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AVEC SON CLIP CARMEN,
LE CHANTEUR STROMAE S’ATTAQUE AUX RÉSEAUX SOCIAUX

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Pour son nouveau clip dédié à sa chanson « Carmen »,
le chanteur belge Stromae a fait équipe avec l’illustrateur Sylvain Chomet
pour délivrer une critique des plus acides des réseaux sociaux,
ou plutôt de leurs utilisateurs.

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On connait Stromae pour ses textes et son talent pour provoquer : son clip Formidable, tourné dans les rues de Bruxelles en caméra cachée alors qu’il se faisait passer pour passablement éméché, a notamment fait parler de lui. Avec Carmen, Stromae explore un nouveau thème de manière provocante : les réseaux sociaux, et en particulier Twitter.

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Dans le clip, le chanteur belge se met en avant d’une manière peu élogieuse, narcissique, adepte du selfie et de la photo de nourriture, et surtout obnubilé par sa notoriété en ligne, qui le conduit vers un déclin prévisible. Une critique acide des réseaux sociaux mise en scène par Sylvain Chomet, illustrateur et cinéaste français qui s’est fait connaître avec Les Triplettes de Belleville et L’Illusionniste, tandis que le rappeur Orelsan s’est attelé au scénario.

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Un buzz rondement mené

Avant d’être dévoilé en primeur sur le site BuzzFeed, le clip de Carmen a eu droit à une petite séance de teasing. Le chanteur s’est créé fin mars un compte Instagram sur lequel il a posté plusieurs dessins de Sylvain Chomet le représentant seul ou avec ses amis, parmi d’autres clichés de nourriture ou de gros plans sur des objets divers. Des dessins qui n’ont pas manqué de faire parler les fans et d’augmenter l’effet d’attente du clip, finalement publié le 31 mars.Mais faut-il voir à travers ce clip une critique d’Internet ?
Probablement pas : Stromae s’est d’ailleurs fait en partie connaître à l’aide du Web, en publiant, dès 2009, ses leçons de Stromae sur YouTube.
Plus que les réseaux sociaux, ce sont surtout les utilisateurs compulsifs de ces plateformes qui sont critiqués et mis en garde dans Carmen.

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Stromae torse nu, épaules et abdos musclés, posant en caleçon gris devant une glace avec un téléphone portable, pour se prendre en photo.
La scène ressemble à un « selfie » classique mis en ligne sur Instagram, semblable à des dizaines de photos qui fleurissent chaque jour sur le réseau social.
A un détail près, qui a toute son importance :

la scène est représentée dans un dessin, et non une photo.

 

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Stromae with Madona

Le chanteur belge l’a postée lundi 30 mars sur Instagram, puis sur Facebook le lendemain, comme sept autres dessins depuis le lundi 23 mars, date d’ouverture de son compte. Sa nouvelle voiture, un plat de nourriture, une nouvelle paire de chaussures : à chaque fois, les dessins représentent des scènes quotidiennes. Avec ces dessins, Stromae se moque des utilisateurs d’Instagram. Il utilise aussi avec dérision les mots-dièses, avec « #FollowForFollow » (Suivre pour suivre), ou « #LikeForLike » (Aimer pour aimer), par exemple.

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Des dessins pour un clip d’animation

En réalité, ces illustrations sont des extraits du futur clip de sa chanson Carmen, selon France 3 Nord-Pas-de-Calais. Issu de son album Racine carrée, le morceau parle, justement, des réseaux sociaux. Les dessins, tout comme le film d’animation, ont été réalisés par Sylvain Chomet. Il s’agit du réalisateur et graphiste des Triplettes de Belleville, un film d’animation franco-belgo-québécois récompensé par le César de la meilleure musique écrite pour un film en 2004.

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Le clip est à découvrir ci-dessous, pour se faire sa propre idée.

Autant prévenir d’emblée, ne vous en déplaise, cet billet est totalement partial. Pour moi, Stromae est un artiste rare. De ceux qui, sans oublier les vestiges du passé, hument l’air du temps pour deviner les prémisses du monde à venir. Tel une pythie consultant l’oracle Google, dans son album « Racine Carrée » datant de…2013, il livre une critique sans concession des réseaux sociaux et de leur corollaire maléfique, la dépendance digitale, le tout sur l’air enjoué de Bizet. Hier, 31 mars 2015, est enfin sorti le clip, animé par Sylvain Chomet, le génial réalisateur des Triplettes de Belleville, co-écrit avec le rappeur Orelsan, dont je vous ai déjà parlé ici pour sa critique acerbe et justifiée des « gens de la com' ». L’occasion de revenir sur un phénomène de plus en plus prégnant, qui -j’en fais le pari- deviendra un sujet majeur dans les années à venir : le mouvement pour la décroissance numérique.

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L’émergence d’un plaidoyer pour la « décroissance numérique »

Oui, bien sûr, le numérique est porteur de changements éminemment positifs : à l’heure des réseaux sociaux, la communication des entreprises et des dirigeants ne peut plus être infantilisante. Dans un jeu de champs contre-champs, les rôles d’émetteur et de récepteur doivent se confondre pour devenir interchangeables. A l’aune de notre agora numérique balbutiante, les règles dévolues au dialogue formulées par Platon nécessitent d’être réhabilitées : écouter, accepter l’objection, ne pas se contredire, être prêt à reconnaître ses erreurs… Plus vivante, moins dogmatique, cette nouvelle forme d’échange réhabilite le partage d’idées. Du bon sens, en somme. Sauf que le pendant de cette société numérique est aussi l’égocentrisme porté à son apogée et l’individualisme forcené, allant jusqu’à mettre à mal notre vivre ensemble IRL. Nous ne dialoguons plus avec nos proches, nous ne cherchons plus à les découvrir et les aimer, plongés que nous sommes dans la lecture frénétique et compulsive de nos notifications Facebook, Twitter, Pinterest, Periscope et autre Instagram.

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Pour une communication numériquement responsable. Ou pas.

« L’amour est comme l’oiseau de Twitter, on est bleu de lui seulement pour 48 heures. (…) Et à tous ceux qui vous likent, les sourires en plastique sont souvent des coups d’hashtag » chante Stromae. « En 1875, Georges Bizet comparait l’amour à un oiseau rebelle. 140 ans plus tard et dans des messages de 140 caractères, l’amour est un oiseau bleu », explique l’artiste, qui dénonce la société de consommation et Twitter, tout en orchestrant le lancement en exclusivité sur… la page Facebook de Buzzfeed USA. Ironie du sort, le clip fait un carton sur les réseaux et le staff du chanteur, qui a lancé le compte Instagram de Stromae pour l’occasion il y a une semaine, comptabilise à l’heure actuelle plus de 142 000 followers… Vertige. Il n’empêche, Stromae a -une fois de plus- devancé ses contemporains : depuis quelques mois, émerge un mouvement de remise en cause de la toute puissance numérique et de la déshumanisation des rapports via l’utilisation croissante des réseaux, du flicage sur le web et autres tentatives liberticides. Il me semble que nous sommes en train d’assister à la naissance d’un plaidoyer pour la décroissance numérique. Après la dénonciation farouche de la sur-consommation, nous en venons -enfin- à la condamnation de la sur-consommation médiatique effrénée. Des médias hors-sol, livrant de la communication industrielle réalisée en batterie dans les agences de communication parisiennes.

Mais rassurez-vous, les communicants ont déjà trouvé la parade en vendant maintenant de la « com’ sur leur communication responsable », comme en témoigne la nouvelle campagne Biocoop. Et comme dit le « #old » adage, si c’est gratuit, c’est vous le produit.

 

Bon comme un citron bien rond !

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