistes pour leur manque de piété et les autres courants salafistes pour leur hypocrisie face aux États occidentaux. Ce courant jihadiste est mené par Al Qaïda et s’est développé avec Al Zawahiri et Abou Mossab qui se battent à l’échelle mondiale alors que d’autres privilégient le combat dans un cadre national (Tchétchénie, Irak, Palestine, Algérie).
La dimension meurtrière de ce jihad est favorisée par les images mises sur vidéocassettes, CD-Rom et sur Internet, et cela augmente depuis les années 1990.
L’intervention de l’OTAN en Afghanistan a amené l’interdiction de toutes les cellules qui soutiennent certaines ONG et le volontarisme de tous les États, auparavant rebelles, à s’attaquer aux bases arrières du terrorisme comme le Royaume-Uni, Malaisie ou Afrique de l’Est qui ont considérablement limité le champ d’action du terrorisme jihadiste, même si le Pakistan et l’Afghanistan restent les maillons faibles du dispositif en offrant l’asile aux derniers combattants.
Les États musulmans alternent les politiques de répression avec celles du « rachat », permettant aux anciens jihadistes de s’amender. C‘est la politique mise en place par les autorités égyptiennes, qui ont négocié dès 1997 avec les membres de la Gamaa islamiyya, de pouvoir de se repentir dans leur prison.

Toutefois, le mouvement continus des jihadistes en Irak et la permanence des bases salafistes, majoritairement quiétistes, prouvent que le jihadisme demeure encore.
On assiste depuis 2011 à l’effacement spectaculaire d’Al Qaïda, dont la mort du chef Ossama Ben Laden, en mai 2011, a constitué le point d’orgue. Les mouvements religieux, qu’ils soient islamistes ou salafistes, n’ont pas participé au déclenchement des soulèvements populaires dans le monde arabe. Les tentatives de récupération ont plutôt été consacrées par la montée des islamistes « politiques », comme Annahda en Tunisie et les Frères musulmans en Égypte.
Ils se perçoivent comme des combattants pour une cause « juste » : l’instauration d’un État islamique qui mènera à l’avènement de la justice de Dieu sur Terre.

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La France constitue un véritable pôle de l’organisation en Europe.
Les salafistes européens, âgés de 18 à 35 ans environ, sont un phénomène nouveau. Ils sont estimés entre 20.000 et 30.000, dont un quart à un tiers de convertis issus de milieux catholiques ou protestants. Ces derniers, désirant compenser une vie jusque lors éloignée de l’islam, sont souvent les plus radicaux.
Les salafistes « quiétistes » sont légalistes et se soumettent au système législatif européen, même si une loi contrevient à un principe religieux ; c’est le cas pour le voile des femmes, que les « quiétistes » ont appelé à ne pas porter si la loi l’exigeait.
De la même façon, ils ont condamné toute forme de violence politique et d’actions terroristes après les attentats du 11-Septembre, certains conseillant même aux musulmans occidentaux à collaborer avec les services de sécurité pour dénoncer une personne ou une organisation prônant la violence terroriste.

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II. Les dynamiques de l’Etat Islamique

A. Le conflit Irako-Syrien
1. L’origine du conflit

L’apparition de l’EI peut trouver ses origines dans le démembrement de l’Irak Baasiste. L’intervention américaine en 2003, qui a conduit à la chute de l’Irak de Saddam Hussein a conduit l’Irak à une partition de facto. L’Irak est en effet constitué de trois communautés différentes. On trouve ainsi, du nord au sud : les Kurdes, les Sunnites et les Chiites. Le régime baasiste laïc permettait une « unité nationale » relative. Sa chute a conduit le Kurdistan à une autonomie accrue, affirmée par la constitution irakienne de 2005. En mai 2006, le chiite Nouri al-Maliki est élu Premier Ministre d’Irak. L’ascension au pouvoir du représentant d’une minorité religieuse entraine la disparition de l’unité nationale : les sunnites se plaignent alors d’une non-représentation dans les organes de l’État, et accusent al-Maliki de favoriser les populations chiites. Cette accusation est corroborée par les faits : le gouvernement de al-Maliki renforce la redistribution des revenus de la rente pétrolière chez les chiites, au détriment des sunnites.
Al-Maliki va encore plus loin en menant une campagne de diabolisation des sunnites, associés tous azimuts au mouvement terroriste Al-Qaïda ainsi qu’à l’ancien parti Baas. Ainsi, suite au retrait des dernières troupes américaines basé en Irak en décembre 2011, al-Maliki prononcera un mandat d’arrêt à l’encontre du vice-président sunnite Tarek al-Hachémi, une figure clé du parti politique irakien des Frères musulmans. Ce dernier sera condamné à mort en septembre 2012 après avoir été accusé de lien avec le terrorisme et pour des actes criminels contre des communautés chiites. Puis, ce fut au tour du ministre des Finances Rafial-Issawi en décembre 2012 d’être visé par le gouvernement à travers l’arrestation de plusieurs de ses gardes du corps. Ce membre de l’alliance sunnite Iraqiyya sera finalement placé en résidence surveillée.

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Ces deux événements conjoints marqueront le début du mouvement contestataire d’Al-Anbar, plus grande région d’Irak. Mené par un ensemble de figures religieuses, laïques et tribales exigeant la réhabilitation des sunnites, et ce, par l’usage de moyens pacifiques. Mais malgré cette tentative de rapprochement, ce sera par la force que le gouvernement d’al-Maliki répondra aux manifestants, brisant ainsi toute possibilité d’apaisement et de dialogue national. Capitalisant sur cette ségrégation et se considérant en 2006 comme « seul véritable État d’Irak », l’État Islamique s’assure une assise géographique et politique solides. L’incapacité du gouvernement central à réagir pousse les Kurdes à faire valoir leurs propres revendications et s’empare de Kirkouk (1,2 million d’habitants) en juin 2014. Cela aura pour conséquence de désunir irrémédiablement le pays.

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2. Une volonté expansionniste qui fait tâche

Après s’être emparé de la ville de Falloudja (320 000 habitants), l’Etat islamique s’est rapidement approprié la province pétrolière de Ninive et de Mossoul, une ville de deux millions d’habitants en Irak. Mais cette volonté d’expansion territoriale ne va pas se limiter à l’Irak. En effet, constant que le conflit syrien prend de l’ampleur, l’État Islamique décide d’y envoyer des combattants dans le but d’asseoir encore un peu plus sa présence territoriale. L’État Islamique sera d’ailleurs dans un premier temps très bien accueilli par les rebelles syriens, se réjouissant d’avoir le soutien d’un groupe formé et bien armé pour ce genre de conflit. Les combattants de l’État Islamique n’apporteront pas uniquement leur soutien armé aux rebelles mais amèneront également de l’ordre dans les zones de conflits ainsi que de l’aide humanitaire. C’est pourquoi ils combattront en collaboration avec l’armée syrienne libre, mais également le Front Al-Nosra contre les forces de l’armée de Bachar el-Assad. Toutefois, l’État Islamique se fera rapidement désavouer par les rebelles. De part les atrocités qu’il a commises, notamment l’enlèvement et l’exécution de civils et de rebelles de mouvements rivaux, les rebelles vont se retourner contre l’État Islamique. De plus, sa volonté hégémonique fera prendre l’ascendant à l’État Islamique par rapport au Front Al Nosra. On pensera même que
le Front Al-Nosra est la branche syrienne de l’État Islamique alors qu’il s’agit d’Al-Qaïda en Syrie.

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C’est en voulant asseoir son autorité sur les autres groupes rebelles et islamiques que l’État Islamique va se retrouver isolé. De plus, cette volonté d’expansion poussera une coalition occidentale à se mettre en place pour tenter de ralentir la conquête du groupuscule islamique. Pour lutter contre les exactions commises par l’État Islamique, les forces occidentales procéderont à des frappes aériennes sur les positions Djihadistes. Le groupe se bat dorénavant à la fois contre la coalition occidentale et contre les autres groupes rebelles de la région, notamment Al-Qaïda dont l’État Islamique n’a jamais reconnu le leadership. En prétendant s’installer en Syrie, Abou Bakr al-Baghdadi aurait fait « une grave erreur » d’après Ayman al-Zaouahiri, le leader d’Al Qaïda.
Ainsi, la concurrence entre groupes terroristes n’a jamais été aussi forte. Cependant il y’a bien un domaine où l’État Islamique domine en maitre, c’est celui de la communication. En s’inspirant des méthodes de son grand rival Al-Qaïda, l’État Islamique a réinventé la capacité à communiquer d’un groupe terroriste, instaurant par la même occasion le Djihad 2.0.

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B. L’évolution majeure de la guerre, vers une professionnalisation de la communication

Apparu en pleine révolution du numérique, l’État Islamique a pleinement pris part aux différentes possibilités offertes par le début de ce XXIe siècle. Tout en s’inspirant des méthodes de communication des précédents groupes terroristes tels qu’Al Qaida. L’État Islamique a réussi à mettre en place un nouveau genre de Djihad, le Djihad numérique ou encore plus communément appelé par les média internationaux, le Djihad 2.0. Mais à la différence de groupes comme Al Qaida, l’État Islamique a fait de la communication une véritable arme qu’il utilise dans une guerre médiatique hors-normes.

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1. Une propagande millimétrée

Aujourd’hui plus que jamais, la guerre ne se joue plus seulement sur le terrain mais est également virtuelle. L’État Islamique a ainsi très rapidement compris l’importance d’une communication bien organisée au sein d’un conflit armé. C’est pourquoi, la première arme de communication à avoir été mise en place par l’État Islamique fut la propagande. Cette dernière s’exerce principalement à travers les réseaux sociaux tels que Facebook ou encore Twitter pour les plus connus. Ces nouveaux moyens de communication de masse permettent de diffuser l’idéologie islamiste à grande échelle et presque sans aucun moyen de l’empêcher ni même de la ralentir. On retrouve ainsi sur ces réseaux les épopées Djihadistes présentés par ces derniers comme des actes héroïques, ou encore des revendications d’actes terroristes à l’image de l’attaque du musée Bardo à Tunis. On pouvait ainsi découvrir au sein d’un magazine édité par l’État Islamique un article entier consacré à la revendication de l’attaque.
Toutefois, le but principal de cette propagande à grande échelle est le recrutement de nouveaux candidats au Djihad. En effet, cette communication est orientée à destination des jeunes Occidentaux, qui le plus souvent sont en rejet de la société dans laquelle ils vivent. Le Djihad représente alors un souffle de liberté pour eux. Ils partent alors dans un conflit qu’ils croient connaitre. Ils se font endoctriner à cause des contenus propagandistes disponibles sur internet, on leur promet par exemple le mythe des vierges paradis s’ils meurent au Djihad. C’est pourquoi on estime que 90% des jeunes Occidentaux partis faire le Djihad en Syrie en reviennent sous le coup de la déception, ne retrouvant pas ce qu’ils avaient imaginé. Avant d’être tenté par le Djihad, pour nombre d’entre eux la dimension d’action agressive et de revanche contre l’humiliation semble être très importante.
Enfin, cette action de propagande massive a un autre but tout aussi important que celui de recruter de nouveaux Djihadistes. Le fait de communiquer autant sur les actes de l’État Islamique, lui permet tout simplement d’exister. En effet, des actes tels que le saccage du musée de Mossoul, où les hommes de l’État Islamique ont détruit des cultures inestimables de l’ère pré-islamique, permettent au groupe d’exister. Sachant pertinemment que les media du monde entier relaieront l’information, l’État Islamique reste par conséquent au coeur de l’actualité. Le but du groupe islamique est d’être omniprésent au sein de l’information. Ainsi, comme l’expliquait Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières « Daesh crée le vide. Et ce vide lui permet de diffuser sa propagande sans que des témoins extérieurs ne viennent la contredire ». Ainsi, le groupe choisit quel journaliste sera autorisé par les troupes du calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi à réaliser un reportage au coeur du conflit. Enfin, l’État Islamique s’approprierait même des actes qu’il n’a pas réalisés.

L’attaque du musée Bardo en Tunisie serait en vérité l’acte du groupe terroriste AQMI. Ainsi, comme l’avait assuré le porte-parole du ministère de l’Intérieur tunisien, Mohamed Ali Aroui, « Pour faire la propagande, la publicité, c’est l’Etat islamique qui a loué cet acte. Mais sur le terrain, c’était Okba Ibn Nafaa, qui appartient à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a organisé et commis ce crime ».
Mais au-delà de cette simple propagande, ce qui étonne le plus est l’organisation dont a su faire preuve l’État Islamique pour communiquer autour de ses actions mais également créer du contenu professionnel sur leur groupe.

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2. L’Al-Hayat Media Center, le pendant Djihadiste de l’Agence France Presse

Conscient que la communication était un domaine à double tranchant, l’État Islamique a alors procédé à une véritable professionnalisation de ses techniques de communication. En effet, cette dernière peut aussi bien être bénéfique, la propagande, que très négatif à son encontre, révéler la position des Djihadistes. Partant de ce constat l’État Islamique a ainsi mis en place l’Al-Hayat Media Center, une véritable machinerie médiatique à son unique service. C’est alors au sein de cet énorme centre médiatique que s’organisent les différents organes de presse du groupuscule islamique.
« La mission du centre médiatique Al-Hayat est de transmettre le message de l’État Islamique dans différentes langues avec le but d’unifier les musulmans sous une seule bannière. Al-Hayat produit un support imagé, audio et écrit dans de nombreuses langues, avec pour objectifs divers sujets comme le tawhid, la hidjrah, la bay’ah ainsi que le Djihad. Le nom Al-Hayat – qui signifie la vie – provient du verset suivant :
« Oh vous qui croyez ! Répondez à Allah et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la vraie vie ».
« Ourwah Ibn az-Zoubayr (Rahimahoullah) a dit « ce que vous donne la vraie vie signifie la guerre, par laquelle Allah vous a honoré après l’humiliation, vous a fortifié après la faiblesse et vous a protégé de votre ennemi après qu’il ait pris le dessus sur vous ».

Cheikh Abou Muhammad al-‘Adnani (Hafidhahoullah) a souligné ceci en disant « Il n’y a pas de vie sans Djihad ». Ceci est une réalité que tout Mouhadjir (émigrant) sait après avoir rejoint la terre du khilafah »
Missions de l’Al-Hayat Media Center données dans Dabiq n°2
Par conséquent, la première mission de cette agence de communication a été de coordonner les différents témoignages des Djihadistes. En effet, en voulant communiquer à outrance et sans avoir préalablement protégé leur empreinte numérique, certains combattants islamiques révélaient trop d’informations aux services de renseignements occidentaux, notamment leurs positions. Une fois les positions des Djihadistes connues, ces dernières étaient frappées par des attaques aériennes. C’est donc suite à de lourdes pertes que l’État Islamique a décidé de mettre en place des règles afin que ses combattants puissent communiquer de façon plus sécurisée.
En conséquence de nouvelles règles furent édictées par les autorités de l’Etat islamique à travers un communiqué de presse puis détaillées et relayées sur les réseaux sociaux. Il est ainsi interdit de partager des informations sur :
– Les raids aériens de l’ennemi
– Les déplacements de convois d’une région à l’autre
– Des opérations en préparation
– Les techniques de fabrication d’armes
– La mort au combat d’un dirigeant ou d’un émir avant le communiqué officiel de l’Etat Islamique
– La localisation des casernes
– Le ralliement au califat d’une personne connue médiatiquement ou d’un groupe particulier avant un communiqué officiel de l’Etat Islamique
– Des images qui permettraient de reconnaître des membres de l’État Islamique et en particulier les combattants étrangers qui l’ont rejoint

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De plus, les spécialistes de la communication et de la sécurité présents dans les rangs de l’État Islamique mettent à disposition des Djihadistes des techniques de sécurisation dans l’utilisation d’internet. Car si la majorité des informations révélées aux camps ennemis étaient le fait d’une communication hasardeuse des combattants islamiques une part non négligeable vient également des traces numériques laissées lors de l’acte de communication. Pour ce faire, les responsables de l’Al-Hayat Media Center mettent à disposition des outils de cryptage sur des plateformes elles-mêmes intraçables. On remarque alors que les outils utilisés par l’État Islamique s’apparentent à ceux qu’utilisent les différentes familles de hackers et de dissidents. On retrouve alors la nécessité de masquer son adresse IP, d’utiliser des serveurs distants (VPN), mais surtout de crypter sa navigation et ses messages grâce à un outil star des activistes ou encore des revendeurs d’armes et de drogue, le routeur Tor. Ainsi lorsqu’un utilisateur cherche à se connecter sur un site, ses informations de connexions transitent par de multiples points du réseau, avec un chiffrement à chaque étape. La connexion est alors quasi intraçable et rend impossible, la plupart du temps, de voir le contenu des données et des discussions.
Outre une coordination millimétrée de la communication de l’État Islamique l’autre preuve de sa professionnalisation médiatique est la création de contenu réalisée par la faction Djihadiste. En effet, l’État Islamique ne se contente plus de communiquer à travers les media sociaux et de simplement relier l’information, ils produisent des contenus médiatiques tels que des magazines, des reportages et même des films.
Tout d’abord l’État Islamique possède une communication très officielle : cette dernière, quand elle émane des hauts responsables, s’effectue presque qu’exclusivement à travers des communiqués de presse, à l’image d’une nation occidentale. De plus, l’Al-Hayat Media Center

produit ses propres magazines pro-Djihadistes narrant les épopées islamiques. On retrouve alors le IS Report, le IS News et le plus connu de tous Dabiq. Ces magazines disponibles en ligne et donc accessibles par tous, sont publiés en anglais et occasionnellement traduit dans plusieurs langues dont le français (le Dabiq n°2 fut par exemple édité en français). Dabiq se présente sous la forme d’un magazine en ligne de 50 pages totalement rédigé en anglais. On peut ainsi y découvrir la tribune du porte-parole de l’État Islamique à coté de photos de combattants venant d’éliminer des soldats kurdes avec des intitulés comme « éliminés par les glorieux soldats de l’Etat islamique ». On peut également y voir des orphelins pris en charge par l’État Islamique, c’est tout le paradoxe de ces magazines. On peut y voir des images sanglantes de décapitation juste à côté de symbole de charité islamique. Cependant la majorité des articles servent à justifier les actes de l’État Islamique, comme la réduction à l’esclavage de centaines de civils en Irak sous le simple prétexte que ce sont des yazidis. Dabiq les décrit alors comme un « butin de guerre ».

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3. De Hollywood à l’État Islamique

Mais ce qui reste sans aucun doute une véritable avancée dans la propagande Djihadiste et une marque indiscutable de la professionnalisation technique dans la communication de l’État Islamique est la production de films de propagandes de dimension hollywoodienne. En effet, l’État Islamique possède ses propres maisons de production cinématographique dont le contenu produit est diffusé par l’Al-Hayat Media Center. On a ainsi pu s’apercevoir que les différentes vidéos de scènes de guerres diffusées n’étaient plus réalisées grâce à de simple mini-caméras telles des GoPro mais avec du matériel vidéo professionnel. Les nombreuses vidéos de propagande à la gloire des Djihadistes, des pseudo-reportages journalistiques ou encore l’horreur des massacres sont dorénavant réalisés en très haute qualité et même scénarisé. Mais le plus frappant est la réalisation de véritables moyen-métrages digne des plus grands blockbusters américains. Ainsi, les films propagandistes « Le choc des épées IV » ou « Flames of War », utilisent tous les codes des films d’action américains : couleurs saturées, slow motion, banc-titre choc, explosions spectaculaires, … Des éléments qui trouvent alors une résonance chez les adolescents occidentaux.

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De plus, il existe une vraie synergie entre les organes médiatiques de l’État Islamique. Là encore l’organisation mise en place fait preuve d’un très grand professionnalisme. Quand une partie des équipes s’occupent de produire la propagande, une autre est chargée de la diffuser auprès du plus grand nombre, tout en ayant reçu une formation pour ne pas se faire repérer sur internet par les services de renseignements occidentaux. Cette organisation rigoureuse est bien-sûr mise en place pour recruter un maximum de candidat au Djihad. L’État Islamique s’approprie entièrement les techniques modernes de communication disponibles. Le but est de s’adapter aux aptitudes des occidentaux afin d’avoir le meilleur impact auprès d’eux.
Ainsi, l’État Islamique a su parfaitement s’adapter aux moyens de communication du XXIe siècle afin d’avoir le meilleur impact auprès de la communauté occidentale. Le groupe islamique est même devenu maitre en la matière. Il constitue aujourd’hui le groupe terroriste

qui manipule le mieux les techniques de communication dont le but premier est de recruter le plus de combattants pour sa cause.

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C. Financement de l’Etat Islamique
Comment une « start-up du terrorisme » s’est hissée en quelques années au rang de « multinationale du terrorisme » ?

Le groupe État islamique (EI) est « probablement l’organisation terroriste la mieux financée », indiquait en octobre dernier David Cohen, le sous-secrétaire américain au Trésor chargé de la lutte contre le terrorisme. Si, depuis plusieurs mois, l’EI choque le monde par ses terribles exactions – viols, rapts, exécutions, crucifixions, nettoyage ethnique – dans les régions qu’il a conquises en Irak et en Syrie, ses sources de financement suscitent de nombreuses interrogations.
Depuis le 8 août, la coalition internationale emmenée par les États-Unis mène des frappes contre l’EI dans une tentative de freiner ses avancées. Mais les Occidentaux ont toutes les peines du monde à s’attaquer au nerf de la guerre que constituent les finances du groupe, riche à millions grâce aux méthodes « mafieuses » qu’il applique dans les territoires sous son contrôle, expliquent des analystes. S’attaquer à ces sources est l’un des volets de la stratégie qu’avait exposée le 10 septembre le président américain Barack Obama pour « affaiblir » et au final « détruire » l’EI.
Contrairement à Al-Qaïda, dont les ressources proviennent de dons, les djihadistes de l’EI contrôlent un territoire aussi grand que le Royaume-Uni, mais en grande partie désertique, sur lequel ils font régner leur loi à coups de racket, de pillages, d’enlèvements, de contrebande de pétrole, de gaz et d’antiquités, et de trafic d’êtres humains, expliquent des analystes. Du coup, les sanctions occidentales n’ont pas prise sur ces sources de financement totalement souterraines, souligne Evan Jendruck, consultant chez IHS Jane’s, cité par l’AFP.

Quelles sont ses sources de financement ?

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Pas de mécène comme Oussama ben Laden

Contrairement à Al-Qaïda, l’Etat islamique ne peut pas compter sur la fortune d’un riche «mécène» : Oussama ben Laden était issu d’une des familles les plus riches d’Arabie Saoudite et, avant que ses proches ne lui coupent les fonds à l’aube des années 2000, il avait réussi à mettre de côté un pactole suffisant pour financer nombre d’actions (cours de pilotage pour les pirates de l’air du 11-septembre, téléphones mobiles des terroristes de Madrid, matériel de télévision déguisé des assassins du Commandant Massoud) à travers le monde.
Abou Bakr al-Baghdadi n’est de loin pas aussi riche: le «calife» autoproclamé serait issu d’une famille de la classe moyenne irakienne et ses activités d’imam au début des années 2000 ne sont pas de nature à l’avoir enrichi au point qu’il pourrait financer sur ses fonds propres des actions terroristes de grande ampleur.
Pétrole et gaz : Combien ?
La dizaine de champs pétrolifères saisis dans l’est de la Syrie et dans le nord de l’Irak sont la principale source de revenus de l’EI. Le pétrole extrait des champs d’exploitation dans ces deux pays, qui est raffiné dans des raffineries saisies, est revendu à prix réduit au marché noir. Il rapporte environ un million de dollars par jour à l’EI depuis la mi-juin, a indiqué en octobre David Cohen, le sous-secrétaire américain au Trésor.
Le cabinet américain IHS estimait de son côté les revenus pétroliers de l’EI à 800 millions de dollars par an, soit l’équivalent de 2 millions de dollars par jour. « Le groupe terroriste (…) est capable de générer des revenus significatifs, même en produisant seulement une fraction des capacités pétrolières du territoire qu’il contrôle et en vendant le pétrole qu’il produit avec une forte remise au marché noir », souligne IHS.

Le cabinet américain estime que l’EI contrôle des capacités de production de 350 000 barils par jour mais qu’il ne produit que 50 000 à 60 000 barils jours, qu’il vend ensuite au marché noir à un prix compris entre 25 et 60 dollars le baril (40 dollars en moyenne), soit bien moins que les tarifs pratiqués sur les marchés internationaux, le Brent évoluant actuellement autour de 80 dollars le baril.
En revanche, les capacités de raffinage de l’EI ne sont pas clairement établies, IHS estime qu’elles sont plutôt limitées à des unités mobiles couvrant principalement la propre consommation du groupe.
Après des semaines de combat, les forces irakiennes ont pris, vendredi 14 novembre 2014, le contrôle total de la ville stratégique de Baïji située près de la plus grande raffinerie d’Irak, après en avoir chassé les djihadistes de l’EI. La ville de Baïji, qui échappait au contrôle de l’armée depuis plusieurs mois, est stratégique car elle se trouve sur la route principale menant de Tikrit à Mossoul, deux villes tenues par l’EI. Outre le fait d’isoler un peu plus les djihadistes à Tikrit, la prise de Baïji pourrait permettre de sécuriser le site de la plus grande raffinerie du pays, située à proximité de la ville et dont les djihadistes font le siège depuis plusieurs mois.

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Qui achète ?

Selon M. Cohen, ce pétrole est vendu à des Kurdes en Irak qui le revendent ensuite en Turquie, mais il assure que les autorités turques et kurdes en Irak « se sont engagées à combattre la contrebande de pétrole ». Il souligne également qu’il y a des indications que ce pétrole est aussi vendu au régime syrien de Bachar el-Assad, qualifiant ces achats de « signe supplémentaire de la dépravation » du gouvernement de Damas.
Les ventes de pétrole de l’EI se font « principalement via des camions par les routes de contrebande par la frontière turque », estime, pour sa part, IHS. « Le pétrole alimente la machine de guerre de l’EI, tout particulièrement les véhicules militaires vitaux pour ses mouvements et ses capacités de combat », et « finance directement les nombreuses activités » du groupe, souligne le cabinet.
Début septembre, Mediapart rapportait que, devant des députés de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, l’ambassadrice de l’Union européenne en Irak, Jana Hybaskova, avait affirmé que « malheureusement, des États membres de l’UE achètent le pétrole (vendu par l’EI) ». Soulignant que l’information n’était pas publique, elle n’a pas voulu donner plus de détails aux députés.
Selon Lou’aï al-Khatib, chercheur au Brookings Doha, les djihadistes raffinent l’or noir dans des raffineries de fortune puis le font passer en camion, par bateau ou même à dos d’âne vers la Turquie, l’Iran et la Jordanie. L’EI « a réussi à faire fortune sur le marché noir en développant un vaste réseau d’intermédiaires dans des pays et territoires voisins », a-t-il expliqué en septembre dernier, cité par l’AFP.

Des experts estiment que l’EI contrôle sept champs pétrolifères et deux raffineries dans le nord de l’Irak, et six des dix champs en Syrie, notamment dans la région de Deir ez-Zor (Est) et Hassaka (Nord-Est).

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Impôts et pillages

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Depuis le début de son offensive massive en Irak, en juin, l’État islamique a pu voler des millions de dollars en liquide dans les banques et des équipements dans les installations militaires désertées, rapportait en septembre Associated Press. Bachar Kiki, le chef du conseil provincial de Ninive, dont Mossoul est la capitale, précisait en septembre à l’AFP que les réserves en liquide des banques de la ville atteignaient avant cette offensive environ 400 millions de dollars. Mossoul est depuis juin sous le contrôle de l’EI. Selon une source proche du ministère de la Défense citée par le quotidien français Libération, le chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, a confisqué les avoirs de trois grosses banques à Mossoul. « Montant du butin : 429 millions de dollars (330 millions d’euros) et plus de 600 milliards de dinars irakiens (398 millions d’euros) », rapportait le quotidien en septembre.
Autre source de rentrées régulières d’argent, le racket des commerçants locaux et les taxes imposées par l’EI aux populations locales dans les territoires qu’il occupe. Un responsable du renseignement américain qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat a précisé en septembre que les djihadistes prélèvent des taxes sur les automobilistes et chauffeurs routiers qui empruntent les routes dans les territoires sous leur contrôle.
Dans une étude publiée en août dernier, le Council on Foreign Relations rapportait que même avant la prise de Mossoul, deuxième plus grande ville d’Irak, en juin, l’EI avait prélevé des taxes d’une valeur estimée à plus de huit millions de dollars par mois des petites et grandes entreprises. Selon le site Al-Monitor basé à Washington et spécialisé sur le Moyen-Orient, toute personne ne se pliant pas au paiement de la taxe pourrait être tuée.

Production de céréales

Le groupe djihadiste épaissit également son portefeuille grâce à la production de céréales. Romain Caillet, expert des mouvements islamistes, précise à L’Orient-Le Jour que la production de céréales (blé et orge) devrait rapporter aux djihadistes 200 millions de dollars par an.
M. Caillet explique à titre d’exemple que l’EI contrôle la région du nord-est d’Alep (notamment Manbij et Raqqa), considérée comme le grenier du pays. Selon lui, elle produit du blé pour un million de personnes (par jour) qui en fin de compte ne peuvent pas survivre sans pain.
Enlèvements et trafic d’êtres humains
Les populations civiles sont les premières victimes des exactions de l’EI. Le groupe ne se contente pas de leur faire subir toutes sortes de violences et tortures, il les utilise également pour se remplir les poches.

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Comment ?

  • En réclamant des rançons contre la libération de personnes kidnappées : selon le sous-secrétaire au Trésor chargé du Terrorisme, l’EI a ainsi engrangé « au moins 20 millions de dollars de rançons cette année ». M. Cohen a dans ce cadre pressé chaque nation de refuser de payer ces rançons, regrettant qu’au printemps dernier, l’EI ait reçu « plusieurs paiements de plusieurs millions de dollars » en échange de la libération de journalistes et otages de différents pays européens.

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– En vendant des « esclaves » : dans la dernière édition, en octobre, de son magazine de propagande Dabiq, l’EI affirmait avoir offert comme butin de guerre à ses combattants les femmes et enfants yazidis capturés dans le nord de l’Irak, se targuant d’avoir rétabli l’esclavage. Dans un article intitulé « La relance de l’esclavage avant l’heure », Dabiq indiquait pour la première fois clairement que l’esclavage des personnes considérées comme ayant des croyances religieuses déviantes a redonné son sens à un aspect de la charia. Dabiq expliquait en outre que « les gens du Livre » peuvent échapper à ce sort car ils ont la possibilité de verser une taxe appelée « jizia » ou de se convertir.
Fin août, l’OSDH a rapporté que des dizaines de femmes yazidies capturées en Irak par l’EI avaient été forcées à se convertir à l’islam puis avaient été « vendues » pour être mariées de force en Syrie à des combattants du groupe djihadiste. « Chaque femme a été vendue contre un montant de 1 000 dollars après avoir été convertie à l’islam », avait précisé l’ONG. À Paris, à la mi-août, une famille yazidie ayant fui Mossoul avait raconté, lors d’une conférence de presse organisée par le Chredo (Coordination des chrétiens d’Orient en danger), que les djihadistes avaient vendu aux enchères, quelques jours plus tôt, 700 femmes yazidies au prix moyen de 150 dollars par esclave.

Trafic d’antiquités

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En septembre dernier, au cours d’un colloque de l’Unesco, des diplomates et experts ont accusé l’EI de se livrer à la destruction de sites historiques en Irak et de vendre des antiquités pour se financer.
Le groupe djihadiste, qui estime que les statues sont de l’idolâtrie, a dynamité de nombreuses églises et autres monuments, sanctuaires des patrimoines chrétiens, juifs ou musulmans, ont souligné de nombreux interlocuteurs cités par l’AFP. « Il y a des mafias internationales s’occupant des vestiges et de tout ce qui a trait au patrimoine qui informent Daesh de ce qui peut être vendu », a souligné Qais Hussen Rachid, directeur du musée de Bagdad, ancien directeur du patrimoine et des antiquités. « Daesh fait des fouilles pour vendre des objets sur les places européennes et asiatiques par l’intermédiaire des pays alentour. Ces montants financent le terrorisme », a-t-il accusé, jugeant impossible de chiffrer l’ampleur de ce trafic ou les pertes pour son pays.
En juin, le quotidien britannique The Guardian, citant des responsables de services de renseignements étrangers, a rapporté que l’EI aurait empoché au moins trente-six millions de dollars dans juste une province en Syrie en vendant des objets vieux parfois de huit mille ans.

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Donations de particuliers

Bien que difficiles à évaluer, les donations de certains pays de la région au groupe djihadiste dès son émergence ont joué un rôle dans sa montée en puissance. Des pays du

Golfe, notamment le Qatar, ont régulièrement été montrés du doigt. « Le financement étatique des groupes islamistes par des pays du Golfe s’est arrêté à l’été 2013, précise à L’Orient-Le Jour Alain Chouet, ancien officier de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Au Qatar, le changement s’est opéré avec l’abdication de l’ancien émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, qui a cédé le pouvoir à son fils, le prince héritier Tamim. ».
Quelques jours plus tard, l’ex-Premier ministre et homme fort de l’émirat, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, était écarté de la Qatar Investment Authority (Qia), le fonds souverain très courtisé dont les avoirs sont estimés entre 150 et 200 millions de dollars, dont il était vice-président. Depuis la formation de la coalition internationale anti-EI, l’émir du Qatar a, à plusieurs reprises, nié que son pays finance des groupes extrémistes, et affirmé un engagement sans faille et à long terme dans la coalition.

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Comment l’EI dépense-t-il son argent ?

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Le groupe paie ses combattants

Le groupe en compte « entre 20 000 et 31 500 », selon la dernière évaluation de l’agence américaine du renseignement (CIA) qui remonte à septembre dernier. Les combattants syriens et irakiens sont payés environ 400 dollars par mois, précise à L’Orient-Le Jour Samir Seifan, un économiste syrien basé à Dubaï. À ce salaire s’ajoutent, pour les djihadistes mariés, des bonus de 100 dollars par épouse et 50 dollars par enfant, ajoute-t-il. « Une somme supplémentaire variant entre 700 et 1 000 dollars est attribuée aux combattants des autres nationalités (Européens et autres, NDLR), qu’on appelle les mouhajiroun », précise M. Seifan. Le chercheur indique que ces chiffres ne sont pas documentés mais qu’il s’agit plutôt d’informations qui lui sont parvenues. « Ce qui fait la force du groupe djihadiste, c’est sa capacité à tirer profit de la situation économique et sociale, et d’embrigader un grand nombre de combattants à une période où les gens ne trouvent plus rien à manger », note Samir Seifan.
L’EI « est une mafia qui gouverne par la terreur. Et les gens sont forcés par la faim à rejoindre leurs rangs car c’est la seule manière d’avoir un salaire décent », indiquait de son côté Fourat al-Wafaa, un militant de Raqqa, bastion du groupe dans le Nord syrien, utilisant un pseudonyme. Selon lui, le salaire de base est de 300 dollars.
Selon le responsable américain David Cohen, les ambitions territoriales de l’EI vont rapidement être « un fardeau financier » pour l’organisation. « Tenter de contrôler des villes

et des territoires en Irak et en Syrie, et fournir un minimum de services publics aux populations que l’organisation cherche à soumettre coûtent cher», a-t-il dit, prenant l’exemple du budget officiel irakien pour les provinces actuellement occupées par l’EI qui dépassait 2 milliards de dollars. « Cela dépasse largement les revenus de l’EI (…). Cela signifie que l’organisation ne peut tout simplement pas répondre aux besoins les plus essentiels de la population qu’elle cherche à contrôler », a-t-il affirmé fin octobre à l’AFP, mentionnant déjà des pénuries d’eau et d’électricité à Mossoul, en Irak.

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L’EI achète des armes

Lors de sa fulgurante offensive en Irak, l’EI a mis la main sur des équipements militaires dont disposait l’armée irakienne. « Les arsenaux de l’armée irakienne représentent près de 95 % du matériel militaire de l’EI », indique Alain Chouet à L’Orient-Le Jour. Outre les équipements militaires récupérés de l’armée irakienne, dont notamment des Humvee et des armes légères américaines, l’EI dispose d’armes lourdes prises à l’armée syrienne et aux rebelles. Romain Caillet souligne sur ce point qu’« il est plus facile pour le groupe djihadiste d’acheter des armes à des groupes rebelles syriens » en raison de la corruption qui les gangrène.

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L’EI frappe désormais sa propre monnaie

Signe que le groupe se veut bel et bien un État autonome malgré la campagne militaire internationale menée contre lui, l’EI a annoncé la semaine dernière qu’il allait frapper sa propre monnaie, des pièces en or, argent et cuivre, qui sera utilisée dans le territoire qu’il contrôle en Syrie et en Irak. « Si Dieu le veut, différentes pièces vont être fabriquées en or, argent et cuivre », a affirmé l’EI dans un communiqué diffusé sur les forums djihadistes. L’organisation explique que l’objectif est de remplacer « le système monétaire tyrannique imposé aux musulmans qui a conduit à leur oppression ». Il a également précisé que l’objectif est de libérer les musulmans du « mercantilisme et de l’oppression économique satanique ». Sur les photos publiées par l’EI, apparaît sur une face « l’État islamique », « le califat », ainsi

que le poids et la valeur de la monnaie. Des symboles comme la mosquée al-Aqsa à Jérusalem apparaissent aussi sur différentes monnaies.

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III. Limites de l’EI

A. La position orientale
1. L’Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite est le plus large pays du Moyen Orient avec une superficie de plus de deux millions de kilomètres carrés. Le pays possède comme voisin l’Irak, la Jordanie, le pays d’Oman, le Yémen ainsi que les pétromonarchies telles que le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Qatar. Géographiquement, l’Arabie Saoudite est bordée par la Mer Rouge et le Golfe Persique.
L’Arabie Saoudite est une monarchie d’origine islamique contrôlée par les al-Saoud. En outre, elle possède les deux plus importants lieux saints de l’islam que sont la Mecque et Médine. Sa devise nationale est : « il n’y a de dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète ».

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Des rumeurs courent sur un possible financement de l’EI par l’Arabie Saoudite. Dès le début des hostilités de la révolte syrienne début 2011, l’Arabie Saoudite s’était placée contre et appelait au départ de Bachar el-Assad. D’après certaines informations, elle aurait essayé de renverser le pouvoir Syrien en finançant l’Etat islamique, pensant pouvoir s’en débarrasser par la suite. Les dirigeants saoudiens pensaient que les djihadistes pourraient durablement affaiblir Bachar el-Assad et qu’ils pourraient facilement se débarrasser de ces groupes tels que l’Etat Islamique par la suite.
Mais apparemment, l’Arabie Saoudite n’apprend pas de ses erreurs passées. Dans les années 2000, ce sont ces mêmes réseaux qui ont financé les djihadistes, dont beaucoup de Saoudiens. Ils étaient partis combattre l’Amérique en Afghanistan et en Irak. Des combattants qui une fois au retour au pays, ont mené entre 2003 et 2006 beaucoup de tentatives d’attentat dans et contre le royaume. De ce fait, dix ans plus tard, la présence dans les rangs de l’État islamique de milliers de combattants saoudiens montre une nouvelle erreur d’appréciation de l’Arabie Saoudite. Par ailleurs, les Saoudiens sont le plus grand contingent étranger de l’organisation de l’Etat Islamique, ce qui peut laisser craindre à une répétition des évènements d’il y a 10 ans, si une nouvelle fois ces personnes ne sont pas appréhendées et contrôlées.
Il existe néanmoins d’autres points de vue : ainsi, Nabil Mouline, spécialiste de l’Arabie Saoudite au CNRD et à Stanford University ; nous précise que l’État Saoudien ainsi que l’établissement religieux n’ont jamais ouvertement financé l’État islamique qui représente pour eux une menace directe et indirecte à plus d’un titre. Pour lui ainsi que certaines personnes, l’Arabie Saoudite n’a jamais financé ouvertement l’Etat Islamique car ils ne prêchent pas les mêmes valeurs. En revanche, il nous précise qu’il y a pu exister un certain laisser-aller au sommet de l’État, dont ont profité tout à la fois des acteurs privés, des réseaux souterrains informels et des personnalités politiques pour financer les djihadistes.
Les affaires semble s’enchainer en Arabie Saoudite sans pour autant que l’on sache clairement s’ils sont impliqués dans un moindre financement de l’Etat Islamique et si ils daignent prendre des initiatives dans les prochains mois pour permettre une avancée dans ces domaines.

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2. La Jordanie

Un autre pays du golfe est actuellement sous les feux des projecteurs, il s’agit de la Jordanie. Tout d’abord, la Jordanie est un pays d’Asie Occidentale. Elle possède comme capitale Amman. Géographiquement, son territoire est entouré par la Cisjordanie, l’Arabie Saoudite, l’Irak, la Syrie et Israël. Il est situé le long du Jourdain et de la mer Morte, avec en outre un accès à la mer rouge. Il y est parlé deux langues principales qu’est l’arabe et l’anglais.
Au niveau politique, la Jordanie est une monarchie constitutionnelle actuellement dirigée par le Roi Abdallah II et la reine Rania.

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L’Etat islamique a pris possession de vastes territoires en Irak et en Syrie, et certains pensent que le royaume de Jordanie sera sa prochaine cible.
Après un conseil à l’OTAN, les forces occidentales ont convenu que le groupe Etat islamique était une menace importante pour les pays membres de l’OTAN et qu’ils comptaient le combattre en s’en prenant à ses ressources financières et en l’attaquant par des moyens militaires.
Cependant, des députés jordaniens ont demandé que le royaume reste en dehors de tout conflit avec les djihadistes de l’Etat Islamique. Ils ont d’ailleurs précisés que « Cette guerre n’est pas notre guerre. En conséquence, nous rejetons catégoriquement toute contribution jordanienne à une bataille qui n’est pas la nôtre ».
Malgré le fait qu’elle ne soit pas au coeur du conflit avec l’Etat Islamique, la Jordanie fait face depuis quelques mois à des tensions sur le front aux niveaux des frontières avec l’arrivée d’un million de réfugiés syriens. Qui sait, peut-être que à l’intérieur de ces réfugiés se trouvent des membres de l’Etat islamique qui serait en mission d’infiltration pour mieux contrecarrer la Jordanie dans un avenir proche. Par ailleurs, les services de sécurité ont identifié des centaines de Jordaniens se rendant en Syrie pour rejoindre la lutte contre Bachar al-Assad, l’actuel président Syrien. De plus, certains auraient rejoint l’Etat islamique.
Malgré cela, la participation de la Jordanie à la coalition internationale contre le groupe État islamique n’est pas inédite. En 2011, le pays avait déjà servi de base à la coalition impliquée dans la lutte contre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye. Mais la Jordanie est entrée en guerre contre l’Etat islamique et a vu ses actions s’intensifier après la torture de l’un de leur pilote qui fût brulé vif.
D’ailleurs, depuis quelques temps, le Jordanie intensifie des frappes aériennes avec les alliées contre l’Etat islamique. Malgré une faible armée, l’une des plus faibles au Moyen-Orient, elle essaie de mettre tout en oeuvre pour montrer qu’elle a aussi à jouer un rôle dans cette guerre si ce n’est pas militaire. De ce fait, on peut voir que la Jordanie prend très au sérieux les menaces de l’Etat islamique malgré les ressentis de la reine Rania, qui prône la non-violence.

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3. Al-Qaïda

Pour ce qui est du positionnement d’Al-Qaïda face à l’Etat islamique, il reste complexe. Les deux groupes radicaux ont des idéaux qui se ressemblent mais qui reste divergent. Tout d’abord, Al-Qaïda ne se situe pas à un endroit en particulier même si depuis plusieurs années, elle se base principalement au Yémen. De plus, lorsqu’ils entrent en action, ils prônent généralement qu’ils viennent d’Al-Qaïda au Yémen. Al-Qaïda est bien plus une organisation clandestine que n’est l’Etat Islamique. Fondée en 2009, l’AQPA a vu ses forces grandir depuis le désordre commis suite aux révolutions. On peut d’ailleurs mieux voir la supposé répartition de l’AQPA grâce à cette infographie.

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Mais les différences entre l’Etat islamique et Al-Qaïda perturbent toujours. L’Etat Islamique, comme son nom l’indique, revendique les attributs d’un Etat. Il exerce un contrôle quasi-exclusif sur un territoire vaste peuplé par plus de 8 millions de personnes et gère un système fiscal et judiciaire, malgré ce que peuvent penser certaines personnes. Il dispose d’une armée de 50 000 hommes, et même d’armes lourdes et de technologies dernier-cri, à l’inverse d’Al Qaïda, qui se retrouve dans la clandestinité et qui, de ce fait, correspond davantage à l’image d’une organisation terroriste. C’est d’ailleurs, en partie, cette différence cruciale qui permet d’attirer des recrues parmi les jeunes musulmans occidentaux en rupture avec leur société et se sentant rejeter par la société. L’Etat Islamique montre qu’il est plus viable qu’il n’en a l’air en incarnant un projet plus concret. L’Etat islamique appelle d’ailleurs les « vrais musulmans » à rejoindre son territoire via une migration massive car quiconque demeure en Occident est un je cite, « hypocrite qui aime les plaisirs illicites de la vie occidentale ». De ce point de vue, les deux organisations partagent le même dégout envers l’Occident.
Depuis quelque temps et la montée en puissance de l’Etat islamique en Syrie, le monde djihadiste est entré dans une nouvelle ère. La rivalité entre Al-Qaïda, qui est la maison mère, et les nouveaux venus de l’Etat Islamique fait réagir les groupes islamistes radicaux à travers le monde, ce qui par ailleurs suscite des débats et ruptures, et se traduit par une lutte sanglante. On peut voir que d’un côté on a, Ayman Al-Zawahiri, « émir » des djihadistes partisans d’Al-Qaïda et chef du « commandement général » du mouvement fondé par Oussama Ben Laden, alors que de l’autre nous avons le calife autoproclamé Abou Bakr Al-Baghdadi, qui a renié son serment d’allégeance à Al-Qaïda, et qui a proclamé un « califat » dirigé par l’Etat Islamique.
On peut donc voir la divergence profonde entre al-Qaïda et l’Etat Islamique. Il parait peu probable que ces deux organisations fassent front commun, pour ne pas esquisser la moindre démonstration de faiblesse.

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B. Les possibilités d’une intervention occidentale
Vers une intervention terrestre ?

Au départ, les occidentaux n’intervenaient qu’à partir de frappes aériennes et d’aides à l’armement pour les combattants mais si cela se venait à changer, la condition de l’Etat islamique pourrait être mise à mal. C’est ce que pense à croire Barack Obama ayant présenté aux membres du congrès américain, un document visant à envoyer des troupes américaines au sol pour combattre l’Etat islamique. Le texte vise à « Autoriser un usage limité des forces armées américaines contre l’Etat islamique en Irak et au Levant ». L’Etat islamique représente une menace pour les peuples et la stabilité de l’Irak, de la Syrie et du Moyen-Orient, ainsi qu’à la sécurité nationale des Etats-Unis. Barack Obama ne semble pas être le seul à vouloir passer à l’acte, car le président Turc, Recep Tayyip Erdogan, se dit être prêt à envoyer des troupes en Syrie combattre l’Etat islamique. Mais cette idée n’est pas très bien perçue même par des proches de son parti.
Malgré cela, restons lucide, quand on voit que les américains ne savent même pas quels dégâts ils infligent à l’Etat islamique, et que l’on voit de tels propos émanant du leader de la chambre des représentants « Au bout du compte, nous devrons envoyer des forces spéciales, et d’autres troupes, pour guider les frappes et vérifier les dommages que nous infligeons… », nous sommes en droit de nous questionner sur leur connaissance du terrain.
L’Etat Islamique n’a pas de véritable armée. Ce sont des terroristes et des guérillas qui iront vite se cacher parmi la population locale où il est impossible de distinguer entre un habitant et un mercenaire du haut d’un avion. Ils en viendront inévitablement à une situation où l’aviation restera impuissante et incapable de cibler qui que ce soit. D’ailleurs, elle ne fera que causer des milliers de victimes innocentes ce qui aura pour effet d’augmenter le ressentiment local envers les Occidentaux. Il faudra donc inévitablement des troupes au sol pour ne serait-ce qu’espérer infliger de lourds dommages à l’Etat islamique et peut-être les mettre en déroute.
On sait que depuis le 22/23 décembre 2014, une intervention militaire internationale aérienne bombarde les positions de l’Etat islamique. Tout est fait en état d’illégalité malgré le fait que l’Irak ait offert le cadre légal pour les frappes aériennes de pouvoir d’une part survoler le pays et d’une autre encourager de tels actes. Par ailleurs, on sait que l’Etat Islamique ne serait pas le seul visé dans ces bombardements mais que le groupe Khorosan, qui se trouve être un groupe djihadistes liés à Al-Qaïda, serait aussi pris pour cible dans ces régions.
Cependant, doit-on vraiment s’entrainer dans une intervention terrestre quitte à y laisser des vies humaines ? Pour commencer, la Syrie refuse toute intervention de troupes terrestres sur son territoire pour combattre le groupe djihadiste Etat islamique. D’ailleurs, le 1er ministre Syrien a déclaré « Concernant des informations de presse sur une éventuelle entrée de troupes terrestres en Syrie, nous disons clairement que nous ne permettrons aucune violation de la souveraineté syrienne. Nous n’avons pas besoin de ces forces terrestres, l’armée syrienne mène cette mission avec bravoure ». On y voit clairement un élan de fierté, et une énorme épine qui sera très difficile à enlever, car sans leurs accords il sera très difficile voire impossible de pouvoir accéder au territoire Syrien, et donc de réduire l’avancé des membres de l’Etat Islamique.
Par ailleurs, l’aspect le plus important dans un affrontement contre une armée telle que celle l’Etat Islamique, qui pratique la guérilla et se fond dans la population locale, est de gagner la confiance de la population. L’Etat Islamique est tyrannique et brutal, mais aux yeux des habitants, les Occidentaux ne sont pas mieux. Ils pourraient donc préférer coopérer avec les hommes de l’Etat Islamique plutôt qu’avec des soldats étrangers qui ne connaissent ni leur langue, ni leurs coutumes locales. On le sait très bien que gagner la confiance des irakiens et des syriens sur les territoires de l’Etat Islamique risque d’être plutôt difficile voire impossible. De plus, ayant commencé avec des bombardements, il est déjà fort probable que la population se trouvant dans ces endroits pensent à se rallier à l’Etat islamique plutôt qu’aux Occidentaux, qui n’ont pas vraiment d’intérêts aux yeux des peuples locaux.
Comme évoqué précédemment, les Occidentaux n’ayant pas le veto officiel pour un affrontement terrestre pourraient simplement aider les combattants syriens à l’aide d’entrainement et d’arsenal moderne. Malgré le fait que l’armée syrienne ainsi que le gouvernement Syrien soient passablement affaibli, il existe encore une armée. Le gouvernement Irakien se trouve encore présent et bien que leur armée éprouve un problème de moral et souffre de nombreuses désertions, elle ne compte encore pas moins de 200 000 hommes. De plus, le gouvernement Irakien, dominé par des chiites qui n’ont aucune sympathie pour l’Etat Islamique, a demandé l’aide de l’Iran, qui se trouve être un autre pays de la ligue arabe, a envoyé deux unités de la garde révolutionnaire en renfort en direction de Bagdad. Pour ce qui est de la Syrie, ce n’est pas tout à fait l’armée entière car les kurde d’Irak contrôlent une région autonome en Irak et possèdent leur propre armée comptant eux aussi un nombre similaire à 200 000 hommes. Avec une telle force de frappe, on peut se demander comment ils n’ont pas mis plus que cela l’armée de l’Etat islamique en déroute.

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Conclusion

Cette étude de l’Etat Islamique nous a permis de mettre en avant les différents aspects de cette nouvelle mouvance terroriste. Ainsi, on a pu appréhender l’organisation politique et religieuse du Califat, les dynamiques propres à l’EI, et ses limites. Il faut toutefois se souvenir de l’opacité dans laquelle l’EI opère : celle-ci empêche la plupart des fuites d’information vers l’Occident. Dès lors, notre connaissance du Califat ne peut être que parcellaire, et ne saurait refléter la réalité du terrain.
Au vue de l’ascension de l’EI ces dernières années, celui-ci constitue actuellement une des plus grandes menaces pour la paix mondiale. Son emprise sur le Moyen-Orient le place sur la liste des puissances orientales. Ses ressources colossales et sa communication poussée lui offrent les moyens de sa réussite.
Cependant, on a vu que le Califat d’al-Baghdadi souffrait de limites évidentes : la lutte de la coalition affaiblit peu à peu ses infrastructures, fragilisant le noyau de l’Etat. Une intervention au sol des armées occidentales est toutefois peu envisageable à très court terme. On connait en effet la frilosité croissante des occidentaux à intervenir au Moyen Orient. Barack Obama, élu en 2008 pour faire cesser la guerre d’Irak, se trouve dans une posture difficile. De même, en France et au Royaume-Uni, le débat politique empêche une intervention au sol.
La lutte contre l’Etat Islamique dépend donc pour l’instant de ses voisins proches. La Jordanie et l’Arabie Saoudite se retrouvent en leaders de la coalition arabe. Cependant, on note un certain attentisme de la part du royaume wahhabite : celui-ci a ordonné l’érection d’une barrière à sa frontière nord pour endiguer la propagation du djihadisme dans ses terres. Son armée, peu rompue au combat, n’est pas à même de lutter seule.
Ce manque de réaction de la communauté internationale marque l’une des principales victoires de l’EI. A ce rythme, on s’interroge sur l’avenir de l’EI dans un, cinq voire dix ans. Pourrait-il s’imposer durablement comme un Etat indépendant au centre du Moyen Orient ?

Bibliographie :

Structure politique et territoriale de l’EI
– L’Etat Islamique, Samuel Laurent, Editions Seuil (2014)
– Le Coran, traduction de D. Masson, Editions Folio
– De la Grande Guerre au totalitarisme, George L. Moss, Hachette (1990)
– Le Choc des civilisations, Samuel Huntington (1996)
– La géopolitique du Moyen Orient, magazine, La Documentation Française
– Diplomatie : Talibans, le grand retour ? Magazine, juillet-août 2014
– Diplomatie : Les populations déplacées internes, magazine, août septembre 2014
– Carto : La révolution, et après ? Magazine, janvier-février 2015
– Le bilan du Monde, magazine, édition 2015
Webographie :
L’organisation religieuse au Moyen-Orient :
http://www.diploweb.com/forum/islam07092.htm
http://www.lepoint.fr/monde/sunnites-contre-chiites-pourquoi-les-musulmans-se-font-la-guerre-19-03-2013-1643068_24.php
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-salafisme-dans-la-crise.html
http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=3&cid=31&frid=18&seccatid=22&eid=90691
http://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_au_Moyen-Orient
http://www.chronics-urbiorbi.eu/2014/09/moyen-orient-la-guerre-des-religions.html
La crise irako-syrienne :
http://www.decryptnewsonline.com/2014/12/dabiq-le-nouvel-inspire.html
http://www.liberation.fr/monde/2014/06/12/d-ou-vient-l-etat-islamique-en-irak-et-au-levant_1039271
http://tempsreel.nouvelobs.com/guerre-en-syrie/
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Daech-radiographie-d-un-Etat-terroriste-2014-09-23-1210764
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Carte-interactive-des-dernieres-avancees-des-djihadistes-au-nord-de-l-Irak-et-en-Syrie-2014-08-06-1188692
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/06/16/irak-l-eiil-est-dans-une-communication-de-la-terreur-qui-differe-d-al-qaida_4439222_3218.html
http://www.liberation.fr/monde/2014/09/22/une-propagande-virtuelle-extremement-soignee_1106334
http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=2&cid=15&frid=13&seccatid=15&eid=220835
http://www.huffingtonpost.fr/marc-knobel/dabiq-journal-daech-propagande-web_b_5966050.html
http://www.lemonde.fr/proche-orient/video/2014/06/13/le-film-de-propagande-hollywoodien-de-l-etat-islamique-en-irak-et-au-levant_4437789_3218.html
http://www.europe1.fr/international/irak-qui-sont-les-yazidis-2200873
47
http://www.europe1.fr/international/dabiq-l-arme-mediatique-de-l-etat-islamique-2258777
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/11/27/le-changement-de-strategie-en-ligne-des-djihadistes-de-l-etat-islamique_4528428_4408996.html
Financements de l’EI :
http://www.challenges.fr/economie/20150209.CHA2906/pourquoi-l-etat-islamique-est-assis-sur-une-montagne-d-or.html
http://www.challenges.fr/economie/20141114.CHA0283/pourquoi-l-etat-islamique-frappe-sa-propre-monnaie-en-or-et-en-argent.html
http://www.bilan.ch/economie-plus-de-redaction/etat-islamique-sources-de-financement
Les limites de l’EI :
http://3millions7.com/2015/02/10/face-au-groupa-etat-islamique-la-jordanie-a-lintention-de-peser-et-les-arguments-pour-le-faire/
http://www.parismatch.com/Royal-Blog/Monde/Rania-de-Jordanie-la-plus-proche-alliee-du-roi-Abdallah-dans-la-lutte-contre-Daech-703178
http://fr.euronews.com/2013/05/01/deux-ans-apres-la-mort-de-ben-laden-ou-est-en-al-qaida-/
Cours :
– Cours éclairé de F. Guillon sur l’Arabie Saoudite

Bon comme un citron bien rond !

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