Le nouveau président prendra bientôt ses fonctions. Pour l’écrivain d' »American Darling », figure de proue des progressistes américains, le départ d’Obama marque la fin d’une démocratie libérale. Et l’arrivée de Trump ouvre le règne de la peur.

Russell Banks : “Donald Trump ne rit jamais”

Vous n’aviez jamais imaginé la victoire de Trump. Comment l’avez-vous vécue ?

Jusqu’à ce jour, veille du solstice d’hiver et début de la nouvelle année astronomique, j’ai remis à plus tard toute tentative d’apporter des réponses aux questions soulevées par l’élection de Donald Trump. Je suis parti en Equateur faire de l’escalade dans les Andes et je me suis coupé des médias – radios, télévision, internet et journaux. Pour l’essentiel, je suis resté silencieux si l’on excepte quelques plaintes discrètes, quelques grognements de désespoir et le gémissement plaintif et angoissé du grimpeur qui vient de tomber brutalement de haut et qui se tâte pour voir s’il n’a rien de cassé – tous les os sont intacts mais il reste encore à déterminer s’il n’y a pas une hémorragie interne quelque part.

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La « grande bête » a parlé : Donald Trump par John Irving

Depuis mon retour aux Etats-Unis, j’ai lu la plupart des analyses de la victoire de Trump écrites par les commentateurs de gauche, de droite et du centre, et j’ai écouté en silence mes amis et mes collègues tandis qu’ils essayaient d’expliquer comment cet ignare déséquilibré est devenu l’être humain le plus puissant de l’univers connu. C’est un événement qui est presque trop déprimant et trop effrayant à envisager. Ce besoin d’expliquer la victoire de Trump sur Hillary Clinton me semble aussi être une concession inutile faite à la raison, comme si Trump avait emporté l’élection parce qu’il avait la meilleure stratégie et qu’il était tactiquement le plus fort.

Si seulement nous pouvions identifier cette stratégie et ces tactiques, nous pourrions les retourner contre lui la prochaine fois. C’est ce que la plupart des éditorialistes démocrates et progressistes font depuis le 8 novembre, et ça me semble être une perte de temps parce que ce genre d’exercice ne prend pas en compte les conséquences historiques gigantesques qu’aura cette élection.

La colère et la haine envers Obama n’ont-elles pas contribué au succès de Trump?

Demander si la colère et la haine envers Obama ont contribué à la victoire de Trump revient à demander si le racisme et les préjugés raciaux ont pesé. Bien sûr qu’ils ont joué. Au même titre qu’une ignorance généralisée, la peur et les inégalités économiques, et une angoisse grandissante née de l’évaporation du rêve américain. Tout comme le culte de la célébrité et de la télé-réalité, et la tendance de plus en plus prononcée à s’en remettre aux réseaux sociaux pour s’informer.

Le piratage par les Russes des comptes e-mail des membres du Comité national démocrate a peut-être aussi pesé. Et, oui, la misogynie et la xénophobie ont également aidé Trump à battre Clinton. Celle-ci a souffert du rejet qu’elle a suscité, tout comme le rejet de Bush a tué dans l’œuf la campagne de son frère Jeb durant la primaire républicaine. Tous ces facteurs, et bien d’autres encore, se sont conjugués en 2016 pour faire éclater la grande tempête qui couvait depuis des décennies, depuis les années Reagan au moins et peut-être même depuis l’ère Nixon. L’Amérique a enfin élu le président que sa culture appelait depuis plusieurs générations.

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Dieu sait que ce n’est pas le président que nous méritons. Mais c’est celui que nous réclamons depuis le premier débat Kennedy-Nixon en 1960, durant lequel un homme politique (JFK) s’est transformé en acteur et a utilisé le physique et les talents d’un acteur pour se faire élire. Avec Reagan, c’est un acteur qui s’est transformé en homme politique, et il a été encore mieux élu. Le mélange des genres a cessé d’être une anomalie.

Un autre acteur, Arnold Schwarzenegger, s’est servi de sa célébrité de vedette de films d’action comme d’un tremplin pour devenir gouverneur de Californie : il n’est pas innocent de constater qu’il a pris la place de juré laissée vacante par Trump dans l’émission de télé-réalité «The Apprentice». Nous verrons bien si la tentation se fait sentir d’abroger la disposition constitutionnelle qui impose à un président d’être né aux Etats-Unis. Autrement dit, avec l’aide de la révolution médiatique et technologique qui a commencé avec la télévision, notre culture politique a été phagocytée par la culture du divertissement de masse.

« Aucun homme politique n’a jamais concentré entre ses mains un tel pouvoir »

La colère et la haine envers Obama – c’est-à-dire le racisme-, l’ignorance, la peur et les inégalités économiques, la misogynie, la xénophobie, la perte de la foi dans le rêve américain, l’incompétence et l’arrogance du parti concurrent, le désir de changement et ainsi de suite, tous ces facteurs énumérés précédemment ont toujours fait partie de toute élection présidentielle de l’histoire des Etats-Unis. Par le passé, nous avons aussi vu des candidats qui souffraient de maladies mentales ou qui prenaient leurs désirs pour des réalités, ou bien les deux, comme Trump.

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Nous avons eu des candidats racistes, misogynes et xénophobes, des ploutocrates et des oligarques, des déséquilibrés, des va-t-en-guerre, des ivrognes et des voleurs, et certains d’entre eux ont même réussi à se faire élire. Je n’ai pas besoin de citer des noms: ces qualificatifs s’appliquent à tous les présidents américains hormis une poignée d’exceptions. Mais nous n’avons jamais élu un président aussi non qualifié à tous les égards que Donald Trump. Et aucun homme politique n’a jamais concentré entre ses mains un tel pouvoir sur le destin de l’humanité et de la planète que l’actuel président des Etats-Unis.

Obama lui-même s’est beaucoup investi pour soutenir Hillary Clinton. La victoire de Trump n’est-elle pas également la défaite d’Obama?

Aucun groupe de citoyens n’est responsable à lui tout seul de cette calamité. Dans la mesure où nous sommes tous partie prenante dans la culture américaine au sens large, nous sommes collectivement responsables. Demander pourquoi tant d’hommes, de femmes et d’électeurs ne se sont pas abstenus de voter pour Trump alors que leur intérêt le leur commandait, c’est nous exonérer tous un peu trop facilement de nos responsabilités. Nous qui trouvions au départ l’idée d’une candidature de Trump amusante, absurde et divertissante. Nous qui avons laissé les médias – et qui les avons payés pour ça – nous remplir les yeux, les oreilles et donc l’esprit de son image et de ses mots, ce qui lui a conféré cette méta-réalité dont il avait besoin pour exploiter les faiblesses de ses opposants durant la primaire républicaine, ainsi que les faiblesses de sa rivale démocrate durant l’élection nationale.

En lui prêtant attention au début de sa campagne des primaires, nous qui avons voté Hillary Clinton le 8 novembre avons fait de lui un candidat sérieux à la présidence, au même titre que les néonazis et le Ku Klux Klan une fois que sa campagne a décollé. Drôle d’attelage, vraiment. Mais en normalisant Trump pour faire de lui un candidat viable, nous avons aussi normalisé son noyau dur de partisans en les rebaptisant l’«Alt-Right». Ils vont désormais occuper des postes importants dans le futur gouvernement.

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Nous aurions dû le marginaliser dès le début en le réduisant au silence et en le traitant comme les médias ont traité par le passé les clowns et les fanatiques religieux monomaniaques qui voulaient se faire élire président pour rire ou pour satisfaire leurs fantasmes de mégalomanie schizophrène. En nous autorisant à devenir son public dans le programme de télé-réalité qu’est devenue notre vie politique nationale, nous avons permis à Donald Trump de devenir notre chef.

« Nous sommes dans la fin de l’ère de la démocratie libérale »

Des années Obama aux années Trump à venir, est-on en train de passer du rêve au cauchemar?

Nous sommes témoins de la fin d’une époque et du commencement d’une autre. Nous sommes dans la fin de l’ère de la démocratie libérale – on pourrait même dire de la démocratie libérale mondiale qui a dominé l’Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale – et au début de celle des oligarques. C’est peut-être la Russie post soviétique qui nous donne un aperçu de ce qui nous attend, d’où l’enthousiasme apparent de Trump pour Poutine et son régime. Il voit ce qui les rapproche et, bien qu’il soit constamment en admiration narcissique devant lui-même, il admire également ces ressemblances. Trump et Poutine sont peut-être ce que l’avenir à de meilleur à nous réserver, tandis qu’Obama est ce que le passé nous offrait de meilleur.

A bien des égards, Obama a incarné l’essence même de la démocratie libérale moderne : il est cosmopolite, laïque, humaniste, il voit les choses à l’échelle mondiale et il maîtrise les nouvelles technologies. Il s’identifie davantage à la complexité et à la nuance qu’à la simplicité et aux dichotomies rigides. Du coup, et comme la majorité des démocrates libéraux, il a eu tendance à éviter les conflits durant sa présidence, ce qui a pu parfois laisser penser qu’il était trop porté sur le compromis et qu’il avait trop tendance à voir le monde du point de vue de ses adversaires. Il a semblé faire preuve de naïveté devant leurs véritables intentions et devant la brutalité de leurs méthodes lorsqu’ils s’opposaient à lui. Il a souvent été perçu comme élitiste et coupé de la réalité du quotidien des Américains pauvres de la classe ouvrière.

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Mais il s’agit là des péchés du progressisme, et, à l’aune des valeurs du monde actuel de la politique, ce sont des péchés mineurs et facilement pardonnables. Nous ne verrons peut-être plus d’autre président comme lui. Non pas parce qu’il est exceptionnel d’un point de vue humain, mais parce que son époque, celle où un démocrate libéral pouvait prétendre parler au nom du peuple américain, est en train de disparaître. C’est la volonté du peuple américain qui a changé. C’est un changement qui a été progressif et qui s’est produit au fil des trois ou quatre dernières générations, si l’on considère, comme Thomas Jefferson, qu’une génération ne dure approximativement qu’une quinzaine d’années. Il a été si progressif que nous ne nous sommes même pas rendu compte qu’il était en train de se produire.

Ceux d’entre nous qui sont assez âgés pour avoir connu les années 1940 et 1950 se souviennent de ce que c’était que vivre sans la télévision, sans les médias de masse ou sans internet: à cette époque, l’économie mondiale n’était pas dominée par un consumérisme insatiable et un culte de la célébrité qui confine à la toxicomanie. Le débat politique national n’était pas dicté par les besoins et les désirs d’une classe de ploutocrates et d’une poignée d’oligarques milliardaires. Mais personne d’autre que nous ne s’en souvient. Il faut être un quasi-vieillard comme moi, un septuagénaire, pour savoir qu’un bouleversement historique aussi profond que dramatique s’est produit.


©Jasu Hu 

« Une profonde hostilité raciale anime ses opposants »: les années Obama, par Russell Banks

Vous nous aviez dit de Trump qu’il était «paresseux et arrogant». Qu’est-il d’autre? Les institutions peuvent-elles jouer un rôle de contre-pouvoir face à la présidence?

Al Franken, le sénateur [démocrate, NDLR] du Minnesota qui a autrefois été acteur comique et auteur satirique dans l’émission «Saturday Night Live», faisait récemment remarquer que Trump ne rit jamais. Ce qui est vrai. Pour l’avoir observé pendant près de deux ans à la télévision, sur internet et dans tous les médias imaginables, je ne l’ai jamais vu rire une seule fois.

Ricaner, oui, et il lui arrive de décocher un rictus menaçant de temps à autre. Je l’ai vu esquisser un sourire condescendant, ou bien un sourire de circonstance qui ne laisse jamais voir ses dents quand il est face à une caméra. Mais rire, jamais. C’est dérangeant, et c’est même assez effrayant. Je ne sais pas si cela signifie quelque chose, hormis le fait qu’il n’a probablement aucun sens de l’humour, mais de mon vivant, Trump est le premier président que je n’ai jamais vu se pencher en arrière et éclater de rire.

Donald Trump - www.remix-numerisation.fr - Rendez vos souvenirs durables ! - Sauvegarde - Transfert - Copie - Restauration de bande magnétique Audio:

Même George W. Bush aimait bien rigoler. Ajoutez à cela sa «paresse» et son «arrogance», donnez-lui les vastes pouvoirs de la présidence de la République américaine, et vous obtenez quelqu’un dont il faut avoir peur. Au vu de ses tweets matinaux quotidiens et revanchards, dans lesquels il s’en prend à quiconque a osé le critiquer la veille, il est également évident qu’il se vexe et qu’il s’énerve très facilement.

Il ne boit jamais d’alcool, son plat favori est le hamburger de fast-food avec des frites, c’est un narcissique phobique des microbes qui souffre de troubles obsessionnels compulsifs et de troubles de l’attention (selon l’homme qui lui a servi de nègre pour son autobiographie), et, en tant que président élu, il affirme s’informer de l’état du monde dans «les émissions» ( j’imagine que par là il entend CNN, Fox, Facebook et Twitter) et ne semble pas éprouver le besoin de se faire briefer par la CIA ou tout autre service de renseignement.

Une personne aussi déjantée ne peut pas être contrôlée par le biais des contre-pouvoirs habituels, qu’ils soient sociaux, judiciaires ou même constitutionnels. Il a trop perdu le contact avec la réalité de la société qui l’entoure pour comprendre et respecter les limites naturelles de son autorité et de ses pouvoirs.

« Les Républicains se sont juré de démanteler toutes les politiques sociales progressistes mises en place au XXe siècle »

De l’Obamacare à la COP21, de l’accord sur le nucléaire iranien à la normalisation des relations avec Cuba, l’héritage politique d’Obama sera-t-il piétiné par Trump?

Ce serait rassurant de pouvoir croire que l’inertie de la bureaucratie obèse qui caractérise Washington et la lâcheté du Sénat et de la Chambre républicains suffiront à garantir que rien de spécialement bon ou mauvais ne se produira durant le mandat de Trump. Que son administration ressemblera à celles de toutes les autres parenthèses conservatrices républicaines, à savoir un interlude douloureux mais foncièrement réparable, un peu comme cela a été le cas avec les deux présidences de George W. Bush. Mais je ne parviens pas à y croire.

Le Congrès trouvera un moyen de faire plaisir à la coterie d’oligarques que Trump est en train de nommer dans son cabinet et son gouvernement, et à les récompenser. Le cercle beaucoup plus vaste des ploutocrates qui financent les élections dans notre système où l’argent achète le pouvoir s’assurera également que les représentants qu’ils se sont offerts au Congrès voteront les lois que l’on attend d’eux.

Ma ténébreuse Diane...

Il est trop facile de faire endosser le résultat de cette élection à Hillary Clinton, et donc de blâmer indirectement Obama dans la mesure où beaucoup d’observateurs comme Clinton elle-même ont défini sa candidature comme la prolongation et l’élargissement de la politique d’Obama. Son élection apparaissait comme une occasion de pérenniser cette politique, qu’il s’agisse de l’Obamacare et de la COP21, de l’accord avec l’Iran, de la détente avec Cuba et ainsi de suite.

Mais depuis plus d’un demi-siècle les républicains se sont juré d’effacer l’héritage du New Deal de Franklin Roosevelt et de la «guerre à la pauvreté» (l’expression était mal choisie) de Lyndon Johnson. Pour ce faire, ils ont démantelé toutes les politiques sociales progressistes mises en place durant le XXe siècle. Ils ont fait preuve d’une détermination sans faille et ils n’ont jamais fléchi. C’est ce qu’ils entendent vraiment lorsqu’ils parlent de «rendre sa grandeur à l’Amérique». Désormais, et pour la première fois, ils ont non seulement un président qui ne s’opposera pas à eux, mais qui plus est, et au vu de son état mental, un président qui ne se rendra probablement pas compte de ce qu’ils font pendant qu’il est à la Maison-Blanche.

L’élection de Trump s’est en partie faite contre l’establishment d’un Parti républicain qui était censé exploser en cas de défaite. Après la victoire et les ralliements de circonstance, que va devenir le Parti républicain face à son leader imprévisible?

Je soupçonne les leaders du Parti républicain de croiser les doigts dans l’espoir que Trump s’amuse trop à la Maison-Blanche pour jouer son rôle de président. Tant qu’il sera occupé à recevoir des oligarques russes, des top-models et des vedettes hollywoodiennes de second plan comme Sylvester Stallone, ou bien à tweeter toute la nuit, il laissera le sale boulot de démanteler le New Deal et l’Obamacare aux adultes. Sinon, s’il décide de vraiment gouverner, il risque de pousser le parti à s’identifier totalement à lui dans un culte de la personnalité, pour devenir le parti d’un homme providentiel. C’est comme cela qu’une République devient un Etat fasciste sans avoir à subir une guerre civile.

DONALD TRUMP _____________________________ Reposted by Dr. Veronica Lee, DNP (Depew/Buffalo, NY, US)

« Nous sommes peut-être en train de connaître un nouvel âge sombre »

Vous aviez d’abord soutenu Bernie Sanders. Y a-t-il un héritage Sanders? Croyez-vous encore en la capacité du Parti démocrate à se réformer?

Si nous avions un système politique multipartite et non bipartite, nous aurions un parti qui se définirait comme socialiste et qui aurait permis à Bernie Sanders de faire campagne en tant que socialiste et non en tant que démocrate. Il aurait probablement fini secrétaire au Trésor dans un gouvernement de coalition construit autour du noyau démocrate-libéral conduit par Hillary Clinton. Il y aurait eu une place pour lui et ses millions de sympathisants enthousiastes au sein d’un tel gouvernement de coalition. Mais pour Bernie et ses sympathisants, ça a été Hillary ou rien du tout, et c’est toujours le cas six semaines après l’élection.

Est-ce qu’il aurait pu remporter l’élection présidentielle s’il avait battu Hillary durant la primaire et remporté l’investiture du parti lors de la Convention démocrate? Je ne pense pas. S’ils avaient dû choisir entre Trump et Sanders, beaucoup de démocrates auraient préféré rester chez eux le jour du scrutin plutôt que d’aller voter pour un juif socialiste autoproclamé de 75 ans à l’allure fripée qui s’en prend aux milliardaires de Wall Street. Et aucun républicain quel qu’il soit n’aurait voté pour lui au lieu de Trump.

Le succès surprise de Sanders lors de la primaire a forcé Hillary à se positionner davantage à gauche, ce qui la plaçait au centre de l’échiquier politique américain. C’était une bonne chose, surtout pour qui voulait éviter que le Parti démocrate ne se transforme en une version multiraciale et multiculturelle du Parti républicain, ce qu’il était devenu depuis que Bill, le mari de Hillary, et ses acolytes s’en étaient emparés au début des années 1990. Mais pour qui aspirait à une vraie opposition progressiste de gauche aussi bien au Parti démocrate qu’au Parti républicain, la campagne de Sanders n’a guère été plus qu’un exercice de nombrilisme pour lui comme pour ses sympathisants, parmi lesquels je me compte. Depuis la Convention démocrate de juillet, Sanders est très vite devenu politiquement invisible, au point qu’il est maintenant difficile de se souvenir qu’il a même été candidat.

Quelle résistance les Américains peuvent-ils opposer à Trump à présent que le Congrès – et bientôt la Cour suprême – est contrôlé par les républicains? Et vous, Russell Banks, nourrissez-vous encore de l’espoir pour votre pays?

Que pouvons-nous faire pour nous opposer à ce déséquilibré de Trump et aux milliardaires qui ont pris le contrôle de notre pays? D’un point de vue plus personnel, comment pouvons-nous éviter de sombrer dans le pessimisme et le désespoir? C’est une question qui se pose à tous les Américains, et pas seulement à ceux d’entre nous qui se définissent comme des progressistes ou des gens de gauche, des hommes et des femmes qui se sont toujours situés à l’extérieur des courants politiques dominants.

Caricature of Donald Trump  by Philibert Dominic

Par le passé, nous avons inventé des formes de résistance qui se sont révélées efficaces et qui ont changé notre société même si le coût de cette opposition a été élevé – certains y ont même laissé leur vie. Le mouvement pour les droits civiques dans les années 1960 en est un bon exemple, comme le mouvement anti-guerre du Vietnam à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Mais c’était une autre époque et elle est révolue. Ces dernières années, le monde a tellement changé que le contrôle étatique et économique de toutes les formes potentielles de résistance s’en est trouvé renforcé et légitimé.

Nous sommes peut-être en train de connaître un nouvel âge sombre durant lequel de petits groupes d’humanistes doivent se retrouver en secret afin de préserver les grands textes, les images iconiques et les traditions qui nous ont permis de rester des créatures bénies et aimantes, sacrées l’une pour l’autre, des passeurs qui transmettront ces textes et ces icônes aux générations à venir. Au lieu d’essayer en vain de renverser l’oligarchie, nous devrions peut-être essayer d’apprendre comment lui survivre.

©Russell Banks

Fidel Castro, Kerouac et moi : grand entretien avec Russell Banks

 Russell Banks, bio express

Russell Banks est l’auteur de nombreux romans dont «De beaux lendemains», «Affliction», «American Darling», de recueils de nouvelles comme «Un membre permanent de la famille», tous publiés chez Actes Sud. Vient de paraître une nouvelle traduction de «Continents à la dérive».
Ancien président du Parlement international des Ecrivains, il est président fondateur de Cities of Refuge North America.

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