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En 1984, Margaret Thatcher, farouchement antisoviétique, avait conclu qu’« on pouvait faire affaire » avec Mikhaïl Gorbatchev. La très conservatrice première ministre britannique donnait foi à la volonté de libéralisation intérieure et extérieure manifestée par le chef du Parti communiste d’URSS. A de rares exceptions près, aucun expert n’y croyait. « Maggie » entreprit de convaincre son ami Ronald Reagan, le très républicain et très anticommuniste président américain de l’époque.

Ils eurent raison. Le pari « Gorby » était le bon. On pouvait s’entendre avec le nouveau secrétaire général du PC. Cinq ans plus tard, la guerre froide – quarante ans de conflit américano-soviétique – était enterrée. L’homme de la glasnost n’y était pas pour rien. Face à l’Iran, pays avec lequel les Etats-Unis n’ont plus de relations diplomatiques et entretiennent un conflit polymorphe depuis trente-trois ans, Barack Obama s’interroge : Hassan Rohani sera-t-il le Gorbatchev iranien ? A tout le moins, peut-on « faire affaire » avec le nouveau président de la République islamique ?

UN DÉGEL QUI CONDITIONNE LA STABILITÉ DE LA RÉGION

Par discours interposés, mardi 24 septembre à l’ONU, ils ont commencé à dialoguer. M. Rohani tend la main et affirme que « l’Iran veut avoir de nouvelles relations avec les Etats-Unis ». Il multiplie les gestes d’ouverture et de courtoisie à l’adresse de Washington. M. Obama est attentif. Il reconnaît une opportunité à ne pas manquer, mais reste prudent : « La voie diplomatique mérite d’être tentée », dit-il.

L’enjeu est énorme. Une normalisation des relations entre Washington et Téhéran changerait le profil du Proche-Orient. Pour le meilleur. Le dégel américano-iranien conditionne la stabilité de la région – qu’il s’agisse de la Syrie, du conflit israélo-palestinien ou de l’affrontement entre chiites et sunnites.

La question nucléaire est la clé de la normalisation. Le problème est que sa solution suppose un minimum de confiance réciproque, donc un début de normalisation… Sur le turban de ses plus grands ayatollahs, l’Iran jure qu’il n’a pas l’intention de se doter de l’arme nucléaire. L’ONU n’en croit rien. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie – demandent des preuves. Des années de négociations entre la République islamique d’un côté, les Cinq plus l’Allemagne, de l’autre, n’ont abouti à rien : ni preuves ni arrêt du programme iranien d’enrichissement de l’uranium.

Hassan Rohani a un profil gorbatchévien. Homme du sérail, professionnel des rouages compliqués du régime islamique, c’est un réformateur. Il est convaincu que la survie de la République islamique dépend de sa capacité à se réformer de l’intérieur, laquelle dépend de ses relations avec l’Ouest, lesquelles dépendent du dossier nucléaire. Il croit le régime assez fort pour courir le risque d’une évolution.

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LES GRINCHEUX N’Y CROIENT PAS

Elu sur une plate-forme réformatrice, il tient parole. Pêle-mêle : Rohani a formé un gouvernement de modérés ; il a nommé un ministre des affaires étrangères familier des Etats-Unis, Mohammad Javad Zarif, et a placé la négociation nucléaire sous la tutelle de ce dernier ; il a fait libérer des prisonniers politiques ; il a échangé des lettres avec Barack Obama ; il a tweeté ses bons voeux au Nouvel An juif, etc.

Les grincheux, qui ont souvent de la mémoire, refusent de se laisser séduire. On a déjà connu tout cela ou presque en 1997, après l’élection d’un autre réformateur à la présidence. Mohammad Khatami était aussi prometteur qu’Hassan Rohani. Mais toutes ses initiatives ont été enterrées par le Guide de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei.

Cette fois, il y a une différence : le Guide aurait donné son feu vert à Rohani. Pilier de la ligne dure, Khamenei prône aujourd’hui ce qu’il appelle une attitude de « flexibilité héroïque ». Il avait jusqu’alors la main sur la négociation nucléaire ; il semble disposé à laisser faire Rohani. Ce qui donne à ce dernier une assise politique très supérieure à celle de Khatami, relève Ahmad Salamatian, l’un des observateurs les plus perspicaces de l’Iran contemporain.

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UNE PARTIE DIALECTIQUE COMPLIQUÉE

Pourquoi ce revirement ? Les voies de la République islamique sont rarement transparentes. On spécule sur l’impact des sanctions extrêmement sévères auxquelles l’Europe et les Etats-Unis soumettent l’Iran : pour obtenir un allégement de celles-ci, le Guide serait prêt à faire preuve de souplesse sur le nucléaire. On évoque l’isolement stratégique de l’Iran : l’alliance entre Téhéran et Damas isole le régime face à la plupart des pays arabes.

Rien n’est joué. Au minimum, l’Iran entend conserver une large capacité d’enrichissement de l’uranium – que lui conteste l’ONU et que lui interdisent ses propres engagements internationaux. Le nucléaire est une option stratégique dans laquelle le régime a lourdement investi. Les sceptiques ne manquent pas d’arguments, qui voient dans la posture prise par Hassan Rohani autant de vernis que de substance. Ils subodorent un repli tactique, ils craignent des concessions de pure forme.

S’il est sincère, le président iranien a une partie dialectique compliquée à mener. Obtenir suffisamment de Washington pour convaincre le Guide que les Etats-Unis ne veulent pas un changement de régime à Téhéran, seul argument qui pourrait justifier un changement de fond dans la politique nucléaire de l’Iran. La négociation est un pari pour Hassan Rohani comme pour Barack Obama.

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  1. Avatar de Débuter en Bourse
    1. Avatar de modztreh

Bon comme un citron bien rond !