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C’est peu dire que la couverture médiatique consacrée aux événements de Hongkong est limitée en Chine continentale. Après avoir suivi les cérémonies du « Jour des martyrs » du 30 septembre, une commémoration nouvellement inscrite au calendrier, la télévision nationale a continué de diffuser aujourd’hui, jour de fête nationale, les festivités du 65e anniversaire de la naissance de la République populaire et les diverses interventions du président Xi Jinping.

Quant aux journaux, ils s’en sont tenus ces derniers jours à des bribes d’informations et quelques éditoriaux assassins sur les « actes d’occupation illégale » menés à Hongkong par des « extrémistes », révélant par là combien le spectacle de manifestations monstres en territoire chinois est sensible. China Media Project, l’observatoire des médias de l’université de Hongkong, n’a ainsi recensé mardi que 20 articles mentionnant le mouvement « Occupy Central », avec un contenu souvent similaire et très limité, dans l’ensemble de la presse chinoise.

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Le Global Times, quotidien à tonalité nationaliste, a toutefois consacré sa « une » au mouvement sous le titre : « Protests choke Hongkong » [Hongkong étouffée par les manifestations] dans son édition anglophone d’hier. La photo montre deux policiers de dos face à une portion d’autoroute bloquée par les étudiants. L’article insiste surtout sur les désagréments posés à la circulation et à la vie quotidienne des habitants. Il ne cite que des personnalités hongkongaises connues pour être favorable à Pékin, comme la députée Regina Ip. Il est complété par un éditorial plus caustique (Occupy campaign adds merely noise ou « La campagne Occupy, beaucoup de bruit pour rien ») qui prévient que « les contestataires vont dans le mur » et déplore que des « extrémistes aient osé manipuler le jeu politique avec des moyens illégaux », une référence au fait que les manifestations ne sont pas autorisées.

CENSURE IMPITOYABLE

Sur la blogosphère, la censure est impitoyable : Instagram a rejoint dimanche soir la liste des applications bloquées en Chine (Facebook, Google, Twitter), attisant la colère – et la curiosité – de tous ceux qui avaient l’habitude de l’utiliser, vite mis au courant de la raison d’une telle coupure. Alors qu’on ne trouve pratiquement rien au sujet de Hongkong sur le microblog Weibo – même les photos « touristiques » ont été purgées –, le réseau communautaire Weixin diffuse un certain nombre de photos, de textes et de copies d’articles sur le sujet.

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L’un des messages qui a le plus circulé en début de semaine rapportait ainsi les commentaires de la ministre de la culture de Taïwan, Lung Ying-tai, comme quoi « le droit de voter et de se présenter à une élection, ainsi que le droit de vivre dans une société ouverte, n’est pas seulement l’objectif des gens de Hongkong, mais aussi celui des Taïwanais et des Chinois ». La ministre poursuivait : « Si l’ascension de la Chine est limitée à celle de son pouvoir économique, politique et militaire, et ne s’accompagne pas d’un progrès de civilisation, je pense qu’il sera très difficile pour Pékin de conquérir les cœurs et les esprits des gens de Taïwan et de Hongkong ». Le gouvernement chinois a toujours affiché son intention d’appliquer dans l’avenir à Taïwan la formule « un pays, deux systèmes » en vigueur à Hongkong.

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L’ONG China Human Rights Defenders (CHRD) a, par ailleurs, rapporté sur son site le cas d’une quarantaine d’activistes chinois qui ont manifesté de différentes manières leur soutien sur les réseaux sociaux au mouvement de Hongkong – comme se photographier avec une pancarte d’encouragement aux manifestants – et ont été arrêtés par la police ou harcelés par les agents de la sécurité. C’est le cas de l’activiste de Shenzhen, Wang Long, interpellé le 29 septembre après avoir mis en ligne des messages au sujet des manifestations hongkongaises, ainsi que de la militante Luo Yaling à Chongqing. A Shanghaï, la militante Chen Jianfang a reçu la visite de policiers en civil et de « gros bras » après avoir appelé sur Internet à manifester le 1er octobre en signe de solidarité avec les étudiants hongkongais. A Canton, où la communauté des militants pro démocratie est culturellement très « connectée » à Hongkong, près de vingt activistes auraient été arrêtés.

Hongkong a-t-il les moyens de sa désobéissance civile ?

Le territoire autonome pesait pour plus de 18 % dans l'économie chinoise il y a dix-sept ans ; il n'arrive pas à la barre des 3 % aujourd'hui.

La campagne de désobéissance civile qui couve depuis des semaines dans l’ancienne colonie britannique s’est brutalement accélérée au cours du week-end et Hongkong a connu les plus importants troubles civils depuis son passage sous tutelle chinoise en 1997.

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Alors que Pékin a annoncé au mois d’août que le président de l’exécutif local serait élu au suffrage universel en 2017, parmi des candidats « patriotes » sélectionnés par le gouvernement chinois, le mouvement d’oppostion ne faiblit pas.

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A la veille du 1er octobre, jour de la fête nationale et jour où était initialement prévu le rassemblement du mouvement prodémocratique Occupy Central (« Occupons le quartier des affaires »), la plupart des quartiers de Hongkong sont désormais devenus des terrains de manifestation.

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Selon un sondage réalisé par l’Université chinoise de Hongkong, 21 % des quelque 7 millions habitants envisageraient de quitter le territoire autonome sous administration chinoise en raison de son avenir politique incertain. Dans les années ayant précédé la rétrocession de 1997, Hongkong avait été déserté par quelque 60 000 de ses habitants chaque année.

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Si, en 1997, la Chine comptait 216 fois plus d’habitants que Hongkong, elle n’avait un poids économique que moins de 6 fois supérieur. Mais, en moins de vingt ans, l’économie chinoise s’est développée à un rythme bien plus rapide. En 2013, le produit intérieur brut (PIB) chinois représentait 33,7 fois celui de Hongkong.

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3 %

En d’autres termes, elle pesait pour plus de 18 % dans l’économie chinoise il y a dix-sept ans ; elle n’arrive pas à la barre des 3 % aujourd’hui.

Souveraineté économique

Depuis la rétrocession, Honkong a réintégré la République populaire de Chine, mais la région administrative spéciale a conservé presque tous les attributs traditionnels de souveraineté économique (monnaie, douanes, système juridique et budget).

Hongkong dispose de sa propre mini-Constitution, dite « Basic Law », qui dispose que « le système capitaliste et le mode de vie du territoire demeureront inchangés pour les cinquante ans à venir » – concrètement, seules la défense et les affaires étrangères ont été confiées à Pékin.

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Considéré comme entité économique propre, Hongkong exerce une influence qui va bien au-delà de sa taille très modeste (7 millions d’habitants pour 1 000 km²), confirme le ministère des finances français dans sa fiche pays.

« On estime que les hongkongais contrôlent environ 60 000 entreprises employant plus de 10 millions de personnes en Chine du Sud. Dans le même temps, Hongkong s’est transformé en un centre de services de classe internationale ; (…) on estime ainsi que 30 % du commerce extérieur entre la Chine et le reste du monde continue à être géré, directement ou indirectement, par Hongkong. »

Les grandes entreprises tricolores y sont pour la plupart bien établies et la ville abrite l’une des communautés françaises les plus importantes d’Asie estimée à 17 000 ressortissants environ, ajoute Bercy.

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La ville est classée en 7e position dans le classement mondial de la compétitivité, établi tous les ans par le Forum économique mondial, la Chine n’arrivant qu’en 28e place.

Vulnérabilité du secteur financier

Reste que l’économie du territoire, largement dépendante des services financiers, est vulnérable à tout revirement des investisseurs. Selon le rapport annuel sur l’investissement dans le monde de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), Hongkong demeure la deuxième destination des investissements étrangers en Asie… juste derrière la Chine.

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En mars dernier, le géant chinois du commerce Alibaba avait annoncé qu’il ferait son entrée en Bourse à New York et non à Hongkong, un camouflet pour la place financière asiatique.

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Les affrontements des derniers jours ont ralenti l’activité économique, de nombreux magasins et entreprises restant fermés, tandis que la Bourse clôturait mardi en baisse de 1,28 %. Depuis un mois, l’indice phare du Hongkong Exchange (HKEx), le Hongkong Hang Seng Index, a perdu environ 8 %.

Evolution de l'indice phare de la Bourse de Hongkong depuis un mois

Hongkong : pourquoi les « parapluies » se rebellent

Des dizaines de milliers de manifestants ont afflué vers les bâtiments du gouvernement de Hongkong, le 28 septembre.

Depuis le week-end des 27 et 28 septembre, la « révolte des parapluies » a vu descendre dans les rues de Hongkong des dizaines de milliers de manifestants. Dimanche, les forces de l’ordre ont usé de gaz lacrymogène pour disperser étudiants et militants, qui réclament davantage de démocratie et la modification du mode de scrutin censé désigner le chef de l’exécutif local. Des débordements auxquels l’ancienne colonie britannique, sous tutelle chinoise depuis 1997, n’était pas habituée.

  • L’origine du mouvement

Les manifestants s’insurgent principalement contre un nouveau mode de scrutin pour désigner le dirigeant du territoire. Annoncé fin août, il prévoit pour 2017 l’élection au suffrage universel du nouveau chef de l’exécutif hongkongais parmi deux ou trois candidats triés sur le volet par un comité de 1 200 grands électeurs.

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La procédure actuelle n’inclut pas le suffrage universel mais est moins restrictive sur les candidats. Elle peut, à cet égard, être jugée plus ouverte.

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Les députés hongkongais doivent se prononcer sur le nouveau mode de scrutin au printemps 2015. Pour être approuvée, la réforme devra recueillir les deux tiers des voix au conseil législatif, et le vote s’annonce serré.

  • La violente répression des manifestations ce week-end par les forces de l’ordre pourrait susciter davantage de sympathie de l’opinion publique à l’égard d’un mouvement qui s’est jusqu’alors montré pacifique.

    S’agit-il d’un nouveau Tiananmen ?La comparaison avec Tiananmen est encore prématurée, mais le souvenir des deux mois de manifestations qui avaient paralysé la Chine d’avril à juin 1989 pèse forcément. Un vaste éventail de catégories de la population s’était alors rallié aux étudiants, dont de nombreux cadres du Parti, dans une contestation généralisée face au refus des dirigeants les plus durs de discuter. Les manifestations s’étaient soldées par un massacre autour de la place, le 4 juin.

    Dans le camp pro-Pékin, certains ont d’ores et déjà prévenu que la Chine enverrait ses tanks à Hongkong si le mouvement prenait de l’ampleur. Mais cette éventualité semble très improbable, tant le coût politique en serait élevé. Tabous dans le reste de la Chine, les événements de Tiananmen sont commémorés et enseignés dans la région autonome. Une mémoire vive qui a contribué à façonner la conscience politique des Hongkongais, notamment des jeunes nés dans les années 1990.

    Les Hongkongais, qui se considèrent comme l’avant-poste de la démocratie en Chine, ont soif de modernité politique et considèrent qu’accepter un suffrage universel tronqué serait pour eux une régression. La population est, en effet, beaucoup plus libre politiquement que dans le reste du pays : elle a fait l’expérience depuis vingt ans du multipartisme, a l’habitude de voter, même si ce n’est pas pour le chef de l’exécutif, et bénéficie déjà d’une presse libre et d’une justice indépendante. Le Parti communiste n’est pas non plus représenté dans le territoire, où il ne dispose pas de ses réseaux, même s’il agit à travers ce qu’on appelle des « proxy », comme le parti DAB (pour Democratic Alliance for the Betterment and Progress of Hongkong).

    • Quelle sera la suite ?

    Conforté par le soutien des autorités chinoises, le gouvernement de Hongkong persiste dans sa ligne de conduite. Leung Chun-ying, le chef de l’exécutif de l’île, continue de tenir pour « illégales » les actions d’occupation menées par les manifestants.

     

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    En cas de prochaines manifestations, Tsang Wai-hung, commissaire de police local, a assuré que les forces de l’ordre avaient reçu « des directives très strictes sur l‘usage de la force ». « Nous n’utilisons la force que si nécessaire, et nous n’en assurons qu’un usage minimal », poursuit-il, après que les affrontements de ce week-end ont donné lieu à soixante-dix-huit arrestations et vingt-six hospitalisations pour blessures.

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  • Pour sa part, le mouvement Occupy Central condamne dans un communiqué publié lundi le comportement « unilatéral » des autorités hongkongaises et réclame des excuses de la police et la démission du gouvernement : « Nous estimons que c’est la passivité de Leung Chun-ying par rapport aux attentes populaires qui a conduit Hongkong à cette crise. »
  • Qui sont les manifestants ?Le 1er juillet, date anniversaire de la rétrocession de Hongkong à la Chine en 1997, 510 000 personnes ont défilé dans le centre de la ville. La marche est prolongée par un sit-in nocturne en plein quartier des affaires, à l’initiative du mouvement Occupy Central with Love and Peace (OCLP). Ce groupe, transpartisan, fondé sur le principe de désobéissance civile, menace alors de bloquer le centre financier si le mode d’élection du prochain chef de l’exécutif était jugé non conforme aux standards internationaux de démocratie.Dès que la procédure imaginée par Pékin est connue, le 1er septembre, OCPL crée sur Facebook une page à destination des médias internationaux, intitulée « The Age of Disobedience » (« l’âge de la désobéissance »). Il prévoit une grande manifestation le 1er octobre, pour le 65e anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine.Lycéens et étudiants sont également en grève depuis le 22 septembre, parfois avec l’aval de leurs professeurs. « Que les jeunes se prennent de passion pour la démocratie et participent autant, il s’agit de quelque chose d’imprévu », estime Alain Le Pichon, maître de conférences et linguiste, auteur de l’ouvrage Aux origines de Hongkong (L’Harmattan, 1999).

    Lire : Les leaders de la mobilisation citoyenne à Hongkong ?

     

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    Ce week-end, OCPL a accéléré sa mobilisation pour se joindre à celle des étudiants. « Ils ont finalement anticipé leur action pour prendre de court le gouvernement de Hongkong », observe Alain Le Pichon, saluant une initiative habile. D’une ampleur inédite, les manifestations ont réuni des dizaines de milliers de personnes avec, comme symbole de ralliement, des parapluies destinés à se protéger des gaz lacrymogènes. Elles se sont surtout concentrées dans le centre-ville de Hongkong et devant les bâtiments du gouvernement, au point de paralyser le trafic.

    Suivez les manifestations à Hongkong en ligne

    Armés de parapluies, des opposants au régime ont répliqué aux forces de l'ordre, à Hongkong, le 27 septembre.
    • Comment réagit la Chine ?

    Pékin n’envisage pas, pour l’instant, d’intervenir directement dans le conflit. La République populaire de Chine a toutefois rappelé son soutien au pouvoir en place à Hongkong. « Le gouvernement central s’oppose fermement à toute activité illégale qui puisse nuire à l’Etat de droit et mettre en péril la “tranquillité sociale” », a ainsi affirmé un porte-parole du conseil des affaires d’Etat chinois, interrogé par l‘agence de presse officielle Chine nouvelle. 

  • imagess Hongkong étant une région autonome sous tutelle chinoise, tout comme Macao, la Chine serait habilitée à mobiliser son armée. « Le pays possède encore des troupes sur la presqu’île de Stanley, mais depuis 1997 elles n’ont pas vraiment été mises à contribution ».
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Bon comme un citron bien rond !

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