Alors que l’ensemble des raffineries et des dizaines de dépôts pétroliers sont à l’arrêt, la menace d’une pénurie de carburant pointe à l’horizon.

Raffineries en grève : faut-il craindre une pénurie généralisée de carburant ?

Pour le gouvernement, « il n’y a pas de pénurie de carburant ». Même diagnostic pour l’Union française des industries pétrolières (Ufip) qui considère qu’« il n’y a pas de pénurie, il y a des situations tendues ». Pourtant, les files de véhicules s’allongent devant les pompes à essence et les stations-service ferment les unes après les autres. Alors qui croire ? Le pays est-il menacé par une pénurie généralisée ou a-t-il les moyens de faire face au blocage de ses sites pétroliers par les opposants au projet de loi Travail ?

Le ton monte entre les syndicats et le gouvernement au sujet de la loi Travail. Chacun accuse l’autre de vouloir passer en force au mépris de la démocratie, les premiers à coup de blocages de sites pétroliers, le second en jouant la carte du 49-3. Une escalade qui aboutit à une « généralisation » du mouvement de blocage des raffineries et des dépôts de carburant, à l’appel du secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, qui a déclaré mardi matin : « Nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout pour le retrait du projet de loi Travail ».

Mardi 24 mai, les huit raffineries françaises sont à l’arrêt : la grève a été votée à Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime), Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime), Donges (Loire-Atlantique), Feyzin (Rhône), Grandpuits (Seine-et-Marne), La Mède (Bouches-du-Rhône), Fos-sur-Mer (Vouches-du-Rhône) et Lavéra (Bouches-du-Rhône). Des dizaines de dépôts pétroliers, sur les 78 que compte le pays, sont eux aussi bloqués.

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Plus de 3.500 stations-essence en pénurie.

Selon le secrétaire d’Etat chargé des Transports, Alain Vidalies, « autour de 20% des stations sont fermées ou en grande difficulté » sur 12.000. La carte de l’application Essence, mise à jour en temps réel recensait, de son côté, en début d’après-midi, plus de 3.500 stations en pénurie partielle ou totale de carburant. Dès que les stations-service sont réapprovisionnées, elles sont immédiatement dévalisées par des automobilistes qui n’hésitent pas à attendre plusieurs heures pour faire le plein.

Depuis vendredi dernier, plusieurs mesures ont été mises en œuvre pour remédier à cet assèchement. Les préfectures d’Ille-et-Vilaine, des Côtes-d’Armor, de l’Orne, de Loire-Atlantique, de Vendée et de l’Eure ont pris des arrêtés pour rationner les approvisionnements en carburant : de 20 à 30 litres pour les automobilistes et de 40 à 50 litres pour les routiers. Dans le Grand Ouest, certaines préfectures ont également interdit le stockage du carburant dans des bidons.

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Le gouvernement tente de rassurer les Français.

Alors que les CRS sont intervenus mardi dans la matinée pour débloquer le site de Fos-sur-Mer, Manuel Valls a affirmé,  que « d’autres sites (seraient) libérés ». « Nous ne pouvons pas accepter que des organisations minoritaires bloquent des raffineries », a décrété le chef du gouvernement, faisant valoir qu’il était « hors de question que les Français se retrouvent dans une situation de pénurie, de blocage ».

Le secrétaire d’Etat chargé des Transports, Alain Vidalies, s’est quant à lui montré rassurant, écartant le risque de pénurie généralisée à l’ensemble du territoire. Dimanche 22 mai, au micro de RTL, il a certifié qu’il n’y avait « pas de risque pour la semaine à venir de pénurie de carburant » et a enjoint les Français à ne pas céder à « la panique ».

La plupart des préfectures sont, elles aussi, optimistes quant à la situation, évoquant un ralentissement de l’approvisionnement et non une rupture de stock. La préfecture de la zone de défense et de sécurité de l’Ouest a appelé les automobilistes à ne pas procéder à des « approvisionnements de précaution » en carburant, estimant que « rien ne les justifie ».

Pour rassurer les Français, le secrétaire d’Etat aux Transports a également mentionné l’existence de « stocks stratégiques auxquels nous n’avons pas touché pour l’instant et qui permettent à la France d’avoir plusieurs semaines, de nombreuses semaines de consommation devant elle. »

Ces réserves de pétrole sont destinées à faire face « à une rupture grave des approvisionnements, telle qu’une crise pétrolière internationale, une grève de la navigation, un boycott politique, des catastrophes naturelles, des événements climatiques, voire l’imprévoyance dans la gestion des exportations de certains pays », d’après une note du ministère de l’Environnement et de l’Energie. Le volume de ces stocks atteint 18,5 millions de tonnes, soit l’équivalent de 61 jours de consommation intérieure nette. Ces réserves sont conservées dans une centaine de sites qui maillent le territoire.

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Les stocks stratégiques en dernier recours.

Mais, pour la plupart des spécialistes, le recours aux stocks stratégiques ne constitue pas une solution de long terme : « Si le gouvernement commence à les utiliser, alors qu’on est dans le cadre d’un conflit qui peut s’éterniser, c’est comme si on enclenchait un compte à rebours », a expliqué l’économiste Thomas Porcher . « C’est sera la dernière carte utilisée par le gouvernement« , a-t-il ajouté.

Cette arme ultime a été utilisée pour la dernière fois en 2010, sur fond de contestation de la réforme des retraites. Cette année-là, toutes les raffineries ont été bloquées au mois d’octobre. Certains dépôts de carburant étaient également à l’arrêt. Jusqu’à 5.000 stations-essence se sont retrouvées à sec sur l’ensemble du territoire français. Un scénario semblable à la situation actuelle.

Dernier fait préoccupant : l’approvisionnement de la France en carburant est fortement tributaire des importations. Or, le personnel des terminaux pétroliers du Havre, port qui assure 40% de l’importation française de carburant, a voté la grève à partir de mardi, en fin d’après-midi.

A 17 h ce dimanche, 143 des 243 stations du département étaient en rupture de stock.

La carte de France des pénuries de carburant en temps réel.

La carte de France des pénuries de carburant en temps réel
L’application Essence recense en temps réel les stations-service en rupture partielle ou totale de carburant. (Capture d’écran/Essence)

Selon le ministère des Transports, 20% des stations-essence du territoire seraient en manque de carburant, voire à sec. Une carte recense les établissements en pénurie.

Alors que les automobilistes et les routiers du Nord et de l’Ouest peinaient déjà à faire leur plein ce week-end, la situation pourrait bien s’empirer dans les jours à venir, et s’étendre à tout le territoire métropolitain. De plus en plus de stations-service sont contraintes de fermer, faute de réapprovisionnement en carburant, en raison des blocages de raffineries et de dépôt par les opposants à la loi Travail.

L’application Essence permet de consulter, en temps réel, les stocks de dans plomb et de gazole dans les stations-essence à proximité et d’identifier les stations ouvertes. La carte est complétée au fur et à mesure en fonction des informations fournies par les utilisateurs de l’application (entre 350.000 et 500.000 par mois). Elle recensait en début d’après-midi plus de 3.500 stations-service.

Le risque de pénurie de carburant s'étend, sur fond d'inaction du gouvernement

Selon les données du ministère des Transports, près de 2.200 stations-essence sur 12.000 sont en manque partiel ou total de carburant sur l’ensemble du territoire mardi 24 mai. La situation est particulièrement critique dans le Nord et l’Ouest de la France. Hier, une station sur deux était fermée dans les Hauts-de-France, toutes les stations du centre-ville de Rennes étaient à sec, tandis qu’une sur deux était fermée à Rouen et trois sur quatre au Havre.

Pour contenir la situation, les préfectures d’Ille-et-Vilaine, des Côtes-d’Armor, de l’Orne, de Loire-Atlantique, de Vendée et de l’Eure ont pris, dès vendredi 20 mai, des arrêtés limitant le volume maximal de carburant à 20 ou 30 litres pour les véhicules et à 40 ou 50 litres pour les poids lourds. Certaines préfectures du Grand Ouest ont également interdit le stockage de carburant dans des bidons, en appelant « au civisme et à la responsabilité de chacun ».

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La pénurie gagne l’Ile-de-France et le Sud.

La pénurie d’essence commence également à affecter l’Ile-de-France, la région lyonnaise, Toulouse et une grande partie du Sud-Est de la France, où les files d’attentes de véhicules et de poids lourds s’allongent.

La ruée vers les pompes s’intensifie alors que la totalité des raffineries du pays sont à l’arrêt depuis mardi matin. D’après le responsable de la branche Pétrole de la CGT, Emmanuel Lépine, la grève a été votée dans huit raffineries ce matin, contre six sites pétroliers lundi. Dernière raffinerie à fermer, le site d’Exxon Mobil de Gravenchon, en Seine-Maritime, dont les salariés ont voté la grève mardi matin en réaction à l’intervention des CRS pour débloquer le dépôt de carburant de Fos-sur-Mer.

Pourquoi la pénurie de carburant pourrait durer

Téléchargez la liste des stations en pénurie : 

http://penurie.mon-essence.fr/w/list/

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