La cellule « communication » de l’État islamique inonde le Net de spots de propagande. Un livre et un documentaire les décortiquent.

Critique aux Cahiers du cinéma, dont il fut le rédacteur en chef de 1965 à 1973, réalisateur d’une vingtaine de films, parmi lesquels figure l’inoubliable La Cécilia, consacré à une communauté anarchiste fondée par des exilés italiens au Brésil à la fin du XIXe siècle, Jean-Louis Comolli fait partie de ces hommes pour qui le septième art ne saurait être réduit au rang de simple divertissement.

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« Tout film a une intention politique, pour ne pas dire philosophique », explique le cinéaste de 75 ans, qui a fait l’apprentissage de la vie, dans les années 60, en regardant des longs-métrages dans les salles obscures du Quartier latin. Pour lui (comme pour ses camarades des Cahiers, Jacques Rivette ou Luc Moullet), « l’esthétique et l’éthique sont indissociables ». C’est fort de ce credo qui, à ses yeux, fonde l’acte de foi de toute pensée cinéphilique qu’il s’est plongé dans l’analyse filmique des « productions » cinématographiques de Daech.

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L’État islamique ne se contente pas d’utiliser le cinéma à des fins de propagande, vantant ses services « sociaux » (alimentation, santé, hygiène). Il ne tente pas non plus de mettre en scène, par ses clips, la « dignité » retrouvée de celles et ceux qu’il décrit comme des « opprimés ». Les djihadistes développent, au contraire, un catalogue de films d’une extrême brutalité. C’est pour comprendre ce qui pousse des hommes à enregistrer ces images « gores » mais aussi les raisons de leur incroyable succès sur les réseaux sociaux que Jean-Louis Comolli a écrit un essai percutant*.

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Un cinéma doublement pervers.

Réalisateur multi-primé (il est notamment lauréat du prix Albert Londres), Alexis Marant, a, lui aussi, voulu saisir ce qui avait poussé Daech à devenir le « nouveau méchant de Hollywood, celui que l’on adore détester et qui ne demande pas mieux… ». C’est peu après l’exécution filmée du journaliste américain James Foley que l’idée d’un film documentaire** s’est imposée à lui. Débutant ses recherches à l’automne 2014, il commence à amasser les films et à en décortiquer le montage. Surtout, il rencontre quelques-uns des techniciens qui œuvrent dans ce « petit Hollywood » de la terreur. Tel Tarek, ancien responsable du bureau des médias de Daech à Raqqa, en Syrie. Tel encore Zyad, l’un des caméramen de l’organisation djihadiste. Ou Abou Missab, l’un des formateurs de ses forces spéciales, qui est aussi, d’une certaine manière « metteur en scène ».

« Tuer et filmer. Filmer et tuer. Les deux actes sont synchrones », ecrit Jean-Louis Comolli. « Daech n’est pas le premier à en jouer. Al-Qaïda l’avait fait, quoique de façon moins systématique et en s’attaquant d’abord aux représentants de l’Occident. (…) Daech n’a donc rien inventé. Mais (…) Daech, en phase avec son temps, exploite et maîtrise l’immédiateté du numérique », poursuit-il. Dans le livre Al-Qaïda par l’image, paru en 2013 dans la collection dirigée par Gilles Kepel, Abdelasiem El Difraoui relevait déjà l’omniprésence de la violence et de la représentation complaisante d’actes cruels. « Le recours (d’Al-Qaïda) aux images et sons de propagande s’est vite centré sur les destructions, les explosions, les exécutions, les tortures… Bref, sur ce qu’il pouvait y avoir de plus spectaculaire dans les actions de ces combattants en Afghanistan, puis en Irak », écrivait Abdelasiem El Difraoui.

Enregistrer et diffuser de telles images apparaît, aux yeux de Comolli, comme doublement abject. Non seulement parce que ces vidéos mettent à mal la dignité humaine. Mais plus encore parce que cette manière d’envisager le cinéma dénature la raison d’être du septième art.

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Insondable nihilisme.

« Le cinéma a été inventé pour filmer la vie et a toujours jeté un défi à la mort en offrant une forme d’éternité aux acteurs », énonce Jean-Louis Comolli, comme en écho à Pasolini, Garrel ou encore Bellochio. En retournant cette proposition, Daech pervertit la raison d’être de ce médium. « Cette violence symbolique annule tout espoir et illustre la volonté de ce groupuscule extrêmiste de nier le passé, comme ils le font déjà en cassant les musées ou les monuments », complète l’essayiste. « Ce faisant, l’organisation État islamique a le fantasme de toute-puissance de contrôler l’imaginaire des vivants », ajoute-t-il.

Ce constat semble d’autant plus l’accabler que Jean-Louis Comolli est né en Algérie et y a vécu pendant vingt ans, baigné dans cette culture musulmane dont se revendiquent, en la dénaturant, les islamistes de Daech. Dans son livre, l’ancien réalisateur ne se contente pourtant pas de dénoncer le dévoiement du septième art par les djihadistes. Il fait également le procès du « cinéma mortifère » que le nouvel Hollywood a produit depuis vingt ans. Un cinéma qui place les tueurs au centre d’intrigues qui semblent parfois imaginées exclusivement pour satisfaire ce que saint Augustin (« un autre pied-noir », plaisante-t-il en référence aux origines berbères de l’évêque d’Hippone) appelait la « concupiscence des yeux » : en clair, le fait que nous sommes avides de « voir l’horreur ».

Et c’est ici que Jean-Louis Comolli rejoint l’analyse d’Alexandre Marant. Ce dernier, ne se contente, en effet, pas de relever l’impressionnante maestria technique des réalisateurs de Daech qui abusent de ralentis, effets spéciaux simulant des murs de feu ou voix-off caverneuses. Autant d’artifices qui rendent redoutablement efficaces ces outils de promotion de la barbarie. Marant interroge aussi la responsabilité de l’industrie du cinéma et des jeux vidéo face à l’apparition de ce monstre médiatique.

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Télé-réalité de l’horreur.

La fascination qu’exerce sur les spectateurs la violence crue… voilà qui n’a rien de bien nouveau. Au Moyen Âge déjà, les gens louaient des balcons pour assister aux exécutions capitales. Et les conducteurs ralentissent, depuis l’invention de l’automobile, pour regarder les accidents de la route. Mais ce travers a trouvé, grâce à Internet, un puissant et effrayant relais. Et nous lui prêtons notre concours, chaque fois que nous acceptons de regarder les clips réalisés par cette « machinerie macabre ». Pour Comolli, la banalisation de la violence à laquelle ont contribué les studios américains a préparé les esprits à de telles horreurs. Et au renversement des valeurs qu’elles impliquent.

« Pas plus qu’Hollywood et les cinéastes des films catastrophes qui occupent les écrans, Daech ne sait que ce qu’il produit est l’image même du monde tel qu’il est devenu. (…) Le bourreau triomphe. Il sourit, dans son rêve de sang. (…) Les boss du studio Al-Hayat Media Center et de Daech (…) ont pris la responsabilité de filmer puis de montrer au monde entier la réalisation effective de ces crimes. (Ils) le font pour s’en glorifier. Sur ce point, Daech se distingue nettement des nazis, qui voulaient, d’une part, que leurs crimes de masse restassent à jamais inconnus et, d’autre part, éviter aux membres des Einsatzgruppen d’être eux-mêmes choqués par les crimes qu’ils commettaient ».

« Les films de Daech comme Flames of War contraindront-ils les studios américains à revoir leur manière de mettre en scène la guerre, de montrer la torture ou de représenter la mort ? » s’interroge Comolli, qui s’est infligé la projection de cette vidéo de 55 mn, mise en ligne en septembre 2014, dont le « pitch » se résume à une accumulation d’images de combats héroïsant .

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Mots et images.

« Avant Daech, je préférais croire que la folie visuelle qui s’est emparée de nos sociétés ne franchirait pas la porte des supplices et immondices… », écrit Comolli. « Quelle naïveté ! Plus fortes que la mort, les caméras n’ont pas craint de s’allier à elle. Et le voyeurisme, devenu l’une des qualités les plus banalement « normales » de chacun des sujets que nous sommes ne peut que fêter cette descente aux enfers. À ce très ancien thème des mythologies, récits, poèmes, musiques et peintures, noire apothéose des imaginaires occidentaux et orientaux, Daech ajoute un poids de chair réelle et sanglante. »

Confronté à ce « cinéma de l’indignité », qui nous renvoie l’image peu flatteuse d’un « odieux visuel », selon la formule célèbre de Serge Daney…, Comolli oppose ses mots. Et, ce faisant, renoue avec sa vocation première : la poésie. Alexis Marant, préfère lui opposer une réflexion « froide » sur le « making of » de ces films, tout aussi bien que sur nos tentations voyeuristes. Ce faisant, son « Studio de la terreur » réussit à conserver une certaine distance face à la fièvre de ces « combattants-reporters ». Il fallait probablement le glaçant de ce regard « clinique » pour ne pas céder à l’hypnose dans laquelle tente de nous plonger ce cinéma.

Un cinéma dont on ne peut que sortir « les yeux salis », pour reprendre une formule de Roberto Rossellini, le spectateur sachant pertinemment que ce qui est projeté n’est plus simulacre mais mise en scène insoutenable d’une réalité inimaginable, en fait presque regretter à Jean-Louis Comolli l’époque de la censure contre laquelle il s’érigea pourtant avec véhémence dans les années 60.

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Extrait (page 33): « Dans Sherlock Jr., Buster Keaton joue le rôle d’un projectionniste dans une salle de cinéma. Il lance le film en bâillant, il a sommeil, il s’endort. Son double alors se détache de lui, traverse la cabine de projection, va regarder par la petite fenêtre de la cabine ce qui se passe en contrebas dans la salle et sur l’écran. Ce qu’il voit ne lui plaît pas. L’héroïne, comme toujours charmante jeune fille, est aux prises avec un séducteur, comme toujours inquiétant. Le double détaché de Keaton, visiblement poussé par le désir de se mêler de et à la scène projetée, sort de la cabine, traverse la salle de cinéma, escalade les quelques marches du proscenium, avance sur l’estrade d’un air résolu, entre dans l’écran même sur quoi la séquence est projetée, se trouve en présence de la jeune fille et du séducteur, intervient pour l’arrêter… et se retrouve expulsé par ce dernier de la scène, hors de l’écran, mais directement sur le palier de la maison où l’action se déroule ; à partir de quoi il subira diverses avanies. Cette (magnifique) séquence nous dit, mine de rien, l’essentiel de ce qui se joue dans le temps de la séance : le spectateur veut accéder à la scène, il veut en être imaginairement, là, avec la jeune fille, aux prises avec l’horrible, pour la sauver et sauver en même temps la décence du cinéma, sa dignité, sauver ne serait-ce qu’un instant la mise d’espoir que le spectateur a placé dans le cinéma en payant sa place. Les personnages de Charlot, de Keaton, de tant d’acteurs dits burlesques sont en dernière instance des équivalents et des représentants des spectateurs dans la salle : aussi pauvres qu’eux, aussi exploités, sans beaucoup d’espoir que ça s’arrange; il leur reste à rêver, et le cinéma est là pour ça. Les êtres spectateurs d’aujourd’hui (j’en suis) semblent moins préoccupés par la dignité des êtres filmés. Les spectateurs de Daech, en tout cas, sont condamnés à rester spectateurs dans la mesure où ils ne peuvent « rien sauver » de l’indignité à quoi est condamné l’autre filmé – même de manière imaginaire. Il y a une certaine symétrie entre la soumission des futures victimes, qui savent qu’elles ne peuvent plus rien pour se sauver, et l’indignation ou la révolte du spectateur condamné à constater sans fin son impuissance. Les clips de Daech veulent à la fois terrifier et paralyser le spectateur : en faire un mauvais spectateur. Aller au cinéma, c’est tout le contraire, c’est enfin ouvrir les yeux et les oreilles dans une école spéciale de l’implication, de l’engagement, de la prise de conscience. Le spectateur est engagé dans le film. Là est sa dignité, niée par Daech. »
La librairie Mollat a interviewé Jean-Louis Comolli. Il explique ici les intentions de son essai :
Tarek est un ancien responsable technique du bureau des médias de Daech à Raqqa, en Syrie ; Zyad, un ex-cameraman de l’organisation terroriste ; et Abou Missab a été l’un des formateurs de ses forces spéciales, souvent mises en scène dans les clips gore de la propagande. Ces trois petites mains de la terreur sont les principaux témoins du film vertigineux d’Alexis Marant. Pendant quatre-vingt-dix minutes haletantes, ces combattants, aujourd’hui réfugiés incognito en Turquie après avoir pris leurs distances avec Daech (mais pas forcément avec le djihad international), racontent, de l’intérieur, le fonctionnement au quotidien du spectacle terroriste mis en scène par les spin doctors de l’autoproclamé califat d’Irak et de Syrie. La plus formidable entreprise de propagande du XXI siècle, celle qui a réussi à transformer en quelques mois seulement, à partir de l’été 2014, un groupe d’obscurs combattants du Moyen-Orient en ogre du terrorisme craint dans le monde entier.
S’appuyant sur les analyses des meilleurs observateurs du phénomène, dont le journaliste français arabophone Wassim Nasr, le film ne se contente pas de décrypter les objectifs et les puissants mécanismes du matraquage de la terreur. Il ne s’arrête pas aux différents artifices, mis en scène dans la production, qui inondent le web depuis deux ans et finissent par s’imposer aussi bien à la une des journaux télévisés que dans le cinéma et les séries. Alexis Marant, réalisateur déjà primé à de nombreuses reprises, tente également – et la démarche est novatrice – de questionner l’industrie du cinéma et des jeux vidéo face à l’apparition de l’hydre médiatique Daech, ce « nouveau méchant de Hollywood, celui que l’on adore détester et qui ne demande pas mieux… ». Une réflexion utile sur notre propre fascination pour la violence que le réalisateur s’est ingénié à conjurer dans son propre film. A des années-lumière de la simple balade voyeuriste au royaume des « combattants-reporters », « le Studio de la terreur » réussit à conserver une distance sèchement clinique par rapport à son sujet. Parfaitement cinématographique, il parvient ainsi à se démarquer des clips criards au rythme hypnotique, marque de fabrique des productions Daech, qu’il cherche à déconstruire. Un documentaire de référence, non seulement sur le terrorisme 2.0 mais également sur notre propre civilisation de l’image.

LES COMBATTANTS REPORTERS

« J’ai commencé à travailler sur ce film à l’automne 2014, un peu après que l’exécution filmée du journaliste américain James Foley et les vidéos qui lui ont succédé avaient signé l’entrée de Daech dans les médias. »

L’impressionnante maîtrise du découpage et de la mise en scène dont fait preuve l’organisation Etat islamique me renvoyait à ce que cela disait de notre culture occidentale de l’image et de la violence à l’écran. Après les attentats de “Charlie Hebdo” et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, Canal+ a adhéré au projet : questionner cet effet miroir. Avec un réseau de fixeurs, un peu partout au Proche-Orient, j’ai commencé à entrer en contact avec des membres de l’Etat islamique d’une province en Irak.

A notre demande, ils ont même réalisé une vidéo mettant en scène les “combattants reporters”, comme ils les appellent, et que je décrypte dans le film. Mais tous les contacts se sont arrêtés brutalement au lendemain du 13 novembre. Il n’a plus été possible d’avoir accès aux artisans du djihad médiatique sur le terrain.

A REPENTI, REPENTI ET DEMI

A force de patience et grâce à ce réseau de fixeurs et d’informateurs, j’ai pu mener des entretiens approfondis avec quatre “repentis” de l’organisation Etat islamique. En fait, un seul, un informaticien qui a aidé à équiper les infrastructures de production de la branche média de Raqqa, rejette aujourd’hui le djihad. Les autres, un cameraman, un instructeur des forces spéciales et un rédacteur, ont accepté de me parler parce qu’ils sont en désaccord avec la stratégie de terreur tous azimuts de Daech. Mais ils restent des partisans du djihad. J’en ai rencontré trois en Turquie, où ils se cachent sans se cacher vraiment, bénéficiant de la complaisance hallucinante du régime Erdogan pour les djihadistes. Le dernier était de passage incognito à… Amsterdam quand je l’ai interviewé. J’ai pris beaucoup de précautions avant de les rencontrer, notamment pour les authentifier. Je possède des éléments de preuves – photos et vidéos – sur tous les intervenants attestant qu’ils ont vraiment eu un rôle dans la machine de propagande de Daech.

L’ EMIR

J’ai rencontré celui qui se fait appeler Abou Missab al-Ordouni à Antalya, en Turquie. Il a longtemps été formateur au sein des forces spéciales de Daech. A ce titre, il était présent avec ses hommes qui jouaient les figurants lors du tournage de deux vidéos qui ont fait le tour du monde : celle où des aviateurs syriens sont sauvagement égorgés, notamment par le djihadiste français Maxime Hauchard, et celle où un pilote jordanien capturé est brûlé vif devant les caméras.

Cet homme, assurément très dangereux, parle pour la première fois du rôle de Mohammed al-Adnani, connu pour être le porte-parole de l’Etat islamique mais qui était, d’après lui, la tête pensante de la propagande de la terreur. Adnani, tué par une frappe de drone à la fin de l’été, était celui qui décidait quel message devait être mis en scène, qui devait mourir et comment. Ces révélations ont récemment été confirmées par le témoignage d’un ex-djihadiste allemand interviewé par le “New York Times”.

L’ AMERICAIN

Lors de mes premiers contacts avec les réseaux d’opposants à Daech, en juillet 2015, j’avais entendu parler de deux citoyens américains importants dans le fonctionnement du centre des médias de Raqqa, la capitale de l’autoproclamé califat. Zyad, un ex-cameraman de I’El, m’a assuré que l’homme fort de la propagande médiatique à Raqqa était un ancien technicien du cinéma, ayant travaillé à Hollywood, un certain Abou Abderahman Al Amriki. Nous avons cherché pendant plusieurs mois à l’identifier aux Etats-Unis mais nous nous sommes heurtés à un mur auprès de l’administration américaine. Seul le deuxième Américain, originaire de Trinidad et Tobago (photo), et aujourd’hui simple cadreur pour Daech, est apparu une fois dans une vidéo officielle.

LES ENFANTS

J’ai rencontré Mirza, un enfant yézidi, dans un camp de réfugiés au Kurdistan irakien. Il avait 7 ans quand les djihadistes l’ont capturé et envoyé dans un camp de rééducation. Il a subi un véritable lavage de cerveau djihadiste et a dû assister à des exécutions.

Un jour, on lui a donné l’ordre d’assassiner un homme à la kalachnikov devant les caméras pour les besoins de la propagande. Le message est clair : même après la fin du califat, il y aura une nouvelle génération de djihadistes élevés pour tuer. Mais Mirza n’a pas pu se résoudre à l’assassinat. Un autre djihadiste s’en est chargé, en égorgeant la victime devant ses yeux. Depuis, l’enfant a été libéré de Daech, contre rançon.

HOLLYWOOD

Mon ambition de départ était d’interroger la responsabilité de l’industrie du cinéma américain dans la scénographie de la terreur reproduite dans les productions de l’organisation Etat islamique. Mais, visiblement, la question est taboue à Hollywood. Aucun producteur, réalisateur ou scénariste ayant travaillé sur des films ou des séries comme “24 Heures”, “Homeland” ou autres n’a accepté de participer au film. Dans l’industrie du jeu vidéo, même black-out. Seuls un universitaire ayant étudié la question de la représentation des musulmans au cinéma et le rédacteur en chef de “Variety”, le magazine de référence à Hollywood, ont accepté d’évoquer la question. Ils savent que ce qui fait de l’audience, c’est la violence et le sexe. Les djihadistes n’ont pas droit au sexe, donc l’horreur est leur seule voie pour atteindre le grand public. Les décapitations, ce n’est pas du sadisme, c’est de la stratégie.

 

Ce que la propagande de Daech doit aux nazis.

Édifiant : une exposition organisée à l’Unesco par le Holocaust Memorial Museum revient sur les outils de communication développés par le régime hitlérien.

Affiche réalisée par Jurgen Freese au moment du procès de Nuremberg.

L’organisation État islamique n’a rien inventé. Les tweets, vidéo-clips et autres publications de propagande de Daech empruntent presque tout aux tracts, films et autres outils de communication développés par Joseph Goebbels pour soutenir l’ascension au pouvoir d’Adolf Hitler. Telle est la conclusion à laquelle aboutissent fatalement les visiteurs de l’exposition organisée, jusqu’au 11 février à l’Unesco, par le Holocaust Memorial Museum des États-Unis.

Intitulée L’État trompeur et sous-titrée Le pouvoir de la propagande nazie, cette exposition est un condensé de celle qui s’est tenue en 2009 à Washington. Elle revient sur vingt années de « communication politique » du Parti national-socialiste (NSDAP): de 1924, qui marque l’arrivée de Goebbels aux côtés de Hitler, à 1945, date de la chute du IIIe Reich.

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De la réclame à la propagande.

À travers des reproductions d’affiches, de photos mais aussi des flashs d’actualité, cette riche exposition restitue l’attention particulière que les nazis accordaient à ce qu’ils envisageaient comme une « arme redoutable entre les mains de celui qui sait s’en servir ». Depuis les travaux de Gustave Le Bon et de Gabriel Tarde sur la « psychologie des foules » au XIXe siècle, on prête en effet à la propagande le pouvoir de « convertir les masses comme on séduit les femmes » : par la parole. Cette conviction s’incarne dans les pièces exposées.

Les nazis, et les djihadistes islamiques aujourd’hui, soignent particulièrement leur « com ». Utilisant les médias les plus modernes de l’époque (la radio en lieu et place d’Internet de nos jours), ils pastichent les campagnes publicitaires les plus populaires de l’époque, quitte à « détourner » des slogans ou des logos. Ils s’inspirent des grands artistes du moment, notamment de ceux qui dessinent les affiches de cinéma. Un poster qui présente le visage stylisé de Hitler sur fond noir, comme une vedette du septième art, n’est pas sans évoquer le visuel glorifiant les membres des commandos des attentats de novembre, conçu récemment dans une esthétique rappelant les affiches de blockbusters hollywoodiens.

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Une communication très structurée.

« Le parti nazi est l’un des premiers à constituer une cellule de communication composée exclusivement de journalistes et de publicitaires non seulement technophiles mais aussi et surtout convaincus que les nouveaux médias de l’époque constituaient une chance pour eux de faire passer leur message », explique Steven Luckert, commissaire de l’exposition. L’historien souligne que cette fascination pour la « technologie » résulte, en grande partie, de la jeunesse des équipes : Goebbels n’a que 27 ans au moment où il rejoint Adolf Hitler, lui-même âgé de 36 ans lorsqu’il prend le contrôle du NSDAP.

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Organisé sous forme pyramidale, disposant de plus de 600 relais dans tous les Länder, le département de propagande nazie dispose de moyens importants. L’adoption de la croix gammée comme emblème nazi, en 1920, précède la prise de contrôle du parti par Hitler. Mais celui-ci perçoit très vite la portée symbolique que peut avoir cette hakenkreuz (« croix à crochets », en allemand) qui recycle les trois couleurs de la bannière impériale : blanc, rouge et noir. Le fait que cette bannière comporte une dimension ésotérique n’est pas pour lui déplaire. Le swastika, emprunté à la culture indienne, n’est-il pas signe de chance en Asie du Sud-Est ? Cet emblème « à l’impact visuel fort » deviendra sa marque. Comme le drapeau noir de Daech qui détourne le code couleur du Mahdi (envoyé d’Allah à la fin des temps) et dévoie « le sceau du prophète ».

Le ministère de la Propagande, créé à l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, est l’émanation de la « cellule de communication » du Parti national-socialiste. © Holocaust Memorial museum de Washington.

Pour manipuler l’opinion allemande puis, après 1940, celle des populations des pays occupés, la cellule de com du NSDAP ne lésine sur aucun moyen. Elle distribue des enregistrements audiovisiuels, gravés sur de grands disques « 78 tours » aux faux airs de vinyles, crée une chaîne de télévision en 1935 et une autre de radio. Des médias vite déclinés en douze langues.

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Aux côtés de ces supports audiovisuels, le NSDAP s’appuie également sur un journal Der Stürmer, fondé en 1923 par un ancien instituteur. Cet hebdomadaire, qui n’écoule que 14 000 exemplaires en 1927, en vend plus de 500 000 à partir de 1935. Comme l’EI et son magazine Dabiq, qui dissémine son message toxique sur différentes plateformes web, Der Stürmer inonde le pays, distillant quelques vraies infos et beaucoup d’intox dans un cocktail où ne surnage qu’une conviction : celle d’un complot mondial à l’oeuvre contre l’Allemagne.

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La même obsession du juif.

Nazis comme djihadistes islamistes se retrouvent, de fait, sur un leitmotiv simpliste : leurs problèmes intérieurs résultent de l’influence néfaste d’une coalition hétéroclite d’Anglo-Américains, de Russes et de juifs. Ils sont « victimes » de leurs agressions injustes et ne font que se défendre. Pour ce faire, ils se proposent de réunir tous les Allemands, d’où qu’ils viennent, au sein de la volksgemeinschaft ou « communauté du peuple ». Un concept qui ressemble étonnamment à celui de l’Oumma musulmane que Daech se propose d’unifier pourvu que cette foule de fidèles fasse allégeance à son calife.

The Devil Feeds Anti-NS Slogans to a Catholic Priest (May 1938) From 1935 on, the NS press, under the direction of the propaganda ministry, carried out a regular campaign of harassment and defamation against the Catholic Church and its Christian doctrines, to get away from these ideas from German life. Here is one example taken from the NS weekly newspaper Der Stürmer. According to this caricature, it is the “Jewish devil” himself who feeds criticisms of the NS regime to Catholic priests.:

Là où Daech use jusqu’à l’écoeurement de « nasheeds » (ces chants islamiques lancinants qui signent la bande-son de ses vidéos), les nazis truffent leurs films de musiques militaires entêtantes. « Des études très sérieuses les avaient convaincus que les gens sont plus réceptifs à un message quand celui-ci est accompagné de mélodies entraînantes », confie Peggy Frankston, correspondante en France du musée de Washington.

"Die" heilige Schrift. Den Geist, der aus dem Buche spricht, versteht die deutsche Jugend nicht" Der Stürmer, No. 44, October 1936 The Old Testament was rejected as a Jewish book; it was the beginning to move away from Christianity in the German life, due to its Jewish roots.

Mais, comme l’EI, l’appareil nazi ne pouvait prospérer que sur un terreau fertile. De la même manière qu’il serait illusoire de penser que la propagande seule transforma les Allemands en brutes sanguinaires dans les années 30, il serait dangereux de croire que seul le pouvoir d’Internet convertit des personnes pacifiques en apprentis djihadistes aujourd’hui. « Ces messages ne trouvent écho qu’auprès de populations qui ont été travaillées idéologiquement, en profondeur, depuis plusieurs années par un discours de haine », insiste Peggy Frankston. D’où l’importance de démonter l’argumentation mortifère de ces groupuscules avant qu’elle ne se propage… D’où l’intérêt de cette exposition !

Maison de l’UNESCO: 125, avenue de Suffren, 75007 Paris. Cette exposition est aussi visible sur Internet via l‘institut culturel de Google: pour la voir cliquer ici.

The political Catholicism ., Tell me with whom you tend handling and I will tell you who you are. " Der Stürmer, No. 23, June 1938, p 7:

8 attentats terroristes en 24 heures : New York, Jérusalem, New Jersey, Minnesota, Hebron.

Environ 1000 personnes étaient présentes pour le marathon

Samedi 17 septembre, marathon du New Jersey :

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Samedi 17 septembre, une explosion s’est produite dans un conteneur à poubelles sur le lieu de passage d’un marathon organisé pour les Marines américains, dans le New Jersey. Par miracle, le départ de la course a été retardé pour des raisons techniques, l’explosion n’a fait aucune victime.

Les enquêteurs ont découvert trois autre bombes artisanales attachées ensemble qui présentaient des similitudes avec les explosifs de l’attentat de New York, notamment elles étaient connectées à un téléphone portable.

Hebron, samedi 17 septembre :

Couteau ayant servi à l'attaque                                                           Couteau ayant servi à l’attaque

Un soldat israélien a été poignardé par un jihadiste lors d’un contrôle de sécurité à Tel Rumeida près de Hebron. Les forces de police ont immédiatement réagi et tué le terroriste. Il s’agissait de la 5e attaque au couteau depuis vendredi matin. Le terroriste s’appelait Hatem al-Shaloudi, 25 ans. Il était résident de Tel Rumeida.

Plusieurs médias ont condamné Israël pour sa réaction, mais pas l’attaque.

New York samedi 17 septembre : « l’attaque terroriste la plus significative depuis le 11 septembre », a déclaré le commissaire Bratton de la police de New York.

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Samedi soir à Manhattan dans le quartier gay de Chelsea, 29 personnes ont été blessées par l’explosion d’une bombe artisanale. Trois heures plus tard, la police découvrait une seconde bombe non explosée, à quelques pâtés de maison de là dans la 27e rue.

La force de l’explosion a projeté un conteneur à ordures à plus de 50 mètres sur le trottoir, et des fenêtres ont été brisées par la déflagration sur l’ensemble du pâté de maison, a déclaré un porte-parole de la police.

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L’auteur de l’attentat s’appelle Ahmad Khan Rahami, 28 ans, migrant d’origine afghane.

Jérusalem, dimanche 18 septembre, attaque au couteau :

Un attentat au couteau a été perpétré par un jihadiste au sud de Jérusalem à Efrat. Le jihadiste était caché dans un fourré, et sa présence avait été signalée par des habitants. Lorsque les soldats se sont approché, vers 6 heures du matin, il a sauté sur un soldat et l’a blessé. Le soldat a été modérément blessé au bras et a été transporté à l’hôpital Hadassah.

Le jihadiste, identifié sous le nom Baha a-Din Muhammad Khalil, 30 ans, a été immédiatement arrêté dans son attaque par des tirs qui l’ont empêché de tuer sa victime. Il a également été transporté à l’hôpital Hadassah Ein Kerem.

St Cloud, Minnesota, dimanche 18 septembre, attaque au couteau :

Auteur de l'attentat, Dahir Adan
Auteur de l’attentat, Dahir Adan

Vers 20 h 15 samedi soir, la police est alertée qu’un homme poignarde des gens dans le centre commercial Crossroads, à St Cloud près de Minneapolis. Quand la police arrive, elle découvre plusieurs victimes blessées par des coups de couteau et l’attaquant, mort.

L’attaquant « a fait référence à Allah » et a demandé aux gens s’ils étaient musulmans, a déclaré la police, dans le but de ne tuer que des mécréants comme le réclame le coran.

Le jihadiste s’appelait Dahir Adan, il avait 22 ans, c’était un migrant venu de Somalie il y a 15 ans. Il a été tué par un policier qui n’était pas en service, qui a par son geste (et parce qu’il était armé), permis d’éviter un carnage.

kg

Elisabeth, New Jersey, lundi 19 septembre au matin : 

Un sac a dos rempli d’explosifs artisanaux a été découvert dans la nuit de dimanche à lundi, près de la gare d’Elizabeth, dans le New Jersey. Une bombe a explosé tandis qu’un robot tentait d’ouvrir le sac. Il contenait 5 bombes artisanales.

L’explosion s’est produite vers minuit 40 selon le maire de la ville Christian Bollwage, qui a déclaré que « s’il y avait eu du monde quand il a explosé, il aurait pu blesser sévèrement et tuer beaucoup, beaucoup de monde. » Personne n’a été blessé.

Hébron, lundi matin 19 septembre :

Deux jihadistes ont tenté de poignarder des soldats israéliens, à Hebron, des policiers ont tiré sur eux avant qu’ils puissent les blesser.

Vieille ville de Jérusalem, lundi midi :

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