Vendredi prochain, le 10 juillet, aura lieu la Journée mondiale des femmes sans voile.
Toutes celles de culture musulmane, et autres, qui le refusent manifesteront aussi à Paris, place de la République.

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Le collectif Femmes sans voile d’Aubervilliers : Nadia Ould-Kaci, Josiane Doan, Nadia Benmissi
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Elles en ont marre. « Marre de l’indifférence, de la connivence, de la condescendance » avec lesquelles, en France, les « néocommunautaristes » traitent le combat des femmes de culture musulmane « qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité ». Près de chez elles, à Aubervilliers, les hommes osaient demander à l’une « de se couvrir pour être une bonne musulmane » : c’était l’été et elle sortait bras nus. Une lycéenne, sous influence salafiste, crachait à l’autre, son enseignante qui lui expliquait que le voile ne figurait nullement dans le Coran : « Je peux vous tuer pour ce que vous dites ! » De la rue au café où elles n’étaient pas les bienvenues, les menaces s’empilaient pour les belles aux yeux noirs. On les sommait à toute vitesse de rejoindre le troupeau massé sous le voile de la servitude volontaire. « Et nous n’étions ni à Alger ni à Kaboul ! Ça se passait à quelques stations de métro du centre de Paris… »

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Alors Nadia et les autres ont décidé de fonder le collectif Femmes sans voile d’Aubervilliers. Elles ont rallié le mouvement mondial des femmes de culture musulmane qui refusent, au péril de leur vie dans le monde islamique, ce voile « qui affirme la domination et le contrôle de la femme par l’homme ». Marianne a publié une de leurs tribunes l’hiver dernier. Elles étaient sur les marchés le 8 mars, distribuant vaillamment leurs tracts. Nous les avons retrouvées préparant la prochaine manifestation : celle de la deuxième journée des femmes sans voile, à laquelle appelle toute une ribambelle d’associations (voir la liste ci-dessous). La première s’était déroulée en 2014, près de la fontaine aux Innocents. Dans Charlie, une BD de Luz avait illustré cette prise de parole, sereine côté manifestantes, houleuse du côté des passants — et passantes — provoile, fermés à tout débat et drapés, au mieux, dans la sempiternelle apostrophe : « Islamophobes ! »

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Un linceul

Le 10 juillet est une date choisie par les Canadiennes : la date de naissance à Montréal de Thérèse Forget-Casgrain. Elle consacra sa vie à la cause des femmes. « Et nous aussi, c’est tous les jours, dit tranquillement Nadia Ould-Kaci. Je suis une 100 % Beurette du 93, née à Saint-Denis, grandie à La Courneuve. J’habite Aubervilliers depuis quarante ans. Ma mère est arrivée de Kabylie, analphabète et non voilée. Elle en a 92 aujourd’hui et me demande toujours : « Mais quel avenir elles se préparent, toutes ces filles qui se voilent ? » Mon père, le dimanche, lisait l’Humanité en buvant un verre de rouge. J’ai gardé sa carte de la CGT. J’ai gardé le mot « communisme » aussi. Pour l’idéal, pas pour ce qu’en ont fait les hommes. Depuis trois ans, le voile s’est répandu dans des proportions inquiétantes. Il tend à devenir la norme : dans notre ville, on le met même aux petites filles. Les Maghrébines qui ne le portent pas entendent des insultes du genre : « Tu fais honte à Dieu ! » »

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La honte, la vraie, contre laquelle elle se bat avec toutes les femmes du collectif, c’est ce linceul dont on commence à recouvrir les fillettes. Les photos sont éloquentes. « Nous demandons aux députés, aux sénateurs et aux sénatrices l’interdiction du voile pour les mineures. Au moins ça ! »martèle Nadia Benmissi, autre cheville ouvrière du mouvement. Les réponses sont décourageantes. « On est coincées ! » hasarde une élue. Par qui, par quoi ? Les « d’origine », elles, n’ont pas froid aux yeux. « Tant de femmes nous disent qu’on a raison mais qu’elles ont peur… » Dans sa « Convention citoyenne des musulmans pour le vivre-ensemble » de juin 2014, le Conseil français du culte musulman y va fort : il installe carrément la règle du voile pour les Françaises musulmanes alors que la « prescription coranique » ne mentionne nulle part l’obligation de se couvrir les cheveux. « Votre prise de position représente une régression qui banalise les répressions que subissent les femmes non voilées, s’insurge le collectif dans sa lettre au CFCM. Nous nous inquiétons de votre affirmation qui sacralise le port du voile et par là même cautionne l’action des fondamentalistes, source, dans notre pays, de troubles à l’ordre public. Votre crispation est un anachronisme dangereux pour nous tous. » Les pieux rédacteurs de la « convention » n’ont jamais daigné répondre. Leur rappeler que la première action des djihadistes, en Irak, en Syrie, au Mali, au Nigeria, quand ils s’emparent d’une ville, consiste à voiler intégralement les femmes pour leur interdire ensuite la totalité de la vie, fait tellement désordre…

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Non au patriarcat

A cette pléiade de brunettes révoltées, Josiane Doan, une blonde ronde à l’accent qui chante, apporte sa solidarité de Provençale. « Parce que dire non au voile, c’est dire non au patriarcat. Et ça, j’ai connu ! » Dans les champs de lavande, entre Ollioules et Toulon, au début des années 60,« en milieu paysan, une femme, c’était comme un meuble. On fermait la porte de la cour pour empêcher la fille de sortir et mon père mesurait les ourlets des jupes. Je me suis battue grâce à l’école et je suis devenue inspectrice des impôts ». Alors quand, en 2012, Josiane croise, dans une rue d’Aubervilliers, une toute jeune fille que son frère tabasse « parce qu’elle avait osé sortir », elle se retrouve un demi-siècle en arrière, au temps de sa séquestration. De colère, elle rejoint le groupe de Place aux femmes qui s’occupe alors d’investir les cafés. Aux camarades « d’origine », elle dit : « Je suis des vôtres », tant l’origine d’une femme se ressemble dans tous les mondes. Très vite, la réaction au voile s’impose comme une urgence. La rue commence à vivre sous cape. Un petit foulard qui devient « l’intégrale ». « Une enfant de 5 ans qui refuse d’entrer chez ses voisins parce qu’ils mangent du porc et boivent de l’alcool, elle les traitait déjà de « mécréants »… »Bref, cette métamorphose qu’on nous dit si tranquille et qui, entre les enfants d’un même pays, les filles d’une même patrie, dessine les contours inquiétants d’un destin divergent.

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Pour dire non, c’est place de la République, le 10 juillet. A 18 heures.

Les associations signataires de l’appel du 10 juillet

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Association des femmes euro-méditerranéennes contre les intégrismes (Afemci), Africa 93, Amel, Conseil européen des fédérations Wizo (CEFW), Cibel, Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), Du côté des femmes (DCDF), Egale, Encore féministes, Femmes contre les intégristes, Femmes solidaires, Femmes 3000, Coordination française pour le lobby européen des femmes (La Clef), La Ligue du droit international des femmes, Libres MarianneS, Marguerites sans frontières, Ni putes, ni soumises, Regards de femmes, Union des familles laïques (Ufal).

Contact : femmesansvoile@gmail.com

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Le voile ou l’étendard du patriarcat antiféministe.

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Elles sont femmes, françaises, d’origine maghrébine, et rejettent l’idée que les musulmanes doivent porter le voile comme le recommande d’ailleurs, regrettent-elles, un texte du Conseil français du culte musulman (CFCM). Membres du collectif Femmes sans voile d’Aubervilliers, elles dénoncent cette pratique qui n’est qu’un « instrument privilégié de la remise en cause de ces droits fondamentaux que sont l’égalité et la liberté pour les femmes ».

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Nous écrivons en qualité de femmes sans voile, françaises et fières de leur origine maghrébine. C’est avec une grande déception que nous avons pris connaissance de ce que réserve aux femmes la « convention citoyenne des musulmans de France pour le vivre-ensemble », publiée par le Conseil français du culte musulman (CFCM). Dans sa convention de juin 2014, il fait savoir aux musulmans de France : « le Coran confère une égalité totale aux femmes et aux hommes » (art. 3 « La femme musulmane ») et aussi que : « Le voile est une prescription qui recommande au Prophète de « dire à ses femmes, à ses filles et aux femmes des croyants » (Coran 33-59), de l’arborer pour la réserve qu’il leur impose » (art. 5 « Les tenues vestimentaires »).

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La lecture dite littéraliste de cette prescription coranique est en contradiction avec le fait que le Coran confère une égalité totale aux femmes et aux hommes. Nombre d’érudits en islamologie ont une lecture différente de cette « prescription » qui ne mentionne nullement la nécessité pour les femmes de se couvrir les cheveux. Cette lecture est en réalité une interprétation patriarcale du Coran. Le fait que le port du voile n’est exigé que pour les femmes est une discrimination en soi et met la femme dans un rapport inégal avec l’homme dans la société. Le port du voile réduit la personne des femmes à leur sexualité. Il affirme la domination et le contrôle de la femme par l’homme, ce qui revient à restreindre ses libertés dans l’espace public comme ses libertés de choix liées à son corps. Le voile n’est ni un simple tissu ni une relation à Dieu, il est l’instrument privilégié de la remise en cause de ces droits fondamentaux que sont l’égalité et la liberté pour les femmes.

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Le port du voile n’est actuellement exigé que dans les pays les plus conservateurs (Arabie saoudite, Iran, Pakistan, Afghanistan…). Il est le premier acte d’autorité des djihadistes dans les villages conquis (Irak, Syrie, Mali, Nigeria…), que les femmes soient musulmanes ou non. Il est devenu leur étendard de par le monde. Il s’accompagne de la suppression de toute liberté pour les femmes. Dans sa convention, le CFCM proclame que l’on est d’abord citoyen et ensuite croyant. Les femmes voilées, elles, s’affichent d’abord en tant que croyantes, remettant en cause une valeur fondamentale de la citoyenneté, l’égalité entre les femmes et les hommes.

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Il s’agit d’une atteinte à l’ordre public. On ne peut accepter, sous couvert de liberté religieuse, la remise en cause des valeurs fondamentales de la République qui nous ont protégées en interdisant la polygamie et la répudiation, en assurant le droit au divorce pour les femmes et l’égalité dans l’héritage. Ces droits sont absents dans la majorité des pays où le patriarcat opprime les femmes au nom de la religion.

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En France, la liberté de conscience comme l’égalité des sexes sont des droits fondamentaux protégés par la loi. Il ne saurait exister de recommandations religieuses qui seraient en contradiction avec ces principes fondamentaux.

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Cette prise de position représente une agression qui banalise les pressions que subissent les femmes non voilées (exclusion, insultes, menaces permanentes, agressions), comme les affrontements de plus en plus nombreux dans les universités entre les professeurs et les étudiantes voilées, ou les conflits dans les lieux de travail et dans la rue… Nous nous inquiétons de l’affirmation qui sacralise le port du voile et par là même cautionne l’action des fondamentalistes, source, dans notre pays, de troubles à l’ordre public. La crispation concernant le voile est un anachronisme dangereux pour nous tous.

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