Grâce au concours d’un ex-photographe de la police militaire syrienne, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour «crimes de guerre».

Cette photographie fait partie d’un ensemble de 54 000 clichés de 11 000 détenus morts sous la torture et les privations dans un «centre» du régime de Bachar al-­Assad.

Cette photographie fait partie d’un ensemble de 54 000 clichés de 11 000 détenus morts sous la torture et les privations dans un «centre» du régime de Bachar al-­Assad.

Publiés il y a quelques années, les rapports minutieux d’Amnesty International et de Human Rights Watch avaient montré à quel point le régime syrien pratiquait la torture de la façon la plus systématique, la plus organisée et la plus effroyable. Ce n’était d’ailleurs nullement une surprise : on savait, notamment par la lecture des écrivains exilés et par des témoignages de survivants, combien elle hantait l’inconscient collectif syrien.

Mais cette cruauté absolue, un homme allait la dévoiler, la montrer au grand jour : un ex-photographe de la police militaire syrienne qui s’était enfui de Syrie en juillet 2013, en emportant 54 000 photographies de corps broyés et mutilés.

«Bureaucratie de l’horreur»

C’est cet homme, dont le pseudonyme est César, qui a permis de dire l’indicible sous la forme d’images qu’il a lui-même prises lorsqu’il travaillait dans l’un des 24 centres de tortures de Damas et de sa région. Les 54 000 clichés qu’il a emportés dans une carte mémoire sont ceux de 11 000 détenus morts sous la torture et les privations. Des clichés qui témoignent d’une telle cruauté que David Crane, l’ex-procureur général du tribunal spécial pour la Sierra Leone et aujourd’hui principal enquêteur d’un rapport sur la torture en Syrie, avait déclaré qu’ils nous obligeaient «à croire l’incroyable».



C’est notamment sur la base de ce témoignage que le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête préliminaire pour «crimes de guerre» visant le régime de Bachar al-Assad, pour des actes perpétrés en Syrie entre 2011 et 2013. Le Quai d’Orsay en est à l’initiative au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige toute autorité publique à transmettre à la justice les informations qu’elle possède si elle a connaissance d’un crime ou d’un délit quel qu’il soit.

«Face à ces crimes qui heurtent la conscience humaine, à cette bureaucratie de l’horreur, face à cette négation des valeurs d’humanité, il est de notre responsabilité d’agir contre l’impunité de ces assassins», a insisté le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Epée de Damoclès

Si César a pu prendre ces 54 000 photos de victimes, c’est qu’elles sont, pour le régime, l’équivalent d’un certificat de décès. Et s’il ne craint pas de montrer ces corps effroyablement brisés, affamés et déchirés par les tortures, la chair brûlée, les yeux crevés, c’est que, soulignait aussi David Crane, «à aucun moment, le régime a pensé qu’on allait lui demander des comptes». Pendant deux ans, César a donc pu détourner, via la carte mémoire de son appareil, des milliers de clichés jusqu’au moment où les soupçons ont commencé à naître. Il a pu alors être exfiltré par l’opposition.

Néanmoins, l’instruction pénale intervient bien tard — quatre ans et demi après le début de la féroce répression des révoltes contre Bachar al-Assad. Et elle semble venir à l’appui de l’offensive diplomatique que mène actuellement Paris contre le régime Assad et militaire contre l’Etat islamique en Syrie, dont Damas a facilité l’émergence.

«C’est vrai que la procédure judiciaire est intégrée dans la politique française, souligne Patrick Baudouin, président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), mais il faut remarquer qu’elle bénéficie de matériaux exceptionnels en matière de preuves d’exactions. Peut-être que ce rapport [celui de César, ndlr], qui est d’une précision absolue, permettra des audiences à l’extérieur de la Syrie et peut-être que l’on trouvera, grâce aux photos, une victime qui a la double nationalité, française et syrienne, Il faut donc avant tout se féliciter de cette enquête.» «Dans les mois et les années qui viennent, elle est une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Bachar al-Assad et de son régime», ajoute-t-il.

Le général iranien Soleimani vole au secours de Damas.

En réponse à une coalition de partis islamistes, qui veut s’emparer de la capitale syrienne, le chef des opérations étrangères des gardiens de la révolution a annoncé une «surprise». Sans doute un engagement massif de Téhéran aux côtés des forces d’Al-Assad.

Qassem Soleimani, le commandant de l'unité des «gardiens de la révolution» (pasdaran) chargée des opérations extérieures.

Qassem Soleimani, le commandant de l’unité des «gardiens de la révolution» (pasdaran) chargée des opérations extérieures.

Il a promis «une surprise» à venir bientôt sur le théâtre d’opérations syrien. Mais il s’est gardé de dire laquelle. Comme le général Qassem Soleimani est l’un des officiers iraniens les plus gradés – il est major général –, qu’il dirige la force Al-Qods – la division spéciale du corps des pasdaran (gardiens de la révolution) chargée des opérations militaires et du renseignement à l’extérieur de l’Iran –, qu’il est présent depuis des mois sur les fronts irakien et syrien et a été élu homme de l’année par le site iranien d’informations Khabaronline.ir (conservateur modéré) après un sondage, son effet d’annonce est pris au sérieux par les états-majors à Paris, Riyad, Ankara ou Washington.

«Dans les jours qui viennent, le monde va être surpris par ce que nous préparons, en coopération avec les chefs militaires syriens», a-t-il simplement déclaré, cité mercredi par la radiodiffusion de la République d’Iran. Cette «surprise» sera-t-elle l’engagement massif de Téhéran aux côtés des forces loyalistes, à l’heure où le régime de Bachar al-Assad apparaît de plus en plus épuisé par quatre années de guerre et incapable de reprendre l’offensive pour récupérer les villes qu’il a perdues dernièrement – Idlib, Jisr al-Choughour, Palmyre, pour ne citer que les principales ?

7 000 combattants déjà arrivés sur place.

Mais l’inquiétude, c’est aussi Damas. L’Armée de la conquête, une coalition de partis islamistes dirigés par Ahrar al-Cham et le Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaeda, a annoncé que c’était son prochain objectif.

Selon un membre des services de sécurité syriens cités par l’AFP, ce sont déjà «7 000 combattants iraniens et irakiens qui sont arrivés ces dernières semaines en Syrie pour la défense de la capitale». «Le plus important contingent est irakien.
Le but est d’arriver à 10 
000 hommes pour épauler l’armée syrienne et les milices pro gouvernementales, d’abord à Damas, et dans un second temps pour reprendre Jisr al-Choughour, car c’est le verrou vers la côte méditerranéenne et la région de Hama au centre du pays»,
a ajouté la même source, sous couvert d’anonymat.

Reste qu’il est difficile de savoir ce qui rélève ou non de la guerre psychologique que livrent l’Iran comme d’ailleurs ses adversaires.

«Ce qui est sûr, c’est que Téhéran a envoyé aussi des centaines de combattants afghans hazâras [une ethnie chiite employée comme main d’oeuvre bon marché en Iran, ndlr]. I
ls sont déployés à Alep et Damas, sous la bannière de de la Brigade des Fatimides»
,
souligne le chercheur et politologue Ziad Majed.
«Ce qui est certain aussi, c’est que des milliers de volontaires chiites irakiens sont arrivés dans la région de Damas. Eux sont surtout positionnés autour des mausolées chiites de la capitale»,
ajoute-t-il.

Il faut encore prendre en compte quelque 2 000 hommes du Hezbollah, venus en renfort dans le Qalamoun, près de la frontière libanaise, ce qui porterait au total le nombre des combattants de la milice chiite libanaise à 8 000 – on estime le nombre des pertes du Hezbollah entre 800 et 1 200 depuis 2012.

D’ores et déjà, c’est Téhéran, en particulier le général Souleimani, qui semble diriger les opérations militaires en Syrie.

Barils d’explosifs.

On a pu ainsi le voir dans la région de Lattaquié, au cœur du «réduit alaouite», où le régime viendrait se réfugier s’il perdait Damas. Il semble que Téhéran n’ait guère apprécié la façon dont les généraux syriens conduisent la guerre, en particulier l’offensive menée en février contre la métropole septentrionale d’Alep, qui avait échoué à couper l’approvisionnement des rebelles. La stratégie iranienne diffère de celle de Damas en ce qu’elle préfère contrôler moins de territoires mais bien les contrôler.

En avril, c’était déjà Qassem Soleimani, un vétéran de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et de la guerre de la République islamique contre les Kurdes, qui conduisait les opérations militaires ayant permis de reprendre la ville de Tikrit en Irak.

Pour le moment, c’est la localité de Hassaké que le régime syrien et Téhéran voudraient sauver. Les jihadistes de l’Etat islamique (EI) y livraient ce vendredi de violents combats pour tenter de s’emparer de cette importante capitale provinciale. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), l’armée loyaliste ne cesse de larguer des barils d’explosifs sur les territoires tenus par les insurgés, tuant en quarante-huit heures près de 100 civils, dont 20 enfants.

La chute d’Hassaké donnerait à l’EI le contrôle d’une deuxième capitale provinciale après celle de Raqqa (nord), devenue son quartier général en Syrie.

Jean-Pierre Perrin.

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