Qui mène la danse ? l’Etat français, l’une des principales puissances économique et militaire de la planète, ou bien une bande de fanatiques islamistes capable de semer la terreur et la mort dans l’Hexagone avec des « armes par destination » obtenues par les terroristes sans la moindre difficulté : un couteau de cuisine pour ôter la vie à deux policiers, et un camion poids lourd de location pour foncer dans une foule de spectateurs d’un feu d’artifice de fête nationale ?

La réponse est évidente, et a été formulée dans la nuit du 14 au 15 juillet par François Hollande lui même : si l’on veut faire changer d’avis le président de la République (état d’urgence, plan Sentinelle) un bon attentat bien sanglant vaut mieux que cent manifs de la CGT.

François Hollande le 30 septembre 2014 à l'Elysée à Paris

Le 14 juillet à 13 heures, François Hollande nous explique qu’il n’est pas nécessaire de prolonger l’état d’urgence au delà du 26 juillet, puisque désormais nous disposons d’un arsenal législatif permettant de répondre au défi terroriste. Le dispositif Sentinelle, les gardes statiques de militaires devant les cibles potentielles devait être allégé de 10 000 à 7 000 hommes, il sera maintenu en l’état. Ce sont donc les membres, émules, séides de Daech qui définissent l’ordre du jour de l’Elysée, et non l’inverse.

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Le message est passé : nul n’est plus, en France, à l’abri.

Avec une habileté tactique éprouvée, ils ont laissé passer l’Euro de foot, populaire dans leur vivier de soutiens potentiels, pour frapper pendant le soupir de soulagement des responsables de la sécurité publique, en un lieu symbolique d’une civilisation et d’un mode de vie qu’ils exècrent, la Promenade des Anglais, haut lieu du tourisme international et de ladolce vita méditerranéenne;

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Le message est passé : nul n’est plus, en France, à l’abri d’un acte meurtrier de ce genre, possiblement bricolé sans réseau ni logistique compliquée (l’enquête le dira), comme celui du Bataclan, mais simplement conçu et réalisé par un petit délinquant radicalisé en douce, même pas fiché S !

Face à cela, la capacité de protection des citoyens par les dépositaires de la violence légitimes (police, armée, justice, services de renseignement) n’est pas illimitée. Il semblerait même, à entendre tous les bons connaisseurs de ces institutions, qu’elles soient «  au taquet », malgré les renforts, en hommes et en matériel qu’elles ont reçu depuis les attentats de 2015.

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Le discours de François Hollande et du gouvernement s’est, jusque-là, limité à montrer au peuple qu’ils sont déterminés à mettre tous les rouages de l’Etat en mouvement pour combattre la barbarie, à l’extérieur, comme sur le territoire national. Mais comme disait jadis (maladroitement) Lionel Jospin confronté à des fermetures d’usines : « L’Etat ne peut pas tout ! » C’est encore plus vrai dans le domaine de la sécurité que dans celui de l’économie.

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La tentation des accommodements et de la soumission…

Deux voies s’offrent alors aux gouvernants pour cesser d’être le jouet de nos ennemis.

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La première consiste à renoncer à combattre frontalement le djihadisme sur ses terres (Syrie, Irak, Mali, etc.), et à procéder, à l’intérieur, à quelques « accommodements raisonnables »  avec une pratique de l’islam heurtant, à ce jour, les sensibilités laïques (acceptation du port du voile intégral, non mixité des piscines, examens des femmes pratiqués seulement par des médecins femmes…). Ainsi, on serait à l’abri de la rage islamiste radicale. Cette tentation est déjà bien présente dans une partie de l’opinion. Elle a déjà son slogan (« Vos guerres, nos morts ! »), son barde (Edwy Plenel), son « sage » institutionnel (Jean-Louis Bianco), président d’un Observatoire de la laïcité qu’il a privatisé au service de sa conception quiétiste de l’affrontement avec l’islam radical de toutes obédiences ! L’itinéraire de la soumission est pavé de bonnes intentions, et séduira d’autant plus de gens que les chemins de la résistance étatique se révéleront des impasses.

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Le courage, aujourd’hui, exige que nos gouvernants, et l’ensemble de ceux qui aspirent à nous diriger, s’appuie sur une société capable de se mobiliser, voire de sacrifier une partie de son hédonisme individualiste (ils sont plus nombreux qu’on ne le pense en haut lieu). Un appel doit être lancé à chacun, quelque soit son origine ou ses croyances, pour s’engager dans un combat de civilisation, en ayant conscience que le djihadisme ne sera pas éradiqué avant 2017, qu’il persistera même si Mossoul est reprise à Daech, ou que tel ou tel chef est tué par une frappe ciblée. La détection précoce de la dérive islamiste ne sera efficace que si elle n’est pas polluée par les balivernes bêlantes du « vivre ensemble » faisant la part belle à l’indulgence croissante face à la multiplication des incivilités de tous ordres, dont les auteurs sont connus et repérés, et qu’on laisse faire, par peur d’être taxé de racisme.

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On ne laisse rien passer, ni en classe, ni dans les hôpitaux, ni dans les piscines, et l’on accueille à bras ouverts tous ceux qui s’engagent résolument dans la lutte contre les barbares, même si l’un d’entre eux habite la porte à côté. Sinon, attendez-vous à voir Marine Le Pen en tête, non seulement du premier tour de l’élection présidentielle, mais aussi victorieuse au second.

 

La responsabilité de l’islamisme reste totale.

Quelles que soient les motivations de Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Après l’attentat de Nice, toutes les questions concernant les motivations et le profil de l’homme au camion bélier, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, doivent être abordées. Les réponses à ces questions fourniront des indications précieuses sur les causes de ce massacre, et sur les auteurs de possibles prochains attentats.

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De prime abord, deux pistes seulement semblent s’offrir à la réflexion.

Ou bien il s’agit tout simplement d’un homme ayant traversé une crise grave pour des motifs personnels, et qui, au moment de péter les plombs, a trouvé que cette forme de passage à l’acte, dont il a entendu parler à la télé était à la mesure de sa pathologie. Dans ce cas, la société doit se protéger de tous les individus qui sont en crise individuelle.

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Ou bien cet homme s’est radicalisé secrètement, et cette islamisation est la seule cause et la seule responsable de son crime. Dans ce cas, il faudra s’efforcer de mettre hors d’état de nuire les islamistes radicalisés, y compris ceux qui se cachent. Ce serait une bonne nouvelle car, aussi nombreux qu’ils puissent être, ces islamistes radicalisés sont infiniment moins nombreux que des gens qui vont mal pour quelque raison que ce soit.

Mais c’est en réalité une troisième piste qui semble s’imposer au bon sens. Cette troisième explication est que c’est l’idéologie terroriste de Daech qui pousse au crime barbare les musulmans qui présentent, comment dire, des fragilités ou des troubles psychologiques.

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Selon les cas, on pourra donc distinguer parmi les criminels barbares ceux qui sont par ailleurs « banals » et que l’islamisme seul a poussé au crime, et ceux qui étaient déjà gravement atteints et qui n’ont trouvé dans l’islamisation radicale du passage à l’acte qu’une issue à leur pathologie.

Mais dans les deux cas, qu’il s’agisse de cas pathologiques qui s’islamisent ou de musulmans « banals » qui se radicalisent jusqu’à la rage, la responsabilité de l’islamisme est totale. Même si l’enquête n’en est qu’à ses prémices, le procureur de Paris a d’ailleurs pris soin de relever que le mode opératoire de cet attentat « correspond très exactement aux appels permanents au meurtres » lancés par ces groupes djihadistes. La société doit donc combattre l’idéologie djihadiste qui pousse à commettre les crimes qu’elle exalte. Comme elle doit se garder d’exonérer cette idéologie barbare en mettant les crimes sur le compte des pathologies individuelles de loups solitaires, forcément victimes de nos sociétés.

Attentat de Nice : prise de panique, une femme accouche sur la plage

Dépasser les bassesses d’après l’attentat de Nice

Et réapprendre la France.

C’est la même macabre routine qui recommence. La discussion soudain interrompue et la petite musique de l’existence désaccordée par l’annonce. Les rires qui se figent, les visages incrédules. L’angoisse s’invite à nouveau partout. On s’inquiète de ceux qu’on aime et qui ne sont pas là. On ressent au plus profond de soi la colère et l’impuissance, désormais familière, l’horreur vécue par les victimes. Combien sont-elles ? 60 ? 70 ? Plus de 80 ? Qui a fait cela ? Que s’est-il passé ? Un camion fou responsable de tous ces morts ? Comment ? Qui au volant ? Encore un soldat « autoradicalisé » de l’islam… Viennent encore beaucoup de questions sans réponses et de théories inutiles, déjà relayées dans les heures qui suivent par l’accélérateur de particules et le grand mélangeur d’opinions des réseaux sociaux.

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On ne voudrait pas, dès le lendemain, consulter les fils d’actualités, regarder les vidéos, les images ou lire les statuts d’untel ou untel pour découvrir les discours va-t-en-guerre aussi ridicules que les inutiles et répétitifs appels à la fraternité ou les larmoyantes confessions des pèlerins de la paix de l’ère numérique. L’un veut déjà prendre les armes. On le devine derrière son écran, se « mettant en position » comme le Crevel de Balzac qui fait l’avantageux en imitant Napoléon. L’autre appelle à l’amour, à l’amour et encore à l’amour, comme si ce mot pouvait avoir le moindre sens ailleurs que dans l’espace ténu qui sépare la bouche qui chuchote de l’oreille de l’être aimé, de celui ou celle pour qui l’on tremble soudain à nouveau. On ne voudrait pas non plus assister à cet instant terrible où la télévision publique française déraille et furète parmi les corps ensanglantés et les cris, à la recherche d’un témoin à interviewer à côté d’un cadavre.

Le terroriste de Nice, qui a tué au moins 84 personnes et en a blessé 202, a parcouru près de 2,3 kilomètres sur la promenade des Anglais avant d'être abattu.

Opportunisme cynique.

On ne voudrait pas non plus être tombé sur ce communiqué dans lequel le Collectif contre l’islamophobie en France concède sept petites lignes à la compassion et aux condoléances adressées aux familles des victimes avant d’en revenir à ce qui préoccupe bien plus le CCIF, c’est-à-dire la préservation des intérêts communautaires et l’appel au flicage, du moins celui qui va dans le bon sens. L’officine énonce après l’attentat « trois points d’action prioritaires » :
1) « Renforcer les dispositifs de protection des lieux de culte, notamment dans la région de Nice ». On trouverait que la suggestion est aussi incongrue qu’inutile si les deux recommandations qui suivent ne venaient pas l’éclairer un peu plus.
2) « Accentuer la surveillance de mouvements racistes et identitaires qui multiplient les appels à la haine et incitent explicitement à des représailles à l’encontre de nos concitoyens musulmans. »
3) « Ré-évaluer la politique anti-terroriste, sur la base des rapports rendus récemment et comprendre que les dérives de l’état d’urgence ou le ciblage abusif des musulmans amoindrissent la capacité de nos services de renseignement et, en définitive, ne garantissent pas notre sécurité. »

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Voilà. Le communiqué en question a été publié quelques heures après un attentat atroce qui a coûté la vie à au moins 84 personnes et en a mutilé ou gravement blessé dieu sait combien d’autres. Alors que le sang n’a pas encore séché sur la Promenade des Anglais, le CCIF fait les gros yeux, lève un sourcil menaçant et prévient : attention, attention bonnes gens, que le massacre de 84 victimes innocentes ne risque pas de donner lieu à d’insupportables amalgames et à d’intolérables discriminations.

Oh bien sûr, il serait peut-être trop attendre du CCIF qu’il se comporte autrement que comme une association clientéliste et ne fasse pas étalage d’un opportunisme bien cynique à l’occasion d’une nouvelle tragédie. Mais quand les auteurs du communiqué, après avoir si manifestement pris prétexte du carnage pour jouer les épiciers du désastre, se permettent en plus d’appeler enfin « à la responsabilité des commentateurs politiques et médiatiques, afin de rassembler nos concitoyens plutôt que de les diviser », on ne peut s’empêcher d’avoir un peu la nausée.

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Communautarisme prédateur et narcissisme déboussolé.

Le CCIF n’est pas seul à vouloir se servir sordidement du massacre et à substituer avec autant de subtilité la défense de ses propres intérêts à la douleur des victimes. Sur les réseaux sociaux se sont multipliés, de l’extrême gauche à l’extrême droite, les annonces ronflantes et déclarations fracassantes des infatigables militants dénonçant l’inefficacité de l’état d’urgence et soulignant l’injustice de leur propre sort, pauvres opposants constamment réprimés par le totalitarisme qui vient. Pendant la tuerie les affaires continuent et la valse des égos se poursuit de plus belle… L’Etat islamique qui, d’une manière ou d’une autre, est sans nul doute derrière l’attentat de Nice aura encore une fois pu montrer de manière connexe, en semant la mort et la désolation, à quel point notre société n’est plus qu’un assemblage hétéroclite de communautarisme prédateur et de narcissismes déboussolés. Une fois de plus, on aura vu après le drame de Nice qu’il convient de ne pas nommer et accabler les tueurs mais que l’on peut mépriser la souffrance des victimes. Epargnons nos ennemis et accablons nos morts, après tout, la récente commémoration du centenaire de Verdun n’a-t-elle pas une fois de plus démontré quel grand cas nous faisons désormais de ceux qui ont été frappés ou ont versé leur sang au nom de la France ?

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Tout n’est pas perdu cependant car le pays ne se résume pas encore uniquement à ces étranges bassesses. Laissons s’abîmer dans l’oubli le communiqué du CCIF, oublions l’affligeant reportage pour lequel la direction de France 2 a déjà, penaude, présenté ses excuses, laissons-là les statuts, les fils d’actualité et les réseaux sociaux, rendons hommage aux morts et souhaitons que les responsables paient un jour pour leurs crimes.

Le gouvernement répète, et à raison, que nous sommes en guerre, sans oser nommer ceux qui, derrière l’Etat islamique, derrière les terroristes « autoradicalisés » en France, derrière le salafisme de maison de quartier, tirent les ficelles et font tourner les rouages de la terreur à coups de pétrodollars : l’Arabie saoudite plus que tout autre, le Qatar et la Turquie, où l’on subit encore les conséquences du jeu trouble de Recep  Tayyip Erdogan. Il ne nous appartient pas cependant, pauvres citoyens et chair à canon du terrorisme islamiste, de jouer à notre modeste niveau, les justiciers des relations internationales.

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Changer d’âme.

A notre pauvre niveau de Français lambda, il ne nous appartient que de conserver une pensée pour ceux qui sont morts, d’aimer et de protéger ceux qui nous sont proches et de nous habituer à apprivoiser ce que nous n’avons plus l’habitude d’appeler ni la guerre, ni l’histoire parce que nous ne les connaissions plus, et que nous avons même cru naïvement ne plus les connaître. Sans posture et sans atermoiements, il faudra bien que nous changions un peu d’âme pour apprendre à mieux comprendre cette réalité nouvelle. Comme le disait Jean Paulhan : « Peut-être nous faudra-t-il du temps pour réapprendre la France. Je prie seulement que l’on nous donne ce temps, que l’on ne nous prive d’aucune raison. Que l’on ne nous cache, comme en 1914, ni le nom des héros, ni le détail des victoires. Que l’on ne nous empêche pas de penser la guerre, si l’on nous a mal appris à la prévoir. »

Paulhan écrivait ces lignes en 1939. Espérons que les choses tournent mieux pour nous que pour lui, mais il n’est pas encore trop tard. « Réapprendre la France », ce n’est pas, comme les imbéciles prophètes du retour-des-années-sombres voudraient nous le faire croire, s’adonner à un nationalisme idiot et sectaire qui n’est que l’expression de l’amour inconditionnel de l’entre-soi. C’est vouloir seulement défendre et préserver le sol sur lequel vivent et grandissent ceux que nous aimons, ceux-là qui sont devenus les cibles d’un djihad qui voudrait nous soumettre ou nous tuer. Que les méprisables lâches qui se disent soldats de dieu et les vautours qui se hissent sur les cadavres pour mieux diffuser leur méprisable propagande ne se réjouissent pas trop vite : avec leur aide, nous aurons peut-être réappris la France plus tôt qu’ils ne le croient.

Des corps recouverts d'un drap sur la promenade des Anglais, à Nice (Alpes-Maritimes), après l'attaque d'un chauffeur à bord d'un camion, le 14 juillet 2016.

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Bon comme un citron bien rond !

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