Retour sur les principales déclarations du vainqueur des primaires de la droite concernant les juifs de France, Israël, l’étiquetage des produits des implantations, les votes à l’Unesco, la reconnaissance d’un État palestinien, le sommet de la paix à Paris et les conflits au Moyen-Orient.

Ce dimanche, François Fillon remportait l’élection primaire de la droite et du centre avec 67,4 % des voix, selon les premiers résultats partiels. Son rival, Alain Juppé, a lui obtenu un score de 32,6 %, toujours selon les premiers résultats partiels. Organisé dans 10 228 bureaux, les millions d’électeurs participant au vote du second tour à la primaire ont chacun payé la somme de deux euros et signé une « charte de la droite » afin de pouvoir participer au scrutin.

Selon des résultats sur plus de 8.000 des 10 228 bureaux de vote, cet homme austère à la mise classique a balayé le second tour de la primaire avec 67,4 % des voix contre 32,6 % pour l’ex-Premier ministre Alain Juppé, 71 ans.

Lors de ses différents mandats de ministre et de Premier ministre, l’actuel député de Paris et désormais candidat à l’élection présidentielle de mai 2017 pour le parti Les Républicains a à de nombreuses reprises eu l’occasion de s’exprimer – parfois de façon sévère et hostile – sur les juifs de France, Israël, le conflit israélo-palestinien et la guerre en Syrie.

Relativement préservés de toute polémique durant la campagne des primaires, certains de ses anciens propos se trouvent sous le feu des critiques depuis la semaine dernière, quand il a terminé en tête du premier tour de la primaire.

Une nouvelle controverse a également éclaté mercredi matin, quand François Fillon, invité sur Europe 1, a mêlé la communauté juive de France à la montée de l’intégrisme islamique.

« Les intégristes sont en train de prendre en otage la communauté musulmane, il faut combattre cet intégrisme. Comme d’ailleurs dans le passé on a combattu une forme d’intégrisme catholique ou comme on a combattu la volonté des Juifs de vivre dans une communauté qui ne respectait pas toutes les règles de la République française », a-t-il avancé, sans préciser à quels agissements il faisait référence.

Face à la polémique, le CRIF, via Twitter, a déclaré : « La loi du pays est la loi, adage talmudique qui impose aux Juifs depuis l’Antiquité le respect des lois du pays où ils vivent. »

L’UEJF a de son côté demandé des précisions à l’homme politique tout en s’interrogeant sur « la pertinence [de ses] propos qui comparent trois phénomènes intervenus à trois époques différentes, et qui essentialisent les Juifs, les musulmans, les chrétiens en les renvoyant dos-à-dos à trois communautés religieuses compactes et indistinctes ».

Patrick Klugman, Harlem Désir, François Fillon et Pierre Lellouche, lors de l’hommage rendu à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire ce 29 septembre 2016. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Haïm Korsia, grand rabbin de France, s’est lui entretenu par téléphone avec l’ancien Premier ministre. Les deux hommes s’étaient récemment rencontrés lors de l’hommage rendu à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire.

« Il a tenu à réaffirmer l’attachement des Français de confession juive à la France et à ses valeurs et leur souci d’intégration à la société française, a indiqué Yaël Hirschhorn, sa conseillère en communication. Il a également souligné que le communautarisme juif qui a pu exister jadis n’était en rien le fait ni le choix des citoyens de confession juive, mais la conséquence de la non-acceptation par la société française d’alors de leurs semblables. »

Le grand rabbin « a par ailleurs rappelé le rôle du Grand Sanhédrin mis en place par Napoléon en 1806, qui n’est autre que la proclamation de la garantie de pouvoir vivre le judaïsme dans le respect des lois de la République », a-t-elle ajouté.

Interrogé sur la chaîne d’information i24 News, Jérôme Chartier, porte-parole de François Fillon, a évoqué une « mécompréhension » des propos du candidat.

« François Fillon est très clair sur le fait qu’il peut exister dans tout mouvement religieux des dérives sectaires. Cela existe, chacun le sait. Mais en même temps, il a toujours salué l’intégration des Juifs de France, qui ne date pas d’hier puisque le Consistoire date de Napoléon. […] Les juifs de France sont Français, comme les chrétiens de France sont Français, comme les musulmans de France sont Français… Sauf ceux qui participent à l’intégrisme islamique, au totalitarisme islamique et qu’il faut combattre », a-t-il expliqué.

Quelques heures plus tard, François Fillon réagissait à la polémique sur Twitter. « Depuis ce matin, certains essayent d’exploiter une phrase que j’ai prononcée sur Europe 1, a-t-il affirmé. Il n’a jamais été dans mon intention de remettre en cause l’attachement de la communauté juive de France à nos valeurs communes et au respect des règles de la République. Cet attachement est ancien et sincère, je le sais. Je déplore donc qu’en cette fin de campagne certains aient osé instrumentaliser mes propos. »

Trois jours avant le premier tour de la primaire, lors du dernier débat télévisé, le député de la 2e circonscription de Paris avait dénoncé plus adroitement « la montée d’un phénomène totalitaire » – l’islamisme radical –, qui se définit par « la montée d’un mouvement politique […] qui fait peser une menace sur la paix mondiale, qui a des tentations génocidaires, et qui veut détruire les chrétiens d’Orient et mettre dehors les Juifs d’Israël ».

François Fillon avait déjà stigmatisé la communauté juive française auparavant, notamment en juillet dernier, quand il avait défendu le report de certaines épreuves du baccalauréat pour les musulmans qui fêtent l’Aïd-el-Fitr. « [Le report des épreuves] est une tradition française depuis toujours. C’est le général de Gaulle le premier qui avait pris des décisions pour que les fonctionnaires français qui étaient de religion juive ou musulmane puissent, lorsqu’il y avait des fêtes religieuses importantes, ne pas travailler ces jours-là, avait-il déclaré sur RTL. Les principaux bénéficiaires ne sont pas du tout les musulmans mais les Français de religion juive, qui sont très intransigeants sur la question des fêtes religieuses. En réalité, il y a très peu de musulmans qui profitent de cette situation. »

François Fillon au Forum économique mondial (Crédit : Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0)

Plus tôt, en 2012, alors Premier ministre, il s’était également attiré les foudres de certains pratiquants en remettant en cause l’abattage rituel.

« Les religions devraient réfléchir au maintien de traditions archaïques qui n’ont plus grand-chose à voir aujourd’hui avec l’état de la science, l’état de la technologie, les problèmes de santé », avait-il prononcé sur Europe 1.

Outre ses propos polémiques concernant la communauté juive, François Fillon a à plusieurs reprises provoqué la colère des soutiens français à l’État d’Israël.

Notamment en novembre 2015, suite aux attentats de Paris, quand il s’est prononcé favorable à une « coalition mondiale » contre l’État islamique qui inclurait la Russie, l’Iran, les Kurdes, le gouvernement irakien, le régime syrien de Bashar el-Assad et… le Hezbollah – groupe terroriste chiite libanais – et dont il a rencontré des cadres en juillet 2013.

« Il faut soutenir l’Iran qui est engagé contre l’État islamique, a-t-il déclaré sur France Inter. Je sais que beaucoup de messages vont venir sur cette question, en particulier d’Israël, mais quand Israël a besoin de s’allier avec des gens qui ne respectent rien en matière de morale internationale, ils savent le faire pour défendre leur survie, et personne ne peut le leur reprocher. »

Interrompu par le journaliste Patrick Cohen, qui lui rappelle que « la vocation du Hezbollah est de détruire Israël », il répond qu’ « il est hors de question de laisser le Hezbollah menacer l’État d’Israël. Mais le Hezbollah est la force qui tient le Liban, physiquement, qui fait en sorte que ce pays ne se dote pas des institutions nécessaires pour continuer sa marche démocratique. La position que je défends n’est plus isolée, c’est la position du gouvernement français. » Le Liban a depuis élu un président Michel Aoun, allié du Hezbollah. Saad Hariri aura pour tâche de contrebalancer ce pouvoir.

Peu après, en mars 2016, François Fillon se rendait en Iran « pour s’entretenir de la situation économique et sociale de ce pays et de la région du Proche et Moyen Orient ».

Selon le communiqué publié sur son site par son équipe de campagne, il a insisté « sur la nécessité de bâtir une stratégie internationale commune pour vaincre l’État islamique et créer les conditions d’un processus de paix en Syrie. Il s’est fait l’avocat auprès des autorités iraniennes de la cause du Liban, aujourd’hui menacé par les divisions internes et l’absence d’institutions viables. Il a rappelé la position de la France vis-à-vis de son allié, Israël, qui a droit à la sécurité et dont l’existence ne peut être mise en cause. Sans cela, les Palestiniens ne pourront faire prévaloir leur droit légitime à un État. »

Meyer Habib, député des Français de l'étranger. (Crédit : capture d'écran YouTube/Meyer Habib)

Lundi dernier, sur Facebook, après la victoire de Fillon au premier tour des élections primaires, le député UDI Meyer Habib – qui soutenait Nicolas Sarkozy – s’est dit préoccupé par ces rapprochements et ce soutien à une alliance avec le Hezbollah et l’Iran.

« François Fillon a une très solide expérience et un programme ambitieux en matière économique et sociale, a-t-il écrit. S’agissant d’un sujet qui m’est cher, la politique extérieure et la sécurité d’Israël, il y a eu des prises de position contrastées. Pour être parfaitement transparent, si François Fillon a donné des gages d’amitié à Israël au cours des dernières semaines, notamment en s’opposant au BDS et en dénonçant le vote à l’UNESCO, je reste préoccupé par ses projets d’alliance avec l’Iran, le régime syrien d’el-Assad et le Hezbollah contre l’État islamique. »

Comme le rappelle le député UDI, François Fillon s’est farouchement prononcé contre le vote à l’UNESCO sur l’adoption d’une résolution controversée sur les noms des lieux saints de Jérusalem.

« Les récentes résolutions votées sont inacceptables et je comprends qu’elles aient choqué. La France aurait dû voter contre ces textes déséquilibrés qui nient la réalité historique de Jérusalem. La France n’a pas à prendre parti et à réécrire l’Histoire des autres. Nous devons conserver une position médiane et objective pour aider à la résolution du conflit », avait-il confié au site Elnet.

Lors du même entretien, interrogé sur la conférence de Paris, organisée en juin dernier dans un espoir de relance du processus de paix israélo-palestinien, le Sarthois avançait qu’il ne s’agissait pas de « favoriser l’une des parties plutôt qu’une autre, mais plutôt de les ramener à la table des négociations pour que les intérêts de chacun soient entendus. »

« L’idée d’organiser une conférence sur la paix à Paris sans les parties au conflit n’avait aucun sens. »

François Fillon

« Les Palestiniens ont légitimement droit à un État, a-t-il ajouté. Israël doit également voir respecter son intégrité territoriale et sa sécurité. Les négociations menées depuis quelques années ont été un échec. L’idée d’organiser une conférence sur la paix à Paris sans les parties au conflit n’avait aucun sens. Je suis contre une reconnaissance unilatérale mais pour le dialogue et la volonté commune de parvenir à une solution territoriale. Je m’impliquerai personnellement. Il faut une coordination avec l’Union européenne et les États-Unis, un agenda de négociation pragmatique pour restaurer un minimum de confiance entre les parties. »

En janvier 2014 aussi, lors d’une visite de trois jours en Israël, François Fillon avait soutenu le pays dans son droit à la sécurité. Durant son discours au Campus francophone de Netanya, il avait adopté une posture très pro-israélienne.

« Je veux dire tout l’honneur que je ressens à être votre hôte et toute mon émotion de m’exprimer devant la jeunesse israélienne qui est l’âme de votre étonnante nation, avait-il déclaré. J’ai toujours été passionné par le destin d’Israël et intéressé par les enjeux que recouvre cette région qui a vu s’écrire les pages les plus anciennes et les plus intenses de l’humanité. Pendant la guerre du Kippour, j’ai tremblé pour Israël. Chacune de nos nations a dû surmonter des épreuves pour exister et s’unir, mais Israël n’est pas tout à fait une nation comme les autres. »

Patrick Klugman, Harlem Désir, François Fillon et Pierre Lellouche, lors de l’hommage rendu à Shimon Peres à la synagogue de la Victoire ce 29 septembre 2016. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Poursuivant son discours en évoquant la Shoah, il a expliqué que « la République française est et sera toujours intraitable à l’égard de l’antisémitisme, comme elle l’a été récemment à l’égard d’un humoriste [Dieudonné] aux propos abjects. En France, l’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit ! Pour moi, les choses sont claires : la liberté d’expression ne peut être instrumentalisée par les adversaires de l’unité française et les violeurs de mémoire ! »

« Ce qui vous touche nous touche, ce qui vous tourmente nous tourmente, car il existe entre Israël et la France, entre Israël et l’Europe, un lien moral et historique, avait-il poursuivi. L’existence d’Israël n’est pas discutable, et sa sécurité n’est donc pas négociable. Israël est notre ami et notre allié et quiconque menacerait son existence s’exposerait à notre réaction la plus rude. […] Pour votre sécurité, pour faire advenir cette paix, sachez que la France restera toujours à vos côtés. Israël, c’est la porte de notre propre Histoire ; c’est l’amie et la confidente de la vieille Europe », avait-il conclu.

Malgré ces propos élogieux à l’égard de l’État hébreu, quelques mois plus tard, en novembre 2014 lors de la vague de reconnaissances de l’État palestinien par plusieurs parlements européens dont celui de Paris, à l’antenne de BFM TV, François Fillon critiquait ouvertement l’attitude d’Israël et expliquait que le pays « [menaçait] la paix mondiale en retardant [l’]échéance [de la création d’un État palestinien] – dont il avait plaidé la création dès 2011. »

« Je dis aux Israéliens que s’ils n’acceptent pas, s’ils ne comprennent pas que la création de cet État palestinien est la condition sine qua non de la paix dans cette région, non seulement ils prennent des risques pour l’avenir à long terme, mais ils font prendre des risques au monde entier. Parce que je pense qu’aujourd’hui, la situation au Proche Orient est une menace pour la sécurité intérieure de nos propres pays », avançait-il.

Dans le même temps, il annonçait néanmoins qu’il ne voterait pas en faveur de la résolution proposée par les écologistes et les socialistes invitant le gouvernement français à reconnaître la Palestine, estimant qu’elle « n’aurait aucun effet, sauf celui peut-être de compliquer un petit peu plus la situation » au Moyen Orient.

En octobre 2015, l’ancien Premier ministre appelait la communauté internationale à « faire pression sur Israël » pour une paix avec les Palestiniens. « [Israël] ne [va] pas rester à l’abri du chaos qui est en train de s’emparer du Proche Orient, » déclarait-il sur LCP.

« Cette idée qu’Israël pouvait rester une sorte d’îlot pacifique et prospère au milieu de cette guerre est une idée folle, qui surtout aujourd’hui se révèle être une idée fausse. Il faut faire pression sur Israël pour qu’il accepte de rentrer dans un processus de négociation et en particulier qu’il libère les territoires sans lesquels il n’y aura jamais de paix en Palestine. Un certain nombre de colonies sont créées en contradiction totale avec les engagements qui avaient été pris dans le cadre des accords précédents », concluait-il.

François Fillon (Crédit : Remi Jouan/CC BY 3.0)

Un mois plus tard, sur RMC, il réaffirmait son appel à faire pression sur Israël pour la reprise des pourparlers de paix. « Les Palestiniens ont [aussi] leurs responsabilités, parce que malheureusement le Hamas bloque le processus et n’est pas un interlocuteur avec lequel on peut facilement trouver des solutions, nuançait-il. Mais en même temps, on voit avec le mitage des colonies que le territoire palestinien est en train de disparaître. Il n’y a pas de solution en Israël sans un État palestinien. »

Dans son intervention, il défendait aussi l’étiquetage des produits de Judée-Samarie et du Golan, approuvé quelques jours plus tôt par les instances européennes. « C’est très modeste par rapport à ce que l’Europe devrait faire », estimait-il.

Pour autant, en février 2016, lors d’un débat organisé par le CRIF et alors que la campagne pour les primaires de son parti était déjà entamée, il déclarait ne pas avoir de « leçon à donner à Israël » car il ne « [vivait] pas là-bas ».

« Je ne suis pas contre Israël mais je suis attaché à la création d’un État palestinien, je veux la paix, argumentait-il. On a tendance à être plus sévère avec Israël car c’est un pays fort, organisé et puissant. » Il en profitait aussi pour se prononcer cette fois opposé à l’étiquetage des produits israéliens.

Face à ces différentes déclarations et prises de position, on peut légitimement se demander comment se positionnera François Fillon sur les dossiers concernant Israël et le Moyen-Orient s’il est élu président de la République à l’issue du second tour du scrutin, le 7 mai prochain.

Comme ses récents propos laissent à penser, tentera-t-il de soutenir un rapprochement de la France avec Bachar el-Assad, l’Iran et le Hezbollah – ceci dans le but de vaincre l’État islamique –, tout en continuant à défendre la sécurité et l’intégrité d’Israël ?

S’il choisit d’adopter une telle stratégie, on peut, dans le pire des cas, craindre qu’aucun des partis concernés ne lui accorde confiance et crédibilité. En attendant, la question aura toujours lieu d’être posée : François Fillon, ami ou ennemi d’Israël ?

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