Un Israélien a écrit la première biographie israélienne de Mithqal al-Fayiz, le chef tribal qui a placé les Hachémites sur le trône jordanien : un genre de Lawrence d’Arabie sur un nomade du désert.

Mithqal al-Fayez, peint pour la famille d'après une photo des années 1920 en noir et blanc. (Crédit : autorisation)

Le 8 avril 1933, « l’homme le plus puissant » de Transjordanie entreprend un voyage pour se rendre au célèbre hôtel King David de Jérusalem. Il y va pour négocier avec la direction sioniste la vente de grandes étendues de terre sur la rive est du Jourdain.

Parmi les dirigeants présents, il y a Chaïm Weizmann, bientôt premier président d’Israël, Moshe Sharett, qui sera le deuxième Premier ministre d’Israël, et Haïm Arlozorov, le premier diplomate sioniste de l’époque, celui qui a organisé la réunion.

Ce VIP jordanien, qui a travaillé publiquement avec l’Agence juive, était Mithqal Pasha al-Fayiz, chef de la confédération tribale Beni Sakhr qui deviendra le faiseur de rois de la dynastie hachémite.

La vie de Mithqal est le sujet d’un nouveau livre du chercheur israélien Yoav Alon,The Shaykh of Shaykhs: Mithqal al-Fayiz and Tribal Leadership in Modern Jordan(Le Sheikh des Sheikhs : Mithqal al-Fayiz et la direction tribale de Jordanie moderne).

Alon, qui dit être probablement le premier chercheur israélien à faire un travail de terrain dans le royaume depuis l’accord de paix entre Israël et la Jordanie, signé en 1994, a interrogé les descendants directs du grand Sheikh pour ramener son histoire à la vie.

Haim Arlozorov (assis, au centre, avec Chaïm Weismann (à sa gauche) pendant une rencontre à l'hôtel King David de Jérusalem, le 8 avril 1933. Sur la photo, sont aussi représentés : Moshe Shertok (Sharett) et Yitzhak Ben-Zvi (debout à droite), des représentants du Sheikh Mithqal Pasha al-Fayiz de Transjordanie, chef de Bani Sakhr ; Rashid Pasha al-Khazai, Sheikh suprême du mont Ajlun ; Mitri Pasha Zurikat, dirigeant chrétien du district al-Karak district ; Shams-ud-Din Bey Sami, chef circassien ; et Salim Pasha Abu al-Ajam, Sheikh suprême de la région Belka. Selon Davar du 11 juin 1958, page 3, la photographie a été prise la veille de Pessah en 1931 pendant des discussions sur des ventes de terrain en Transjordanie. (Crédit : via Wikipedia)

Diplomate rusé, combattant audacieux et dirigeant avisé, la vie de Mithqal est pleine d’intrigues, un matériau de premier choix pour un film hollywoodien, a déclaré Alon. Il a mené des raids, a été juge pour des milliers de membres de tribu, et a dû manœuvrer dans le marais politique du colonialisme britannique, du projet sioniste et du nationalisme arabe, tout en gérant les affaires locales.

Au final, Mithqal n’a vendu aucune terre aux sionistes, même s’il a accepté leur argent. Et quelques années après, pendant la révolte arabe contre les Britanniques en Palestine, il est devenu le plus grand partisan du nationalisme palestinien, défiant Abdallah bin Hussein, qu’il avait aidé à mettre sur le trône.

Les Britanniques, les sionistes, et même les Hachémites, ont tous cherché à utiliser Mithqal, qui aurait commandé selon Alon la plus puissante armée de Transjordanie de l’époque. Mais le Sheikh s’est révélé être un grand joueur d’échecs, travaillant avec tout le monde tout en renforçant sa fortune personnelle et son propre pouvoir politique.

En plus d’être un genre de T.E. Lawrence épique, Alon affirme que l’histoire de Mithqal est essentielle à la compréhension de la force actuelle de la monarchie jordanienne.

Le roi de Jordanie Abdallah II s'exprime devant la 71e Assemblée générale des Nations unies; à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Le royaume hachémite a surmonté les récents Printemps arabes, devenus des hivers, et la montée de l’Etat islamique mieux que tous ses autres voisins arabes. Beaucoup d’experts du royaume, Alon compris, ont affirmé que la connexion profonde de la monarchie avec les tribus natales du pays, qui forment environ la moitié de la population, a joué un rôle crucial dans le maintien de la stabilité du voisin oriental d’Israël.

Alon, qui a récemment rencontré le Times of Israël à Tel Aviv, juste après être rentré d’une visite en Jordanie, a annoncé que son livre allait être traduit en arabe. Mais comme son éditeur n’a pas pu trouver un Jordanien voulant traduire la biographie parce qu’elle avait été écrite par un Israélien, un traducteur égyptien a dû être trouvé.

De même, les descendants de Mithqal ont finalement accordé des entretiens à Alon, malgré leur réticence initiale à lui parler, et ont été intrigués par les travaux de l’Israélien.

« Puisque tout le monde est membre de la tribu, ils auraient été suspectés d’être de parti-pris, d’agrandir le rôle historique de leur propre tribu. Puisque je n’ai pas de tribu », a déclaré Alon, faisant référence à la citation arabe de Lawrence, « je peux le faire en étant crédible. »

Ce qui suit est une version condensée et éditée de l’entretien d’Alon avec le Times of Israël.

Yoav Alon (Crédit : autorisation)

Avant que nous ne parlions de Mithqal lui-même, pouvez-vous nous expliquer ce qui est arrivé au Moyen Orient pendant sa montée ?

Yoav Alon : Quand il est né, l’Empire ottoman déclinant était en train de se réformer et de moderniser son empire. Cela comprenait d’exercer un contrôle sur la périphérie, notamment sur les marges du désert. Le grand-père et le père de Mithqal ont travaillé très étroitement avec les gouverneurs ottomans de Syrie. Ils ont bénéficié de cette relation avec le gouvernement et sont devenus des Sheikhs plus puissants que leurs prédécesseurs en institutionnalisant leur position. Ils ont réussi à construire des dynasties. La famille de Mithqal dirige Beni Sakhr, sa confédération tribale, depuis au moins le milieu du 19e siècle.

Le clan de Mithqal al-Fayiz a gardé la route du Hajj vers La Mecque jusque vers 1900. Ils ont aussi fourni aux pèlerins de la nourriture, de l’eau, et des chameaux. C’est l’atmosphère dans laquelle il est né.

Parlez-nous de Mithqal lui-même : où est-il né ? Comment est-il parvenu au pouvoir ? Dans quels évènements importants a-t-il joué un rôle ?

Mithqal et un chameau. Date et lieu inconnus. (Crédit : autorisation)

Nous ne savons pas exactement quand il est né. Il est né autour des années 1880, quelque part dans le désert, dans ce qui pourrait être aujourd’hui la Jordanie, la Syrie ou l’Arabie saoudite. Il a grandi loin de sa famille parce que son père est mort quand il était assez jeune. Il a vécu avec sa mère, qui venait d’une autre tribu. Il n’est revenu dans son groupe tribal que vers 1900. Il excellait dans les raids et les batailles, et c’est comme cela qu’il a été connu. C’était une très bonne plateforme pour lui pour vendre ses qualités de dirigeant.

La première preuve écrite à son sujet date d’environ 1906, et à ce moment il est déjà mentionné comme un Sheikh important. Il s’est en fait fait connaître pendant la Première Guerre mondiale, si ce n’est un peu auparavant. Il était le bras droit de son frère aîné, qui était alors le Sheikh principal de la confédération Beni Sakhr.

Pendant la Première Guerre mondiale, Mithqal était un allié des Ottomans et pas des futurs dirigeants de Jordanie, les Hachémites. A cette époque, il tente pour la première fois de devenir le dirigeant de la confédération. Il perd contre son neveu. Mais le gouvernement ottoman le dédommage avec le titre de Pasha, qui est un titre très recherché. Je pense qu’il était la seule personne en Jordanie à l’époque à jouir de ce titre.

Alors dans quels évènements importants Mithqal a-t-il été impliqué ?

Pendant la Première Guerre mondiale, il a aidé les Ottomans à contrecarrer les attaques britanniques à l’est du Jourdain en s’assurant que Beni Sakhr ne soutiendrait pas les Anglais.

Il y a en fait une histoire d’un certain Sheikh de Beni Sakhr qui a proposé d’aider le général Allenby à battre les forces ottomanes en Transjordanie. Pensait qu’il avait l’aide de la confédération tribale, Allenby ordonne une frappe sur la Transjordanie en avril 1918. Le résultat est dévastateur. Beni Sakhr ne vient pas, et les Ottomans battent facilement les troupes britanniques qui ont dû se retirer à l’ouest du Jourdain, ayant souffert de trop de victimes. On ne sait pas si cela était un complot des Ottomans et de Beni Sakhr ou un échec des renseignements britanniques.

Le maréchal et vicomte Edmund Allenby, après la conquête de Jérusalem. (Crédit : Wikipedia)

A la fin de la guerre, il se trouve que Mithqal, qui a reçu de l’argent et des armes des Ottomans, a parié sur le mauvais cheval. Mais, étant toujours un habile diplomate, il modifie rapidement ses relations avec les Hachémites.

Après la guerre, pendant l’été 1920, les Britanniques tentent d’étendre leur règne sur la Palestine à l’est du Jourdain. Mithqal est celui qui oppose la résistance la plus forte aux Britanniques, et empêche la grande puissance coloniale de mettre en place des gouvernements locaux autonomes.

Les rapports britanniques de l’époque reconnaissent que Mithqal était bien plus fort qu’eux. Dans un rapport de 1920, par exemple, un officier Britannique décrit Mithqal comme « un type affreux, et je devrais l’effacer de la carte de Transjordanie. »

Mithqal a même emprisonné un officier britannique dans son écurie pendant une journée. Cette histoire est toujours racontée aujourd’hui en Jordanie comme conte de résistance à la colonisation britannique.

La puissance de Mithqal sur les Britanniques n’a pas seulement empêché leur règne direct sur ses terres. Cela a aussi fait de lui un faiseur de rois. Il a été l’un des premiers soutiens d’Abdallah bin al-Hussein, qui est devenu le roi Abdallah I de Jordanie en 1956, et l’a même invité à venir en Transjordanie depuis La Mecque.

Abdallah est allé à Amman en mars 1921 à l’invitation de Mithqal, et le Sheikh a forcé les Britanniques à s’adapter à la nouvelle situation. Les Anglais organisaient à ce moment une réunion au Caire pour décider quoi faire avec leurs territoires au Moyen Orient. Le gouvernement de Palestine est venu avec une proposition pour évincer Abdallah militairement. Churchill, qui était alors secrétaire aux Colonies, a décidé qu’il préférait négocier avec Abdallah.

De droite à gauche, assis : Winston Churchill, Herbert Samuel. Au premier rang : Gertrude Bell, Sir Sassoon Eskell, le maréchal Edmund Allenby, Jafar Pasha al-Askari. Photographie prise à al Conférence du Caire, en 1921. (Crédit : Wikipedia)

La décision britannique a été en grande partie le résultat à la fois de l’opposition de Mithqal à l’empire colonial, et de son soutien sans faille à Abdallah.

Le Sheikh voulait en partie Abdallah parce que le prince savait comment faire de la politique tribale, mais aussi parce qu’Abdallah était faible. Abdallah n’avait pas beaucoup de moyens ou d’armée autour de lui, donc Mithqal et son peuple pouvait jouir d’une grande autonomie.

Combien d’hommes environ contrôlaient Mithqal à l’époque ?

C’est toute la question de la direction tribale. Les Scheikhs ne peuvent pas donner d’ordre, mais doivent régner par consensus et diriger par l’exemple.

S’il avait besoin de rassembler une force sur le terrain, sur combien de soldats pouvaient-ils compter à ce moment ?

Théoriquement, plusieurs milliers. En pratique, c’est plus compliqué. La plupart des Sheikhs, Mithqal compris, ne pouvaient mobiliser que quelques centaines d’hommes à la fois.

Où exactement était situé le pouvoir de Mithqal ?

Dans la région d’Amman. C’était à cette époque un petit village de 3 000 à 5 000 habitants, dont la moitié sont des Circassiens et l’autre moitié des marchands. Il était également fort à Amman parce qu’il était marié à la fille du maire. Ensuite, Amman est devenu la capitale, ce qui n’a fait qu’accroître sa puissance dans le pays.

Donc après avoir battu les Britanniques pendant la Grande Guerre et avoir aidé Abdallah à parvenir au pouvoir, que fait-il ?

Il a aidé Abdallah à consolider son pouvoir. Il est devenu la personne la plus proche d’Abdallah en Transjordanie. Il faut garder à l’esprit qu’Abdallah était un étranger. Il est venu de La Mecque. Donc il avait besoin de s’enraciner dans le pays, et Mithqal était son plus proche allié. Mais plus que cela, Abdallah n’avait pas de réelle armée. Donc de bien des manières, les tribus de Mithqal sont devenues de fait l’armée du pays, particulièrement parce que leurs campements étaient proches d’Amman et que leurs ennemis principaux à l’époque étaient les Saoudiens.

En échange de son aide à Abdallah, Mithqal a reçu plusieurs privilèges. Abdallah lui a donné une voiture et un chauffeur, l’a exempté lui et les membres de sa tribu d’impôts, et lui a donné des terres, ce qui était encore plus important. Mithqal est devenu le plus grand propriétaire terrien du pays. A la fin de sa vie, il possédait environ 120 000 dunams (12 000 hectares). Pendant les années 1920, Mithqal était au sommet de son pouvoir, dépassé uniquement par Abdallah, ou peut-être même plus puissant qu’Abdallah de bien des manières.

Mithqal a été une fois un client de l’hôtel King David de Jérusalem. Il y était pour rencontrer Chaïm Weizmann, président de l’Organisation sioniste, et futur premier président d’Israël. De quoi parlait leur réunion, et quel rôle a joué Mithqal pour les sionistes ?

Pendant les années 1930, Mithqal était dans une situation très difficile. La Transjordanie souffrait d’une réelle crise économique, conséquence de plusieurs années de sécheresse et de la crise économique mondiale. Et le gouvernement, chaperonné par les Anglais, se mêlait de plus en plus de la vie tribale.

Donc Mithqal a un immense terrain, mais une grande partie est laissée en friche. Il a des dettes. Par conséquent, il cherche un acheteur pour son terrain. Cette situation difficile coïncide avec un nouvel intérêt de l’Agence juive pour le territoire transjordanien.

L’Agence juive n’a jamais vraiment accepté le Livre blanc de 1922, quand le gouvernement britannique a exclu la Palestine à l’est du Jourdain de la promesse d’un foyer national pour les juifs. L’Agence juive cherche à tirer partie de la crise économique en Transjordanie pour s’y installer. Et là, les intérêts de Mithqal et du mouvement sioniste concordent.

Mithqal a été l’un des premiers propriétaires du pays à entrer en contact avec l’Agence juive.

Il est entré en contact avec les sionistes en premier ?

Oui. L’un des ingénieurs de l’Agence juive faisait une étude de terrain en Transjordanie. Mithqal a entendu parler de lui et s’est rapproché de lui. Peut-être Mithqal ne savait-il pas ce qu’étaient les sionistes à l’époque, sauf des personnes intéressées par son terrain.

Rapidement, ce qui avait commencé comme une relation secrète est révélé au grand jour. Cela coïncidait également avec la connexion d’Abdallah aux sionistes, qui a donné en 1933 à deux membres de l’Agence juive une option pour louer des terres qu’il possédait dans la Vallée du Jourdain. Cela devait être secret, mais a été révélé dans les journaux palestiniens et a entraîné un grand scandale.

Chaïm Weizmann (à gauche) et Emir Feisal I (Crédit : WikiCommons)

A ce moment, Mithqal dirigeait un groupe d’autres chefs tribaux et de propriétaires qui essayaient d’exploiter l’option juive. Beaucoup de Sheikhs tribaux du pays étaient en contact avec le mouvement sioniste. Mais Mithqal a été le plus persistant et celui qui a émergé comme chef du groupe. Il a été la connexion jordanienne la plus proche de l’Agence juive, et c’est pour cela qu’il est allé au King David en 1933.

Qui l’a invité au King David ?

L’Agence juive. Il avait une relation étroite avec Haïm Arlozorov. Et après, quand Arlozorov a été assassiné, avec son successeur, Moshe Sharett.

Pour le dirigeant sioniste, l’objectif de la rencontre au King David était de prouver aux Britanniques qu’il y avait un soutien public en Transjordanie à l’idée d’une implantation juive dans leur pays.

Les sionistes ont-ils rendu publique leur rencontre avec Mithqal ?

C’était public. Mithqal allait et venait dans les bureaux de l’Agence juive à Jérusalem et à Tel Aviv, et les responsables sionistes venaient le voir en Jordanie.

La seule chose pratique qui est sortie de ces réunions, c’est un prêt sur son terrain enregistré par l’Agence juive. Jusqu’à aujourd’hui, c’est la base des rumeurs sur les terrains que Mithqal aurait vendus aux juifs. Il n’a jamais vendu aucun terrain aux juifs.

Pourquoi n’a-t-il finalement pas vendu le terrain ?

Parce que les Britanniques ont refusé de permettre aux sionistes d’entrer en Transjordanie. Et puisque cela n’a pas marché, même si Mithqal a maintenu la pression sur les sionistes qui promouvaient le projet, ils se sont rapidement désintéressés quand ils ont réalisé qu’ils ne pourraient jamais persuader les Anglais.

Quand la Révolte arabe de Palestine a commencé en 1936, Mithqal cherchait de nouveaux alliés. Il est rapidement devenu le soutien le plus enthousiaste de la cause nationale palestinienne en Transjordanie.

A ce moment, il n’y avait pas de réel nationalisme arabe en Transjordanie. Un Sheikh aurait essayé de bénéficier de toute situation pour accroître ses options et ses moyens. S’il pouvait traiter avec les sionistes, il pouvait traiter avec les Palestiniens.

Que pouvait-il gagner des Palestiniens ?

Il avait deux bénéfices : d’abord, il avait été trop loin en traitant avec les sionistes si ouvertement. Après la rencontre du King David, il avait organisé une conférence dans sa maison d’Amman, qui a été un échec. Peu de personnes sont venues, et il a été humilié par le gouvernement jordanien. Il avait d’une certaine manière perdu ses créances. Par conséquent, son soutien au mouvement palestinien lui a permis d’améliorer sa position au sein du monde arabe.

La révolte arabe en Palestine, entre 1936 et 1939. (Crédit : Wikipedia)

Ensuite, il y avait aussi des gains financiers du mouvement national palestinien. Enfin, en montrant sa défiance des autorités britanniques et d’Abdallah, qui était contre le soutien militaire aux Palestiniens, Mithqal a prouvé aux membres de sa tribu qu’il n’était pas un béni-oui-oui et qu’il n’avait pas perdu son indépendance.

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Est-ce que l’un des hommes de Mithqal a réellement combattu contre les sionistes ?

Non. Il a donné des déclarations aux journaux. Il est venu rendre visite pour montrer son soutien et il a également abrité des fugitifs palestiniens dans son camp et sa maison. Il a cependant rassemblé beaucoup de membres de ses tribus pour combattre aux côtés de l’armée jordanienne pendant la guerre de 1948 en Palestine.

Mithqal a-t-il eu d’autres histoires avec les sionistes ?

La dernière a été en 1943, quand l’Agence juive a à nouveau été intéressée par des terres jordaniennes. Cette fois, pas pour l’immigration et l’implantation juive, mais ils entretenaient l’idée de transférer des Palestiniens dans la région. Ils n’ont pas révélé cette idée au Sheikh. A nouveau, rien n’a abouti, mais Mithqal a été largement dédommagé pour cela. Pendant tous ses engagements avec l’Agence juive, il a tiré partie des sionistes et de leur capital. Il avait une opinion exagérée des moyens financiers des sionistes, comme beaucoup d’autres dans la région.

Au final, il a pu percevoir plusieurs milliers de livres sterling des sionistes, ce qui représentait beaucoup d’argent à l’époque.

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Votre livre établit une relation entre la puissance de la tribu de Mithqal et le pouvoir de la monarchie jordanienne. Quelle est la relation actuelle entre Beni Sakhr et l’actuel régime hachémite ?

Beni Sakhr est aujourd’hui perçu comme l’un des piliers du soutien au régime hachémite. Mithqal était un allié proche du prince puis du roi Abdallah. Son fils Akef était très proche du roi Hussein. En 1957, Hussein a dû surmonter une tentative de coup d’état militaire.

Le fils de Mithqal en a entendu parler par l’un des officiers Beni Sakhr de l’armée. Il a informé le roi, et ensemble ils sont allés au camp militaire affronter les conspirateurs. Au même moment, le fils de Mithqal a rassemblé 2 000 Bédouins armés qui sont allés à Amman pour protéger le roi. En retour, le fils de Mithqal a été le premier ministre bédouin de l’histoire du pays.

Le roi Hussein de Jordanie (à gauche) et Mithqal. Date et emplacement inconnus. (Crédit : autorisation)

Le petit-fils de Mithqal, Faisal al-Fayiz, est très proche du roi Abdallah II, l’actuel roi de Jordanie. Il a servi à tous les postes gouvernementaux importants attribués en Jordanie aux non hachémites : dirigeant de la Cour royale, Premier ministre, et président du parlement. Il est actuellement président du Sénat.

A l’automne 2010, au plus fort du Printemps arabe, le roi Abdallah II de Jordanie a affronté son plus grand défi. Frustré par les difficultés économiques continues et la lenteur des réformes économiques et politiques, les Jordaniens sont descendus dans les rues. Le slogan « Faites tomber le régime ! », qui a été scandé place Tarir au Caire, a été entendu dans les rues d’Amman.

Au plus fort des manifestations, en novembre 2012, Faisal al-Fayiz a déclaré en direct à la télévision que Beni Sakhr « couperait les mains » de ceux qui cherchaient à ébranler le roi. Les manifestations se sont rapidement arrêtées et cette menace a joué un grand rôle dans leur dispersion.

Cela a-t-il vraiment brisé le dynamisme du Printemps arabe en Jordanie ?

Non, pas seulement. Mais le Printemps arabe en Jordanie était mené par des membres de tribu de la périphérie. Donc le roi devait montrer que la plupart des tribus le soutenaient réellement. Par conséquent, le soutien de Beni Sakhr a été très important.

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