Le tribunal administratif de Bastia valide l’arrêté « anti-burkini » de la commune de Sisco.

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Le maire, Ange-Pierre Vivoni, avait pris un arrêté avec le conseil municipal, à la suite d’une violente rixe survenue la veille, sur une plage de sa commune.

Le tribunal administratif de Bastia valide, mardi 6 septembre, l’arrêté pris par le maire de Sisco, interdisant toute tenue religieuse ostentatoire sur les plages de cette commune de Haute-Corse. Dimanche 14 août, le maire Ange-Pierre Vivoni avait pris cet arrêté avec le conseil municipal, à la suite d’une violente rixe survenue la veille, sur une plage de sa commune.

Le juge, se référant à la récente décision du Conseil d’Etat suspendant un arrêté comparable, estime qu’« en l’espèce, compte tenu des récents événements (…) la présence (…) d’une femme portant un costume de bain de la nature de ceux visés par l’arrêté (…) serait (…) de nature à générer des risques avérés d’atteinte à l’ordre public qu’il appartient au maire de prévenir ».

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En Corse, « tout le monde a peur, d’un côté comme de l’autre, et on redoute que cela n’éclate » après la rixe de Sisco.

Le violent affrontement qui a opposé une famille d’origine marocaine à des villageois a laissé des traces sur l’île de beauté. Les communautés corses et maghrébines redoutent désormais le dérapage qui finirait par faire exploser la situation.

Des centaines de personnes ont défilé dans le quartier populaire de Lupino, à Bastia (Haute-Corse), le dimanche 14 août 2016, au lendemain de la rixe ayant eu lieu à Sisco.
Des centaines de personnes ont défilé dans le quartier populaire de Lupino, à Bastia (Haute-Corse), le dimanche 14 août 2016, au lendemain de la rixe ayant eu lieu à Sisco. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Clameur devant le tribunal de grande instance de Bastia, jeudi 18 août. Sous les drapeaux à la célèbre tête de maure, environ 500 personnes exultent. Le boulanger du village de Sisco, Lucien Straboni (50 ans), et l’employé communal Pierre Baldi (22 ans), sont libres, sous contrôle judiciaire, en attendant la prochaine audience, le 15 septembre. Depuis plusieurs jours, des tensions identitaires agitent la Corse. Vont-elle retomber ?

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Quelques minutes plus tôt, dans la salle d’audience pleine d’habitants de Sisco, le procureur Nicolas Bessone a tenté de déminer l’affaire en exposant les faits. D’abord, dans la crique de Sisco, il n’y avait pas de burkini et personne n’a crié « Allah akbar ». Ensuite, si on y regarde bien, ce ne serait « pas une affaire de Corses contre personnes d’origine maghrébine », car plusieurs protagonistes n’appartiennent à aucune de ces deux communautés.

Finalement, juste un banal fait-divers qui s’envenime : quatre frères marocains agressifs qui tentent de s’approprier une plage en intimidant des touristes, et un village qui réagit par une grande violence.

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« Attendez un peu, avant de sortir »

Le procureur a souligné que Mustafa Benhaddou, au lourd casier judiciaire et qui reste le seul à être maintenu en détention provisoire, a été « l’élément moteur, le plus agressif, qui a menacé tout le monde avec un harpon ». Mais il a aussi souligné l’attitude « scandaleuse » de villageois prêts à lyncher la famille.

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Tout le monde, pourtant, n’est pas prêt à accepter la réalité d’une responsabilité partagée dans l’escalade de la violence. Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée corse, se félicite que le tribunal ait « fait la différence entre les victimes et les agresseurs ». Le leader nationaliste précise : « Nous ne partageons pas cette vision des choses [celle du procureur]. On ne peut pas laisser passer ce type de comportements. »

Derrière lui, la salle d’audience est maintenant presque vide. L’avocat commis d’office a enlevé sa robe et ramasse ses affaires. Il se tourne vers les deux frères Benhaddou placés sous contrôle judiciaire : « Attendez un peu avant de sortir. Je vais vous accompagner. » Il se tourne vers une gendarme : »Vous allez les protéger, n’est-ce pas ? »

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Un contexte tendu en raison des attentats

L’affaire témoigne d’un climat délétère. Dehors, la joie des habitants de Sisco, auxquels se mêlent des militants nationalistes, tourne déjà aigre. Des journalistes sont pris à partie : insultes, claques. Une partie de la presse est accusée d’avoir présenté Sisco et ses habitants comme « racistes »Dans la foule, François-Xavier admet une « tension », mais s’agace d’un « amalgame »qui le ferait passer pour « fasciste, raciste ». Il estime qu« aujourd’hui, soit on considère que les musulmans sont tous coupables, soit que les musulmans sont tous innocents et qu’il faut tous les aimer. Non, moi, je n’ai ni envie de tous les tuer, ni de tous les aimer ». Dans un contexte tendu en raison des attentats, « les politiques sont en vacances et c’est la foule qui prend le relais ». Il s’inquiète d’une attaque terroriste sur le sol corse qui pourrait entraîner des représailles.

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A seulement trois kilomètres de là, à Lupino, certains partagent cette inquiétude. Dimanche, au lendemain de la rixe de Sisco, les riverains ont assisté à un défilé organisé pour montrer que ce quartier de Bastia, c’est« toujours la France », selon un participant venu du petit village. Une réponse à une provocation de l’un des frères marocains qui aurait mis au défi, lors de la rixe dans la crique, les Siscais de venir dans ce quartier métissé, toujours selon cet habitant. On apprendra plus tard que la fratrie Benhaddou venait, en réalité, de Furiani, à plus de sept kilomètres de là. A Lupino, il a fallu que les forces de l’ordre s’interposent.

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« On n’est plus chez soi, il y a des choses qu’on ne supporte plus »

Au pied des immeubles de Lupino, Nadia, la quarantaine, attend le bus sur un plot, à l’ombre. Elle n’est « pas d’accord avec ce que les Maghrébins ont fait aux enfants, c’est dégueulasse ». Mais elle a aussi « peur, surtout pour ses enfants ». Sa sœur s’est cachée pour rentrer chez elle, le jour où la foule scandait : « On est chez nous ». « Qu’est-ce qui va se passer après ? », s’interroge Nadia. Elle n’est pas voilée, mais elle entend souvent des réflexions déplacées à son travail. « L’autre jour, une femme a refusé que je la reçoive quand elle a entendu mon nom, mais elle a accepté quand elle a vu que je n’étais pas voilée. » Elle préfère en prendre son parti et évoquer ses amis locaux. « Il faut comprendre que tout le monde n’est pas pareil, Maghrébins comme Corses. Je continuerai à aller à Sisco me baigner en maillot de bain », glisse-t-elle.

A deux pas, Josiane*, qui va sur ses 70 ans, inspecte la route depuis sa fenêtre. Elle ouvre sa porte. Le jour de la marche, elle a applaudi : « On n’est plus chez soi, il y a des choses qu’on ne supporte plus. Ils cherchent la merde. Ici, on est en Corse. Ils sont arabes, ils seront toujours arabes. Regardez comment ils s’habillent. Il faut s’habiller comme les Français ».

dv

Entre deux blocs, Mohamed, 65 ans, bricole sa vieille voiture en plein soleil.« Je suis là depuis 46 ans. Mais, je vous jure, si mes enfants et mes petits enfants n’étaient pas nés ici, je quitterais la Corse, se désole-t-il. Je n’ai pas le choix, je crèverai ici. » Ses mains pleines de cambouis lâchent un instant sa clé et son tournevis : « On vit comme des chiens. Vous voyez tous ces poteaux électriques et téléphoniques ? Je les ai portés sur mon dos. » Les gouttes de sueur qui ruissellent sur son visage ressemblent à des larmes.

Quand ma femme marche le long du cimetière, des gens en voiture lui crient ‘arabi fora’ [les arabes dehors]. Ça me fait mal au cœur. Mais que voulez-vous, on doit bien vivre ensemble. Je suis un homme, il faut que je sois avec les hommes.

Mohamed

à francetv info

Dans le local du Secours populaire au rez-de-chaussée d’un immeuble, Jean-Baptiste Casanova, président du comité de Bastia, regrette un« manque de dialogue ». Le jour de la marche dans le quartier, une partie de « la population était enchantée et a applaudi ». Les autres ? « Ils se cachaient. » Pour le moment, personne ne songe sérieusement à partir, assure-t-il. Mais avec les attentats, les menaces, « tout le monde a peur, d’un côté comme de l’autre. Et on redoute que cela n’éclate. On risque de gros problèmes ».

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Un climat qui se dégrade depuis plusieurs mois

Car les événements de Sisco et la marche ne sont pas vraiment une nouveauté. Ils marquent une nouvelle étape dans une escalade en Corse où les provocations de certains entraînent une surenchère des autres.

Déjà, le quartier populaire des Jardins de L’Empereur, à Ajaccio, a concentré une série d’incidents allant crescendo. En janvier 2015, un drapeau français a été brûlé et remplacé par un drapeau marocain sur le fronton d’une école maternelle. A Noël, deux pompiers y ont été agressés. Le comportement de quelques-uns est retombé sur tout un quartier : une foule rassemblant près de 300 personnes a réagi en défilant aux cris d’« arabi fora », menaçant de pénétrer dans les appartements pour y chercher les auteurs des attaques. Une salle de prière a été profanée et, quelques semaines plus tard, une tête de sanglier y a été déposée.

A la fin juillet, six prédicateurs salafistes venus du continent ont tenté d’organiser une prière sur une plage de Balagne. Leurs pneus ont été crevés. Dans une Corse championne de France des violences contre les musulmans, selon les chiffres de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), une boucherie halal a été mitraillée en février, une salle de prière incendiée en avril et on ne compte plus les tags « arabi fora ».

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« Les suites de cette rixe ont été exceptionnelles »

Les attentats, dont celui de Nice (Alpes-Maritimes), durant lequel au moins une jeune fille d’origine corse a été tuée, ont fait office de catalyseur. Le FLNC du 22 octobre a prévenu les « islamistes radicaux de Corse » que toute attaque de leur part déclencherait « une réponse déterminée, sans aucun état d’âme ». Il a invité les « musulmans de Corse » à « prendre position en manifestant à nos côtés contre l’islam radical ».

Pour André Fazi, politologue à l’université de Corse, à Corte, « ce type de rixe entre groupes issus de cultures différentes n’est pas exceptionnel, et l’île en a connu de bien plus violentes il y a une dizaine d’années (notamment à Bastia). En revanche, les suites de cette rixe ont bien été exceptionnelles, tant sur le terrain (manifestations, rassemblements) que dans les médias (faux témoignages, récupération politique de la polémique sur le burkini) ». Il souligne encore qu’« il y a un discours de crispation identitaire qui existe. Mais il y a aussi un contre-discours, plus modéré ».

*Le prénom a été modifié.

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