Boeing a développé un système émettant un rayon laser capable de détruire un aéronef en plein vol.

Ça ressemble à un gros radar routier, mais cette boîte est en réalité une arme anti-drones. Créé par l’Américain Boeing, ce « système compact d’arme laser » permet d’envoyer un faisceau laser infrarouge de 2 kW, capable de détruire un objet volant en plein vol.

Pas de faisceaux lumineux, ni de « pew-pew » comme dans « Star Wars ».
Le laser est totalement invisible et silencieux. Il n’en demeure pas moins efficace. Une fois la cible verrouillée, il ne faut que deux secondes pour qu’il enflamme la queue du drone et forme un trou.
Pas d’explosion, mais l’appareil chute, incontrôlable.

Pour contrôler le laser, il suffit d’une manette de la console de jeux vidéo Xbox 360 et d’un ordinateur portable doté de logiciels de ciblage. Pour l’heure, le canon de Boeing ne peut être utilisé que de façon statique, mais le constructeur américain dit travailler à l’embarquer sur des véhicules pour l’utiliser en mouvement.

Ce système n’est encore qu’à l’état de prototype. Boeing affirme toutefois qu’il sera « bientôt prêt à être déployé sur des champs de bataille », d’ici un ou deux ans.
Aucun prix n’a encore été annoncé.

Une solution contre les survols de drones ?

Ce canon anti-drones s’apparente à une nouvelle solution contre les survols illégaux qui se produisent partout dans le monde, depuis la Maison Blanche jusqu’aux centrales nucléaires EDF, en passant par le ciel parisien.
L’usage du système de Boeing sera toutefois surtout militaire, et il faudra attendre plusieurs années avant de le voir se déployer pour assurer la surveillance du ciel parisien, à la manière du dôme de fer anti-missiles israélien.

Le système de Boeing pourrait donner des idées à l’Agence nationale de la recherche (ANR), missionnée par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve pour trouver des solutions innovantes pour détecter et neutraliser les drones contrevenants.
En attendant, la gendarmerie a reçu la permission d’utiliser des fusils à pompe pour abattre les aéronefs qui s’approcheraient des centrales.

 « Drones, l’aviation de demain »

Pour l’heure, il n’existe pas de radar capable de détecter la présence de drones au-dessus de Paris.
Et il n’est pas possible de remonter au pilote si l’appareil est saisi.

La Chine et la Russie aussi sur les rangs

Boeing n’est toutefois pas le seul à développer des armes anti-drones. En fin d’année dernière, l’agence officielle chinoise Xinhua rapportait qu’un système de destruction de drones par laser avait été testé avec succès.
L’Académie chinoise de physique de l’ingénierie, cité par Xinhua, précise dans un communiqué :

La machine est capable d’abattre différents petits aéronefs dans un rayon de 2 km et peut le faire dans les cinq secondes qui suivent la localisation de la cible.

Le système chinois serait capable de neutraliser des drones volant jusqu’à une vitesse de 180 km/h, et jusqu’à une altitude de 500 m. La Chine a déjà fait part de son intention d’installer un bouclier laser anti-drones afin de remplir
« un rôle clé dans la sécurisation d’événements majeurs dans des zones urbaines », selon l’Académie. Il s’agirait ainsi de sécuriser les manifestations sportives (en octobre 2014, un drone équipé d’un drapeau pro-Albanais a perturbé un match de foot), le pays organisant les JO d’hiver 2022.

L’armée américaine travaille depuis le début des années 2000 à développer des canons anti-drones. L’entreprise Raytheon avait ainsi développé un faisceau laser capable d’abattre en plein vol un drone militaire (beaucoup plus gros que les drones civils survolant Paris). La vidéo d’un test par la Marine américaine a même été publiée :

De son côté, l’armée de l’air russe aurait mis au point un brouilleur de drones, capable de déconnecter l’engin volant de son pilote, a rapporté le site pro-russe Sputnik à la mi-2013. Baptisé « Poroubchtchik », ce système de brouillage serait efficace pour couper le contact avec un drone, tout en ne perturbant pas les communications alentours.

« Les forces de l’ordre tâtonnent »

Pour rappel, le survol de zones habitées est globalement interdit. A Paris,l’arrêté du 20 janvier 1948 spécifie que « le survol de la zone comprise dans les limites des anciennes fortifications de la ville de Paris est interdit à tous les aéronefs ». En dehors de cette zone, l’arrêté du 11 avril 2012 précise qu’il est possible de piloter un drone uniquement s’« il vole à une distance du télé-pilote telle que celui-ci conserve une vue directe sur l’aéronef ».

L’an dernier, à Nancy, un jeune homme de 18 ans qui avait utilisé un drone pour filmer la ville a écopé d’une amende de 400 euros pour non-respect de la réglementation aérienne et mise en danger de la vie d’autrui. En novembre dernier, deux hommes et une femme ont été poursuivis pour avoir survolé des centrales nucléaires.

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« Face à ce phénomène nouveau, les forces de l’ordre tâtonnent, cherchent la parade »
Michel Polacco estime qu’« il faut s’en préoccuper » :

Si on ne surveille pas les airs, un jour, un appareil plus gros et beaucoup plus dangereux – transportant un missile – pourrait ainsi s’approcher de sites sensibles.

Les armes a énergie dirigé du mythe à la réalité ?

On considère généralement qu’une arme est à énergie dirigée lorsque l’action de cette arme est produite par un faisceau d’ondes électromagnétiques qui se propage à la vitesse de la lumière avec une grande directivité et qui peut être concentré sur une cible à grande distance. Ce type d’arme répond ainsi à une demande permanente des militaires : toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus fort. On peut rajouter : toujours plus précis (pour réduire les dégâts collatéraux) et toujours plus économique. Il s’agit essentiellement des différents types de lasers et des faisceaux de microondes. On considère aussi les faisceaux de particules (protons, neutrons, particules alpha, etc.) comme de l’énergie dirigée du fait de leur directivité et de leur capacité à  être concentrés à distance bien qu’il ne s’agisse pas d’un rayonnement électromagnétique. Par extension, on considère les  canons à rail électromagnétiques comme de l’énergie dirigée bien que l’obus ou le missile lancé soit généralement à effet cinétique sur la cible, car dans ce cas l’action du lanceur est basée sur de l’énergie électromagnétique. On utilise, pour le lancement du projectile, les forces de Laplace engendrées par une combinaison de champs EM pulsés, contrairement aux méthodes classiques basées sur des réactions chimiques.

Vous les sous-titrez : du mythe à la réalité ? Avec un point d’interrogation. Nous en serions donc encore aux hypothèses ou des applications sont-elles déjà opérationnelles ?

En vérité, j’aurais pu écrire « du mythe à la réalité » sans point d’interrogation car la situation a bien changé depuis l’époque d’Archimède et de ses miroirs ardents, qu’ils aient été un mythe ou bien réels. Depuis une cinquantaine d’années, des progrès considérables ont été obtenus dans le domaine des armes à énergie dirigée, que cela soit pour les sources ou leur intégration dans des systèmes d’armes. Depuis 4 à 5 ans, on peut voir une accélération importante dans le développement de systèmes à vocation opérationnelle bien qu’il soit très difficile de passer d’un système étudié en laboratoire à un dispositif opérationnel sur un champ de bataille (fiabilité, fonctionnement en milieu hostile, difficulté de gestion par un non spécialiste, etc.).

Parmi les progrès les plus significatif sur les sources, on peut citer la réalisation de laser chimiques de plusieurs mégawatts de puissance continue ou moyenne (lasers HF-DF et Iode-COIL), des lasers solides à haute capacité thermique pompés par diodes (SSHCL) et des lasers à fibres, émettant dans le proche infrarouge, d’une puissance moyenne ou continue pouvant atteindre, pour les plus puissants actuellement, 100 kilowatts. Ce sont des gammes de puissance qui rendent ces sources suffisantes pour des armes stratégiques (quelques mégawatts) et tactiques (100 kilowatts), bien qu’il reste d’importants progrès à faire sur les rendements, sur le « durcissement » et surtout sur le stockage de l’énergie nécessaire à alimenter les lasers solides.

Un autre type de lasers, les lasers femtosecondes, d’une durée très courte, quelques dizaines de femtosecondes (10-15 s) et  de très grande puissance crête, des dizaines de térawatts (1012 w), sont en développement très rapide et sont envisagés pour la défense, du fait des champs électriques extrêmement élevés qu’ils sont capables de créer à grande distance.

Un type différent de laser est développé par la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) aux USA, c’est le projet  HELLADS (High Energy  Liquid Laser Area Defense System) dont l’objectif est de réaliser un laser de 150 KW  ayant une masse réduite par rapport aux systèmes actuels pour la même puissance laser.

Un dernier type de laser qui intéresse beaucoup l’US Navy du fait d’une longueur d’onde d’émission variable, ce qui est bien utile à la surface de la mer où les absorbions sont très fortes à certaines de celles-ci, est le laser à électron libre. Là aussi, des progrès importants ont été accomplis récemment. Toujours pour les sources, on sait réaliser des générateurs de microondes de grande puissance avec des rendements très importants.

En ce qui concerne les systèmes d’armes à énergie dirigée, ici aussi des progrès considérables ont été réalisés, notamment dans l’amélioration de la propagation des faisceaux laser par la compensation de la turbulence au moyen de méthodes d’optique adaptative et dans les systèmes de contrôle de faisceau, ainsi que dans la direction de tir. Il y a, bien sur, depuis longtemps, le déploiement des systèmes laser de mesures et de contre mesures optroniques contre les dispositifs de visée et de contrôle de tir de véhicules blindés, d’hélicoptères, etc. Il y a aussi la démonstration faite avec le Boeing 747-400 F Cargo « Airborne laser » équipé d’un laser chimique COIL de 2 mégawatts environ émettant dans le proche infrarouge. Celui-ci a montré la capacité de détruire au moyen d’un laser, à une distance de plusieurs centaines de kilomètres, un missile balistique intercontinental dans sa phase de  décollage où les propulseurs sont encore actifs. Le 11 février 2010, l’ABL en vol a ainsi détruit un missile balistique à carburant liquide de type SCUD lui aussi en vol, à une altitude entre 12000 et 20000 m, en conditions opérationnelles.

Il y a enfin, l’ATL (Advanced Tactical Laser), nom donné au C130 H « Gun Ship », équipé d’un laser COIL de 100 kilowatts. Le 30 août 2009, l’ATL en vol, équipé d’un laser COIL à pleine puissance et du système de contrôle de faisceau et de direction de tir, a détruit un véhicule militaire au sol dans des conditions opérationnelles. Ce test constitue le premier engagement air-sol par un laser de grande puissance d’une cible représentative. Le 19 septembre 2009, le même ATL en vol a réussi à détruire un véhicule terrestre en mouvement.  Ce ne sont que des démonstrateurs, et le programme de l’Airborne laser vient d’être abandonné pour des raisons de complexité du laser et des raisons économiques, mais, conceptuellement, ces systèmes ont vocation à devenir opérationnels à terme, avec des  lasers plus performants. Le Gun Ship devrait être déployé dans les années qui viennent probablement équipé d’un laser à solide de 100 kilowatts. Des systèmes d’armes utilisant des lasers solides embarqués sur des véhicules terrestres et alimentés en énergie électrique par des batteries au lithium, elles-mêmes rechargées au moyen de génératrices thermiques, sont en cours de tests aux USA. Des lasers sont actuellement en phase de démonstration ou déployés pour la neutralisation des IED (engin explosif improvisé), la protection des aéronefs contre les MANPAD (système portatif de défense aérienne), la défense des navires contre les embarcations très rapides et les communications avec les sous-marins en plongée profonde.

Un domaine qui est, lui aussi, en forte progression est celui des armes non létales, ou à létalité réduite, domaine dans lequel les sources à énergie dirigée tiennent une grande place.
On peut considérer 3 catégories :

1) Des systèmes laser de relativement faible puissance émettant dans le visible (vert) de type « Dazzler»
et permettant d’éblouir un assaillant ou défendre un navire contre des pirates. BAE Systems et B.E. Meyer Electrooptics (système Glare Mout plus laser) viennent de développer des prototypes de ce type, ayant une portée de 500 à 2000 m, pour l’US Navy. Après des tests à des check-points en Afghanistan et en Irak, l’US Army vient de commander des milliers de ces systèmes pour déploiement (voir J. Hecht,« Diode-Pumped solid-state lasers : laser dazzlers are deployed », Laser focus World,  01/03/2012). Ces systèmes apparaissent efficaces comme arme de défense non létale, cependant il y a toujours le risque de l’aveuglement qui est interdit par le protocole IV de 1995 de la convention de Genève de 1980 sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi de certaines armes classiques.

2) Des systèmes utilisant des faisceaux micro-ondes de grande puissance (High Power Microwaves) (HPM)
sont développés depuis de nombreuses années. Ces études ont abouti, aux USA, au système d’arme non létale Active Denial System (ADS) de contrôle des foules qui a été déployé, notamment  en Irak, et à des armes tactiques réutilisables permettant de neutraliser des systèmes électroniques à relativement grande distance grâce à leur directivité et aux puissances disponibles.

3) Un système complètement différent est l’E-bomb (Bombe E) (E pour électromagnétique).
L’effet de l’impulsion électromagnétique (IEM) (EMP en anglais), comme arme destructrice des systèmes électroniques, qui met, lui aussi, en jeu des rayonnements électromagnétiques dans la gamme de longueur d’onde des hyperfréquences, est connu depuis au moins 1962. Un nouveau concept est envisagé pour le futur de l’E-bomb. Il s’agit de la réalisation de générateurs d’impulsions électromagnétiques compacts à compression de flux magnétique. Ils utilisent l’énergie d’un explosif pour produire instantanément une impulsion électromagnétique large spectre de grande puissance. Ce générateur « exotique » pourrait être placé dans une bombe, dans un obus de gros calibre, sur un missile de croisière ou sur un missile air-surface. Il faut remarquer que, bien qu’équipé d’une antenne, ce système est moins directif que les HPM précédents et n’est pas réutilisable. Un des avantages d’un tel concept est de disposer d’une arme « conventionnelle » non létale, non interdite par les traités internationaux et qui serait en mesure de neutraliser tous les systèmes électroniques de communication, de détection et de conduite de tir qui n’auraient pas été « durcis », et cela dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour de l’impact. Cet armement conventionnel à IEM aurait beaucoup d’applications différentes lors d’un conflit « mineur », tant pour l’attaque que pour la défense. Il pourrait notamment paralyser une large part de l’activité économique et sociale d’un pays et cela sans s’en prendre – du moins directement – à la vie de ses habitants. On imagine combien est grande la vulnérabilité à l’IEM d’une société largement informatisée et des armées équipées de matériels sophistiqués remplis d’électronique, quand on voit les effets que peut produire la foudre sur un appareil électronique domestique insuffisamment protégé. Boeing et l’US Air Force, après un premier test, le 15 avril 2009, sur un prototype de 35 MW émettant des impulsions de 100 à 150 nanosecondes dans la gamme 2-6 GHz ont, en septembre 2011, expérimenté un missile « EMP » ou HPM pour High Power Microwaves appelé CHAMP pour Counter-Electronics High-Powered Microwave Advanced Missile Project. La puissance de la charge devrait être de centaines de MW crête En janvier 2012, Boeing a annoncé avoir obtenu un contrat de 38 millions de dollars  pour la poursuite du développement du programme CHAMP.

Enfin le développement actuel des canons à rails électromagnétiques est spectaculaire. Dans les années 1970, une équipe de mon laboratoire de l’époque, l’Institut de Mécanique des fluides de Marseille avait effectué des recherches fondamentales pour la DGA sur les canons à rail, mais ces recherches n’avaient pas été poursuivies par suite des difficultés techniques. La situation a considérablement évoluée depuis. L’US Navy a ainsi testé avec succès son EMRG (Electro-magnetic rail Gun) (canon électromagnétique à rail) en janvier 2008. L’objectif ultime poursuivi par la Marine est d’atteindre des cibles à 200 nautiques (170 km) contre 13 nautiques (24 km) au maximum pour un canon classique de 127 mm. Le temps de vol, serait de 6 minutes et la précision de 5m. Le nombre de Mach initial serait M = 7 et la seule énergie cinétique serait suffisante pour détruire l’objectif. Le système est particulièrement complexe tant pour le guidage que pour la miniaturisation. La supraconductivité pourrait être mise à profit pour le stockage de l’énergie (stockage magnétique) et la miniaturisation. Une autre limitation importante est l’érosion des rails lors des tirs. Les spécialistes de l’armement estiment qu’un canon électromagnétique pourrait, dans le futur, propulser un projectile jusqu’à 3500 m/s, soit Mach 10 au niveau de la mer et même, avec un complément magnétique, jusqu’à 8000 m/s et cela à une cadence de tir de 10 coups par minute. Le 10 décembre 2010, un projectile d’une vingtaine de kilogrammes a été propulsé à une distance de 160 km par un EMRG lors d’essais de l’US Navy, soit  4 fois plus loin qu’un canon traditionnel. Enfin, le premier prototype industriel de l’EMRG a été livré le 30 janvier 2012 par BAE Systems à la Navy qui a effectué ses premiers tests fin février 2012.
Ce canon a une capacité de 32 mégajoules (cette énergie correspond à l’énergie cinétique d’une véhicule d’une tonne roulant à 160 km/h.)

Comment voyez-vous leur utilisation dans le futur ?
Dans quelle combinaison avec d’autres armes plus traditionnelles pourraient-elles être employées?
Pour quels effets ?
Et quelle plus value ?

Question bien difficile, surtout que je n’ai pas de boule de cristal en magasin. Je vais tout de même essayer de faire une tentative de prospective. Malgré les progrès très récents sur les sources laser de grande puissance, notamment sur les lasers à solide, et leur intégration dans des systèmes, beaucoup de recherche et développement est encore nécessaire pour réaliser des systèmes d’armes laser vraiment opérationnels pour les conditions exigées par les militaires. Le mot-clef pour l’avenir est  «intégration» : intégration des différentes armes tactiques et stratégiques, à énergie dirigée et autres, dans un système global espace-air-mer-terre. Les nanotechnologies joueront un rôle de plus en plus important dans cette intégration et aussi dans la protection de matériels sensibles et fragiles, tels les satellites, par l’usage de nanomatériaux.

Ceci étant dit, je suis absolument convaincu, comme de nombreux spécialistes des lasers de grande puissance et des systèmes d’armes, que les armes à énergie dirigée vont profondément modifier le concept d’arme offensive ou défensive, que ce soit comme arme principale ou comme arme d’appoint. Cela se produira dans 1es 10 ans à venir ou dans un demi siècle, mais cela arrivera car les avantages de ces sources et notamment la rapidité d’intervention et de transfert d’énergie à très grande distance et la capacité de focaliser cette énergies ont incomparables.

J’imagine trois niveaux d’utilisation pour le futur :

1) Les armes stratégiques, qu’elles soient spatiales ou aériennes.
Un exemple est la défense anti-missile stratégique où le laser pourrait intervenir dans la phase « booster » du missile balistique tandis que les moyens « conventionnels » tels les missiles anti-missiles interviendraient dans les 2 phases balistiques du missile (vol balistique et rentrée). Le problème des moyens spatiaux impliquant un laser dans l’espace ou un relai dans l’espace pour un laser à terre est conceptuellement envisageable et envisagé mais il s’agit alors de l’arsenalisation de l’espace qui est, pour le futur, un problème plus politique que technologique.

2) Les armes tactiques qu’elles soient à base de lasers ou de faisceaux de micro ondes.
Elles sont sur le point d’être déployées et elles vont être de plus en plus développées. En ce qui concerne les lasers elles permettront, dans l’attaque comme dans  la défense, de réduire le temps de réaction et aussi les dégâts collatéraux. De plus elles pourront permettre des économies très notables sur les munitions, un tir laser coutant beaucoup moins cher qu’un missile. Enfin les lasers seront probablement de plus en plus utilisés pour la défense contre les IED et les MANPAD et plus généralement pour les contre mesures optroniques.

3) Les armes non létales.
C’est la tendance « lourde » pour le futur, principalement pour des raisons  « éthiques ». il s’agira de plus en plus du contrôle des foules ou d’assaillants par laser (dazzler) (effet d’éblouissement) ou faisceaux de microondes (ADS) (sensation de brulure sur la peau). Il s’agira aussi de la neutralisation de réseaux électroniques par effet EMP pour remplacer les bombardements « classiques » (effet de destruction d’infrastructures militaires ou administratives sensibles sans victimes et sans destruction de bâtiments).

Et les scientifiques, industriels et militaires français dans tout cela ? Spectateurs ou acteurs ?

En France, dès les années 1970, la Délégation Générale à l’Armement (DGA) (la direction DRME puis DRET) du Ministère de la Défense a financé, sous l’impulsion, notamment, de Bernard Lavarini, un des « pères » du 1er laser français à haute énergie (12), des programmes importants de recherche sur les sources à énergie dirigée de grande puissance. Il s’agit principalement des lasers de puissance (GDL CO2, HF-DF, Excimères, Iode – Coil). Des laboratoires dépendant directement du Ministère de la Défense tels l’ONERA, le CEA-DAM (Direction des Affaires Militaires) et l’Institut Franco-allemand de Saint Louis (ISL) (centre commun aux Ministères de la défense français et allemand) et des organismes publics dépendant du CNRS ou de l’Université (IMFM, LALP, LULI et LPTP ex PMI à l’Ecole Polytechnique, etc.) se sont fortement investis dans ces programmes. Des laboratoires de sociétés industrielles françaises se sont aussi mis, pour la DGA, dans le développement des armes à énergie dirigée, essentiellement des lasers à haute énergie. On peut citer, sans être exhaustif, la division laser des laboratoires de la CILAS, filiale de la CGE à Marcoussis devenue LASERDOT en1989, puis de nouveau CILAS en 1994, ainsi que les laboratoires de Thomson-CSF à Corbeil-Essonnes, devenu Thales en 2000, pour les activités militaires. Un programme de recherche appelé LATEX (Laser Associé à une Tourelle Expérimentale) a été entrepris en France dans les années en 1990 par le Ministère de la Défense. L’objectif était d’obtenir une capacité d’aveuglement des senseurs électro-optiques de chars et d’hélicoptères de combat. Le laser utilisé, un laser chimique DF à λ=3,8 μm, était d’une puissance de 50 kW. Il était couplé à un faisceau directeur.

Un projet franco-allemand appelé MEL-COIL pour Medium Energy Laser – COIL a été développé conjointement, par la compagnie EADS (European Aeronautic Defense and Space Company) et le DLR (Deutsches Zentrum für Luft and Raumfaurt) sous contrat du BWB (Federal Office of Defense Technology and Procurement allemand) (Agence Fédérale Allemande de Recherche de Défense). L’objectif était le développement d’un « canon laser » de moyenne énergie basé sur une source chimique à iode de type COIL (λ= 1,3 μm), comme celle du système laser ABL. La portée prévue était de plusieurs kilomètres. Ce laser expérimental localisé au centre technique de l’armée allemande à Meppen a délivré une puissance de près de 10 kW en 2004. Les tests sur cible ont débuté la même année.

Actuellement, la DGA et des sociétés industrielles françaises développent des programmes d’optronique de puissance, y compris des systèmes d’armes comprenant des lasers à haute énergie et des lasers femtoseconde (Thales et Safran (Sagem) qui se sont rapprochés très récemment, EADS, Quantel, CILAS, etc.). À titre d’exemple, on peut citer, un système laser aéroporté antimissile développé par la DGA dans lequel un laser de relativement faible puissance (quelques centaines de watts), d’une portée de quelques centaines de mètres, « brouille » la tête chercheuse infrarouge de missiles sol-air. Des systèmes similaires sont développés aux USA par Raytheon (CIRM pour Common Infrared Counter Measures) et Northrop (ASALTT pour All Semiconductor Airborne Laser Threat Terminal).

Je ne voudrais pas terminer cette évocation, bien sûr non exhaustive, des systèmes d’armes laser développés en France sans mentionner le développement par un consortium conduit pour le compte de l’Agence Européenne de Défense (AED) depuis 2009 et comprenant la CILAS (France), l’ISL (France et Allemagne), l’INETI (Portugal), la MUT (Pologne), la DLR (Allemagne), et MBDA (Allemagne), qui est porteur du Programme, d’un projet d’arme laser tactique de contre mesure (DIRCM). Ce consortium a mis au point un démonstrateur basé sur un laser solide de 10 kW qui a permis d’obtenir en septembre 2011 des effets sur des cibles dynamiques (roquettes, obus de mortier) poursuivies par le faisceau à plus de 2300 mètres de distance et cela dans des conditions environnementales réalistes. Il est à noter que la société allemande Rheinmetall, qui a récemment utilisé un laser à haute énergie pour détruire un drone, a développé de son coté un prototype laser de 10 kW intégré dans un système de défense aérienne comprenant une tourelle et une unité de contrôle de tir. Ce système a été testé avec succès sur des obus. Rheinmetall envisage qu’un système d’arme laser à haute énergie d’une puissance de 100 kW soit disponible dans les 3 à 5 prochaines années alors que Northrop et Raytheon ont déjà mis au point des lasers d’une telle puissance.

La guerre comme idiotie (8) : le serpent de mer de l’avion laser

Il, est là, remisé, dans la célèbre retraite du désert de la base de Davis Monthan, dans un endroit appelé « le cimetière », où s’entassent les rebuts de l’US Air Force. Ses réacteurs et son nez soigneusement mis sous cocon. Il a moins nettement moins d’allure que sur les publicités du Pentagone où on le présentait comme l’arme utlime tueuse de missiles. Il n’est pas le seul, en réalité à avoir subi les mêmes déboires : son prédécesseur n’est pas très loin. Preuve par l’exemple que l’Air Force est capable de répéter les mêmes erreurs… et les mêmes dépenses somptuaires pour des projets irréalisables ou ne présentant aucun intérêt stratégique, mais donnant du travail à des employés, en l’occurence ceux de chez Boeing, encore une fois. Mais également à d’autres, comme on va le voir : des scientifiques, cette fois. Retour sur la saga du laser volant, digne du docteur Folamour, que l’on pourrait croire issue d’un album de Blake et Mortimer, s’il n’y avait derrière des milliards de dollars perdus derrière ce projet fou, un échec et une gigantesque gabegie que l’on a tenté de reproduire une deuxième fois… à treize ans d’intervalle.

Pour remonter aux origines du rayon laser volant, il faut retourner au sein même de l’équipe du projet Manhattan, c’est à dire bien avant la découverte du rayon laser lui-même. Le physicien, Edward Teller, avait en effet imaginé obtenir un jour un rayon de lumière surpuissant, grâce à l’énergie nucléaire (il est l’inventeur de la bombe H !), capable d’annihiler en peu de temps les fusées adverses avant qu’elles ne déversent leurs charges nucléaires sur les Etats-Unis : c’était « son » projet Excalibur. Quelques années plus tard, le Laser inventé par ses collègues chercheurs de Livermore lui donnait l’occasion de réaliser sa vision, en cherchant au départ à réaliser la fusion au lieu de la fission nucléaire, grâce à ce rayon surpuissant (celui des lasers Janus et Shiva, ce dernier en 1974, puis le monstrueux Nova à 5 faisceaux en 1985).

Rappelons que le laser a été inventé dans les années 50 dans les locaux de l’Air Force Office of Scientific Research (AFOSR) sour la forme première du MASER, en 1953 (Microwave Amplification by Stimulated Emission of Radiation), grâce à Charles Townes  et son collègue Arthur Schawlow, qui aboutiront un peu plus tard au LASER, en 1958 (pour Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation). Townes, pour ses travaux, recevra le prix Nobel de Physique en 1964. En 1967, l’invention du laser à CO2 fera faire un bon à la recherche intéressant les militaires, qui souhaitent en faire une arme ; cinq ans plus tard en décembre 1972 un appareil d’une puissance de 100 kilowatt envoyant un faisceau dee 10,6 microns contre des cibles diverses. Mais les recherches s’avéreront fort coûteuses, et les militaires par s’impatienter de voir un jour apparaître une telle arme. Teller, lui, se mettant à dos une partie de ses collaborateurs pour trop lorgner du côté des seuls militaires pour obtenir des subsides.

Pour arriver à ses fins, Teller, resté profondément anticommuniste, se rapprochera vint ans après des idées de Donald Reagan, en faisant nommer son protégé George A. Keyworth au sein du projet de Guerre des Etoiles ou IDS que le public va vite surnommer « Projet Star Wars » (à gauche la chambre de fusion du projet Nova). Toute une équipe de supporters va s’engouffrer dans un projet plutôt flou, dont le général Graham et le sénateur Wallop, nous explique Paul Chapus dans son livre « La France face à l’Initiative de Défense Stratégique de Ronald Reagan (1983-1986) ». Un lobby puissant est en marche. Avec à sa tête celui que certains osent surnommer « Docteur Folamour ». En rappelant qu’il avait accusé Robert Oppenheimer d’être un espion communiste, rappellaient aussi certains (Oppenheimer lui avait préféré son ami Hans Bethe comme assistant, à sa place, et il en était resté meurtri) ! Le projet dispendieux va démarrer sur de fausses bases, en réalité.

Car Teller, par ailleurs unanimement salué pour ses travaux ayant mené à la bombe H, est un homme disons… particulier. Il intrigue, très souvent, pour obtenir ce qu’il veut. « L’esprit de Teller était marqué par la haine viscérale du communisme, et l’avènement de Reagan lui offrait une nouvelle chance de se retrouver au premier plan. Mais il y a une autre interprétation des actions de Teller autres que l’obsession. Teller avait connu le pouvoir et avait développé des stratégies nécessaires pour générer l’action politique. Il exagérait les dangers ou les vertus de projets, souvent sans vergogne. Ses exagérations ont été souvent exposées mais sa réputation et se alliances politiques ont fait qu’il avait été toujours écouté. Comment cela fonctionnait peut être vu dans ce qui s’est passé au début des années 1980 avec l’Initiative de Défense Stratégique (IDS ), connue sous le nom « Guerre des étoiles », et son rôle d’aider à l’éclatement de l’Union soviétique. Le SDI était composé d’un certain nombre de projets visant à produire un bouclier défensif contre les attaques de missiles. Un projet, Excalibur, était basée sur la conversion de l’énergie d’une petite bombe H en de puissants rayons X et des faisceaux laser, qui détruiraient les missiles ennemis dans l’espace. La justification expérimentale était élémentaire pour le moins, mais Teller avait décrit cela comme « un module laser de la taille d’ un bureau » qui produirait « des milliers de faisceaux laser focalisés » qui « pourraient abattre l’ensemble des forces soviétiques de missiles terrestres ». C’était une revendication incroyable, très critiquée par d’autres scientifiques, mais Reagan voulait croire au concept de Teller et son administration l’a adopté comme étant la « vision » du président ». Au départ, c’est un satellite qui doit emporter l’engin. Mais très vite, l’Air Force vient y mettre son grain de sel en déclarant que puisse que cela peut rentrer dans un satellite, cela peut tenir dans un avion. C’est ainsi qu’est né le premier d’entre eux.

En 1973, déjà les militaires avaient fait quelques progrès sur la voie du laser comme arme. Tout d’abord à partir du sol. « Le 13 Novembre 1973, le laser a été utilisé contre un drone Northrop MQM- 33B de 12 pieds de long, une cible aérienne radiocommandée, dans une tentative de frappe aérienne » (nota : il faisait 112 kilos et volait à 320 km/h maxi seulement, mû par un McCulloch de tondeuse à gazon, ici en photo sur son chariot de décollage, car il n’avait pas de roues !). « En effet , le drone a certes été touché, mais pas exactement comme prévu. Le faisceau laser a brûlé à travers le revêtement d’aluminium du drone mais a fait frire son système de contrôle. L’Air Force avait espéré que le faisceau pourrait enflammer le réservoir de carburant du drone. Le lendemain, le laser a agi conformément aux attentes. Le faisceau a trouvé et s’est verrouillé sur la bonne zone du drone, où le réservoir de carburant a été atteint pendant 1,2 secondes, le temps d’élever la température à l’extérieur du réservoir de carburant pour enflammer les vapeurs à l’intérieur. Cette fois, le drone est entré dans une explosion de feux d’artifice avec de la fumée et des flammes. Les deux tests marquaient la première fois que des cibles aériennes avaient déjà été détruites par un laser à haute énergie »

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Un premier balbutiement pour l’arme laser ! « Enhardie par le succès, l’Air Force a décidé que la prochaine étape serait de monter le laser sur un avion, puis d’abattre des cibles tout en volant au-dessus des nuages​​. Plus tôt, en Mars 1972, l’organisation qui gérait le projet, le laboratoire d’armes de l’Air Force, avait obtenu un avion de 15 ans d’âge, un KC-135A, numéro 55-3123, la version militaire du Boeing 707. Une fois qu’il avait été remis au laboratoire d’armes, il avait été re-désigné comme NKC-135A. Cependant, il allait gagner sa place dans l’histoire, sous le nom de laboratoire laser aéroporté ( « Airborne Laser Lab » ou ALL) ». Au dessus de la carlingue, on montera une tourelle orientable, supportant le dispositif d’acquisition et renvoyant un faisceau laser vert de 10,6 microns. Derrière la tourelle se trouve le radar d’acquisition de cible, sous une protection carénée. Le laser proprement dit occupe un bon quart de l’appareil, sinon le tiers. Tout l’équipement de bord fait monter la facture à 3 398 000 de dollars de l’époque, somme déjà bien rondelette !

On ne sait si les techniciens y croyaient ou pas, mais l’acronyme de leur installation à bord laisse quelques doutes : elle s’appele « MIRACL » en effet. « C’est un laser chimique de 3,8 microns appelé MIRACL, d’une puissance continue supérieure à 1 mégawatt qui est testé au dessus dy « High Energy Laser Test Facility » (le HELTF), le centre d’essais de White Sands Range. L’engin (en simulation au sol !) touchera et détruira bien un étage booster d’une fusée TITAN et des drones simulant des missiles de croisière pour la marine américaine ». C’est aussi son système de poursuite qui représentait un net progrès : « un des éléments essentiels du système MIRACL qui ont permis ces performances. outre la source, était le dispositif de visée et de poursuite appelé « SeaLite Beam Director » (SIBD). Ce système. d’un poids de 14 tonnes, permettait de suivre un satellite dans sa trajectoire. La figure montre une vue du système SLBD ». Le laser vert sortait par le centre de la lentille du SLBD, au dessus de l’avion : la tourelle servait à la fois pour viser et pour tirer.

Le principe retenu explique la complexité de l’engin, qui nécessite des fluides et beaucoup d’électricité pour fonctionner, car les premiers lasers consomment énormément pour un très faible rendement (1 à 2% maximum, tout ce qui n’est pas lumière devenant chaleur à évacuer) : « les chercheurs avaient besoin d’une technologie laser qui est apte à générer des centaines de kilowatts ou mégawatts de puissance, et qui a eu un rendement de conversion dans l’ordre des dizaines de pour cent, avant que toute application d’armes soit possible. Au début des années soixante, un certain nombre de physiciens a suggéré qu’il pourrait être possible de pomper un gaz moléculaire pour l’action du laser, par chauffage ou refroidissement rapide. D’autres recherches ont montré que ce refroidissement pourrait être atteint grâce à l’expansion d’un gaz chauffé à travers une tuyère supersonique. En 1966 , une équipe de physiciens et d’ingénieurs travaillant pour Avco Everett a construit et exploité le premier laser à gaz dynamique du monde (GDL), opérant sur un mélange de C02 , de N2 et d’H20. 

En 1970 des sorties de puissance continue de 60 kilowatts ont été générées, et un 1973 un GDL pulsé à fourni 400 kilowatts pendant 4 millisecondes. Il était alors évident que les armes laser à haute énergie étaient aors réalisables. Cette technologie est à la base du laboratoire laser de US Air Force et sous-tend la technologie laser chimique courante utilisée dans le système du YAL -1A » (le successeur de notre KC-135).

Si bien que dedans, dans l’avion, c’est plutôt un cauchemar de plombier et l’équipement optique du laser un scénario catastrophe pour vitrier. Cela sous-entend aussi un compartiment fermé à bord, pour éviter les rejets de gaz nocifs, si bien que l’endroit où est installé le laser est sous-pressurisé de 4% pour éviter que les vapeurs dangereuses ne s’échappent dans le reste de l’avion, car des réservoirs contiennent de l’oxyde nitrique et du CO2 dangereux pour l’homme… et de l’eau, beaucoup d’eau (le laser est en effet un Philips à CO2 – N2 – H2O et il fournit exactement 0,456 mégawatt,

L’électricité étant fournie à bord par les installations électriques de l’appareil (en sortie des quatre réacteurs). Malgré tout l’énergie déployée à en faire un engin qui marche, l’avion laser sera l’objet de défaillances chroniques, ses lentilles étant très sensibles aux poussières notamment, on s’en serait douté à voir le labyrinthe véritable de communication des deux faisceaux lasers créés pour les réunir en un seul et le faire sortir par le dessus du fuselage vers une tourelle qui en prime devait s’orienter sur deux axes…

 
C’est bien un cauchemar volant, utlisant des techniques de laboratoire et non une arme à prendre sur l’étagère pour aller combattre l’ennemi en deux minutes. Un engin qui chauffait énormément, et dont il fallu évacuer la chaleur… par le dessous ! « Les chambres de combustion du système laser fonctionnent à 55 atmosphères de pression, et à une température de 1000 degrés celsius, dans des buses plaquées de nickel, avec une vitesse de sortie de Mach 6 ». Pour évacuer toute cette chaleur, un « orifice d’échappement ventral, à l’avant de l’emplanture de l’aile sous un soute à bombes s’ouvrant comme des portes, utilise un diffuseur de titane ondulé et ventilé au gaz à 465 degrés de température, donnant une poussée de 17 760 Newtons lors de l’utilisation (en somme l’avion avance aussi grâce à ses tirs !).
Le système de carburant de CO2 et de gaz N2O pour soutenir le tir est stocké dans des cuves en acier inoxydable, comme l’hélium liquide et l’azote, avec des réservoirs supplémentaires de refroidissement par eau pour le miroir et les chambres de combustion. Ce laser produit une sortie brute de 456 kilowatts de puissance optique (…) et une sortie du système de visée optique de 380 kilowatts, rapportée dans les documents de 1979. A une distance de 1 km, la densité de puissance délivrée était supérieure à 100 watts/cm2″. L’avion volera par périodes, pendant onze années de suite, pour un bien maigre bilan, effectué lors de son retrait en 1983 : cinq missiles Sidewinder AIM-9 abattus, et un seul drone BQM – 34A Firebee (ici à droite) détruit… pour 3,4 millions de dollars l’avion !!!
On s’était aperçu de la difficulté à viser les cibles, de l’atmosphère turbulente qui perturbait le tir, ou même tout simplement du fait que le choix de fréquence du laser n’était pas le bon, le laser au CO2 étant… réfléchi à 98% par l’aluminium ! On tirait sur des engins volants qui renvoyaient les rayons !!! Pire encore : à travers les nuages, le laser… était inutilisable, son rayon étant rapidement… vaporisé ! Le Boeing numéro 55-3123 surnommé « Millenium Falcon » construit en 1955 était donc sagement remisé après une carrière… catastrophique. Il s’envolait une dernière fois en mai 1988 pour le musée de Wright-Petterson, à Dayton, dans L’Ohio, au « National Museum of the USAF ». La merveille de technologie de 396,890 tonnes avait été battue par… de simples nuages !
On croit le principe terminé définitivement. Reagan est parti lui aussi en 1989, on se dit qu’il est définitivement enterré. Que nenni : revoilà le sujet remis sur le tapis par les militaires, avec un responsable de la Missile Defense Agency, le général Henry « Trey » Obering, qui, en 2006, en inaugurant le nouvel engin déclarera « souhaiter donner aux américains leur sabre laser  » ; si la Guerre des Etoiles de Reagan avait accouché d’une première souris, le film avait fort marqué davantage les esprits ! Le sabre laser volant nouvelle version décroche des crédits faramineux de 1,1 milliard de dollars, de l’argent pour fabriquer un engin beaucoup plus grand (ce sera un 747 cette fois) sur le même principe. Aberrant ! Rien n’a été retenu de l’échec passé ! Le général ajoutant il est vrai « je crois qu’ainsi nous construirons ainsi les forces du bien pour battre les forces du mal »... C’était dire à quoi tenait la construction de cette nouvelle abberration volante, à savoir à une politique essentiellement Bushienne, faite de coups de bluffs médiatiques, car entre temps les nuages n’avaient toujours pas disparu du ciel… Alors on a fait effectivement plus grand, beaucoup plus grand en effet et beaucoup plus cher…. en ne retenant strictement rien des erreurs passées !
Le problème étant toujours le même : pour faire un laser puissant, il faut de la place. D’où un 747 à la place d’un 707. Et comme les russes, qui imitent tout s’y sont mis aussi, plusieurs années auparavant (en 1981) en plaçant leur laser dans le nez de leurs deux Il-76 d’essais, devenus Beriev A-60 (et l’envoyer dormir pour le réactiver plus tard en 1991, puis à nouveau en 2009) les américains vont faire pareil. Non mais ! Au départ, on a vu très large, puisque ce sont pas moins de 7 engins à construire qui ont été décidés. Le premier de la lignée (il deviendra au final le seul !) s’envole pour la première fois le 18 juillet 2002. Tout le fuselage est traversé par un laser chimique de type cette fois à l’iode-oxygène (ou Chemical Oxygene Iodine Laser ou COIL) de 1 mégawatt de puissance, dont le rayon émerge à l’avant via un une lentille de 1,5 m de diamètre, la tourelle orientable de nez pesant à elle seule 7 tonnes. A l’intérieur, ce sont 6 unités de laser qui se réunissent pour ne faire qu’un seul puissant rayon. Bizarrement, ou pour un question d’équilibrage de l’appareil, on les a situés cette fois… à l’arrière de l’appareil, ce qui fait que le rayon fabriqué traverse tout l’avion pour sortir par le nez. Leur emplacement est facile à deviner, vu de dessous : le fond du 747 est perclus d’orifices de refroidissement, recouverts comme pour le modèle précédent d’une plaque de titane. L’engin chauffe encore plus que le précédent, et il vaut mieux évacuer cette chaleur par l’arrière !
Cette fois, c’est tout le fuselage qui est occupé par l’équipement laser, l’équipage se contentant d’une petite partie restreinte derrière le cockpit des pilotes. Très vite, on s’aperçoit que la forte chaleur émise à l’arrière par le fonctionnement des lasers est telle qu’elle rend la trajectoire de l’avion difficile à maintenir, et provoque comme pour le précédent une poussée incontrôlable (à gauche les sorties d’air chaud des 6 lasers, plaque de titane enlevée). Au dessus du fuselage, une boule carrossée contient les détecteurs de départ des fusées à abattre. Les lentilles à l’avant sont toujours aussi complexes, et la tourelle située à l’autre bout des lasers n’aide pas vraiment. Les produits utilisés sont encore plus hautement toxiques encore et réactifs que les précédents (ici leurs évents) et les cuves les contenant ont intérêt à être en résistantes à la corrosion. Les dépenses s’accumulent vite : pour lui apprendre à viser juste, on va lui adjoindre… deux autres Boeing (55-3132 et 63-8050), des KC-135 transformés dont la moitié avant du fuselage est peinte en noir : on les appelera des Big Crows (« gros corbeaux », qui joueront aussi aux espions radars au dessus de l’Irak), l’engin étant lui-même appelé YAL-1A en 2004 par le Département de la Défense US. Dedans, ce n’est plus un cauchemar de plombiers : c’est devenu un Beaubourg volant (une illustration parle sobrement de « système complexe ») ! Et les coûts s’envolent. Deux 747 serviront en effet au projet. En 2001, un vieux 747-200 d’Air India 747-200 avait été acheté a été amené du Mojave Airport à la base d’Edwards pour y subir des modifications à l’Edwards’ Birk Flight Test Center, essentiellement pour tester l’intégration des matériaux et de la longueur du laser interne… mais c’est un deuxième modèle, un 747-400F, qui recevra finalement l’équipement laser final. Une plus grosse bête encore : c’est la version fret du modèle qui peut emporter 568 passagers en version 747-400D (« Domestic ») et voler sur 14,200 km, en cargo.
Le premier tir ayant lieu en 2004, deux ans après son premier vol. Les essais dureront plus de huit ans, avec parfois des annonces de propagande sur des missiles dont un Scud atteint, parait-il. Craché, juré. Mais on ne sait pas à quelle distance exactement (à 80 km seulement, il paraît !). Pas un seul cliché ne sortira du Pentagone sur l’intérieur de la bête. Lors des essais, on s’apercevra que les nuages étaient toujours-là (étonnant, hein, personne n’y avait fait attention au Pentagone !) et qu’il faudrait un laser 30 fois plus puissant pour essayer d’attaquer l’aluminium des fusées en train de décoller à 300 km de là comme promis (vu que l’engin ne peut rien faire quand elles sont déjà en train de retomber !). Soit essayer de caser 180 unités laser à bord grosses chacune comme un 4×4 de trois tonnes (cela fait 540 tonnes à transporter, sans parler des liquides pour les alimenter !), à bord d’un improbable bidule volant (et je ne vous dit pas le refroidissement ni l’électricité nécessaires !).
Le 6 avril 2009,  Robert Gates met fin à ses souffrances et annule pour la deuxième fois un programme d’avion laser, avant même qu’en août de la même année il réalise son premier tir réussi (il n’en fera que… deux, le Pentagone ne montrant que le pâle cliché ici à gaucherélisé en infra-rouge). Lorsqu’on ira le reconduire dans le désert, la honte passée, en 2011, une fois le programme annulé, on pourra admirer sur le bord de sa verrière de cockpit des signes laissés par son équipage. Huit fusées indiquées comme « touchées » (et pas détruites !) et deux dessinées brisées (et donc explosées). En près de 10 ans de carrière, le fameux « sabre lumineux volant du XXI eme siècle » n’avait seulement abattu… que deux fusées ! Et encore. Le premier test « réussi » avait consisté à « tirer vers le sol sur un avion fixe à quelques centaines de mètres de l’appareil » avaitrévélé en 2008 la presse...
Cette histoire d’avion laser n’est donc pas qu’une simple lubie de militaire : c’est aussi l’attitude de scientifiques désireux d’obtenir des subsides pour des recherches militaires, pour entretenir leurs laboratoires et les emplois de chercheurs (à gauche le laser Nova du Lawrence Livermore National Laboratory, de recherche sur la fusion qui sera testé de 1984 à 1989… sans succès) !!! Un des proches collaborateurs d’Edward Teller, Roy D. Woodruff  peut s’en mordre les doigts ; il était rapidement entré en conflit avec lui au sujet du projet Excalibur, selon lui irréalisable (devenu le « sabre lumineux » visiblement en 1994 !), mais alors supporté par les trois grands centres de recherche que sont toujours Livermore, Los Alamos et Sandia. Teller avait fait le forcing auprès de Reagan, en écrivant à tous les responsables de l’administration pour les inciter à ne pas approuver les accords qui pourraient bloquer son développement : « le 28 décembre, Teller a écrit à Paul H. Nitze, conseiller principal du contrôle des armements du Département d’Etat, qu’un seul Super Excalibur laser, « un module laser de la taille d’ un bureau » produirait des milliers de rayons lasers focalisés qui « pourraient abattre l’ensemble des forces soviétiques de missiles terrestres ». il a ajouté qu’il pourrait tirer  » autant que100 000 rayons orientables indépendamment ,  »chacun étant mortel, même pour un objet solide éloigné en vol « . Le même jour, Teller a écrit Robert C. McFarlane, alors conseiller à la sécurité nationale du Président, en disant que le Super Excalibur pourrait être construit  » en à peine trois ans.  » Teller a reconnu plus tard que son motif était  » d’essayer de prévenir l’apparition accidentelle, dans un éventuel futur accord avec les sovietiques, des limitations qui pourraient entraver notre travail  ». Woodruff était outragé. Dans un projet de lettre à Nitze, Woodruff a taxé Super Excalibur « de pas impossible, mais très improbable ». Mais comme auparavant, sa tentative de remettre sa clarification écrite a été bloquée par Batzel (le directeur du laboratoire). Le directeur du laboratoire n’a pas permis à Woodruff d’aller rencontrer Nitze à Washington. Et Woodruff a été incapable d’obtenir une rencontre avec McFarlane ». C’est Woodruff qui avait raison : ce n’était pas faisable ! Et cela faisait des années qu’il l’avait prédit !
Car Teller  avait largement triché, pour imposer ses vues  : « perturbé par les objections de Woodruff et d’autres du laboratoire, Teller et Wood, dans leur lobbying ont procédé avec enthousiasme. C’était la saison idéale pour vendre « Star Wars » (le surnom du programme de Reagan), et tout ce qui faisait que le programme semblait plus réalisable a été envoyé aux décideurs, qu’ils soient dans le Congrès, les médias ou l’électorat en général. Le Super Excalibur de Livermore était le point culminant de cette campagne en Technicolor à la Buck Rogers. Mais il y en a eu d’autres de la série, de ce Woodruff appelle « ceux que l’on peut faire plier » comme manifestations. « Ils ont pris un laser chimique et ont montré à la télévision un booster de fusée exploser, pour le public », se souvient Woodruff. « Ils ont pris un morceau d’aluminium et l’ont mis en face d’un rayon laser il a et brûlé un trou dedans. » Woodruff a jugé que ces manifestations étaient plutôt un moyen d’impressionner que d’éclairer les législateurs et le public. Mais ça a marché, et l’argent pour « Star Wars » a coulé. L’influence de Teller a canalisé une bonne part de cet argent dans le laboratoire de Livermore. » Le premier avion laser, calamiteux était bien dû aux manigances d’Edward Teller. Celui qui s’était fait l’avocat de dossiers déments, comme les projets Plowshareet Chariot qui consistaient à creuser des ports à grands coups d’explosion nucléaires en Alaska, ou qui critiquera sévèrement les opposants à Three Mile Island, lorsque la centrale divergera dans ce qui aurait pu devenir un Tchernobyl avant l’heure (le cœur d’un réacteur ayant en effet fondu). Deux mois avant sa mort, en 2003, G.W.Bush lui accordera la Presidential Medal of Freedom, la plus haute disctinction civile américaine.

L’avion laser était un projet dément. Celui du docteur Folamour. Personne parmi ces scientifiques ne s’était aperçu entre temps de l’abberration volante, construite à deux reprises à 13 ans d’intervalle, qui aurait dû voler constamment en attendant le déclenchement d’un missile, ou pensé que ces derniers, recouverts d’un simple matériau ablatif auraient pu résister à l’échauffement du laser, ou bien que la distance donnée de tir de 300 km n’a jamais été réalisée en essais, ou bien encore que ces satanés nuages ou la simple humidité de l’air affaiblissaient tout bêtement considérablement l’énergie du laser. On évoquera en effet pour sa retraite le rôle de la « turbulence atmosphérique » qui l’avait paraît-il « gêné » ; la même raison qui avait envoyé son prédécesseur au musée ! A croire que ces inventeurs n’avaient jamais vu le ciel californien de leur vie (c’est vrai qu’il y a peu de nuages là-bas, mais quand même !) ! D’aucuns ont affirmé qu’à bord il y avait assez de produits corrosifs pour effectuer une vingtaine de tirs, pour certains c’est à peine la moitié, ce qui aurait nécessité de se poser pour recharger en cas d’attaque massive, ce qui lui aurait pris des heures, où il aurait été vulnérable au sol. On avait oublié que pour aller abattre les fusées Scud iraniennes, il aurait dû s’approcher de la frontière du pays ou carrément entrer dedans étant donné sa faible portée…

Il aurait fallu en tout cas toute une flotte d’avions lasers pour constituer une défense efficace, volant 24h sur 24 comme au temps du SAC. Sans parler d’avoir à protéger un engin aussi visible dans le ciel par une autre flotte d’appareils ! Un avion hors de prix dans tous les sens du terme : l’heure de vol du monstre était estimée à 92 000 dollars, qu’il tire ou pas ! A une époque ou le pétrole se fait de plus en plus rare, la décision de construire deux fois de suite cette imbécillité ailée est tout simplement sidérante ! Après 16 ans au total de développement, le projet avait englouti pour le seul deuxième appareil 6 milliards de dollars !!! Depuis, au cimetière des avions ratés, on lui a déjà enlevé les moteurs, après avoir démantelé son laser interne. Il est devenu une coquille vide, comme le projet qu’il incarnait.

Epilogue de l’histoire ? Non, pas encore, car la saga du laser volant est véritablement sans fin. On apprenait fin octobre 2013 que la DARPA avait rmis ça sur le tapis : « dans le cadre du projet Endurance (ils sobstinent !), Northrop Grumman a obtenu un contrat 14,6 millions de dollars et Lockheed Martin a reçu 11,4 millions pour développer des armes laser pour protéger les aéronefs avec et sans pilote. Le Projet Endurance a été inclus dans le budget de l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA) pour son exercice 2014″… un projet directement issu de celui d’Excalibur écrit Defense Tech :
« Endurance est né du programme Excalibur de la DARPA dans lequel les ingénieurs ont travaillé à « développer les technologies des multi-éléments optiques cohérentes pour permettre des armes à laser évolutives qui sont 10 fois plus légers et plus compact que les systèmes laser de produits chimiques de haute puissance existants », selon un communiqué de la DARPA. La recherche sur les lasers a avancé à un tel point l’armée se sent prête à les installer à bord des avions et de les utiliser comme un système de défense clé. Bien sûr, ce n’est certainement pas la première fois que l’armée a essayé de construire des armes laser sur des avions. 
 Il y avait le malheureux programme d’Airborne Laser qui a été conçu pour abattre des missiles balistiques. Toutefois, l’ancien secrétaire à la Défense, Robert Gates, a fini par arrêter les tirs quand il a tué le programme, avec d’autres, qu’il jugeait irréaliste et trop cher ».  « Le jour sans fin » de l’US Air Force recommence donc… car les nuages sont toujours là, même si les engins ont réduit en taille…. pour « juste 26 millions » de plus note un site sarcastique .On rêve déjà ainsi à la 6eme généraion d’avions alors que la 5eme n’est pas encore en place !A peine le Yal-1 démonté, en effet ; d’autres militaires US ont déjà recyclé son laser : la Navy à mis le grappin dessus. On en parlera une autre fois, je pense. Un amiral attentif au progrès, l’amiral Matthew Klunder, a au moins compris quelque chose et émis quelques remarques de bon sens sur leur usage : « les lasers pourraient ne pas fonctionner correctement, voire pas du tout, avec la pluie ou le brouillard, empêchant les lasers d’être une solution tout-temps », avait-t-il déjà indiqué dans un rapport publié le 14 Mars 2013.

Une conclusion s’impose:

les américains ne souhaitent faire la guerre que les jours de beau-temps!

Dans ce cas, ils sont bons pour ressortir les chemises hawaïennes de Mash,

 

cet autre film prophétique…

 

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Bon comme un citron bien rond !

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