Dans une interview accordée à Clique, Florence Foresti a fait savoir qu’elle détestait la musique de Booba. Le lanceur de buzz a saisi la perche tendue par l’humoriste, ne tardant pas à lui répondre sur son compte Instagram. Booba un, « Floflo » zéro.

Et un bad buzz pour la comique Florence Foresti, un : dans une interview accordée à Mouloud Achour pour son site « Clique« , la brune à burnes se hasarde à émettre une opinion négative sur Booba et PNL, deux des artistes rap qui ont marqué l’année (et même la décennie, en ce qui concerne le premier).

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ET ALORS ? On a bien le droit de ne pas aimer tel ou tel, où pourrait être le problème ? Attendez, attendez, on arrive.

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« First class bitch »

D’abord le contexte : une interview très complice, car Mouloud est fan de « Floflo » (oui, on dira Floflo à partir d’ici, on vous dira pourquoi un peu plus bas). Il a même tweeté son approbation en apprenant qu’elle présenterait la cérémonie des Césars, c’est dire.

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D’ailleurs Floflo le remercie chaleureusement, entre deux éclats de rire, et en profite pour dire qu’elle se hashtag elle-même souvent, mais ne sait pas répondre à un message Twitter. Ah ah ! Très lol, bonne vanne, OK (ah, on me dit dans l’oreillette que ça n’était pas une vanne, au temps pour moi.)

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Et puis arrive ce moment gênant où Mouloud lui tend une perche, que la comique quarantenaire agrippe avec la ferveur d’un pitbull mordant une veine jugulaire : « Le truc qui m’a le plus interpellé dans ton spectacle, c’est les tee-shirts que mettent les meufs. » 

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Là, après un extrait dudit spectacle où Floflo évoque ces tee-shirts avec des textes style « First Class Bitch », la discussion s’oriente sur l’emploi du mot « bitch », que nos deux compères traduisent par « pute » (bon, si on voulait sodomiser les coléoptères avec un préservatif, on POURRAIT DIRE que la traduction exacte est « chienne« , et que ça n’est pas tout à fait la même chose, mais bon, laissons l’Académie Française et le Robert & Collins faire leur travail.)

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Vraie musique. 

On apprend donc que c’est la faute au hip-hop, la musique au dos aussi large que celui des gorilles argentés, si on balance du bitch à longueur de tee-shirts. Et puis on passe à Rihanna, hop petit extrait de « Bitch Betta Have My Money » (« Elle est forte ! » argumente Floflo), et « C’est épouvantable, parce qu’elle a les codes du porno, plus les codes de la violence des mecs. »

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Et là, il manque une signalétique à l’écran pour indiquer qu’on a quitté le terrain du « lol » pour glisser sur celui du commentaire social. « C’est ce que je leur reproche à toutes ces femmes qui se disent féministes, elles sont complètement dans les codes macho et ultra virils que même les nouveaux hommes n’aiment plus. »

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Sauf les gros Texans, hein, parce que Floflo pense que le public cible de Rihanna, c’est le Texan qui a un flingue sous son oreiller. On est soudain revenu dans le « lol« , et moi j’ai mal à la tête, mais ouf, on se passe un petit extrait de « Club Tropicana » de Wham que Floflo adoooooore (« Là d’accord, ça c’est magnifique« ) et qu’elle classe dans la musique des années 1990 (bon, c’est sorti en 1983 mais on ne va pas chipoter non plus). Ça rigole plus, on parle vraie musique, là.

« Booba ? JE DÉTESTE ».

Bon, il est golri le papier mais Booba/Floflo, ça se passe comment ? ATTENDEZ ! On y arrive : « Est-ce que tu écoutes des trucs genre Booba, Kaaris et tout ça ? » demande avec un sourire finaud Mouloud. « JE DÉTESTE ! » Oui, on est obligé de mettre des majuscules, parce que le ton de la comique monte soudain d’un octave, et on sent que ça vient du cœur.

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Mais, si elle connaît, c’est parce que « mon mec écoute » (pas mon mec à moi, le sien, regardez les guillemets bordel). Comme d’autres sont au courant des potins mondains de Voici parce qu’elles les lisent chez leur coiffeur.

kgjh

Arrive le point Godwin de l’interview, la minute Twilight Zone, où on ne sait plus si on est dans le commentaire sociologique, l’humour, la visite au zoo ou un Taratata spécial rap des années 1990, avec Fabe et Robert Charlebois en artistes invités. Floflo joue la carte, un tantinet surannée (comme disait ma regrettée mamie) du « On comprend rien à ce qu’il raconte », et elle mime la chorégraphie en « rappant » (seuls les guillemets autorisent l’emploi de ce verbe dans le cas évoqué) avec toute la finesse de Nagui vannant les rappeurs dans le Taratata évoqué quelques lignes plus haut.

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« J’entends ouaganaouahgan pute bitch. J’entends ça ! Ouagnagna j’sais pas parler ! J’entends ça ! J’comprends pas c’qu’y dit, les mots ! »

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L’humour sur le rap a pourtant été utilisé, et de manière assez efficace, par Thomas Ngijol et Le Comte De Bouderbala, entre autres : le sketch de ce dernier sur la syntaxe aventureuse des rappeurs françaisest un classique, et les imitations faites par Thomas de Kéry James et de Booba (ben oui) ont fait hurler de rire des dizaines de milliers de spectateurs, aussi bien ceux qui apprécient les artistes en question que ceux qui les détestent (mais qui pourrait bien détester Kéry ? Ça c’est autre chose.)

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Question : quelle est la différence entre l’humour sur le rap de Thomas et Bouderbala et celui de Floflo ? Mais non, pas la couleur : l’empathie. Là, on est dans la Laurent Gerra zone, où le mépris pour le genre lui-même fait écran et empêche le déclenchement des zygomatiques.

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On ne peut mépriser ce que l’on ne connaît pas.

En fait, c’est comme si on sentait qu’au fond d’elle, Floflo est intimement persuadée que le genre musical en lui-même est intrinsèquement naze. Et pour faire bonne mesure, elle en rajoute une couche quelques répliques plus tard en évoquant PNL (« Eux c’est forcément parodique, peut-être. »)

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On ne peut pleinement mépriser que ce que l’on ne connaît pas. Que Floflo ne saisisse pas la beauté du rap désespéré de PNL et n’y voit que des sauvages parlant de vendre de la drogue pour aller en Espagne, c’est au fond pareil qu’un banlieusard qu’on confronterait à un film d’auteur français.

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Oui parce que la caricature, c’est pas seulement au-delà du périph’, hein. On aimerait bien vous y voir, vous, devant un de ces films de trois heures avec deux acteurs et 250 pages de dialogues abscons entrecoupés de silences malaisants, le tout filmé en plans séquences dans un loft de Neuilly.

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BREF, c’est clair, il vaut mieux que Floflo fasse l’impasse sur le sujet hip-hop pour son bac blanc de présentation des Césars vendredi.

« Je suis un singe ».

Ce qui nous amène à la réaction de Booba. On en profite pour noter que l’interview de Mouloud a été enregistré le vendredi 13 novembre, quelques heures avant les attentats. Et que si on en parle deux mois après, c’est parce que Booba a réagi. Le lanceur de buzz, c’est bien lui.

Booba donc, qui a été malin en rebondissant sur la haine-zer de Floflo avec une phrase sibylline : « Ça l’fait bien marrer le frisé à gauche… Mais c’est normal Floflo que tu ne comprennes pas, je suis un singe. Demande à Jean Mouloud, il pourra peut être t’expliquer. » Double poney.

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Et la photo qui accompagne le com (sur Instagram bien sûr, le réseau-zer préféré de Bédeuzo) est celle d’une Floflo qui semble sniffer une « Substance Mort »comme dirait Philip K. Dick (l’arrêt sur image, ce grand ennemi des artistes qui grimacent trop.)

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À la seconde où ce post est paru, Florence Foresti est devenue « Floflo ».

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Référence numéro un : « Je suis un singe. » On pense instantanément à la phrase en une de Minute sur Christiane Taubira (« Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane. ») C’est plus drôle que « Floflo est raciste », et c’est plus fin que l’imitation sans saveur de la comique.

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Référence numéro deux : « Jean Mouloud ». L’ajout du prénom français le plus courant au patronyme arabe de Mouloud Achour implique en sous texte la gentrification de l’intervieweur, devenu le Michel Drucker de l’urbain, complice avec ses guests. C’est plus drôle que de dire « Mouloud bounty, t’es un teu-trai. » Quelques hashtags en bonus (un smiley miam-miam Banania jaune, un singe et un drapeau français), et le tout est plié.

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Fin du game, Booba un, Floflo zéro pointé vers l’infini.

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Tout ça m’a donné envie de réécouter « Pitbull«  de Booba et de voir la cérémonie des Césars. La lutte des clashs ne fait que commencer.

 

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Bon comme un citron bien rond !

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