Quand Obama adopte le style politique des Mollahs d’Iran

Ceux qui se laissent aspirés dans des situations de grande adversité au cours de l’histoire encourent un certain nombre de risques. Cependant, le risque le plus grave, je pense, est d’être face à des adversaires qui vous veulent vraiment du mal et de finir par percevoir les choses, vous comporter et même penser comme eux. Si cela arrive à quiconque, il peut être certain que même s’il remporte de nombreuses batailles, il finira par perdre la guerre. A l’inverse, on peut avoir la chance de finir par ressembler à un adversaire qui est meilleur que soi.

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Cet effet de mimétisme par rapport à « l’Autre » est quelque chose qu’on observe tout au long de l’histoire, même au niveau des Empires passés. Lorsque la Rome antique et l’Iran (Perse) sont devenus des ennemis, l’un a beaucoup appris de l’autre. Rome était une république en conflit avec l’Iran (la Perse), une monarchie. Quand Marcus Licinius Crassus, le plus grand général romain de l’époque, a été tué par les Perses dans la bataille d’Harran en 53 avant l’ère ordinaire, l’élite romaine a commencé à penser qu’il fallait adopter le système monarchique, ce qu’ils ont fait, en définitive, sous Jules César. A l’autre bout du spectre, à la différence des Romains, les Iraniens ne disposaient pas d’armée permanente. A l’époque, cependant, ils ont décidé d’imiter leur adversaire en créant précisément une telle machine de guerre.

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A des époques plus récentes, l’Union Soviétique et les Etats-Unis, deux grandes puissances engagées dans la Guerre Froide, ont réciproquement adopté des aspects importants du système de chacun. La doctrine de défense soviétique s’est construite sur le déploiement d’armées massives, une politique de la terre brûlée et des combats terrestres prolongés, déjà testés avec un grand succès au cours des guerres napoléoniennes. La doctrine américaine s’est tissée sur la devise : « Entrer, tuer l’ennemi et ressortir aussi tôt! » Elle trouve son expression la plus tragique dans le largage des bombes atomiques sur le Japon. Six ans plus tard,  les Soviétiques avaient construit leur propre bombe atomique.

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Les Soviétiques disposaient d’un système de renseignements et de sécurité très étendu et brutal, bâti autour du KGB, lui-même héritier de l’Okhrana tsariste et de la Cheka Léniniste. En 1945, après avoir dissout l’OSS, leur service des renseignements en temps de guerre, les Américains n’avaient rien de la sorte. Peu de temps après, cela dit, ils ont créé la CIA qui consistait à imiter le KGB par bien des façons, pour autant que la société américaine ouverte pouvait le tolérer. Les Soviets pratiquaient les arts noirs et obscurs contre leurs opposants en Europe centrale et de l’Est. Les Américains ont fait des choses similaires en Amérique Latine.

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Les problèmes ont commencé, pour les Soviétiques, lorsque de plus en plus d’individus de leur peuple, y compris certains membres de leur leadership, ont commencé à parler avec (et comme) les Américains. En 1989, ensemble avec quatre rédacteurs en chef de journaux européens, nous avons participé à un certain nombre de réunions de travail à Moscou avec les dirigeants soviétiques, dont Mikhaïl Gorbatchev, Alexander Yakovlev et Yevgeni Prmiakov. Nous avons tous été surpris de la manière dont ils parlaient tous comme des Sociaux-Démocrates occidentaux, particulièrement lorsqu’ils péroraient à propos des « valeurs universelles ».

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« Ils sont tous contaminés par le microbe occidental »

ai-je écrit à l’époque, à moitié sur le ton de la plaisanterie.

« Voyons voir s’ils pensent vraiment ce qu’ils disent ».

Tout cela m’est revenu en mémoire en lisant le discours du Président américain Barack Obama, qu’il a livré à Washington, l’autre jour, pour défendre son « accord nucléaire » avec la République Islamique. La première chose qui m’a frappé, c’est à quel point son discours faisait écho à celui des Mollahs. Il a commencé en posant une dualité métaphysique entre le Ciel et l’Enfer, au sujet de ce problème tout-à-fait terrestre. Il a averti que le choix résidait entre le fait d’accepter cet accord (le Ciel) ou la guerre (l’Enfer). La beauté de la vie, cela dit, réside dans le fait qu’elle est pleine de potentialités sans fin, y compris le fait de ne rien faire, quand faire quelque chose d’autre risque de provoquer plus de dommages encore.

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Ensuite, il a imité les Mollahs en pratiquant la « taqqiya » (l’art de la dissimulation). Il a diligemment évité de plonger dans les détails d’un « accord » retors et compliqué, dont chaque sous-partie est conçue pour tromper. Il a aussi caché le fait que son « accord » dont il fait tellement de publicité, n’avait même pas été accepté par l’Etat iranien.

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Plus largement, il a pratiqué une autre des ruses des Mollahs, connue sous le nom de mohajah qui signifie entraîner votre adversaire dans le simulacre d’une bataille qui, même s’il la gagne, ne lui rapporte rien d’autre que le simulacre d’une victoire. Ayant déjà impliqué son administration dans le parrainage d’une résolution du conseil de Sécurité de l’ONU, approuvant « l’accord », Obama prétendait que sa lutte contre le Congrès devait prendre fin par ce tour de passe-pas

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Une autre tactique des Mollahs qu’il leur emprunte s’appelle le  takhrib,qui signifie agresser la personne de votre adversaire plutôt que de répondre à ses arguments. Ceux qui s’opposent à « l’accord », ne cesse t-il de dire, sont les mêmes va t-en-guerre qui ont provoqué l’invasion de l’Irak et les foules hurlant « Mort à l’Amérique » en Iran. Le message est simple : ceux qui sont les mauvais garçons, et donc ce qu’ils peuvent bien dire contre ce bon « accord », ne comptent pas!.
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Il n’a de cesse de répéter un dicton favori des Mollahs disant :

« N’écoute pas ce qu’il a dit, écoute qui le dit! »

Ce dicton a généré deux branches immenses du savoir : l’étude de l’homme (Ilm Al-Rejal) et l’étude des pédigrés(Ilm al-Ansab).

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Prouve que quelqu’un est un homme bon possédant un bon pedigree et tu pourras prendre son narratif (Hadith) sur les sujets les plus complexes pour argent comptant. Au contraire, celui dont il est prouvé qu’il est un mauvais homme disposant d’un pedigree inférieur doit être repoussé avec dédain, même si c’est lui qui dit les choses les plus sensées et sensibles.

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Obama a oublié que parmi les Va t-en guerre qui ont poussé en faveur de l’invasion de l’Irak, on trouvait deux de ses plus proches associés, Joe Biden, son Vice-Président et John Kerry, son Secrétaire d’Etat, aux côtés du contingent au grand complet du Parti Démocrate au Congrès.

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Dans le camp iranien, il a oublié que le Président Hassan Rouhani et son patron, l’ancien Président Hashemi Rafsanjani ont construit la totalité de leur carrière sur des slogans comme « Mort à l’Amérique ». Rouhani et ses ministres « modérés » continuent de devoir s’essuyer les pieds sur un drapeau américain à chaque fois qu’ils entrent quotidiennement dans leurs bureaux!

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Le quotidien officiel Iran Daily a écrit, l’autre jour, un éditorial de soutien à « la campagne d’Obama en faveur de l’accord ».

« Obama est le cauchemar des Républicains parce qu’il veut détruire de l’intérieur l’Amérique qu’ils aiment », disait-il. « Son succès sera un succès pour tous ceux qui veulent la paix ».

En d’autres termes, l’éditorialiste de Téhéran faisait simplement écho aux plaisanteries manichéennes d’Obama.

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En tout cas, injurier et accuser ses détracteurs de receler un agenda caché est une autre tactique des Mollahs, connue en tant que “siahkari, c’est-à-dire noircir l’adversaire et ses intentions.

U.S. President Barack Obama holds a Babe Ruth bat as he tours the National Baseball Hall of Fame with Hall of Fame President Jeff Idelson (L) and former player Andre Dawson (R), in Cooperstown, New York, May 22, 2014. Obama is highlighting the tourism industry during his visit to the museum. Robinson was the first African American player in Major League Baseball. REUTERS/Jonathan Ernst (UNITED STATES - Tags: POLITICS SPORT BASEBALL)

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Je suis assez embarrassé de devoir parler de moi, mais je fais partie d’une foule qui crie « Longue Vie à l’Amérique »,
plutôt que « Mort à l’Amérique ».
Et pourtant, je pense que l’accord de Vienne est mauvais pour l’Iran, mauvais pour l’Amérique et néfaste pour le monde.

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Je pense aussi qu’il est possible de forger un accord qui puisse être favorable à l’Iran, favorable aux Etats-Unis et bon pour le monde en globalité.

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Je n’ai pourtant jamais demandé à ce que les Etats-Unis ou qui ce soit d’autre envahisse l’Iran ni aucun autre pays. Je n’ai jamais non plus été Républicain, comme si je n’avais jamais été citoyen américain, n’avais jamais étudié, travaillé ou résidé ici.

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Je pourrai assurer à Obama que, pour autant que je puisse jauger l’opinion publique, la majorité des Iraniens ont une opinion positive des Etats-Unis et une mauvaise opinion de « l’accord ».

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C’est, sans doute, pourquoi, tout comme Obama, la faction Rafsandjani au sein du pouvoir, dont fait partie Rouhani, tente par tous les moyens d’éviter que le problème soit débattu, même aussi au sein de son propre ertzaz de Parlement (le Majliss). C’est aussi pourquoi les journaux iraniens qui sont critiques envers cet accord sont fermés ou mis en garde publiquement. Plutôt que de dépendre du lobby khomeiniste à Washington (le NIAC de Trita Parsi), ou même des affirmations de gens comme moi, Obama devrait mener ses propres investigations pour jauger l’opinion publique iranienne. Il pourrait bien découvrir qu’il est en train de faire alliance avec la faction qui ne représente pas l’opinion majoritaire en Iran. Son « accord » peut décevoir si ce n’est provoquer la colère de la grande majorité des Iraniens qui sont encore fortement pro-Américains.

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Le Cabinet Rouhani est plein d’individus qui ont détenu les diplomates américains en otages, à Téhéran durant 444 jours. Pourtant, ils soutiennent Obama. Ceux qui s’opposent à l’accord, cependant, comprennent de nombreux Iraniens qui désirent authentiquement les liens les plus étroits avec les Etats-Unis.

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Finalement, un autre concept des Mollahs utilisé par Obama est celui de « La fin de toute discussion » (fasl al-khitab) dès que la pièce maîtresse sur l’échiquier a sorti le grand jeu. Cela peut marcher dans la dictature khomeiniste ; ce n’est absolument pas digne d’une démocratie mûre comme celle des Etats-Unis.

Amir Taheri

Amir Taheri

Amir Taheri était le rédacteur du quotidien Kayhan en Iran de 1972 à 1979. Il a travaillé à ou écrit pour d’innombrables publications, publié onze livres, et été éditorialiste pour Asharq Al-Awsat depuis 1987. Mr. Taheri a été récompensé de plusieurs prix pour professionnalisme en matière de journalisme, et en 2012 a été désigné Journaliste de l’année par la Société Britannique des Rédacteurs en Chef et l’Association de la Presse étrangère aux récompenses annuelles des Medias britanniques.

aawsat.net

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