Le centre de la capitale burkinabé, Ouagadougou, est le théâtre d’une attaque terroriste, revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

Dans la soirée du vendredi 15 janvier, des assaillants, dont le nombre est incertain, se sont retranchés avec des otages dans les étages supérieurs de l’hôtel Splendid après avoir mitraillé les terrasses de restaurants alentour. Plusieurs assauts des forces de sécurité locale ont eu lieu dans la nuit et la matinée.

Vers 9 h 30 (heure de Paris) le ministère de l’intérieur burkinabé, Simon Compaoré, a indiqué que les assauts étaient terminés sur le Splendid et le restaurant Cappuccino, mais qu’un autre assaut était en cours sur l’hôtel Yibi, situé en face du Splendid. Le directeur du principal hôpital de Ouagadougou a, lui, fait état d’un premier bilan global d’au moins
« une vingtaine de morts ».
Une source sécuritaire a fait état « d’au moins 23 morts de 18 nationalités » .

Vendredi soir, les assaillants ont mitraillé le Taxi-Brousse et le Cappuccino et incendié des véhicules qui ont explosé avant de se retrancher dans l’hôtel Splendid, dont le lobby a par la suite pris partiellement feu. Des contrôles de sécurité étaient en place à l’entrée, mais n’ont pu empêcher l’irruption des assaillants vers 19 h 45, quand des tirs nourris et des détonations ont éclaté.

L'hôtel Splendid est le principal théâtre de l'attaque de vendredi 15 janvier à Ouagadougou.
L’hôtel Splendid est le principal théâtre de l’attaque de vendredi 15 janvier à Ouagadougou. CRÉDITS : GOOGLE MAPS

Un témoin a raconté que trois hommes encagoulés se sont introduits en début de soirée dans l’enceinte de l’hôtel, situé sur l’avenue Kwame N’Krumah une des principales artères de la ville. Le Splendid, qui compte 147 chambres, est fréquemment utilisé par des Occidentaux et par du personnel des agences onusiennes.

Le nombre exact de personnes présentes lors de l’attaque n’a pas été communiqué, mais, selon nos informations, le lieu devait être bondé : une réception de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) s’y déroulait. Le ministre de la fonction publique burkinais se trouvait dans l’établissement. Il a pu être libéré.

  • Un bilan lourd et encore provisoire

La nationalité des victimes et des otages n’a pour le moment pas été précisée, pas plus que le nombre d’otages qui pourraient encore être aux mains des terroristes. Le ministre de l’intérieur burkinais a indiqué, samedi 16 janvier au matin, que « 126 personnes, dont au moins 33 blessées, ont été libérées et 3 djihadistes tués ».
Il a également évoqué la mort d’au moins dix personnes sur la terrasse du café-restaurant Cappuccino, situé en face de l’hôtel Splendid.

Le ministre des affaires étrangères burkinabé, Alpha Barry a indiqué qu’il y avait « des victimes » dans l’attaque du Splendid. L’employé d’un des cafés cité par l’Agence France-Presse parle de « plusieurs morts » dans les deux restaurants.

Le directeur du principal hôpital de Ouagadougou a, lui, fait état d’un premier bilan global d’au moins « une vingtaine de morts ».
Il a cité une blessée selon laquelle il y avait parmi les morts « plus de Blancs que de Noirs ».

Des pompiers français assistent un blessé à proximité de l'hôtel Splendid, à Ouagadougou, le 15 janvier 2016.Des pompiers français assistent un blessé à proximité de l’hôtel Splendid, à Ouagadougou, le 15 janvier 2016. CRÉDITS : NABILA EL HADAD / AFP

  • La France et les Etats-Unis en soutien.

Selon un journaliste de l’ AFP, des tirs nourris ont commencé à se faire entendre samedi vers 5 heures locales (6 heures à Paris). Des échanges de tirs ont été entendus entre forces de sécurité et djihadistes au café-restaurant Cappuccino. Précédemment, les échanges de coups de feu étaient sporadiques.

François Hollande a dénoncé "l'odieuse et lâche attaque qui frappe Ouagadougou" indiquant que  "Les forces françaises apportent leur soutien aux forces Burkinabé".François Hollande a dénoncé « l’odieuse et lâche attaque qui frappe Ouagadougou » indiquant que « Les forces françaises apportent leur soutien aux forces Burkinabé ». CRÉDITS : AHMED OUOBA / AFP

Un QG a été établi à proximité de l’établissement afin de coordonner les opérations. L’électricité aux abords du lieu a été coupée.

Samedi matin, François Hollande, qui a dénoncé « l’odieuse et lâche attaque qui frappe Ouagadougou », a précisé que « les forces françaises apportent leur soutien aux forces Burkinabé ».
A Paris, le ministère des affaires étrangères a donné des précisions sur le nombre de Français présents dans le pays : ils sont 3 915 à être enregistrés dont 3 034 à Ouagadougou, selon le porte-parole du Quai d’Orsay.

Les forces spéciales françaises sont épaulées par des militaires américains, indique un officiel à Washington, cité par l’agence AP. Le Pentagone a par ailleurs confirmé l’appui des Etats-Unis : « La France a réclamé un soutien immédiat ISR (surveillance aérienne, souvent assurée par des drones) et nous sommes en train de le mettre en œuvre », a détaillé un responsable de la défense.

  • Revendication d’AQMI

L’agence de presse indépendante Alakhbar écrit qu’un membre d’AQMI lui aurait, de son côté, affirmé que « trente croisés » avaient été tués.
AQMI a revendiqué l’attaque de Ouagadougou, précisant que l’attaque est menée par le groupe djihadiste Al-Mourabitoune.

Cette attaque survient un peu moins de deux mois après celle de l’hôtel Radisson Blu à Bamako, au Mali. Vingt-et-une personnes avaient été tuées dans une prise d’otages revendiquée par le même mouvement, Al-Mourabitoune, mené par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar.

  • Le Burkina jusqu’alors épargné.

L’événement est inédit dans la capitale burkinabé, même si le pays, membre du « G5 Sahel » consacré notamment à la lutte antiterroriste et « point d’appui permanent » de l’opération française Barkhane, a déjà été la cible d’opérations djihadistes.
L’armée du pays a par ailleurs précisé dans la soirée de vendredi que le nord du territoire, près de la frontière avec le Mali, avait été la cible d’une première attaque dans la journée. Le« bilan provisoire » est de « deux morts, un gendarme et un civil, et deux gendarmes blessés, dont un grave ».


L’attaque d’AQMI à Ouagadougou : la fin de l’exception burkinabé face au terrorisme.

L’attaque menée dans la nuit de vendredi 15 au samedi 16 janvier, revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, constitue un défi pour le pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré.

Elu le 29 novembre 2015, le nouveau chef de l’Etat espérait sans aucun doute un climat plus serein pour faire oublier une transition souvent chaotique ouverte après la chute de Blaise Compaoré, un an plus tôt, contraint de fuir le pays devant des manifestations populaires contestant sa volonté de prolonger son « règne » déjà long de vingt-sept années.

Beaucoup d’observateurs s’attendaient à ce que le Burkina, après le Niger et le Mali voisins, soit la cible des djihadistes. Au temps de Blaise Compaoré, médiateur dans de nombreuses crises régionales et notamment pour le règlement de prises d’otages d’Occidentaux au Sahel, le pays était épargné. Mais depuis quelques mois, plusieurs événements laissaient penser que l’on s’approchait de la fin de cette exception régionale.

En avril 2015, le chef de la sécurité roumain de la mine de manganèse de Tambao (nord) a été enlevé, une action revendiquée, déjà, par Al-Mourabitoune, une filiale d’AQMI. On est sans nouvelles de lui depuis. Vendredi, soit quelques heures avant les événements de Ouagadougou, une autre attaque avait eu lieu dans le nord du pays, près de la frontière malienne, au cours de laquelle un gendarme et un civil avaient été tués, sans que l’on sache si ces violences sont liées.

Un pays clé dans la lutte antiterroriste française au Sahel

AQMI ne peut considérer le Burkina que comme un ennemi. Ce petit pays enclavé d’Afrique de l’Ouest est en effet un « point d’appui permanent » de l’opération militaire française Barkhane destinée à combattre les actions des djihadistes au Sahel. Des militaires burkinabés ont également été déployés au Mali – à Tombouctou, notamment – dans le cadre de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma).

Cette opération a été lancée en 2011, dans le sillage de l’intervention française Serval, pour sécuriser ce pays alors contrôlé en partie par des indépendantistes touaregs et des groupes djihadistes affiliés pour certains à Al-Qaida.

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