Crises à répétition à Fukushima : Tepco fait le point

L’EXPLOITANT Tepco a révélé au cours de l’été plusieurs fuites d’eau radioactives sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi. Des annonces peu claires, qui paraissent à chaque fois un peu plus graves, et font monter l’inquiétude sur la situation.

D’où proviennent les fuites d’eau radioactives?

Bien que les réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi aient été arrêtés depuis plus de deux ans, les combustibles d’uranium présents dans les cœurs continuent à dégager beaucoup de chaleur résiduelle. Comme les circuits fermés de refroidissement ont été gravement endommagés après la catastrophe de mars 2011, Tepco est obligé de verser tous les jours 350 tonnes d’eau directement dans les cœurs des réacteurs. «Mais à cause des explosions dans plusieurs des cœurs, les enceintes de confinement ne sont plus étanches, et une partie de l’eau s’écoule dans les bâtiments et dans les sols», précise Thierry Charles, directeur général adjoint à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

D’autre part, une nappe phréatique passe sous la centrale, et «depuis le séisme, les experts ont identifié que 400 tonnes par jour se mélangent désormais à l’eau des réacteurs, par infiltration, et se contaminent», détaille un expert occidental du nucléaire en poste à Tokyo.

Une partie de cette eau se répand dans la nappe et aurait réussi début août à franchir la barrière souterraine érigée par Tepco entre les réacteurs et la mer.

Pour limiter la contamination de la nappe, l’opérateur est donc obligé de pomper plus de 700 tonnes d’eau par jour, dont seulement 250 tonnes ­peuvent être décontaminées quotidiennement par l’unité de traitement existante. Le reste, contaminé par de nombreux radioéléments, doit être stocké dans des réservoirs et des cuves, pour la plupart construits à la hâte pour éviter le débordement juste après la catastrophe.

Sur le millier de cuves et de réservoirs déjà installés, certains ont des fondations qui n’ont pas été renforcées, provoquant des écoulements accidentels dans les sols. Ces fuites, d’un volume estimé à ce jour à 300 m3,, ont d’ailleurs été détectées tardivement, car un grand nombre de cuves sont dépourvues d’instrumentation, et leur niveau ne peut être vérifié que par un ouvrier inspectant visuellement les niveaux… «Tepco a dû agir dans l’urgence, et a probablement sous-estimé la complexité de la gestion globale de l’eau autour de la centrale», estime Thierry Charles.

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Quels sont les risques liés à ces fuites radioactives?

Les techniciens japonais ont détecté ce week-end dans une des cuves des niveaux de radioactivité très élevés, qui peuvent «émettre des doses mortelles au bout de quatre heures d’exposition». Une annonce très inquiétante, qui doit pourtant être relativisée. «Ce sont des doses élevées qu’il ne faut pas prendre à la légère, mais ce type de contamination n’a qu’un effet très local, n’affectant que les sols autour des sites de stockage, explique Thierry Charles. À court terme, l’impact principal sera de compliquer encore un peu plus les conditions de travail du personnel sur place.»

«D’après les données communiquées par Tepco mais aussi les mesures réalisées en mer, il n’y a pas de risque identifié de pollution grave», assure également un expert occidental du nucléaire en poste à Tokyo. La radioactivité est diluée au bout de quelques mètres. Les mesures montrent que dès qu’on est à l’extérieur du port de la centrale, on ne mesure presque plus de radioactivité.

«Il faut bien garder en tête l’échelle des priorités auxquelles Tepco doit faire face depuis plus de deux ans», rappelle Thierry Charles. Les fuites à répétition sur le site sont une conséquence directe des efforts mis en place pour refroidir les cœurs des réacteurs. La perte du refroidissement risquerait de provoquer la dispersion de matières radioactives dans l’atmosphère, avec, comme lors de la catastrophe en 2011, un impact à l’échelle régionale pour le Japon.

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Comment Tepco peut-il résoudre le problème du stockage des eaux contaminées?

Les 450 000 m3 de réservoirs de stockage déjà en place vont rapidement s’avérer insuffisants. Le financement par le gouvernement d’une nouvelle ­ligne de décontamination, capable d’éliminer le césium et d’autres radioéléments (sauf le tritium) devrait permettre d’abaisser les niveaux de radioactivité dans l’eau, sans résoudre le problème des quantités d’effluents déjà stockés.

La nouvelle autorité de réglementation du nucléaire japonais (NRA) prévenait d’ailleurs lundi qu’il faudrait à un moment ou à un autre verser les eaux «assainies» dans l’océan. Il faudra pour cela que leurs taux de radioactivité n’excèdent pas ceux des rejets autorisés au Japon pour les centrales en fonctionnement, a prévenu la NRA. Un challenge qui s’annonce difficile.

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HISTOIRE D’EAU.
« Les problèmes se divisent en gros en deux catégories: l’eau souterraine contaminée et l’eau stockée dans des réservoirs », explique à l’AFP Yoshimi Hitosugi, un directeur de la communication de Tepco.

De grandes quantités d’eau sont toujours dans des canalisations souterraines depuis avril et mai 2011. Cette eau est très radioactive car elle s’est mélangée avec celle ayant servi à refroidir le combustible fondu dans les réacteurs.

« Nous avons stoppé l’écoulement de cette eau en mer et nous en pompons », mais il en reste, explique le directeur de la gestion des équipements nucléaires, Teruaki Kobayashi.

En outre, de l’eau souterraine qui ruisselle en permanence de la montagne voisine devient radioactive en s’infiltrant sous les réacteurs.

Entre les murs

Pour stopper cet écoulement, Tepco prévoit de bâtir un mur souterrain, avec l’aide de l’Etat, et de pomper l’eau en amont, avant qu’elle n’arrive sous les réacteurs. « Si cette eau, une fois analysée, est jugée saine, elle sera déversée en mer », indique M. Kobayashi.

« COMPRÉHENSION ». « Les installations sont prêtes mais il nous faut encore obtenir la compréhension des pêcheurs et autres personnes concernées », précise M. Hitosugi.

Par ailleurs, Tepco a commencé d’ériger en mai 2012 une barrière sous-marine pour isoler le bord de mer le long de la centrale et l’océan Pacifique. Cette construction sera achevée en septembre 2014.

Pour le moment, Tepco assure que l’eau de l’océan Pacifique n’est pas atteinte. Ou peu.

« Pas de contamination significative en mer »

« Nous mesurons tous les jours l’eau de mer dans plusieurs endroits et nous pouvons dire qu’au-delà de la zone du port, il n’y a pas de contamination significative. Nous faisons des contrôles à 3 km, 15 km, et là, les niveaux sont inférieurs aux limites légales ou bien non détectables », insiste M. Hitosugi.

BOULONS LÂCHES. Le problème de l’eau contaminée n’est pas nouveau mais a dégénéré lorsque Tepco a reconnu cet été qu’une partie s’écoulait en mer et qu’en août 300 tonnes d’eau se sont échappées d’un réservoir, fuite dont une partie a peut-être fini dans l’océan Pacifique.

« Nous avons démonté le réservoir et vu que des boulons étaient lâches, mais nous ne savons pas si c’est l’origine de la fuite », a reconnu M. Hitsosugi à propos de cet incident qualifié de grave par l’autorité nucléaire.

400 tonnes d’eau radioactive supplémentaire chaque jour

M. Kobayashi reconnaît la fiabilité douteuse des réservoirs, « parce que la compagnie a dû prendre les modèles disponibles et rapides à monter ».

« Nous avons renforcé les patrouilles, avec 90 personnes, et installons des caméras thermiques pour mesurer le niveau d’eau dans chaque réservoir », détaille-t-il.

PRÉVISIONS. Selon Tepco, la quantité d’eau plus ou moins radioactive à stocker passera de 350.000 tonnes à présent à 800.000 en 2016. Les emplacements sont déjà prévus pour quelque 450 réservoirs supplémentaires.

« À raison de 400 tonnes de plus par jour, il faut assembler un nouveau réservoir de 1.000 tonnes tous les deux jours et demi au moins », souligne M. Kobayashi.

Un système de nettoyage des eaux pas encore opérationnel

Le problème ne serait pas si grave si l’eau stockée était à peu près propre, mais ce n’est pas le cas. Car le système de décontamination existant, prévu pour traiter 500 tonnes d’eau par jour, n’est pas encore pleinement fonctionnel.

HOQUETS. Un dispositif qui sert à retirer les césium 134/137 semble tourner correctement mais l’autre, appelé ALPS (système avancé de traitement de liquide), pour filtrer 62 des 63 éléments radioactifs restants, pose problème. Une seule des trois unités fonctionne, avec des hoquets. Un autre dispositif est prévu mais ne sera pas près avant 2014.

Quand on évoque les accusations récurrentes selon lesquelles Tepco tarde à rendre public ou masque des problèmes sur le site, M. Hitosugi se défend: « nous communiquons une fois que nous avons pu dans une certaine mesure vérifier ce qui s’était passé et cela peut prendre du temps ».

« Si nous annoncions un problème 5 minutes après l’avoir détecté, nous serions incapables de donner la moindre explication », renchérit M. Kobayashi. « En revanche, nous ne tardons pas à avertir les autorités », assure-t-il.

Fukushima: premières estimations des doses de radiations reçues

Les premières estimations des doses de radiations reçues en un an par les Japonais, suite à l’accident de Fukushima, sont sont plutôt rassurantes. Mais le travail de suivi et d’évaluation n’est pas terminé.Partager sur Facebook

Dosimètre brandi près de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi. (Kimimasa Mayama/AP/SIPA)

Dosimètre brandi près de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi. (Kimimasa Mayama/AP/SIPA)

Deux agences onusiennes viennent de rendre public leurs premières estimations des doses de radiations reçues en une année au Japon -et à l’extérieur du Japon-suite à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi du 12 mars 2011.

Malgré la gravité de l’incident, les doses reçues par la population japonaise un an après sont limitées, selon les estimations de l’organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations Unies pour les effets des radiations atomiques). Pour le reste du monde, l’exposition est très faible, selon l’OMS.

La dose annuelle reçue en dehors du Japon est de 0,01 mSV (milliSievert), une dose comparable à ce que reçoit la population en moyenne en un jour et demi d’exposition aux sources naturelles de radioactivité, précise le rapport de l’OMS.

Le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 ont provoqué le plus grave accident nucléaire civil depuis Tchernobyl en 1986. La centrale japonaise a perdu ses systèmes de refroidissement, dans trois réacteurs s’est formé un corium qui a percé la cuve. Des explosions ont endommagé les bâtiments des réacteurs et d’une piscine d’entreposage du combustible. Les rejets radioactifs atmosphériques et océaniques ont duré plusieurs mois. Selon le bilan établi par des physiciens français du CNRS, les émissions de Fukushima représentent 10% de celles de l’accident de Tchernobyl pour l’iode et d’un tiers pour le césium. 600 km2 de territoire sont fortement contaminés par le césium 137.

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Les travailleurs en première ligne

Les plus exposés furent les travailleurs de la centrale et tous ceux qui sont intervenus après l’accident : ils étaient 20.115 à la fin janvier 2012, dont 83% de sous-traitants (les autres sont des employés de Tepco, l’exploitant de la centrale de Fukushima-Daiichi). Six employés de Tepco ont reçu des doses effectives supérieures à 250 mSv. 167 travailleurs ont reçu des doses supérieures à 100 mSv.

La dose limite annuelle acceptable fixée pour les travailleurs du secteur nucléaire est de 20 mSv (et de 1mSv pour la population, en dehors de la radioactivité naturelle et médicale). Si on sait qu’à partir de 100 mSv par an l’excès de cancer est de 5% par sievert supplémentaire, en dessous de 100 mSv, le risque n’est pas connu, il ne ressort pas dans les études épidémiologiques.

Plusieurs employés ont souffert d’irradiation cutanée (à cause de l’eau fortement contaminée qui avait inondée les bâtiments réacteurs) mais «aucune effet clinique n’est observable» rapporte l’UNSCEAR.
Quelles seront les conséquences pour la santé de ces travailleurs? Impossible de le dire aujourd’hui.

La population : éloignée, mais stressée

Les mesures d’évacuation prises par les autorités après l’accident nucléaire ont permis de réduire l’exposition de la population aux rejets radioactifs de Fukushima-Daiichi. Un an après, les doses effectives reçues les plus élevées sont mesurée à Itate et Namie, deux villes de la préfecture de Fukushima, où les doses se situent entre 10 et 50 mSv. Certains enfants de Namie (située entre 20 et 30 km de la centrale) ont reçu des doses plus élevées au niveau de la thyroïde, entre 100 et 200 mSv.
Pour le reste de la préfecture de Fukushima, la fourchette est de 1 à 10 mSv (millisieverts). Pour les autres provinces du Japon, la dose reçue est comprise entre 0,1 et 1 mSv (essentiellement par consommation d’aliments contaminés; lire Crise autour du bœuf contaminé).

Confiance ébranlée

Cependant, la santé des Japonais, en particulier des habitants de la préfecture de Fukushima, n’est pas affectée que par les retombées radioactives. Les destructions, puis les évacuations, la vie précaire de réfugiés pendant plusieurs mois, les incertitudes de la réinstallation (Voir le WedDoc Un an après, le Japon bouleversé)… Tout cela aura des effets sur la santé psychologique et physique des personnes qui devront également être évalués.

Par ailleurs la confiance de la population dans les données officielles a été sérieusement ébranlée par cette crise et il n’est pas certains que ces rapports internationaux, principalement basés sur les données gouvernementales japonaises, aient toute la crédibilité nécessaire pour rassurer les Japonais.

L’OMS comme l’UNSCEAR poursuivent leur travail d’évaluation et de suivi des effets de l’accident de Fukushima sur la population et l’environnement. L’UNSCEAR souligne notamment que les conséquences sur le milieu marin sont mal connues et qu’une expertise indépendante est nécessaire.

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