Des combattants de l'Armée syrienne libre, à Alep, dans le nord de la Syrie, le 16 septembre.

D’importants groupes rebelles islamistes combattant en Syrie ont affirmé mardi 24 septembre au soir qu’aucune organisation basée à l’étranger, y compris la Coalition nationale, ne saurait les représenter.« La Coalition nationale et le gouvernement d’Ahmad Tomeh [récemment choisi] ne nous représentent pas, et nous ne la reconnaissons pas non plus », ont indiqué treize des groupes rebelles islamistes les plus puissants dans un communiqué commun.Parmi les signataires de ce texte figurent l’Armée syrienne libre, la brigade Al-Tawhid, principale rébellion de la province d’Alep, et les djihadistes extrémistes du Front Al-Nosra, lié à Al-Qaida.Lire notre décryptage des composantes de la rébellion syrienne (édition abonnés) : « Syrie : la mosaïque rebelle, des groupes aux intérêts parfois opposés  »

English: Portrait of Hafez al-Assad

English: Portrait of Hafez al-Assad (Photo credit: Wikipedia)

LA LOI ISLAMIQUE COMME SEULE SOURCE DE LÉGISLATION

Le groupe radical mais non djihadiste Ahrar Al-Sham a également signé le texte, tout comme la 19e Division, une formation importante mais relativement récente du courant principal Armée syrienne libre. Ces groupes affirment que la loi islamique doit être la seule source de la législation. »
Ces forces appellent tous les groupes civils et militaires à s’unir dans un contexte clairement musulman qui est fondé sur la charia, en faisant la seule source de la législation »
, déclarent-ils. Le communiqué de référence appelle aussi à « l’unité » et au « rejet des divisions (…) mettant l’intérêt de la nation (islamique) au dessus de l’intérêt de (chaque) groupe ». Ce communiqué est publié alors que se manifeste une flambée de violences opposant des combattants de plusieurs factions parmi les insurgés contre le Front Al-Nosra, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Bachar al-Assad _MG_2491

Bachar al-Assad _MG_2491 (Photo credit: Abode of Chaos)

A la fin juillet, alors que les troupes loyalistes achevaient la reconquête de Homs, la présidence syrienne a ouvert un compte Instagram, un réseau social à base de photos, nommé « syrianpresidency ». Parallèlement aux vidéos de guerre téléchargées sur YouTube, ces films pleins de bruit et de fureur, parfois insoutenables, une autre Syrie a ainsi fait irruption sur Internet.

English: Brasilia - The president of the Syria...

Les 145 photos offertes à la curiosité des 40 000 abonnés montrent le chef de l’Etat en exercice : dans ses bureaux, recevant des journalistes, des dignitaires religieux ou des parents de martyrs ; sur le front, en train de saluer des soldats, le col de chemise ouvert ; dans un iftar, le repas de rupture du jeûne de ramadan, avec des représentants de la société civile ; dans une ruelle du quartier de Baba Amr, à Homs, un haut lieu de la rébellion, où des habitants se pressent sur son passage, etc. Sur chacun de ces clichés, accompagnés d’une légende tantôt en anglais, tantôt en arabe, Bachar Al-Assad projette l’image d’un homme serein et à l’écoute de ses interlocuteurs.

BANALITÉ DÉLIBÉRÉE
2f6657f9ebb965dd52e02838d8670e95

Un choix iconographique d’une banalité délibérée, dont les objectifs sont faciles à deviner : d’une part, « humaniser le dictateur que l’on ne voit plus depuis deux ans et demi qu’à travers les corps et les visages déchiquetés de ses victimes », explique le politologue libanais Ziad Majed ; d’autre part, entretenir l’idée que la guerre civile n’a pas entamé sa routine de président, que le « pays réel » reste soudé derrière lui, et que la situation, contrairement au discours de l’opposition, demeure sous contrôle. Ce message est notamment transmis par une image en forme de diagramme, qui présente les résultats du baccalauréat 2013, de la section scientifique (86 % de réussite) à la section littéraire (82 %). Des statistiques surréalistes, compte tenu du fait qu’une grosse partie des élèves de terminale n’ont pas été en mesure de passer cet examen, notamment dans les zones du nord du pays, contrôlées par l’insurrection, mais régulièrement bombardées par le régime.

L’album des Assad

Pour les inconditionnels du dictateur de Damas, quelques vieilles photos un peu jaunies sont aussi mises en ligne. On y voit le jeune Bachar révisant son bac, en 1982, dans le salon familial. On le voit également durant sa formation militaire accélérée, après la mort de son frère aîné Bassel en 1994, lorsque son père Hafez, alors président, s’avisa de le préparer à prendre sa succession. En uniforme kaki, coiffé d’une casquette, le capitaine Al-Assad plante une tente au milieu du désert et déplace un lit de camp avec ses camarades. « Le message qui est envoyé est toujours le même, c’est celui de l’homme près de son peuple, note le chercheur Souhaïl Belhadj, spécialiste de la Syrie. Bachar s’est construit une image complètement différente de celle de son père, qui était perçu comme un patron, très distant, qui est partout et qui sait tout. »

Le président syrien révisant son baccalauréat, en 1982.

Comme le veulent les canons de la communication des chefs d’Etat au XXIe siècle, la conjointe du président, Asma Al-Akhras, âgée de 38 ans, est omniprésente sur ces photos. Plusieurs d’entre elles la montrent en train de préparer des repas de ramadan, dans les locaux d’une association de charité. Sur d’autres clichés, elle étreint des mères de martyrs et visite un camp de scouts. Là encore, rien de nouveau : la première dame de Syrie a investi dès les années 2000 le créneau du caritatif, en créant notamment une association de lutte contre le cancer ou pour les femmes des zones rurales. « Il s’agissait de développer une société civile para-étatique, dépolitisée, centrée sur l’assistanat aux personnes démunies et non sur le plaidoyer politique », explique la politologue Laura Ruiz de Elvira, auteure d’une thèse sur les associations de bienfaisance syriennes.

DES ABONNÉS PAS DUPES

English: Road sign in Syria showing directions...

English: Road sign in Syria showing directions for Homs, Palmyra and Baghdad Français : Panneau routier en Syrie indiquant la direction de Homs, Palmyre et Bagdad (Photo credit: Wikipedia)

La seule différence avec les photos de cette époque révolue tient dans l’habillement de la jeune épouse. Atout charme du régime, connue pour son goût pour les diamants et les escarpins Louboutin, elle arbore sur ces clichés un style passe-partout. La mise en scène est cependant loin de duper les abonnés. En commentaire de la scène où elle remue le contenu d’une grosse marmite, dans une association de charité, l’un d’eux a écrit : « Quelle blague ! Où est l’aide humanitaire pour les enfants qui agonisent aux mains de votre mari ? » Datant d’il y a deux semaines, le propos n’a pas été effacé du compte, comme beaucoup d’autres réactions, sarcastiques ou indignées. Instagram se retournerait-il contre le couple Assad ? Il y a du relâchement au service communication de la présidence syrienne.

Capturehhh

Bon comme un citron bien rond !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :