Le monde assiste presque en direct à l’horreur des bombardements massifs de la ville syrienne d’Alep sans être en mesure de lever le petit doigt.

MONDOVISION. Guernica - Alep : même sort, même impuissance

XXe siècle a eu son lot de guerres qui, chacune symbolisait une époque. Il y a eu, bien sûr, les deux conflits mondiaux dont le souvenir pesant nous accompagne encore ; mais aussi de nombreuses guerres plus limitées mais porteuses de sens.

Qu’on se souvienne de l’invasion de l’Ethiopie par les troupes de Mussolini et du vain appel du Negus, l’empereur éthiopien, à la tribune de la Société des Nations à Genève en 1936, ou du massacre de Guernica commis par l’aviation nazie, immortalisé par Picasso en 1937, tous deux annonciateurs de la Seconde guerre mondiale et symboles de l’impuissance des puissances de l’époque à l’empêcher.

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Syrians help a wounded youth following an air strike on the Fardous rebel held neighbourhood of the northern Syrian city of Aleppo on April 26, 2016. / AFP PHOTO / AMEER ALHALBI

Plus près de nous, le génocide cambodgien qui a suivi la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges en 1975, a fait ressurgir un mot et un concept, l’extermination de masse, que l’on pensait à tout jamais bannis après Auschwitz. Puis il y a eu le gazage des Kurdes par l’armée de Saddam Hussein à Halabja, en Irak, en 1988 ; le génocide rwandais et ses centaines de milliers de morts en 1994 ; le massacre de de 8.000 musulmans bosniaques par l’armée serbe en 1995 à Srebrenica ; ou encore les guerres de RDC et leurs millions de morts ignorés…

Le point commun de cette longue liste – non-exhaustive – de guerres ou de massacres abominables, c’est l’impuissance internationale, l’incapacité de ce qu’on n’ose plus appeler « communauté internationale » à empêcher ou stopper les tueries de masse. Il faut, pour ce début de XXIe siècle, ajouter la Syrie à cette liste macabre, et la ville d’Alep aux côtés de Guernica et Srebrenica comme villes-martyres dont le nom, pourtant illustre et prestigieux, sera à jamais associé à l’horreur des bombardements massifs, non stop, de ces derniers jours. Et là encore, le monde assiste presque en direct sans être en mesure de lever le petit doigt.

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Le « plus jamais ça » qui revient sans cesse.

La comparaison entre Alep, Guernica et Srebrenica a justement été faite dimanche 25 septembre à New York, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité de l’ONU consacrée à la Syrie, par François Delattre, ambassadeur de France auprès des Nations-Unies. Le parallèle ne doit rien au hasard, car Alep a en commun avec ses deux villes-soeurs en martyre que le monde n’a rien fait pour empêcher leurs souffrances. Le Conseil de sécurité, imaginé après la Seconde guerre mondiale comme le lieu suprême d’une gouvernance mondiale toute entière tournée vers la paix, est en effet devenu le théâtre de notre impuissance collective. Ou plutôt « redevenu » car pendant un court moment à la fin de la guerre froide, les Nations-Unies n’ont pas connu l’obstruction des rivalités de grandes puissances, et a pu recommencer à faire ce pourquoi elles avaient été fondées.

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EDITORS NOTE: Graphic content / A Syrian civil defence member carries a wounded woman into a hospital in the government-controlled side of the northern city of Aleppo following fighting between regime forces and rebels on April 28, 2016. The Syrian army was preparing an offensive to retake the whole of Aleppo, as fighting in the divided second city killed 38 civilians in a new blow for a tattered truce. Nearly 200 people have been killed in Aleppo in the past week as rebels have pounded government-held neighbourhoods with rocket and artillery fire and the regime has hit rebel areas with air raids. UN envoy Staffan de Mistura warned the hard-won February 27 ceasefire was now « barely alive » and pleaded for urgent action by its cosponsors Russia and the United States to rescue it. But pro-government newspaper Al-Watan said the army was now poised for a « decisive battle » for Aleppo and the surrounding province which would begin in the coming days. / AFP PHOTO / GEORGE OURFALIAN

A chaque génocide, massacre de masse, le cri de « plus jamais ça » ressurgit… jusqu’au conflit suivant. Les Syriens sont, depuis maintenant plus de cinq ans, victimes de cette incapacité de notre monde à éteindre les incendies, à s’élever au-dessus des rivalités et des egos nationaux quand la détresse humaine dépassait les bornes du supportable. Après tout, la Croix Rouge est née du témoignage d’Henry Dunant sur les horreurs de la bataille de Solferino en 1859 ; les conventions de Genève qui régissent le droit humanitaire remontent à 1949, peu de temps après la Seconde guerre mondiale : c’est bien qu’il existe depuis un siècle et demi, à défaut d’abolir les guerres, un mouvement universel pour les « réguler », limiter les souffrances des civils, permettre les secours…

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Syrian civil defence volunteers evacuate a baby from a destroyed building following a reported air strike on the rebel-held neighbourhood of al-Kalasa in the northern Syrian city of Aleppo, on April 28, 2016. The death toll from an upsurge of fighting in Syria’s second city Aleppo rose despite a plea by the UN envoy for the warring sides to respect a February ceasefire. / AFP PHOTO / AMEER ALHALBI

Impuissance.

La Syrie subit une double peine :

  • D’un côté les insurgés d’Alep font face à l’alliance froide et déterminée d’un régime dictatorial qui a montré qu’il était prêt à tout, véritablement tout pour survivre, d’une ex-superpuissance – la Russie -, qui effectue un spectaculaire come-back stratégique sur le dos des populations civiles bombardées, et enfin d’une puissance régionale – l’Iran – dont le pouvoir théocratique et militaire joue son va-tout stratégique dans ce pays-clé du Proche-Orient ;
  • De l’autre, la Syrie subit les hésitations occidentales, d’abord celles d’un Président américain arrivé au pouvoir pour tenter de désengager les Etats-Unis de deux guerres, l’Afghanistan et l’Irak, et ne veut pas engager son pays dans une troisième qu’il juge « non-vitale pour les intérêts américain » ; celles, aussi, du discrédit du « devoir d’ingérence » qu’a un temps porté la France, et qui a servi d’alibi à des expéditions punitives qui se sont révélées désastreuses et contre-productives, en Irak en 2003, ou en Libye en 2011.
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Syrians evacuate a toddler from a destroyed building following a reported air strike on the rebel-held neighbourhood of al-Kalasa in the northern Syrian city of Aleppo, on April 28, 2016. The death toll from an upsurge of fighting in Syria’s second city Aleppo rose despite a plea by the UN envoy for the warring sides to respect a February ceasefire. / AFP PHOTO / AMEER ALHALBI

Alors qu’est-ce qui peut arrêter le martyre d’Alep ? Pas, à ce stade, de belles paroles aux Nations-Unies. Les Américains, à quelques semaines de leur élection présidentielle, continuent à espérer que les discussions bilatérales entre John Kerry et Sergei Lavrov finiront par porter leurs fruits. Et la France se retrouve hors-course en Syrie après avoir fait un choix hautement moral en s’opposant au régime d’Assad, mais devenu intenable dès lors que le conflit s’enlisait et que le djihadisme entrait en lice. Les uns comme les autres assistent impuissants au viol d’Alep, avec Guernica qui s’impose dans tous les esprits.

 

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