« Un bon accord », a estimé François Hollande hier, après le deal avec la Russie. Pourtant, la non-vente des deux navires de guerre va coûter cher à Paris. Il est urgent de trouver un pays intéressé.

Le Sébastopol n’a pas bougé du bassin de Penhoët, à Saint-Nazaire, où comme le Vladivostok il a été construit. 4994311_mistral-sebastopol_545x460_autocrop

Le (très) long feuilleton des Mistral s’est officiellement achevé mercredi soir.

ilylfl

Comme prévu, la France renonce définitivement à céder les deux navires de guerre que la Russie lui avait achetés compte tenu de la situation en Ukraine toujours aussi incertaine.

yrsz

Mais ce dédit (rarissime dans l’histoire des ventes d’armes) a un coût : environ 1 Md€ pour les finances publiques.

lr

Les bâtiments pourront toutefois être revendus. Le ministère de la Défense, l’Elysée et le constructeur DCNS se donnent dix-huit mois pour trouver un nouvel acquéreur.

« De l’argent fichu en l’air »

« C’est honteux, c’est de l’argent fichu en l’air pour rien », râle une ouvrière, jeudi matin sur les quais de Saint-Nazaire. Cela fait des mois qu’elle voit, comme ses milliers de collègues du chantier STX, les deux porte-hélicoptères initialement destinés à la Russie tirer mollement sur leurs amarres dans le bassin de Penhoët. A bord, pas âme qui vive, sauf les veilleurs contre les incendies. Seules les mouettes arpentent vaguement les quais, protégés par des rangs de barbelés. Ici, tout le monde sait que chaque mois passé au port coûte plus de 1 M€ de frais de gardiennage. « Un contrat doit être honoré, tout simplement, lance Francis, vingt-cinq ans de maison. Quand on commence à les fabriquer, on sait pour qui on les fabrique, ces navires. On sait à quoi ça va servir après. Je ne comprends pas pourquoi on interdit de les donner. » « Il ne faut pas que ça se reproduise, c’est une question de crédibilité, soupire un collègue de Francis. Il faut trouver quelqu’un pour les racheter. Mais cela ne sera peut-être pas si dur que ça », espère-t-il. Sur les quais, on murmure que ces navires pourraient rejoindre le Canada, le Brésil, l’Egypte ou l’Inde. Personne n’a de préférence : il faut qu’ils partent. « Il y a des gens qui ont œuvré pendant je ne sais pas combien de millions d’heures à la réalisation de ces bateaux. Les voir là, en attente d’un hypothétique futur nouveau client, ce n’est pas très satisfaisant, explique un ingénieur de MAN, le constructeur de moteurs installé également sur le port. On fera en sorte qu’ils soient bien préservés mais, psychologiquement, ce n’est pas agréable pour les ouvriers. »
umtmiut

Des négociations plutôt rapides.

moym

Il y a quelques semaines encore, les émissaires du gouvernement français craignaient des représailles russes.

« Poutine aurait pu nous traîner devant les tribunaux internationaux, voire réclamer des pénalités colossales, reconnaît l’un d’eux. Il y a eu une volonté d’aboutir des deux côtés. »

Le principe de l’accord a été discuté directement entre François Hollande et son homologue russe. Et les modalités ont fait l’objet de tractations serrées.

« On a compris que Poutine voulait récupérer intégralement son argent, ni plus ni moins. Une partie de l’état-major russe n’a jamais été favorable à cette vente, estimant que sa marine était capable de construire ce type de navire sans le recours de l’étranger. Cela a pu accélérer le dialogue »

décrypte-t-on côté français.

 –

Une addition salée.

Même si cela aurait pu être pire, la France ne sortira pas financièrement indemne de l’affaire des Mistral. Selon plusieurs sources, Paris a déjà remboursé les 785 M€ d’avance versés par Moscou. Ce à quoi il faudra ajouter les sommes dépensées pour la formation des 400 marins russes à Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. Ce n’est pas tout : les Russes reviendront en septembre récupérer une partie des équipements installés pour eux sur les navires, notamment des systèmes de communication, qu’il faudra évidemment remplacer. Par ailleurs, le gardiennage de ces deux énormes bâtiments est chiffré à un peu plus de 1 M€ par mois. « A l’arrivée, on sera largement au-dessus du milliard », estime un expert du dossier.

images

Hier, la droite ne s’est pas privée d’épingler François Hollande pour ces nouvelles dépenses en pleine crise économique, reprochant également au chef de l’Etat français son alignement sur la politique de son homologue américain Barack Obama. « C’est un bon accord », s’est défendu le président de la République, hier en petit comité.

iflyf

Canada, Singapour… les pistes éventuelles.

Et maintenant que faire ?
Au terme de l’accord, l’Etat redevient propriétaire du « Vladivostok » et du « Sebastopol », qui seront sans doute vite débaptisés. « C’était loin d’être évident. La partie russe aurait pu bloquer, compte tenu du contrat préalablement signé », dit-on à Paris. Cela signifie que ces BPC, des bâtiments polyvalents capables de transporter des hommes, des chars et des hélicoptères pour les projeter sur les théâtres d’opérations, figurent à nouveau au catalogue des ventes d’armes françaises. En attendant, ils resteront stationnés dans le port de Saint-Nazaire.

ktiytf

« Un certain nombre de pays, ils sont nombreux, ont fait connaître leur intérêt pour ces bateaux », a assuré hier le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, sur RTL. « Il n’y aura aucune difficulté à trouver des preneurs », a renchéri François Hollande. Selon plusieurs sources, Singapour, l’Inde, le Canada et dans une moindre mesure le Brésil et l’Egypte auraient déjà envoyé des signaux. « On laissera le futur acquéreur communiquer sur le sujet quand les négociations sérieuses auront commencé. C’est bien trop tôt pour l’instant », explique-t-on à la Défense. Bref, dans cet interminable dossier, le plus dur reste à faire.

L’Egypte et l’Arabie saoudite intéressées par le rachat des Mistral.

ytdj

Après avoir acheté 24 rafales à la France en février dernier, l’Egypte pourrait être intéressée par les deux navires Mistral non-vendus à la Russie.
L’Arabie saoudite serait également sur les rangs.

 

Un navire de guerre Mistral, le 16 mars 2015, dans le port de Saint-Nazaire
Un navire de guerre Mistral, le 16 mars 2015, dans le port de Saint-Nazaire 

Les deux navires Mistral qui mouillent dans le port de Saint-Nazaire ne seront pas vendus aux Russes, «punis» pour leur ingérence en Ukraine. Seulement la France se retrouve maintenant avec deux bâtiments militaires sur les bras qu’elle n’a ni les moyens, ni la volonté d’acheter pour sa propre marine.

iè-e

Il faut donc trouver rapidement un pays acheteur.
L’Egypte et l’Arabie saoudite seraient intéressées.

ç_yçty

Le quotidien cite une source diplomatique officielle :

« L’Egypte et l’Arabie saoudite sont prêts à tout pour acheter les deux Mistral (…) Le roi Salman d’Arabie saoudite veut constituer une flotte digne de ce nom en Egypte, qui pourrait avoir une force de projection régionale, en mer Rouge et en Méditerranée ».

oioi

Une volonté qui semble cohérente de la part des deux pays après l’accord de coopération sécuritaire et économique signé le 30 juillet dernier entre le prince saoudien Mohamad Bel Salman et le président égyptien Abdelfattah Al-Sissi, prélude à la mise en place d’une force arabe commune.

t

L’Egypte est d’ailleurs déjà client de la France en matière de défense.

yteu

En février dernier, la vente à l’Egypte de 24 rafales et d’une frégate multimission Fremm avait été finalisée.

index
«Aucune difficulté pour trouver preneur»

kufk

Sans donner de détails sur les potentiels acheteurs, François Hollande a assuré jeudi que les deux navires Mistral «suscitent une certaine demande de la part de beaucoup de pays, et il n’y aura aucune difficulté pour trouver preneur». Jean-Yves le Drian, le ministre de la Défense, va encore plus loin, tout en restant vague : «un certain nombre de pays, ils sont nombreux, ont fait connaître leur intérêt pour ces bateaux».

yfo

Jeudi, selon plusieurs sources, on estimait que quelques pays avaient fait part de leur intérêt,
Singapour, l’Inde, le Canada et dans une moindre mesure le Brésil et l’Egypte auraient déjà envoyé des signaux. « On laissera le futur acquéreur communiquer sur le sujet quand les négociations sérieuses auront commencé. C’est bien trop tôt pour l’instant », explique-t-on à la Défense.
oyri

Un million d’euros par mois pour l’entretien des Mistral.
11800153_10207305239458108_5150858807220496680_n

L’accord trouvé avec les Russes mercredi soir ne règle pas tous les problèmes. Même une fois le remboursement à la Russie effectué, les deux navires Mistral continuent de coûter de l’argent à la France. Rien que le gardiennage de ces deux bateaux coûte 1 million d’euros par mois. L’expert Philippe Migault, spécialiste des questions d’armement au centre de réflexion Iris, estime lui que l’entretien des Mistral coûte entre 1 et 5 millions d’euros pour la fourchette large.

pojùpi

Le premier navire mistral, le Vladivostok, devait être livré en novembre 2014, cela fait donc 9 mois qu’il est à quai. Son frère jumeau, le Sebastopol a lui été terminé début juin, il y a deux mois.

Capture
Dé-russifier les navires.
toè_

Trouver un nouvel acheteur ne suffira pas. La France devra, avant la livraison au nouvel acquéreur, dé-russifier les deux navires Mistral qui ont été construits pour répondre aux besoins des marins russes. Il va falloir changer toutes les interfaces homme-machine qui sont en caractères cyrilliques, les systèmes de télécoms ainsi que toute la documentation.
utl

Les Russes viendront en outre récupérer les équipements qu’ils ont placés dans ces navires. «La dé-russification ne devrait pas poser de gros problème», estime Alain Coldefy, ancien Inspecteur général des Armées. «Les Russes vont sans doute faire traîner un peu les choses, tenter de nous voler tout ce qu’ils peuvent, un maximum de technologie, comme d’habitude. Ils disent qu’ils peuvent fabriquer ces bateaux eux-mêmes, mais en fait ils sont très en retard.»

kuyfuk

En février, le PDG de la DCNS, le constructeur des navires, Hervé Guillou avait tout de même estimé que le coût de l’adaptation à un nouveau client pourrait être de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de millions d’euros, selon ses besoins.

or
Publicités

Bon comme un citron bien rond !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :