PHOTOS. Tentative de coup d'État en Turquie

L’armée, gardienne du kémalisme, est un pouvoir important en Turquie. Erdogan l’a-t-il matée ? Pas sûr…

Une nouvelle fois, la Turquie a vécu vendredi 15 juillet au soir une tentative de coup d’Etat, menée par une partie de l’armée hostile au président Recep Tayip Erdogan.

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Il semble que le pouvoir ait réussi à surmonter cette épreuve qui pose de nouveau la question de la place de l’armée en Turquie.

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Cette tentative de coup d’Etat était-elle prévisible ?

A l’évidence, non. Le président Recep Tayip Erodgan semblait avoir solidement assis son pouvoir autoritaire dans le pays et être en parfait contrôle des forces de sécurité, armée comprise.

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Très rares étaient les analystes qui envisageaient une nouvelle tentative de coup d’Etat militaire en Turquie. Il y a une exception toutefois : le 30 mai, le magazine Foreign Affairs a publié sur son site un article titré “Turkey’s Next Military Coup” (“Le prochain coup d’Etat en Turquie”), signé par Gonul Tol, Directrice du Centre des études turques au Middle East Institute (à Washington).

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L’auteure y constatait que le risque semblait faible, mais soulignait qu’Erdogan, en renforçant l’armée pour l’amadouer, avait « joué avec le feu » et pris le risque de « chevaucher un tigre ». Avec le risque que l’animal se retourne contre lui, notamment dans le cas où il ne serait pas assez ferme contre le séparatisme kurde. Mais cette tentative de coup d’Etat, loin de montrer une armée forte, a exposé ses divisions et donc sa faiblesse.

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Qui est derrière la tentative de coup d’Etat ?

Les circonstances de cette tentative sont encore difficile à cerner, de même que l’identité de ses auteurs. Selon Omer Taspinar, expert de la Turquie au Brookings instituteinterrogé par Vox, il pourrait s’agir d’une tentative orchestrée par des officiers de rang moyen, qui se sont révélés incapables d’établir une unité et une chaîne de commandement.

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Il en veut pour preuve que les généraux en chef de l’armée n’ont pas soutenu l’opération. Selon lui, l’opération était « non professionnelle, mal organisée, bâclée ». Les putschistes n’avaient pas d’appui dans la population, ils n’ont pas réussi à convaincre les médias ou d’autres centres de pouvoir. Surtout, ils n’ont pas entraîné la majorité de l’armée.

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Deux groupes peuvent être derrière cette tentative de coup d’Etat :

  • Des « gulenistes » : des officiers fidèles à Fethullah Gülen, ancien allié de Erdogan devenu son ennemi juré depuis 2011, défenseur d’un islamiste social et modéré, actuellement réfugié aux Etats-Unis. Erdogan a depuis purgé la police et la justice de tous les « gulenistes » mais en août 2015, le Conseil militaire suprême avait rejeté la demande du Président d’exclure certains officiers suspects d’être « gulénistes ».
  • Des Kemalistes :  plus classiquement, des officiers attachés à la laïcité et à l’intégrité du territoire.

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Quand l’armée turque se sent-elle autorisée à faire un coup d’Etat ?

L’armée, depuis l’empire Ottoman, tient une place très importante dans la société turque. Elle se considère aujourd’hui comme la garante non seulement de l’intégrité du territoire, mais aussi de la constitution. Jusqu’à la réforme constitutionnelle de 2010, initiée par Erdogan, la constitution le prévoyait noir sur blanc :

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« Les forces armées turques sont les gardiennes de la République turque. »

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, elle a participé à la destitution des monarques absolus et permis d’engager le pays sur la voie de la modernisation économique et politique. En 1938, à la mort de Mustafa Kemal Atatürk, elle est devenue la gardienne des dogmes kémalistes : république, laïcité, nationalisme, étatisme.

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Elle n’a pas hésité à déloger le pouvoir civil si ces principes (ou son pouvoir) étaient menacés, souvent au mépris de la démocratie.

  • 1960 : renversement du président Celal Bayar et du premier ministre Adnan Menderes, au nom de la défense de la laïcité et de la démocratie (Menderes ayant fini pendu).
  • 1971 : destitution du premier ministre Süleyman Demirel, pour mettre fin à des mois d’instabilité politique.
  • 1980 : brutale prise de pouvoir par le général Kenan Evren, soutenu par Washington,  avec à la clé plus d’un demi-million d’arrestations et 50 exécutions. Motivation officielle : trop de désordres sociaux, d’instabilité politique, d’actes terroristes.
  • 1997 : coup d’Etat “post-moderne”, réalisé au nom de la laïcité. L’armée, craignant l’instauration de la charia, a enjoint au Premier ministre islamiste Necmettin Erbakan de démissionner.

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L’échec du coup d’Etat est-il le signe qu’Erdogan a domestiqué l’armée ?

Il serait bien imprudent de l’affirmer. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, le leader de l’AKP (pari de la justice et du développement) a tout fait pour mettre fin aux tensions entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire. Il a laissé l’armée réprimer à sa guise les séparatistes kurdes et tissé des liens avec les généraux.

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Il a également, au prétexte de se conformer aux exigences démocratiques d’entrée dans l’UE, vissé la prééminence du pouvoir civil sur le pouvoir militaire : réduction des compétences des tribunaux militaires, nominations par le pouvoir civil des commandants supérieurs…

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En avril 2007, l’armée a publié sur son site un avertissement à AKP, s’opposant à l’élection au poste de président d’Abdullah Gul, considéré comme un islamiste menaçant la laïcité (sa femme était voilée). Gul a été élu, mais le “e-memorendum” de l’état major, parfois surnommé le “e-coup d’état”,  a entraîné une forte réaction d’AKP et de ses alliés d’alors, les gulénistes, puissants au sein de l’ordre justiciaire.

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Des enquêtes criminelles ont été lancées, des généraux et des officiers retraités ont été arrêtés. Les tensions ont perduré jusqu’à ce qu’en juillet 2011, le haut commandement de l’armée décide de démissionner. Erdogan a mis à la tête des forces armées un homme qui lui est loyal, Necdet Özel. Et il a invité le successeur de ce dernier, Hulusi Akar, au mariage de sa fille…

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Entretemps, la rupture entre Erdogan et Gulen,  attisée par les enquêtes ouvertes pour corruption contre sa famille et ses proches, a rapproché encore plus le leader turc des dirigeants de l’Armée.

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Enfin, Erdogan a su négocier des donnant-donnant : contre des moyens supplémentaires à l’armée, il a obtenu en 2015 le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’intérieur, par exemple. Et le durcissement du pouvoir face au PKK, le parti communiste Kurde, va dans le sens des désirs de l’armée.

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Mais l’armée est restée largement autonome. Et tant son attachement aux principes kémalistes que sa popularité dans la population sont intactes. Ses divisions actuelles, exposées par ce putsch raté, ne doivent pas laisser penser qu’elle est politiquement hors jeu.

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Erdogan va-t-il en profiter renforcer son pouvoir ?

Il est évidement que le président turc va profiter de l’épisode : il n’a d’ailleurs cessé de saisir toutes les occasions pour renforcer son pouvoir. Pour commencer, la purge des gulénistes dans l’armée, qui lui avait été refusée l’an dernier, aura probablement lieu.

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Erdogan pourrait exiger une nouvelle constitution pour mieux asseoir son pouvoir. Ce qui sera une mauvaise nouvelle de plus pour la démocratie turque. Qui pourra l’arrêter ? Pas l’armée, visiblement. Restent l’opinion publique turque (mais Erdogan s’occupe aussi de mater la presse) et les pressions de l’Union européenne et des Etats-Unis.

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Avec le Brexit, cependant, l’UE a perdu son moyen de pression : l’hypothèse d’une entrée de la Turquie dans l’Union. Celle-ci, qui oblige le pays à rester dans les clous démocratiques, semble définitivement enterrée. Et dans le contexte actuel des réfugiés, c’est plutôt l’UE qui a besoin d’Erdogan que le contraire. La période est donc peu propice à la limitation du pouvoir du « nouveau sultan ».

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