Il y a 10 ans, il incarnait le renouveau démocratique d’un pays qui regardait vers l’Europe. Aujourd’hui, il prend la direction opposée.

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Dans son palais présidentiel flambant neuf, le président turc accueille son nouveau Premier ministre, un homme choisi surtout pour ne pas lui faire d’ombre. Recep Tayyip Erdogan est devenu plus que jamais un sultan des temps modernes. Elle paraît loin l’époque de son arrivée en 2003. Alors jeune Premier ministre, il était perçu comme un espoir pour les leaders du monde entier : un islamiste modéré, démocrate et pro-européen convaincu.

Arrestations, conflit avec les Kurdes…

13 ans plus tard, Erdogan est désormais président et atteint d’une folie des grandeurs, à l’image de son palais grand comme quatre fois le château de Versailles. L’homme est de plus en plus autoritaire, et n’hésite plus à arrêter les journalistes, et mener une guerre sans merci dans les régions kurdes de Turquie. Il a même supprimé l’immunité des députés de l’opposition et s’attaque à la laïcité dans la Constitution du pays. Son nouveau projet ? S’arroger les pleins pouvoirs, et c’est à ça que son nouveau numéro 2 va servir.

TURQUIE. La dérive autoritaire du président Erdogan en 5 actes

La dérive autoritaire du président Erdogan en 5 actes.

Des journalistes arrêtés et inculpés, des opposants dans le viseur de la justice, un appareil judiciaire sous contrôle… Depuis son élection, plus rien n’arrête le président turc.

Rien ne semble pouvoir arrêter l’offensive de Recep Tayyip Erdogan, le nouveau président de la Turquie depuis août, contre ceux qu’il juge comme étant ses ennemis.

Dimanche dernier, la police turque a lancé une nouvelle opération coup de poing contre les partisans du rival de Recep Tayyip Erdogan, le prédicateur islamiste Fethullah Gülen, visant notamment des médias proches du religieux. Des arrestations qui sont « incompatibles avec la liberté de la presse », estime l’Union européenne.

Ce nouveau coup de force n’est que le dernier en date. L’homme fort de la Turquie, accusé d’autoritarisme et de dérive islamiste par ses opposants, s’est fait construire un nouveau palais présidentiel gigantesque et démesuré, selon l’opposition, et a décidé de mettre au pas et d‘ »épuré » l’appareil judiciaire turque.

Les cinq actes du tour de vis autoritaire :

1. L’ex-allié du président Erdogan, Fethullah Gülen, recherché

Un mandat d’arrêt a été requis, vendredi 19 décembre, contre Fethullah Gülen, ex-allié du président Erdogan.

Cet imam de 73 ans exilé depuis 1999 aux Etats-Unis est accusé par le Parquet d’être à la tête d’un groupe criminel, selon l’agence officielle de presse Anatolie. Fethullah Gülen est aussi accusé d’être à la tête d’une organisation terroriste armée.

Même si le mandat d’arrêt est confirmé, il n’aurait qu’une portée symbolique : les Etats-Unis ont toujours refusé de livrer Fethullal Gülen aux autorités turques.

Recep Tayyip Erdogan répète sans cesse sa détermination à neutraliser les partisans de la confrérie Gülen qu’il accuse d’avoir constitué un « Etat dans l’Etat » et d’avoir comploté dans l’ombre pour provoquer sa chute en orchestrant et manipulant des enquêtes de corruption.

« Nous allons les poursuivre jusque dans leur repaire », a-t-il lancé mercredi, accusant le mouvement Gülen, d’être une « structure parallèle utilisée par un pays du sud », à savoir Israël.

Soupçonné d’être à l’origine des enquêtes pour corruption visant personnellement Recep Tayyip Erdogan et son entourage politique, qui avaient provoqué une grave crise politique à l’hiver 2013-2014, le mouvement nie toute implication.

L’homme fort de la Turquie était parvenu à mettre un coup d’arrêt à cette enquête en procédant au limogeage de milliers de policiers et d’un certain nombre de juges et en faisant adopter des lois renforçant le contrôle de l’Etat sur l’appareil judiciaire et sur internet.

2. La presse d’opposition dans le collimateur de la justice

Si Erdogan a peu de chances de faire arrêter son ex-allié,  30 personnes (journalistes, policiers, scénaristes et réalisateurs de télévision) soupçonnées de faire partie de son réseau ont été arrêtés ces dernières semaines.

Au terme de cinq jours d’interrogatoire, la justice turque a inculpé vendredi 19 décembre pour terrorisme le patron d’une chaîne de télévision d’opposition, interpellé dans le cadre de l’offensive du régime contre Fethullah Gülen.

Le directeur de la chaîne Samanyolu, Hidayet Karaca, a été inculpé pour« appartenance et direction d’une organisation armée », et écroué.

Ekrem Dumanli, directeur de publication du journal Zaman du même groupe de presse, qui frôle le million d’exemplaires, a lui été relâché.

En tout quatre suspects, dont Hidayet Karaca et trois policiers, ont été inculpés et 26 autres libérés après cette vague d’arrestations controversée et dénoncée en Turquie et à l’étranger comme un nouveau tour de vis autoritaire du régime d’Ankara et une atteinte à la liberté de la presse.

Créant au long des années ses propres médias, Recep Tayyip Erdogan  s’en est ouvertement pris à la presse indépendante en Turquie.

En 2012, ce pays détenait le triste record de 76 reporters sous les verrous.

3. Pour Erdogan, l’égalité homme femme est « contre nature »

« Une place pour les femmes dans notre société : la maternité« . C’est en ces termes que le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a défini, le 24 novembre dernier, à Istanbul, le rôle des femmes dans son pays, lors d’un sommet sur la justice et les femmes.

Devant un parterre très largement féminin, il a affirmé sans détour que les femmes ne pouvaient pas être naturellement égales aux hommes, et a vertement critiqué les féministes, les accusant d’être opposées à la maternité :

« Certaines personnes peuvent le comprendre, d’autres non. Vous ne pouvez pas expliquer ça aux féministes parce qu’elles n’acceptent pas l’idée-même de la maternité. »

Sur sa lancée, le chef de l’Etat a assuré qu’hommes et femmes ne pouvaient pas être traités de la même façon « parce que c’est contre la nature humaine ». Il a insisté :

Leur caractère, leurs habitudes et leur physique sont différents. Vous ne pouvez pas mettre sur un même pied une femme qui allaite son enfant et un homme. »

« Vous ne pouvez pas demander à une femme de faire tous les types de travaux qu’un homme fait, comme c’était le cas dans les régimes communistes », a également estimé le président Erdogan, « vous ne pouvez pas leur demander de sortir et de creuser le sol, c’est contraire à leur nature délicate ».

4. Un palais d' »au moins 1.150 pièces »

Une superficie de 200.000 mètres carré, un coût de 1,3 milliard de livres turques (environ 490 millions d’euros), « au moins 1.150 pièces »… le nouveau palais présidentiel est très luxueux et aussi très controversé.

Cela n’empêche pas Recep Tayyip Erdogan de défendre avec véhémence son palais présidentiel construit à Ankara et qui nourrit depuis des semaines la polémique. Enième provocation : le président turc a souhaité préciser que l’imposant complexe disposait d’« au moins 1.150 pièces » et non d’un millier contrairement à ce qu’affirmait la presse.

« On ne fait pas d’économies quant il s’agit du prestige » d’une nation, a martelé Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours prononcé devant un parterre d’hommes d’affaires à Istanbul. Et d’ajouter que le palais ne lui appartenait pas : « Ce n’est pas mon palais, ce n’est pas une propriété privée, c’est celui du peuple, il lui appartient ».

« Nous avons voulu construire une oeuvre pour que les générations futures disent ‘C’est de là qu’à été dirigée la nouvelle Turquie‘ », l’expression qu’emploie Recep Tayyip Erdogan pour définir son quinquennat.

L’opposition turque, elle, y voit une nouvelle manifestation de la folie des grandeurs du chef d’Etat.

5. Une loi renforçant l’emprise du régime sur la justice

Le parlement turc a adopté, le 3 décembre dernier, un projet de loi contesté du gouvernement islamo-conservateur qui renforce l’emprise de l’exécutif sur l’appareil judiciaire.

Critiquée par la société civile et l’opposition, la nouvelle législation vise à réorganiser les plus hautes instances juridiques comme le conseil d’Etat et la cour de cassation, afin d’y nommer de nouveaux juges.

De cette manière le parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) au pouvoir depuis 2002, pourra peser sur le judiciaire et réduira de fait l’indépendance de la justice, estiment les détracteurs du régime.

La nouvelle loi permet aussi aux magistrats d’ordonner des perquisitions sur un simple soupçon.

Le pouvoir se défend en mettant en avant sa volonté d’« épurer » l’appareil judiciaire des membres présumés d’une confrérie religieuse dirigée par le prédicateur Fethullah Gülen.

Cette nouvelle loi est la dernière d’une longue série de réformes législatives controversées adoptées par le parlement depuis le début de l’année.

Recep Tayyip Erdogan, roi de la démesure.

Surnommé le « sultan des temps modernes », le président turc ne cache plus ses envies de renouer avec le prestige de l’Empire ottoman.

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C’est un sérieux revers. Dimanche 7 juin, le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan, a perdu la majorité absolue qu’il détenait depuis treize ans au Parlement.
Le chef de l’État ne va pas pouvoir renforcer ses propres pouvoirs présidentiels comme il le souhaitait. Selon certains, il y avait derrière ce souhait la volonté de renouer avec la grandeur de l’Empire ottoman, disparue il y a plus de cent ans.

« Sultan des temps modernes »

Le nouveau palais présidentiel, avec ses 1 150 pièces et commandé par Recep Tayyip Erdogan, illustre parfaitement ses envies de grandeur et vient confirmer son surnom de « sultan des temps modernes ».
« Ce que nous voyons dans ce bâtiment, c’est sa volonté de prendre tous les pouvoirs », estime Tezcan Karakus Candan, présidente des architectes d’Ankara qui rappelle alors que le tribunal avait pourtant « interdit la construction de ce nouveau palais ».
Mais ce n’est pas tout. D’autres projets pharaoniques témoignent de la démesure du chef de l’État. Parmi eux, la construction d’une mosquée monumentale à Istanbul.

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