Qui est Steve Bannon, “l’homme le plus dangereux de la vie politique américaine”, qui a fait élire Trump ?

Nommé directeur de campagne de Trump à la fin de l’été 2016, Steve Bannon est l’homme qui a mis un point la stratégie finale du candidat républicain, dans la course à la Maison Blanche. Pour cela, il s’est largement appuyé sur son média Breitbart, encore plus droitier et sulfureux que Fox News. Un portrait d’autant plus intriguant qu’une antenne de Breitbart pourrait voir le jour en France, en vue de la présidentielle de 2017.

Petite devinette. Qui réussit donc l’exploit de compiler les surnoms de “Goebbels” (par un journaliste de Fox News), de la “Leni Riefenstahl du Tea Party” [la cinéaste d’Hitler, ndlr] ou d’être présenté comme “l’homme le plus dangereux de la sphère politique américaine” à la fois ? Non, ce n’est pas Donald Trump, élu à la surprise 45e président des Etats-Unis, mardi 8 novembre, mais presque. Il s’agit de Stephen Bannon (appelé “Steve”), nommé à la direction de sa campagne le 17 août dernier et à qui le candidat républicain doit en grande partie son succès.

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L’idée de surfer sur les nationalismes, on la doit à Bannon.

L’homme est aussi malin que discret. Depuis sa prise de poste, il n’a donné que deux interviews, dont l’une pour un podcast radio du site d’information Breitbart, qu’il a fondé en 2007 avec Andrew Breitbart. Sa stratégie de diabolisation, aussi bien des démocrates que des républicains a fait mouche lors des dernière semaines de campagne aux Etats-Unis. Avec le résultat que l’on connaît. Le magazine américain The New Republicrapportait, moins d’une semaine avant le scrutin final que “Bannon a une idée très claire et cohérente de ce qu’est le “trumpisme”, peut-être même plus que Trump lui-même.” Selon l’hebdomadaire, Steve Bannon a construit l’architecture de la victoire de Trump en surfant sur un “mouvement” global de mouvements nationalistes montants, partout dans le monde, en opposition à une certaine “élite”. Dans cet interview podcast, avant l’élection, Bannon expliquait déjà :

“Les gens veulent plus de contrôle de leur pays. Ils veulent des frontières. Ils veulent de la souveraineté. Ce n’est pas seulement un phénomène qui prend de l’ampleur en Europe, vous pouvez observer cela au Moyen-Orient, et vous le voyez arriver aux États-Unis.”

L’histoire entre ces deux-là remontent au début des années 2000. Humilié publiquement par Barack Obama, Donald Trump annonce, en 2011, qu’il va se présenter pour la Maison Blanche. A la même époque, Bannon succède à Andrew Breitbart – qui vient de décéder soudainement – à la tête du média éponyme, Breitbart News, un site d’information ultra-conservateur, à faire rougir Fox News. Un média qui est à l’origine, entre autres, du scandale sexuel du démocrate Anthony Weiner, pourtant pressenti pour la mairie de New York, en 2011. Leur site internet annonce la couleur d’emblée par ses prises de positions, relevées par 20 Minutes : “Préférez-vous que votre enfant attrape le féminisme ou le cancer ?”, “Il n’y a pas de discrimination contre les femmes à l’embauche, elles sont justes nulles en entretien” ou “La contraception rend les femmes moches et folles”. L’audience, en tout cas, cartonne : 240 millions de pages vues et 37 millions de visiteurs uniques par mois. Assez pour faire dire au New York Times, à la fin de l’été : “Hier une curiosité de l’aile droite, le site d’infos et d’opinions est devenu une voix toujours plus puissante.”

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Bannon qui soutient Trump, c’est comme Fox News qui soutient Bush junior.

Bannon se sert de Breitbart News pour diffuser ses idées à la population américaine, en opposition aux médias traditionnels, en perte fulgurante de confiance. Dans une longue enquête sur le sujet de Vanity Fair, on apprend que Bannon exerce une lourde pression sur ses journalistes pour imposer une ligne pro-Trump. Quitte à s’attirer le courroux de sa propre rédaction. “A mon avis Steve Bannon est un tyran et a trahi les principes d’Andrew (Breitbart) pour soutenir un autre tyran, Donald Trump”, se souvient Ben Shapiro qui a quitté la rédaction, excédé, en mars 2016. Breitbart News a joué le même rôle pour Donald Trump dans son accession à la Maison Blanche que celui qu’a pu jouer National Review dans la montée de Barry Goldwater et Ronald Regan, Rush Limbaugh dans la montée, dans les années 90, de celle de Newt Gingrich ou, plus connu, Fox News dans la promotion de Georges W. Bush.

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Steve Bannon a su intégrer toutes les strates du pouvoir aux Etats-Unis, une manière pour lui de diffuser au mieux ses idées. A ce titre, Breitbart News n’est qu’une flèche de son carquois. Il est aussi derrière le Governement Accountability Institute (GAI), à l’origine de la sortie, en 2015, du livre Clinton Cash qui révèle l’origine d’une partie de la fortune de la famille de la candidate défaite cette semaine. Il a bâti sa fortune en organisant la vente de Castle Rock Entertainement (une société de productions filmiques, ndlr) au magnat Ted Turner et en choisissant de se faire payer avec les droits d’une série, pas encore culte, appelée Seinfeld. Ce pactole amassé permet, à ce fils de “cols bleus” de 62 ans, passé par Harvard, la Navy et Goldman Sachs de se recentrer, au début des années 90 sur une activité audiovisuelle. Très vite, il produit des films engagés : une hagiographie de Sarah Palin – pressentie pour intégrer l’équipe de Trump – ou un pamphlet contre le mouvement Occupy Wall Street.

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L’homme le plus dangereux au monde ?

Si le programme de Donald Trump interroge une grande partie de l’opinion internationale, l’ombre de Steve Bannon se révèle plus inquiétante. L’homme possède un réseau puissant et des moyens presque illimités, qu’il entend mettre au profit d’une idéologie. Dans une longue enquête de Bloomberg Businessweek d’octobre 2015, Bannon avait répondu au journaliste Joshua Green :

“L’économie d’une salle de rédaction aujourd’hui ne peut supporter de longues enquêtes d’investigation. Vous n’obtiendrez pas un Watergate, un Pentagon Papers aujourd’hui, parce que personne ne peut se permettre financièrement de laisser un journaliste passer sept mois sur une enquête. Nous, nous le pouvons. Nous travaillons comme une fonction de soutien.”

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En février 2014, Bannon a annoncé l’ouverture de bureaux au Texas et à Londres. Un plan de développement qui s’est poursuivi en Floride, en Californie, mais aussi au Caire et à Jérusalem. Bannon ne souhaite pas s’arrêter là et projette de s’implanter en France prochainement. C’est ce qu’a révélé, au mois de juillet, le site Radio Londres : “Nous pensons que la France est l’endroit où il faut être. Avec ses jeunes entrepreneurs, les femmes de la famille Le Pen… Marion Maréchal Le Pen est la nouvelle étoile montante.”

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“Ce dont Bannon a vraiment besoin, c’est d’une marionnette politique pour prendre la place de Trump”

Une citation qui fait froid dans le dos en relisant la conclusion de l’enquête de The New Republic : “Bannon a la passion idéologique, les ressources financières, les connexions dans les médias, un sens astucieux du fonctionnement de la politique américaine. Ce dont Bannon a vraiment besoin, c’est d’une marionnette politique pour prendre la place de Trump. Ce ne devrait pas être le plus difficile à trouver.”

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