La marchandise d’un producteur et vendeur de cannabis
destinée à être commercialisée sur le Darknet a été saisie ce lundi 1er septembre
par les services douaniers, a indiqué mercredi le ministère des Finances et des Comptes publics.

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crédit photo Douanes Françaises.

Lundi 1er septembre au matin, après plusieurs semaines d’investigation menées conjointement par le service spécialisé Cyberdouane et les enquêteurs de Nantes de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), plus de 100 pieds de cannabis ainsi que plusieurs kilos d’herbe déjà conditionnés pour la revente ont été saisis lors de la perquisition douanière d’une villa en location.

Les agents du service cyberdouane avaient acquis « la certitude qu’un individu agissant sous un pseudonyme se livrait à la vente de cannabis sur le DarkNet (sur la partie cachée du Web), et que sa marchandise était produite à domicile » explique le ministère dans un communiqué

Une fois l’individu identifié puis localisé à Laval, les enquêteurs de l’échelon DNRED de Nantes sont intervenus au domicile et dans la villa louée par le trafiquant. Plus de 100 pieds de cannabis ont été saisis, ainsi que 5 kg d’herbe conditionnés pour la revente. Une petite quantité d’amphétamines a également été saisie lors de cette opération.

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Une production à domicile qui « avait atteint un stade quasi-industriel » précise encore le ministère avec la présence sur le site d’un matériel professionnel de culture hydroponique (culture hors-sol), programmateurs de lumière, appareils de régulation de température, sondes de contrôle hydrométrique, système complexe de ventilation, d’éclairage et d’irrigation ainsi que de nombreux humidificateurs à ultrasons électroniques.

Une enquête douanière est en cours sur instruction du procureur de la République de Laval.  Le trafiquant, absent au moment de la saisie, est activement recherché pour « trafic de stupéfiants ».

Le « DarkNet » est une partie du Web dans laquelle les adresses IP, les adresses informatiques des ordinateurs émetteurs, sont cachées à l’aide d’un logiciel appelé Tor. Nombre de sites ne sont accessibles que par ce biais. Silk Road est l’un d’eux.

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Il s’agit d’une sorte d’eBay de la drogue, sans les enchères. Le site lui-même ne vend rien, il met en contact des vendeurs et des acheteurs et prend une commission sur les transactions. Il s’agit principalement de vente au détail. À quelques exceptions près, on n’a pas affaire à des grossistes. La plupart des ventes concernent des petites portions de moins de 50 grammes d’herbes.
Il s’agit d’un marché dynamique et en expansion. Le nombre de vendeurs est passé de 300 en janvier 2012 à 600 en juillet suivant, pour atteindre 1200 en juin 2013. La plupart des produits sont vendus très rapidement, en quelques jours. Et on ne les retrouve pas, en général, à l’identique dans les jours suivants. Ce qui tend à indiquer l’absence de stock et de rationalisation à grande échelle.
On remarque aussi que les produits voyagent beaucoup. On peut vendre en Australie de la drogue achetée en Hollande. Les produits traversent souvent les frontières.

Silk Road ne vend-il que de la drogue?

Principalement, oui. On trouve aussi des faux papiers, surtout de faux permis américains, et des identifiants pour des sites pornographiques payants. Mais pas de pédophilie, ni d’éléments de fraude comme des numéros de cartes bleues, ils ont une charte contre ce type de trafics.

Peut-on trouver des armes?

Un dérivé de Silk Road consacré aux armes a été lancé, puis arrêté, faute de rentabilité économique. D’une part, c’est très difficile d’expédier une arme par La Poste; d’autre part, on en trouve facilement aux États-Unis.

Silk Road a-t-il des concurrents?

Il existe Black Market Reloaded, Sheep Marketplace, DeepBay, et bien d’autres. Avant Silk Road, il y avait également des forums de petites annonces. Mais Silk Road, tout du moins avant sa fermeture pour quelques semaines en octobre dernier, était le plus large et le plus abouti. La plupart des utilisateurs viennent du monde anglo-saxon, États-Unis, Angleterre, Australie, mais aussi Hollande.

Les Français sont-ils nombreux parmi les usagers?

Sur 24 000 produits étudiés, 200 provenaient de France. Surtout de la drogue et quelques médicaments psychotropes.

Comment savez-vous d’où viennent les utilisateurs?

Parce qu’ils l’indiquent eux-mêmes! Dans certains pays, importer de la drogue est beaucoup plus grave que d’en acheter sur le marché local. Savoir où se situe votre vendeur est donc important.

Selon le FBI, Silk Road aurait amassé 1,2 milliard de dollars de 2011 à 2013, ces chiffres vous semblent-ils crédibles?

Je m’appuie sur les ventes « publiques » réalisées sur le site – il existe également un système opaque de ventes privées auxquelles le vendeur invite les clients qu’il souhaite. Selon mes données, les échanges en 2012 sur Silk Road représentaient 15 millions de dollars (annualisés) pour la première moitié de 2012. Je n’ai pas de chiffres exacts pour 2013 à l’heure actuelle, mais c’était beaucoup plus important. Cela dit, le chiffre de 1,2 milliard de dollars est surestimé. La somme exacte, bien moins importante, est très difficile à évaluer en raison de la volatilité de la monnaie utilisée, le bitcoin.

Le bitcoin?

Il s’agit d’une monnaie virtuelle, la seule utilisée sur Silk Road et la plupart de ses concurrents, mais aussi pour des commerces en ligne tout à fait légaux. Il existe des bureaux de change, mais vous pouvez aussi en acheter à un particulier. Récemment, le bitcoin a dépassé les 1.000 dollars. Il y a deux ans, il valait moins de 10 dollars. Un jour, en 8 heures, les bitcoins ont perdu la moitié de leur valeur… Calculer une conversion dans ces conditions est aléatoire.

Effectuer une transaction semble également aléatoire. Pourquoi les utilisateurs ont-ils confiance?

C’était la force de Silk Road, avant sa fermeture temporaire par le FBI. Le site proposait des assurances. En fait, Silk Road vendait des produits financiers. Le vendeur pouvait fixer le prix d’achat en dollar. Silk Road le lui garantissait contre une assurance. La nouvelle version du site ne propose pas encore ce service.

Là encore, c’est une question de confiance: sur un réseau anonyme, il est impossible de se retourner en cas d’arnaque…

Silk Road vend de la confiance. L’acheteur paie à Silk Road la somme due. Pour que celle-ci soit reversée au vendeur, le client doit finaliser la transaction, signifiant qu’il a bien reçu le colis. Il y a aussi un système de notation des vendeurs, par les acheteurs, qui permet au client d’acheter avec confiance.

Mais il n’existe pas d’entourloupes?

Si, bien sûr (voir cette étude en anglais et en pdf, ndlr). Un site concurrent de Silk Road, Atlantis, a mis la clef sous la porte quasiment du jour au lendemain en partant avec la caisse. Il est également arrivé que des vendeurs bien réputés sur Silk Road n’honorent pas leurs ventes. Ils avaient réussi à avoir suffisamment de commandes prépayées, ils sont partis sans livrer. Mais ces événements restent suffisamment rares pour ne pas trop entamer la confiance des consommateurs.

Le DarkNet n’est pas le seul endroit sur Internet où ont lieu des activités illégales. Quels sont ses avantages?

La criminalité n’a pas attendu Tor et Silk Road. L’un des précurseurs de Silk Road, Farmer’s Market, existait à l’origine sur le Web, en dehors de Tor, sous le nom d’Adamflowers. Il était tenu par des Américains et des Hollandais. Il était hébergé dans des endroits exotiques, de façon à créer des problèmes de juridiction.

Mais Silk Road, grâce à la combinaison de Tor et de Bitcoin, apporte un anonymat quasiment complet de bout en bout. Le réseau est anonyme, le système de paiement est relativement anonyme. La seule faiblesse est l’adresse de livraison.

Une faiblesse?

La marchandise est envoyée par La Poste. Le vendeur doit donc être créatif pour éviter que le colis n’attire l’oeil de la douane. Et le client prend un risque s’il donne sa véritable adresse. Certains sont plus malins. Un vendeur expliquait sur un forum qu’il regardait parfois sur Google Maps où il envoyait ses colis. Il s’est aperçu qu’il en envoyait à une adresse inexistante sur une route perdue. Il en a conclu que le facteur qui était de tournée sur cette route devait être son client!

Finalement, les clients risquent plus que les vendeurs?

A ma connaissance, ce sont des vendeurs qui ont été arrêtés, pas encore des clients! Le FBI et l’US Postal Service peuvent parfois repérer des flux de colis étranges d’un bureau de poste. Ils remontent ainsi jusqu’à un vendeur. Mais la plupart des vendeurs font de petites transactions au coup par coup. Ce ne sont pas de gros fournisseurs.

Le site Silk Road a été fermé il y a quelques mois par le FBI, avant de rouvrir rapidement. Comment les agents sont-ils intervenus?

Le FBI est assez flou à ce sujet. Je soupçonne qu’ils ont été renseignés par un indicateur. Ils ont également fait un énorme travail d’enquête, qui leur a permis de retrouver un post datant de 2011 du fondateur présumé de Silk Road, avec son adresse mail personnelle. Mais le site a rouvert peu de temps après, avec une nouvelle équipe aux commandes.

Vous êtes installé aux États-Unis. Des chercheurs français s’intéressent-ils au sujet?

Il n’existe quasiment pas, à ma connaissance, de recherche en France sur le sujet. Seuls les hackers s’intéressent au DarkNet. Le thème n’est pas encore « académique ». Il est trop interdisciplinaire, trop marginal. La recherche française a une tradition forte en termes de travaux théoriques. Dans ce contexte, les informaticiens n’ont pas vraiment de contribution de recherche fondamentale à apporter en s’intéressant au sujet; et les économistes ou les criminologues ne le connaissent vraisemblablement pas, ou n’ont pas le bagage technique nécessaire pour obtenir les données dont ils auraient besoin pour l’étudier.

nbhn

Bon comme un citron bien rond !

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