« Le Borgne », cerveau de la meurtrière prise d’otages du site gazier algérien d’In Amenas en 2013 (40 morts), a déjà été donné pour mort à de nombreuses reprises.

Mokhtar Belmokhtar, le djihadiste aux mille et une morts

Combien de vies possède-t-il ? Mokhtar Belmokhtar « l’insaisissable » mérite bien son surnom. Le chef djihadiste lié à Al-Qaida, condamné à mort à deux reprises par la justice algérienne, a déjà été donné pour mort une bonne dizaine de fois.

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Cerveau de la meurtrière prise d’otages du site gazier algérien d’In Amenas en 2013, « le Borgne » pourrait bien avoir été tué, cette fois-ci, par une frappe aérienne française en Libye, comme l’avance Washington lundi 28 novembre en confirmant une information du « Wall Street Journal ». 

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En juin 2015, c’étaient les autorités libyennes qui avaient annoncé sa mort, sous une frappe américaine. Comme d’autres leaders terroristes, tels qu’Oussama Ben Laden en son temps, mais aussi les chefs de Daech Abou Bakr al-Baghdadi et de Boko Haram Abubakar Shekau, le sanglant leader du groupe Al-Mourabitoune (rallié à Al-Qaida au Maghreb islamique ou Aqmi) a fait l’objet de multiples rumeurs de disparition.

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Mort en 2012 dans des combats au Mali ?

En juin 2012, une chaîne de la télévision algérienne rapporte que « Mister Marlboro », qui a commencé sa carrière dans le trafic de cigarettes, a été tué dans des combats entre islamistes et séparatistes touaregs à Gao, dans le nord du Mali.

L’un de ses collaborateurs dément par la suite sa mort.

Mokhtar Belmokhtar dans une vidéo non datée diffusée par Aqmi en janvier 2013.

 

Tué par l’armée tchadienne au Mali en mars 2013 ?

Le 3 mars 2013, les forces tchadiennes affirment avoir tué Mokhtar Belmokhtar dans le massif des Ifoghas dans le nord du Mali. « Paris Match » publie la photo d’un corps en sang, affirmant qu’il s’agit d’Abou Zeid, un des leaders d’Aqmi. RFI affirme en revanche qu’il s’agit de Mokhtar Belmokhtar.

Mais, quelques jours plus tard, un djihadiste d’Aqmi dément la mort du « chef ». Mokhtar Belmokhtar n’est pas mort « pour la simple raison qu’il se trouve dans la région de Gao [dans le nord du Mali, mais plus au sud du massif des Ifoghas, NDLR] où il mène les combats contre l’ennemi ».

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La France reste prudente. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, attend des preuves. Et ce malgré les affirmations du président tchadien Idriss Deby qui assure que le corps de Mokhtar Belmokhtard n’a pas été exposé par respect « des principes de l’islam ». La version du président tchadien changera au fil du temps : il finira par dire que « le Borgne » s’était fait exploser.

Il faudra attendre le 24 mai 2013 pour voir réapparaître le chef djihadiste. Mokhtar Belmokhtar revendique alors le double attentat-suicide au Niger, qui a fait une vingtaine de morts. « L’insaisissable » est toujours vivant.

Où était-il entre le 2 mars et le 24 mai ? « Nous avons la certitude qu’il n’a pas été abattu et qu’il se trouve quelque part en Libye« , expliquait un haut responsable algérien à « Jeune Afrique ». Selon plusieurs spécialistes interrogés par l’hebdomadaire, Mokhtar Belmokhtar « aurait pu trouver refuge en Libye, où il dispose de solides réseaux de soutien ».

Le jihadiste Mokhtar Belmokhtar visé par une frappe française, probablement mort

Porté disparu en avril 2015.

Selon les services de renseignement de trois pays (l’Algérie, le Niger et le Mali), le leader d’Al Mourabitoune est « porté disparu« , rapporte le quotidien algérien « El Watan » en avril 2015.

Al-Mourabitoune, ennemi numéro 1 de la France au Sahel

« Nous avons de fortes présomptions sur sa mort mais nous ne pouvons pas l’affirmer tant que nous n’avons pas vu le corps ou tant que nous n’obtenons pas au moins trois témoignages qui corroborent les faits », déclare une source sécuritaire à « El Watan ». « Pour nous, un terroriste est soit ‘abattu’, soit ‘recherché vivant’, soit ‘disparu’. » La confirmation ne viendra jamais.

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Empoisonné (toujours en avril 2015) ?

Toujours en avril 2015, des sources sécuritaires algériennes affirment au quotidien « Al Chourouk » que le « Ben Laden du désert » est mort empoisonné en mars. Mais quelques jours plus tard, le groupe Al-Mourabitounrevendique un attentat-suicide contre une base de l’ONU. L’enregistrement audio de trois minutes est illustré d’une photo de Mokhtar Belmokhtar.

Capture vidéo.

Juin 2015, tué dans une frappe américaine en Libye ?

Le 15 juin 2015, c’est au tour de la Libye d’annoncer la mort de Mokhtar Belmokhtardans un raid américain visant une ferme dans l’est du pays, où avait lieu une réunion entre chefs djihadistes. Le Pentagone indique alors que Belmokhtar a bien été la cible d’une frappe américaine, mais sans donner de détails sur son sort. « Nous continuons à évaluer les résultats de l’opération et fournirons plus de précisions de manière appropriée », déclare alors un porte-parole de la Défense américaine.

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Mais sur Twitter, le journaliste David Thomson, spécialiste des questions relatives au djihad, appelle à la prudence :
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Novembre 2016, tué par la France ?

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian se trouve à Washington ce lundi pour rencontrer son homologue américain Ashton Carter. Un responsable américain a confirmé à l’AFP les informations du « Wall Street Journal », indiquant que Mokhtar Belmokhtar était probablement mort dans une frappe française au cours du mois de novembre. Pour le quotidien économique, cette frappe illustre le renforcement de la coopération militaire et de renseignement entre les Etats-Unis et la France, promis par Barack Obama au lendemain des attentats du 13 novembre 2015.

Le quai d’Orsay ne s’est pas exprimé sur cette information, et pour cause : officiellement, l’aviation française ne survole ni ne frappe le territoire libyen. Quand « le Monde »en février dernier, avait révélé la présence de militaires français, le ministère de la Défense avait nié toute présence de la France en Cyrénaïque ; une version depuis mise à mal par le crash d’un hélicoptère et la mort de trois militaires français en juillet.

Ce n’est plus un secret, la France est militairement présente en Libye

Selon les confidences d’une source sécuritaire libyenne à « Jeune Afrique », un raid aérien de forces étrangères a effectivement été mené, mais au sud de Tripoli et non au sud du pays comme l’indique le « Wall Street Journal ». La prudence est donc « de rigueur », comme l’écrit le président du Centre d’analyse du terrorisme Jean-Charles Brisard sur Twitter.

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S’il était confirmé, le décès de Belmokhtar représenterait néanmoins un succès dans la traque que mènent Français et Américains contre les chefs des groupes djihadistes. Les Etats-Unis ont mis la tête du djihadiste à prix pour 5 millions de dollars.

Mokhtar Belmokhtar, voyou fanatique.

Mokhtar Belmokhtar, voyou fanatique

A-t-il été tué pas une frappé américaine en Libye ? Celui qui a perdu un oeil en Afghanistan a longtemps plus pensé au business qu’au djihad.

Un oeil mort, une figure en lame de couteau, une veste kaki et une chevelure brune tirée au cordeau. C’est la première fois qu’il apparaît, tête nue, sans son turban, comme s’il voulait, avec cette coquetterie, marquer l’événement.

A 41 ans, cet Algérien vient en effet de lancer un défi à l’ensemble de la communauté internationale. Dans une vidéo, Mokhtar Belmokhtar revendique au nom d’Al-Qaida la prise d’otages géante du 16 janvier, sur le site de la société britannique BP à In Amenas. Retour en force spectaculaire de celui que l’on surnomme « Al-Aouar », « le Borgne » ou forfanterie d’un homme plus connu pour ses activités lucratives de contrebandier que pour ses actions d’éclat ?

Sa toute nouvelle katiba (phalange), formée fin décembre et baptisée « Les signataires par le sang », serait bien responsable de ce raid audacieux, selon l’Agence Nouakchott d’information (ANI). Pourtant « le Borgne » perpétue généralement ses actions plus à l’ouest, entre le Mali et la Mauritanie, jusqu’au Sahara occidental annexé par le Maroc en 1975. Certes, selon des témoins, les terroristes auraient lancé, en entrant sur le site gazier : « Nous sommes d’Al-Qaida et notre chef est Mokhtar Belmokhtar. »

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« Mister Marlboro »

Mais un officier de renseignement français estime que « ce n’est pas une façon très djihadiste de s’annoncer ». L’agence mauritanienne assure que le chef du commando, décédé dans l’assaut, était un certain Abou al-Baraa. Mais ce dernier est inconnu des spécialistes du djihad saharo-sahélien. Elle citera ensuite le nom d’Abderahman el-Nigeri, dit « le Nigérien ». Quant au ministre algérien de l’Intérieur, il met en cause un dénommé Mohamed el-Amine, selon lui très connu… de ses services. Que serait venu faire Belmokhtar si loin de son désert et de ses commerces illicites ? Il est de notoriété publique en Algérie que l’homme, appelé également « Mister Marlboro », est avant tout un trafiquant de cigarettes mais aussi de drogue et de clandestins. Cela fait vingt-trois ans qu’il écume le Sahara avec ses caravanes.

Né à Gardaïa en 1972, il s’envole à 17 ans pour l’Arabie saoudite, sous prétexte d’accomplir le petit pèlerinage (omra), puis part en Afghanistan combattre les Soviétiques. C’est là qu’un éclat d’obus lui arrache son oeil gauche. De retour en Algérie, il met à profit ses toutes nouvelles connaissances militaires. Mais au service de ses activités criminelles. Curieusement, il n’adhère pas au Front islamique du Salut (FIS), qui vient d’être reconnu par le gouvernement de feu Chadli Bendjedid. Il ne s’engage pas non plus dans l’un des groupes islamiques armés qui pullulent après l’interruption, par l’armée algérienne, du processus électoral, en janvier 1992. La décennie de guerre civile qui s’en suivra fera 150.000 morts et des milliers de disparus. Belmokhtar, lui, s’est lancé dans le « business ». Il prend la relève de Hadj Bettou, à l’époque le plus grand contrebandier du Sahara.

La corruption gangrène les pays du Maghreb et les voisins subsahariens à tous les niveaux du pouvoir. Hadj Bettou arrose les douaniers, les gendarmes et les préfets de cette immense région. Il en profite pour revendre à bon prix, au Mali, au Niger et en Mauritanie des produits subventionnés par l’Etat algérien (semoule, riz, huile, farine, lait, etc.). Il fait aussi dans les cigarettes américaines et les armes. Début 1992, sur ordre du président Mohamed Boudiaf, un commando spécial de la gendarmerie le localise dans un dépôt de Tamanrasset, à 2.300 kilomètres d’Alger. Les pandores n’en croient pas leurs yeux. C’est une véritable caverne d’Ali Baba qu’ils découvrent. Transféré à Alger, Bettou sera jugé et condamné à six mois de prison. Depuis, il s’est fait très discret… Peut-être parce que des mauvaises langues affirment qu’il tuyautait le DRS, l’ancienne Sécurité militaire.

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4×4 bourrés de cocaïne.

On en dit aujourd’hui autant sur Belmokhtar qui serait prêt, lui aussi, à servir tous les maîtres. En 2002, affaibli par les coups de boutoir de l’armée algérienne en Kabylie et dans l’Algérois, le Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC, islamistes armés) se replie vers le sud. Une katiba commence à kidnapper des étrangers dans le Sahara algérien. Son chef, Abdelrazaq, allias « le Para », un ancien des commandos Biskra, les forces spéciales algériennes, purge aujourd’hui une peine de prison à vie pour l’enlèvement de touristes allemands en 2003. Cette irruption n’est pas du goût du « Borgne ». Il lui demande de déguerpir de son territoire. Belmoktar craint que « cela ne ramène l’armée », se souvient Ali, un Mauritanien ayant travaillé avec lui. « La ‘katiba’ du ‘Para’ a perdu trois hommes au cours d’un accrochage sérieux avec la troupe de Mokhtar », raconte ce Mauritanien.

Mais « le Borgne » sait qu’il va devoir désormais composer avec le GSPC, qui s’est transformé en Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique). Entre-temps, d’autres phalanges affluent vers le Sahel. Sachant que les islamistes ont besoin d’argent, Belmokhtar va leur proposer de se joindre à lui pour aider les narcos colombiens en accompagnant leurs convois de 4×4 bourrés de cocaïne en provenance de Côte d’Ivoire, du Mali ou du Sénégal, vers la Mauritanie. Comme Hadj Bettou, il arrose largement les autorités locales ou nationales et organise de vastes filières. « J’étais chargé avec un Touareg malien d’approvisionner le groupe de Mokhtar en médicaments, seringues, pansements, désinfectant, antibiotiques et des conserves, des bouteilles d’eau, pains. Enfin la logistique, quoi ! », raconte par téléphone un autre Mauritanien, Abdallah, un temps employé dans la milice du « Borgne ».

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« Il pense plus aux affaires qu’au djihad »

Toujours selon Abdallah, Mokhtar se serait disputé violemment au sujet des otages capturés au Niger sur le site d’Areva avec Abid Hammadou, dit Abou Zeid, qui dirige la « katiba des conquérants ». « Mokhtar, explique Abdallah, considérait que les kidnappings n’étaient pas bons pour le business. Il pense plus aux affaires qu’au djihad. Il savait depuis la mort du captif français Michel Germaneau, suite au raid manqué des militaires français et mauritaniens pour le libérer, que nous les aurions constamment sur le dos. »

Alors qu’il s’oppose aux prises d’otages, pourquoi « le Borgne » aurait-il monté cette opération, à haut risque, dans le désert algérien ? Pourquoi a-t-il créé sa propre katiba tout en rompant avec Aqmi ? S’est-il senti menacé car soupçonné par ses rivaux d’être un agent double ? Ou a-t-il craint de ne plus pouvoir peser, de se retrouver isolé après la prolifération des groupes islamiques qui, aujourd’hui, combattent au Mali ? S’est-il découvert une âme de djihadiste ? Est-il un voyou ou un idéologue, un takfiri adepte de la taqiya (dissimulation) ? Hidjra wa takfir est une secte wahhabite née en Egypte dans les années 1960 qui considère tous les musulmans comme des mécréants qu’il convient de « ré-islamiser » par l’épée. Or pour les takfiri, la pratique du gangstérisme peut être justifiée si elle est faite pour la bonne cause.

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Tête mise à prix.

Mokhtar Belmokhtar participe-t-il aux combats actuels contre l’armée française ? Une chose est sûre : il ne correspond pas au profil des chefs rebelles du nord du Mali. La plupart de ces nouveaux groupes ont à leur tête des Sahraouis arabophones ou des Touaregs berbérophones. Pour les services occidentaux, cette myriade de bandes armées islamistes est la conséquence des tentatives d’infiltration de ces mouvements par la DRS, le service de sécurité algérien. Une manoeuvre pas toujours réussie destinée à affaiblir le GSPC-Aqmi, principale force djihadiste au Sahel. « Le Borgne » profite de cette atomisation de la mouvance salafiste, mais aussi du désarroi de jeunes Sahraouis désoeuvrés, chômeurs qu’il recrute pour faire passer de la drogue en Espagne.

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Ces fils de militants du Front Polisario ou de Sahraouis ralliés au Maroc après l’annexion en 1975 par la monarchie chérifienne de l’ancienne colonie espagnole ont rejoint par dizaines les rangs des djihadistes. Alger et Rabat portent une lourde responsabilité en refusant de débloquer la situation. Ainsi 110.000 soldats marocains et 80.000 soldats algériens se font toujours face, enterrés dans les dunes alors qu’ils pourraient prendre part à la lutte antiterroriste. Un gâchis énorme que les deux pays vont payer cher. « Les islamistes ont ouvert une brèche dans le dispositif de sécurité des Marocains le long de leur frontière », explique un diplomate français. « Curieusement, ajoute-t-il, cette percée se trouve sur le chemin de la drogue vers l’Europe. »

De juteux trafics qui pourraient bien se tarir rapidement pour Mokhtar Belmokhtar. Depuis l’assaut du site d’In Amenas, il est devenu l’ennemi public le plus recherché par les services occidentaux et algériens. Une tête mise à prix qu’il ne juge d’ailleurs même plus utile de cacher par un voile.

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