Alors que Gaza s’enfonce, l’armée israélienne creuse pour le prochain combat. Les Gazaouis font face à une économie qui empire, l’arrêt des reconstructions et l’absence d’espoir pour le futur.

Un soldat israélien de la 10e division regarde avec des jumelles dans la bande de Gaza depuis une commune israélienne voisine, le 7 août 2014. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/ Flash90)

La bande de Gaza et ses habitants se dirigent droit vers un désastre, apporté par un taux de chômage handicapant, une économie inexistante, un manque d’eau et d’électricité, une population croissante et la « dictature islamiste » du Hamas, pendant que l’armée israélienne essaie, et réussit jusqu’à présent, à dissuader et contenir les dirigeants terroristes de l’enclave côtière, a déclaré dimanche un haut-gradé du Commandement du Sud de l’armée israélienne.

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Le militaire, qui s’est exprimé à condition de rester anonyme, a énuméré les statistiques inquiétantes de la bande de Gaza : un taux de chômage de 41,2 %, le plus élevé au monde selon la Banque mondiale ; un PIB par habitant de 6 488 shekels ( 1 725 dollars), qui, si Gaza était un pays, la placerait au plus bas niveau mondial, entre Haïti (1 750 dollars) et le Burkina Faso (1 724 dollars), selon le Fonds monétaire international ; une économie principalement constituée d’aides étrangères et humanitaires d’organisations internationales ; et une population de 1,9 million d’habitants, toujours croissante.

De plus, la reconstruction après la guerre de 2014, connue en Israël sous le nom d’opération Bordure protectrice, a été lente, en partie parce que le Hamas a siphonné une partie substantielle des matériaux de reconstruction pour créer de nouveaux tunnels d’attaque, de défense et de contrebande, selon les autorités israéliennes.

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« Le Hamas ne reconstruit pas Gaza, il reconstruit ses capacités militaires », a déclaré l’officier aux journalistes.

Un tunnel terroriste du Hamas découvert par l'armée israélienne sous la frontière entre Gaza et Israël, le 5 mai 2016. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée isaélienne)

Alors que le Hamas court contre la montre pour se réarmer et construire des fortifications plus profondes et des tunnels d’attaque, l’armée israélienne et le ministère de la Défense consolident la protection d’Israël contre la menace des attaques terroristes et des tirs de roquettes venus de la bande de Gaza, et se préparent pour le prochain conflit, a-t-il déclaré.

Bien que de nombreux détails du projet restent secrets, Israël est en train de créer « une barrière qui fournira une réponse aux menaces souterraines et terrestres », a déclaré l’officier.

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La barrière comprendra un mur en béton pour empêcher de creuser des tunnels à certaines profondeurs, ainsi qu’une clôture comportant des capteurs.

« Si le budget est important, alors la barrière sera construite en quelques mois », a déclaré l’officier.

Des grues et d'autres engins sur le côté israélien de la frontière avec la bande de Gaza, le 8 septembre 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

L’armée israélienne travaille aussi à améliorer ses tactiques de combat souterrain, ainsi que ses stratégies pour défendre, et potentiellement évacuer, les communes israéliennes situées le long de la frontière avec la bande de Gaza.

« Nous transformons le sous-sol en piège mortel pour le Hamas. Nous faisons beaucoup d’efforts pour cela », a déclaré l’officier.

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« Nous nous préparons à protéger les communes pendant une opération et à améliorer les défenses. Nous préparons également un plan pour évacuer les communes. Il y aura de la flexibilité dans la prise de décisions si nous devons évacuer ces communes, et lesquelles », a-t-il ajouté.

En juin, un important responsable du ministère de la Défense, qui était presque certainement Avigdor Liberman lui-même, avait déclaré à des journalistes qu’Israël n’aurait pas les nerfs pour une longue guerre d’usure et que « la prochaine confrontation devait être la dernière pour le régime du Hamas. »

Le chef d'Etat-major Gadi Eizenkot, au centre, visite la division de Gaza avec le colonel Yaakov “Yaki” Dolef et le chef du Commandement du Sud, le général Eyal Zamir, dans le sud d'Israël, le 30 août 2016. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)

Le haut gradé du Commandement du Sud de l’armée israélienne n’a pas confirmé si les plans de bataille de l’armée comprenaient l’éviction du Hamas de la bande de Gaza, mais a déclaré que le prochain combat serait « lourd » et porterait un « coup sévère » à l’organisation terroriste.

L’officier a seulement déclaré que « les plans que nous préparons suivront les instructions qui nous sont données au niveau politique. »

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Le militaire, faisant écho aux déclarations d’autres responsables militaires et de politiques, a noté que la situation sociale et économique qui empire à Gaza créait un sentiment de désespoir, qu’il n’y « a rien à perdre ».

Dans ce qui est devenu un refrain constant ces deux dernières années, l’officier a ajouté qu’une « explosion, à notre avis, n’est qu’une question de temps. »

Cependant, a-t-il souligné, pour l’instant, le Hamas est dissuadé.

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Vers l’enfer, inéluctablement.

Malgré les tentatives israéliennes et internationales de contrôler le flux de matériaux de construction et de ciment entrant dans la bande de Gaza, il va d’abord à la branche militaire du Hamas qui « prend ce dont ils ont besoin » puis aux civils, a déclaré l’officier.

Ainsi, seule une fraction des bâtiments dont la construction a été approuvée a réellement été construite, a annoncé l’officier.

En plus des chapardages illégaux de matériels et de fonds arrivant dans la bande de Gaza, le Hamas a également levé des « impôts draconiens » sur les habitants de Gaza, prenant 5 shekels (1,19 euros) sur chaque paquet de cigarettes et 30 shekels (7,14 euros) sur chaque carton de fruits, selon les chiffres de l’armée israélienne.

Ruines d'un immeuble détruit pendant la guerre de 2014, à Gaza Ville, le 16 février 2016. (Crédit : AFP/Mohammed Abed)

Les commandes présumées du Hamas de matériaux de construction et de financements dissuadent Israël d’alléger les restrictions sur les imports dans la bande de Gaza et de permettre aux habitants de la bande d’entrer en Israël pour travailler.

« Le Hamas utilise chaque allégement que nous accordons pour ses propres intérêts », a-t-il déclaré, indiquant la récente tentative de faire entrer des voitures et des matériaux électroniques dans la bande de Gaza par les poste-frontières de Kerem Shalom et d’Erez.

« Les gens qui sortent via Erez passent des messages [aux agents du Hamas en Cisjordanie] et dirigent des attaques, et Keren Shalom est utilisé pour la contrebande », a déclaré l’officier.

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En plus du fardeau économique de la bande de Gaza assiégée, elle est en voie de manquer presque complètement d’eau potable d’ici à 2020 et de devenir « inhabitable », selon un rapport de 2015 des Nations unies.

Le report des élections en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ne fait qu’ajouter à l’atmosphère de désespoir et d’agitation de la région côtière, a déclaré le militaire.

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Quand il a été interrogé au sujet de certains habitants de Gaza qui seraient entrés en Israël avec des armes, pas pour mener des attaques, mais pour être arrêtés, l’officier a répondu que « comme ils le disent, une prison israélienne est parfois meilleure que la vie à Gaza. »

Il y a deux semaines, dans un incident « anormal », un enfant palestinien de huit ans était entré en Israël, a annoncé l’officier, seulement pour être arrêté par les forces de sécurité, avant d’être finalement retourné à Gaza.

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Le moment le plus calme depuis des décennies.

Bien que l’armée israélienne estime que le prochain conflit avec le Hamas est une question de quand, et pas de si, les années écoulées depuis l’opération Bordure protectrice ont vu peu de violence en provenance de la bande de Gaza.

« Les deux dernières années n’ont pas été les plus calmes en une décennie, elles sont les plus calmes depuis des décennies »
Un responsable militaire israélien

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« Les deux dernières années n’ont pas été les plus calmes en une décennie, elles sont les plus calmes depuis des décennies », a déclaré l’officier du Commandement du Sud.

Depuis la guerre de 2014, les forces israéliennes ont blessé des centaines de membres du Hamas et en ont tué 34, la majorité pendant des affrontements le long de la clôture de sécurité ; et pourtant il n’y a une qu’un seul cas où le Hamas a répliqué : quelques coups tirés vers les soldats depuis la bande de Gaza pendant qu’ils détruisaient un tunnel entrant en Israël.

« Cela montre la dissuasion », a déclaré l’officier.

Des manifestants palestiniens affrontent les soldats israéliens près de la clôture de sécurité entre Israël et le sud de la bande de Gaza, à l'est de Khan Yunis, le 16 octobre 2015. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Aucune des 40 roquettes gazaouies qui ont touché Israël n’ont été tirées par le Hamas, mais par des salafistes et d’autres groupes plus extrémistes, habituellement en conséquence d’un « conflit interne », selon l’officier.

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L’armée de l’air israélienne frappe les installations du Hamas en réponse aux tirs de roquette, quelles que soient leur origine, afin de forcer le Hamas à mieux contrôler les « groupes rebelles » de la bande de Gaza, a annoncé le responsable militaire.

« Nous essayons de ne pas toucher les civils, et nous essayons de ne pas toucher les infrastructures civiles », a-t-il déclaré.

Un Palestinien mettant des pierres sur un chariot à côté d'un cratère dans Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza le 22 août 2016, suite à une frappe aérienne israélienne la veille qui a eu lieu la veille après la chute d'une roquette gazaouie à Sdérot. (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Écartant les accusations selon lesquelles Israël frappe des « dunes de sable » à Gaza, l’officier a montré des images de cibles récentes, dont des antennes, des usines qui produisent des structures en ciment pour les tunnels, et des avant-postes militaires.

Ces deux dernières années, ces frappes de représailles de l’armée de l’air et de l’infanterie ont été plus mesurées, à l’exception notable du bombardement aérien massif contre des atouts stratégiques cruciaux du Hamas en août après la chute d’une roquette à Sdérot.

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« Nous avons saisi une opportunité [i.e. la roquette tombée à Sdérot] pour à la fois envoyer un message et tester certaines de nos capacités », a déclaré l’officier, qui est resté délibérément vague sur ces capacités.

Sans fin du Hamas ou sans solution permanente pour Gaza en vue, l’officier a peu d’espoir à offrir, autres que la vigilance et la préparation de l’armée israélienne pour la guerre qui vient.

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La bande de Gaza bientôt sans eau.

Plus de 90% de l’eau disponible dans la bande de Gaza est impropre à la consommation. Les habitants ne peuvent couvrir que le quart de leurs besoins. Au train où vont les choses, en 2020 la nappe phréatique sera impropre à la consommation.

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Aujourd’hui, il n’existe qu’une source d’approvisionnement. Une nappe phréatique peu profonde, que se partagent le territoire palestinien, Israël et l’Egypte. Trois, pour une ressource fragile alimentée par les pluies tombant sur la bande de Gaza et les hauteurs israéliennes. On estime que la nappe se recharge au mieux de 125 millions de m3 par an, au pire de seulement 75 millions.

La nappe est fragile. Il ne faudrait pas dépasser un pompage de 100 millions de m3 pour garantir son existence. Or, 4000 puits ont été creusés qui soutirent jusqu’à160 millions de m3. Le niveau baisse, faisant la place à des infiltrations d’eau de mer et des remontées d’eau saumâtre.

Voilà pour les causes. Les conséquences sont terribles pour la population, bien pire que les stigmates des huit années de blocus et des opérations militaires. 20.000 habitations détruites, 148 écoles et 15 hôpitaux endommagés.

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L’eau source de vie.

«On ne peut pas la boire, on ne peut pas cuisiner avec, ni laver les légumes»,déclare à RT une Palestinienne dans sa cuisine. «On nous oblige à acheter de l’eau potable à l’extérieur.» L’extérieur, c’est un pick-up chargé d’une réserve d’eau qui parcourt les rues. Le mètre cube est vendu 5,25 dollars.

Un immeuble hébergeant 30 personnes consomme 5m3 d’eau par jour. Un habitant explique que par souci d’économie, la chasse d’eau n’est tirée que deux fois chaque jour. Quant à la douche… la famille a établi un planning !

Les Palestiniens accusent Israël d’utiliser l’eau comme une arme, en pompant excessivement dans la nappe. Une chose est sûre, l’agriculture, comme ailleurs dans le monde, est responsable de l’essentiel de la consommation (70%). La plupart des 4000 puits ont été creusés à des fins agricoles et de façon illégale pour la moitié d’entre eux.

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Trop de sel.

La pollution n’arrange rien. Peu d’habitations sont raccordées au tout-à-l’égout. Souvent, les eaux usées sont versées dans un puits sans fin et s’infiltrent inexorablement vers la nappe. Même chose pour les pollutions agricoles. Selon les experts, en 2020, l’eau sera tellement salée qu’on ne pourra plus la traiter.

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Des projets.

L’Agence française de développement (AFD) a lancé la construction d’une station d’épuration au nord de la bande de Gaza. Un projet de 20 millions d’euros qui devrait être achevé à la mi-2016. Selon l’AFD, «la réutilisation des eaux usées traitées pourra bénéficier à environ 1.500 agriculteurs».

Sans minimiser les projets en cours, ils sont loin de répondre aux besoins. D’autant que les spécialistes de la gestion de l’eau sont confrontés à une population pauvre qui n’a pas les moyens de payer ses factures. Dessaler l’eau de la Méditerranée serait une solution, mais là aussi la facture est… salée. Une usine coûte 300 millions de dollars !

Ils sont 1,8 million de Gazaouis. Dans cinq ans, ils seront 500.000 de plus. Si rien n’est fait d’ici là, vivre sur la bande de Gaza sera juste impossible.

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  1. Ping: Gaza s’enfonce ! | domhertz.com | Boycott

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