Quatre jours après la bousculade meurtrière au hajj, le ton monte entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite.
Cette dernière accuse Téhéran de chercher à « politiser » le pèlerinage musulman de La Mecque.

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Voilà qui ne va pas arranger les relations entre Ryad et Téhéran, qui se sont encore dégradées ces dernières années avec la crise syrienne, la guerre au Yémen, et plus récemment avec l’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran et les grandes puissances.

La République islamique d’Iran a exigé ce dimanche « des excuses » du royaume saoudien, après avoir demandé en vain d’être associée à l’enquête sur la tragique bousculade qui a coûté la vie à 769 pèlerins, dont au moins 155 Iraniens, jeudi près de La Mecque.

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Des centaines de manifestants à Téhéran.

Des centaines de personnes ont manifesté dimanche devant l’ambassade d’Arabie saoudite à Téhéran. Encadrés par d’importantes forces de police, plus nombreuses qu’eux, 300 à 400 manifestants ont scandé des slogans hostiles à la famille régnante des Al-Saoud à Ryad, les qualifiant de « traîtres ».
Des tomates et des pastèques ont également été lancées contre les murs de l’ambassade.

Répondant aux critiques de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères saoudien Adel Al-Jubeir avait répliqué ce samedi que « les Iraniens auraient mieux à faire que d’exploiter politiquement une tragédie qui a touché des gens qui observaient leurs rites religieux les plus sacrés ».
Embarrassées par le drame, le plus tragique à endeuiller le hajj depuis 25 ans, les autorités saoudiennes tardent à rendre les résultats de l’enquête sur cette bousculade, survenue quelques jours après la mort de plus de 100 pèlerins dans l’effondrement d’une grue sur la Grande mosquée de La Mecque.

« Le sort et le destin sont inévitables »

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Alors que des responsables saoudiens ont attribué la tragédie survenue sur le site du rituel de Satan à un manque de discipline des pèlerins, le grand mufti du royaume, cheikh Abdel Aziz Al-Cheikh, a dédouané son pays de toute responsabilité. « Le sort et le destin sont inévitables », a-t-il expliqué.

« Les dirigeants saoudiens, au lieu de renvoyer la balle, devraient présenter des excuses à la communauté musulmane et aux familles endeuillées », a répliqué Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
Le président iranien, Hassan Rohani, a pour sa part demandé aux Nations unies « de rappeler au gouvernement saoudien ses devoirs », lors d’une rencontre à New York avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

Internationaliser le hajj?

En Turquie, un dirigeant du parti islamo-conservateur au pouvoir a proposé que son pays organise le hajj.
« Les lieux saints de l’islam appartiennent à tous les musulmans » a-t-il argué.
Des propos dont le président Recep Tayyip Erdogan s’est désolidarisé.

« C’est une campagne concertée de diffamation contre l’Arabie Saoudite par ses ennemis », a répondu ce dimanche l’expert Rasheed Abou-Alsamh dans le quotidien Arab News, qualifiant de « ridicules » les appels à internationaliser les Lieux saints.

Bousculade à La Mecque: le bilan s'alourdit à 769 morts et 934 blessés

Un autre analyste saoudien, Abdallah al-Otaibi, a été plus direct:
« l’idée d’internationaliser le hajj relève, depuis des années, de la propagande iranienne, rejetée par les musulmans ».
Historiquement, il y a une seule partie qui a toujours cherché à perturber le hajj: la République islamique », a-t-il ajouté ce dimanche dans le quotidien Asharq Al-Awsat.

Une vue aérienne de la Grande Mosquée et du Kaaba, La Mecque, septembre 2015.

La majorité des pèlerins ont déjà quitté, selon les médias saoudiens, la vallée de Mina, le théâtre du drame.

Arabie saoudite: les pèlerins achèvent les rites du hajj, le plus tragique en 25 ans

Les pèlerins achèvent les rites du hajj, le plus tragique en 25 ans.

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Des centaines de milliers de fidèles musulmans, encadrés par un dispositif de sécurité renforcé, achevaient samedi le dernier rituel du grand pèlerinage de La Mecque, deux jours après la pire tragédie à endeuiller ce rassemblement annuel depuis 25 ans.

Jeudi, 769 pèlerins de différentes nationalités ont été tués et 934 blessés dans une bousculade sur le site de la lapidation des stèles à Mina près de La Mecque, selon un dernier bilan officiel, Ryad se trouvant depuis sous le feu des critiques pour une organisation du hajj jugée défaillante.

Un autre drame avait touché des fidèles musulmans le 11 septembre, moins de deux semaines avant le début du grand pèlerinage, quand plus de cent d’entre eux avaient péri dans la chute d’une énorme grue sur la Grande mosquée à La Mecque, premier lieu saint de l’islam.

Samedi, dès les premières heures de la journée, des groupes de pèlerins se relayaient sur le site de la lapidation à Mina pour la fin du rituel consistant à jeter des cailloux sur trois stèles symbolisant Satan.

Les déplacements de la foule étaient canalisés par un grand nombre de forces de sécurité, pour éviter de nouveaux incidents.

Les autorités saoudiennes n’ont pas encore établi la liste des victimes par nationalité et de nombreux pèlerins sont toujours confrontés à la pénible tâche d’essayer de retrouver des proches, morts ou vivants.

« Nous n’avons ni dormi, ni mangé depuis la tragédie. Nous courons à pied d’un hôpital à l’autre », raconte une femme qui est sans nouvelles de son frère, porté disparu. « Nous avons donné son nom et sa photo aux hôpitaux ».

– « Le sort et le destin » –

Le commandant des forces de sécurité en charge du hajj, le général Abdel Aziz al-Souly, a affirmé que l’enquête sur la bousculade prendrait du temps, ajoutant qu’« un rapport détaillé et complet » serait soumis au roi Salmane.

L’Iran, qui a payé le prix fort dans le drame avec 136 morts et 344 disparus, a vivement mis en cause l’Arabie saoudite, son rival régional, et dénoncé son manque de coopération. Il a convoqué le chargé d’affaires saoudien à Téhéran trois fois en trois jours.

De New York, le président iranien Hassan Rohani a appelé à une enquête sur « les causes » de cet « incident déchirant ».

Mais pour le grand mufti d’Arabie saoudite, cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, la bousculade était hors du contrôle humain.

« Vous n’êtes pas responsable de ce qui s’est produit (…) Vous n’avez pas à être blâmé. Le sort et le destin sont inévitables », a-t-il dit à l’adresse du prince héritier et ministre de l’Intérieur, Mohamed Ben Nayef, qui préside également la commission du hajj.

Abdallah al-Cheikh, président du Conseil consultatif, dont les membres sont désignés par le gouvernement, a quant à lui estimé que les pèlerins devraient respecter « les règles et les dispositions mises en place par les forces de sécurité » pour « préserver leur vie (…) ».

– « Sauver sa peau » –

Des pèlerins ont expliqué la bousculade par la fermeture d’une route à Mina, une ville de tentes blanches érigée près du site de la lapidation, et la mauvaise gestion par les forces de sécurité du flux des fidèles.

« J’espère que les organisateurs tireront les leçons pour le hajj de l’année prochaine », a dit Abdelmahmoud Ibrahim, un pèlerin de 52 ans sous un soleil de plomb.

L’un des survivants de la bousculade a dit qu’il ne remettrait plus les pieds à La Mecque sauf « si des améliorations sont faites » sur le site de la lapidation.

Décrivant une totale confusion le jour du drame, ce rescapé, Abbas Tijani, pèlerin nigérian de 57 ans, a parlé d’une « lutte pour survivre ». « Chacun tentait de sauver sa peau (…) Il y avait plein de gens par terre » et les indications de policiers n’ont fait qu’empirer la situation, a-t-il raconté depuis son lit d’hôpital.

Achevant le rituel de lapidation, le dernier du hajj, la plupart des pèlerins ont pris le chemin du retour pour rentrer dans leur pays après avoir procédé à des circonvolutions autour de la Kaaba, à la Grande mosquée à La Mecque.

La route entre Mina et La Mecque, distantes de quelques kilomètres, était bouchée par les voitures et les bus sur les toits desquels étaient agglutinés les pèlerins.

Près de deux millions de fidèles, dont 1,4 million venus de l’étranger, ont participé cette année au hajj, l’un des cinq piliers de l’islam que tout fidèle est censé accomplir au moins une fois dans sa vie s’il en a les moyens.

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