Khaled Meshaal, le politicien beau parleur basé au Qatar, perd progressivement le pouvoir en faveur de l’impitoyable ex-prisonnier Yahya Sinwar, favori du peuple qui dirige ses opérations depuis Gaza.

Le chef politique du Hamas, Khaled Meshaal, lors d'un rassemblement du Congrès national africain en l'honneur du Hamas au Cap, en Afrique du Sud, le 21 octobre 2015 (Crédit photo:  Rodger Bosch/ AFP)

Lorsque Khaled Meshaal, chef de l’aile politique du Hamas, a été interviewé sur la chaîne de télévision France 24 cette semaine, ses déclarations au sujet d’une éventuelle escalade à Gaza étaient sans équivoque.

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« Le Hamas ne cherche pas la guerre [avec Israël]. Nous voulons l’éviter », a-t-il dit. Il a ajouté que si l’Iran avait soutenu le Hamas dans le passé, Téhéran avait réduit son aide depuis que le Hamas avait ouvertement critiqué le régime du président syrien Bachar al-Assad. Actuellement, a dit Meshaal, le Hamas cherche à développer des sources de financement supplémentaires.

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Ainsi a-t-il déclaré – mais beaucoup de personnes dans la bande de Gaza n’ont pas été trop dérangées par cela. Bien que Meshaal détienne prétendument toujours la plus haute position au sein du Hamas, son statut de haut dirigeant de l’organisation ne semble pas aussi forte que dans le passé. Il n’est plus le seul décideur au sein du Hamas, et certainement pas concernant la bande de Gaza.

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Comme le Citron l’a rapporté en décembre, un nouveau chef de file du nom de Yahya Sinwar a émergé dans la bande de Gaza.

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Homme charismatique, Sinwar attaque de manière intensive le leadership de Meshaal et des hauts dirigeants du Hamas basés à l’étranger. Tandis que Meshaal, qui est né dans le village cisjordanien de Silwad, séjourne dans des hôtels de luxe dans les pays du Golfe et rencontre des leaders du monde entier tels que le président de la Turquie, Sinwar vit dans le camp de réfugiés de Khan Younis et est considéré comme le champion des opprimés, souffrant à leurs côtés.

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Sinwar a passé 22 ans dans les prisons israéliennes, jusqu’à ce qu’il soit libéré dans le cadre de l’échange de prisonniers suite à l’affaire Shalit en 2011. Evitant les feux des projecteurs, il est considéré comme un jusque-boutiste radical inspirant le respect de la direction de l’aile militaire du Hamas.

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L’affrontement entre Meshaal et Sinwar est au cœur d’un écart croissant entre les « Gazaouis » du Hamas et « ceux de l’étranger ». La résolution de questions telles que la réconciliation entre le Hamas et le Fatah, les relations avec l’Egypte et la stratégie globale du groupe dépendent du résultat de cet affrontement.

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Du pétrole et de l’eau.

Pour commencer à comprendre cet affrontement, il vaut mieux commencer par la compétition naturelle existant entre la Cisjordanie et Gaza – non seulement à l’intérieur du Hamas, mais au sein de la société palestinienne.

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Ce n’est pas un secret que les habitants de la Cisjordanie dédaignent les habitants de Gaza. Ce fut encore plus le cas au sein du Hamas après l’assassinat du cheikh Ahmed Yassine en mars 2004 et l’élimination d’Abdel-Aziz al-Rantisi quelques semaines plus tard. Le Hamas avait perdu ses deux plus éminents dirigeants à Gaza.

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Bon nombre de leurs homologues en Cisjordanie ont également été emprisonnés en Israël ou assassinés, de sorte que le meurtre de Yassine et al-Rantisi a marqué le début d’un « âge d’or » pour le leadership du Hamas à l’étranger. Ex-Cisjordaniens, Meshaal et d’autres « exilés » comme son adjoint Moussa Abou Marzouk étaient considérés comme les plus hauts représentants du Hamas partout, y compris dans la bande de Gaza et l’aile militaire recevait ses ordres de leur part.

Moussa Abu Marzouk (Capture d’écran: YouTube/Al Jazeera)

Même lorsque le chef terroriste du Hamas Muhammad Deif et, plus tard, Ahmed Jabari ont commencé à monter en puissance dans la bande de Gaza, il n’y avait toujours pas de doute quant à ceux qui donnaient les ordres.

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La libération de Sinwar de prison a opéré un changement dans la structure de l’ensemble de la direction. Sinwar commença à se faire valoir comme numéro un du Hamas à Gaza : étant l’un des fondateurs de la brigade militaire Izz a-Din al-Qassam, il avait essayé de faire échouer l’accord Gilad Shalit, même si elle avait assuré sa remise en liberté après 22 ans, parce qu’il a estimé que l’accord faisait trop de concessions. Cela l’a aidé à consolider le respect de tous les membres du Hamas.

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Sinwar a travaillé afin de faire changer les priorités du Hamas. Pour lui, Gaza ne fait pas partie d’une stratégie plus large de prise de contrôle de la Cisjordanie et de l’OLP, comme c’est le cas pour Meshaal. Au contraire, la bande de Gaza est un objectif sanctifié en soi : la première et la seule entité où règne la doctrine des Frères musulmans. Les membres du bureau politique du Hamas a l’étranger considèrent la prise de contrôle de l’ensemble de la direction palestinienne comme une fin qui justifie tous les moyens, y compris au prix de concessions à Gaza. Pas pour Sinwar.

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Une autre question stratégique sur laquelle les deux camps sont divisés concerne le choc des civilisations au Moyen-Orient et la lutte entre les sunnites et les chiites. Alors que Meshaal et son groupe ont fait clairement part de leurs réserves depuis 2011 quant à l’ « axe chiite », Sinwar et ses camarades de l’aile militaire de Gaza ont refusé de se séparer de leurs amis à Téhéran et Damas.

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Mashaal a essayé plusieurs fois de se rapprocher de l’Arabie saoudite et a même visité le pays. Mais les membres de l’aile militaire, dirigée par Deif et Sinwar, ont maintenu d’étroits contacts avec les Gardiens de la Révolution d’Al-Qods et ont continué à bénéficier de son financement par le biais de divers canaux.

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Mais le soutien trop manifeste de Meshaal envers Ryad, ainsi que son opposition ferme à l’activité des Houthis au Yémen, a conduit à une baisse significative de l’aide iranienne à la bande de Gaza (du moins pour l’aile militaire).

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Le désaccord Meshaal-Sinwar est également mis en évidence en ce qui concerne les relations avec les Egyptiens.

Yahya Sinwar (Crédit : capture d'écran)

Une délégation du Hamas, qui comprenait Abou Marzouk, s’est rendue au Caire cette semaine pour rencontrer les chefs des services de renseignement égyptiens (Le Mukhabarat), lesquels tentent de courtiser les dirigeants de l’aile politique à Gaza et à l’étranger afin de contrer les actions de Sinwar et de son aile militaire. La preuve présentée aux membres de la délégation que des militants du Hamas ont entrainé les assassins du procureur général d’Egypte les étonna grandement.

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De toute évidence, l’aile militaire conduit, sous leur nez, une politique indépendante en ce qui concerne les relations avec les représentants de l’Etat islamique en Egypte.

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Transférant des membres blessés de l’Etat islamique dans le Sinaï pour recevoir un traitement médical dans la bande de Gaza, creusant des tunnels en Egypte, déplaçant des armes et des munitions dans le Sinaï et formant des combattants de l’État islamique – toutes ces activités se déroulent comme des projets organisés par l’aile militaire, avec la connaissance de Yahya Sinwar, mais sans le consentement des membres de l’aile politique à Gaza, et certainement sans le consentement de Meshaal au Qatar.

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Meshaal a exhorté les membres du Hamas à cesser toute contrebande en provenance de la bande de Gaza vers le Sinaï et à rompre tout contact avec l’État islamique. Mais Gaza a des besoins qui lui sont propres et Meshaal a été ignoré. Les représentants de l’aile militaire ont décidé de garder les voies de communication avec l’État islamique ouvertes parce que la contrebande d’armes et de fonds vers et à partir du Sinaï est considérée comme excessivement importante.

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Ces différends « idéologiques » sont à l’origine de difficultés pratiques en ce qui concerne la façon dont le Hamas doit être dirigé. Il n’est toujours pas très clair quant à savoir qui prend les décisions : Est-ce Ismail Haniyeh ou Mahmoud a-Zahar, qui sont tous deux considérés comme des membres supérieurs de l’aile politique à Gaza ? Est-ce Meshaal et Abou Marzouk, qui vivent à l’étranger ? Ou Sinwar et Deif qui sont maintenant en charge ?

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Une illustration de cette confusion est l’exécution de Mahmoud Eshtawi, qui avait été considéré comme le commandant du bataillon de quartier de Zeitoun à Gaza, sur des accusations de collaboration avec Israël le mois dernier.

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, un membre éminent de l’aile militaire du Hamas, venait d’une famille avec de profondes racines dans l’organisation. La décision de l’exécuter a suscité beaucoup de colère parmi les partisans du Hamas, et il n’est toujours pas clair qui a pris cette décision : l’aile politique, Sinwar et Deif, les deux à la fois ?

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Prenons par exemple les déclarations faites par les membres de l’aile politique du Hamas après une série d’effondrements de tunnels au cours des dernières semaines. A-Zahar a annoncé avec jubilation que le Hamas creusait des tunnels en Israël, mais les membres de l’aile militaire l’ont pris au mot, lui demandant en effet où il avait obtenu l’autorité de faire de telles déclarations. Il a ensuite affirmé avoir été mal compris.

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De nouvelles élections pour le bureau politique du Hamas doivent avoir lieu au cours de l’année prochaine et il est difficile de savoir si Meshaal sera réélu. L’équilibre des pouvoirs s’incline rapidement en faveur de Gaza, et il est probable que Sinwar voudra être désigné en tant que chef de l’aile politique ou choisira l’un de ses proches collaborateurs pour le poste.

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Les facteurs historiques et sociaux jouent ici un rôle en faveur de Sinwar : Il est le représentant des réfugiés et des prisonniers – les Gazaouis défavorisés qui ont toujours été considérés comme appartenant à la seconde classe. Et pendant que lui et ses proches collaborateurs souffrent dans la poussière des tunnels de Gaza, il est exaspérant d’en voir d’autres tels que Meshaal – l’homme d’État clairvoyant né en Cisjordanie, le politicien qui n’a jamais connu le son des coups de feu ou reniflé la puanteur d’une prison – vivre dans le luxe aux frais de Gaza et réclamer la fidélité des Gazaouis.

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Le Hamas n’est pas sur le point de tomber en morceaux et les divisions ne sont pas insurmontables. Mais pour les quelques prochains mois au moins, Meshaal continuera probablement à donner des ordres en provenance du Qatar, et l’aile militaire et Sinwar continuera à les ignorer.

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