Le déclin de l’État islamique au Moyen-Orient est amorcé. Un bien pour combien de maux ?

RAMADI, IRAQ - DECEMBER 28: Members of the Iraqi security forces are seen after retaking Ramadi city from Daesh, in Ramadi, Iraq on December 28, 2015. (Photo by Ali Mohammed/Anadolu Agency/Getty Images)

L’état des combats en Syrie-Irak permet de supposer raisonnablement la fin de l’État islamique d’ici un à trois ans. Ce délai ne concerne toutefois que la structure syro-irakienne, et non ses multiples filiales en Afrique, en Asie et en Europe. De fait, l’histoire du terrorisme islamiste, et du djihadisme en général, invite à supposer que la fin de l’organisation territoriale la fera basculer dans le terrorisme international, comme nous le voyons depuis un an.

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  1. Les facteurs militaires de la victoire.

Les facteurs qui détermineront une victoire militaire complète contre Daech sont, tout d’abord, la nature des troupes au sol : la reconquête sera violente et longue (2 à 3 ans) si la configuration actuelle des troupes capables d’aller au sol n’est pas foncièrement modifiée. De fait, les troupes kurdes, les milices irakiennes et l’armée syrienne se sont toutes distinguées par leur brutalité contre les populations sunnites ayant vécu ou collaboré avec l’État islamique. Comme le gouvernement irakien l’a initié depuis plusieurs mois, notamment dans la reprise de Ramadi (décembre 2015), il est indispensable que la reconquête des territoires concernés implique la participation de soldats issus de ces espaces et de ces tribus, afin d’assurer une responsabilité communautaire dans les opérations elles-mêmes, puis après dans l’établissement de la paix. Plus la libération sera faite par des « étrangers » (au sens très large du mot), plus la pacification sera délicate.

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Autre facteur : La nature des axes stratégiques choisis. Le cœur du système Daesh et sa source originelle sont l’Irak, et plus précisément la province d’al-Anbar (Falloudjah, Ramadi). La défaite de Daesh semble plus envisageable à partir de l’Irak que de la Syrie, car les succès contre l’organisation ont été nombreux en Irak depuis un an, ce qui n’est pas encore le cas en Syrie, où les frappes russes ont surtout cassé l’appareil militaire des groupes plus modérés et des djihadistes de Jabhat al-Nosra.

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  1. Les facteurs politiques

Parmi les conditions politiques d’une victoire contre l’EI figure l’état des divisions en Irak. La reprise de Ramadi n’a été permise qu’à la faveur d’un conflit politique au sein des élites chiites de Bagdad, qui a poussé le Premier Ministre à peser de tout son poids dans le siège de la ville, quitte à s’appuyer en priorité sur les forces spéciales américaines, aux dépens de l’influence des milices pro-iraniennes. La lutte contre Daesh en Irak passe par l’état des forces politiques inter-chiites à Bagdad. Il en est de même pour la libération de Mont Sinjar par les forces kurdes, exceptionnellement unies sur ce théâtre. L’état des antagonismes politiques en Irak est donc un élément clé de la rapidité des victoires militaires, de même que la capacité à reconstruire un État fort, voire autoritaire ou clientéliste.

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La situation tribale sera elle aussi déterminante, notamment à l’égard des groupes claniques ayant rallié Daesh de façon opportuniste. Leur ralliement passera par un jeu financier et politique en faveur des chefs tribaux.

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Côté syrien, une grande partie de la stabilisation politique passera par le positionnement international autour de Bachar al-Assad : une exclusion trop claire d’al-Assad par la communauté internationale fragiliserait la reconquête terrestre côté syrien, rendant difficile l’obtention de renseignement tactique et l’utilisation de bases arrière. À l’inverse, une valorisation excessive du régime (comme le font les Russes et les Iraniens) serait tout autant problématique, en raison de l’exaspération qu’il suscite en dehors de la région de Damas, de Lattaquié et Homs.

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Or, depuis 2 ans, la Syrie est devenue un ensemble de trois systèmes féodaux antagonistes et parfois partenaires (le régime, les deux confédérations djihadistes que sont Jabhat al-Nosra et l’EI) fonctionnant selon des allégeances de type vassalique, à la tête desquelles se trouvent les émirs djihadistes du côté des rebelles, et Bachar al-Assad du côté du régime. La mort du « suzerain » aboutirait à un effondrement rapide de l’ensemble des forces du régime, qui tient essentiellement par des liens personnels et clientélistes, mais aussi mercantiles. On ne peut imaginer gagner cette guerre sans accompagner les opérations militaires d’une reconstitution de structures étatiques transcendant la personne de Bachar al-Assad, pour éviter ce délitement, par exemple en nommant des chefs tribaux ou des généraux de l’armée syrienne comme maires ou gouverneurs.

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  1. Les scénarios de la fin de Daesh

La fin de Daesh peut être envisagée selon deux scénarios (impliquant nécessairement un certain degré de caricature) :

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Scénario n° 1 :

La défaite de Daesh et l’instabilité.

L’État islamique a été vaincu, le calife retrouvé mort et ses troupes décimées. Mais la partition ethnico-religieuse de l’Irak est consacrée, le pays est devenu une fédération distendue. Le Kurdistan, qui a obtenu son indépendance, soutient plus ouvertement le PKK en Turquie, ce que craignait Ankara. Les interventions turques dans le Kurdistan se multiplient, avec le soutien des Turkmènes d’Irak.

Côté syrien, Bachar al-Assad a repris les territoires perdus avec l’aide des troupes russes, iraniennes et miliciennes. En revanche, les zones kurdes ont connu une double évolution : certaines ont obtenu leur autonomie de la part du régime ; d’autres ont été internationalisées à l’initiative de la Turquie (ex. : ISIS Free Zone), qui exerce sur elles un fort contrôle. Sur ces régions, la Russie tente de contrecarrer cette influence en défendant ouvertement les minorités religieuses.

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Damas tente désormais de réinstaller l’hégémonie syrienne sur le Liban, avec le soutien du Hezbollah, saigné par la guerre mais considéré comme un vainqueur moral. Enfin, plus d’une dizaine de milliers de combattants djihadistes se sont dispersés après la fin de l’EI dans les pays sunnites de la région entraînant une contagion terroriste.

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Scénario n° 2 :

La défaite de Daesh et la pacification.

Après la mort du calife et l’arrestation des djihadistes, les pressions internationales, associées à la coopération de Bagdad et l’épuisement général, ont permis une pacification entre sunnites et chiites en Irak, la préservation du cadre national et une meilleure redistribution des richesses pétrolières (principes énoncés dans les Accords de Vienne). Les chefs tribaux sunnites ont été valorisés au sein des structures politiques. Un pacte de réconciliation a été mis en place, mais il continue de susciter de vives oppositions au sein des hommes politiques chiites pro-iraniens et pro-miliciens. L’autonomie du Kurdistan a été élargie et une promesse de référendum sur l’indépendance a été accordée. En Syrie, des accords politiques ont lancé un processus de réconciliation nationale garanti par une amnistie. Bachar al-Assad a promis de ne pas se représenter aux élections, en échange d’une large immunité pour lui et ses proches. Les réfugiés commencent à rentrer chez eux.

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  1. Les stratégies de survie de Daesh après ses défaites

La défaite militaire de l’État islamique aura pour conséquences inévitables la dispersion des combattants qui n’auront pas été tués, arrêtés ou désarmés ; la transformation de Daesh en mouvement terroriste et non plus djihadiste.

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Aguerris et fanatisés, ces hommes pourraient reconstruire une nouvelle organisation et multiplier les attentats par un déprofilage, sur le modèle de Falloudjah et Ramadi après 2004, ou du groupe Al-Mourabitoun de M. Belmokhtar après l’opération française Serval au Mali. Il est peu probable que les étrangers à l’Irak et à la Syrie demeurent durablement sur place, en raison du manque de solidarité sociale dont ils pourraient profiter pour assumer la clandestinité. Il faut imaginer au contraire que les ex-daeshistes se re-nationalisent. En revenant au pays d’origine, ils chercheront à s’y faire oublier (reprendre une vie normale ? passer au salafisme quiétiste ?) ou à poursuivre leurs actions de déstabilisation (attentats, propagande dans les quartiers pauvres autour du mythe de l’État islamique). Ceux qui ne pourront rentrer formeront – comme Al-Qaeda en son temps – des brigades de combattants apatrides, obsédés du djihad, et passeront d’un théâtre à l’autre. Dans cette perspective, on peut craindre un renforcement des groupes terroristes au Sahel, en Libye, en Afghanistan.

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