100 jours qui pourraient faire basculer l’Amérique : Trump aux manettes.

100 jours qui pourraient faire basculer l'Amérique : Trump aux manettes

Et si Donald Trump, sur le point d’accéder aux plus hautes fonctions, mettait vraiment en œuvre ses propositions de campagne ?

De la santé au terrorisme, de l’économie à l’environnement, au lendemain de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, on avait fait un tour d’horizon de ses mesures phares. Petite piqûre de rappel à la veille de son investiture.

Ce que contient le très inquiétant programme de Donald Trump

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# Santé

L’Obamacare en sursis.

C’est l’obsession des républicains du Congrès : à plus de soixante reprises, ils ont voté (sans succès) pour l’abolition de l’Affordable Care Act, la réforme de l’assurance-maladie que Barack Obama a eu toutes les peines du monde à faire adopter. Mais comment réduire en cendres l’Obamacare ? C’est plus facile à dire qu’à réaliser : plus de 25 millions d’Américains bénéficient de la loi, et certaines mesures sont populaires.


Une affiche pour la réforme de l’assurance-maladie, votée en 2010 après une longue bataille.

Donald Trump a promis d’en conserver deux. La première permet aux parents de faire bénéficier de l’assurance leurs enfants de moins de 25 ans. Son maintien ne pose pas de problème. La seconde est beaucoup plus problématique : elle interdit aux assureurs de refuser une couverture aux Américains souffrant d’un problème médical préexistant. La mutualisation des risques est au cœur de la philosophie d’Obamacare, et l’on voit mal comment conserver celle-ci tout en détruisant l’essentiel de l’édifice.

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La démolition sera peut-être seulement partielle, mais elle aura bien lieu. Le nouveau secrétaire à la Santé (on évoque le nom de Ben Carson) [le poste a finalement été attribué à Tom Price, anti avortement et Obamacare notoire, NDLR] peut rapidement abroger une série de décrets d’application, et Trump signera plus tard, en même temps que le budget, un texte déjà préparé qui abroge la loi. Le remplacement de l’Obamacare prendra sans doute quelques années, et la droite devra se méfier des nombreuses mines politiques jalonnant le parcours, mais le résultat final n’aura plus grand-chose à voir avec l’assurance presque universelle dont rêvaient les démocrates.

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# Infrastructures

Le pari « keynésien »

Juste un moment de désarroi après l’annonce de l’élection de Donald Trump, puis toutes les Bourses sont reparties à la hausse, l’action Caterpillar en tête ! Wall Street, qui votait Hillary, aurait-elle la mémoire courte ? Pas du tout. « Les analystes n’ont qu’un mot à la bouche : ‘infrastructures' », note Didier Saint-Georges, directeur général de la société d’investissement Carmignac. Le candidat républicain l’a promis : il va investir 500 milliards de dollars (458 milliards d’euros) dans les routes, la rénovation des centres-villes, les ponts… Deux fois plus que ce qu’avait annoncé Clinton.

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« Un plan de reconstruction d’après-guerre », évalue l’économiste Jean-Paul Fitoussi, surtout s’il est doublé avec l’argent de Wall Street et des épargnants, via les partenariats public-privé. Rien de mieux pour doper immédiatement la croissance. L’économie selon Trump le promoteur, c’est donc avant tout un grand plan de relance keynésienne, financé par le déficit et la banque centrale américaine (la Federal Reserve). Une politique à l’opposé de la doxa de son parti, mais digne de ce que réclamait Arnaud Montebourg avant sa démission à l’été 2014.

Avec Trump, le début de la démondialisation ?

Attention, plusieurs élus républicains au Congrès – qui ont bloqué pendant six ans les investissements en infrastructures proposés par Obama – ont déjà dit qu’ils y regarderaient à deux fois avant de laisser filer la dépense publique. Et les économistes rappellent le grand risque lié à cette politique typique des années 1970 : après le premier choc salutaire sur l’emploi, gare à l’inflation.

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# Immigration

Un mur et des expulsions massives

A en croire Donald Trump, le problème serait que « les Mexicains viennent avec de la drogue, ils amènent de la criminalité, ce sont des violeurs ». Mais il a trouvé la solution : expulser 3 millions des 11 millions d’immigrés clandestins installés sur le sol américain, qui sont en majorité mexicains, et construire un mur de 1.600 kilomètres et de 10 à 12 mètres de haut le long de la frontière mexicaine pour stopper définitivement les « mouvements illégaux de personnes, la drogue et les armes ». Un mur que le magnat de l’immobilier rêve « impénétrable », « grand », « beau », « puissant ».


Plus de 1.000 kilomètres de clôture ont déjà été construits à la frontière mexicaine. 

En réalité, cette grande muraille existe déjà en partie. George W. Bush avait fait voter en octobre 2006 le Secure Fence Act, qui prévoyait la construction de 1.100 kilomètres de clôture à la frontière mexicaine. Avec son mur, Trump ne fait que compléter la barrière existante. En principe, rien ne l’en empêche donc, si ce n’est le coût. Le « Washington Post » avance le chiffre de 25 milliards de dollars plutôt que les 8 à 10 milliards annoncés par Trump. Car construire dans des zones reculées et sur des terrains privés qu’il va falloir acheter risque de coûter un peu plus cher que prévu… Mais ce n’est pas un problème : « Le Mexique paiera pour le mur, croyez-moi, à 100% », assure-t-il.

« Le Mexique ne paiera pas pour le mur » : bras de fer entre Trump et Peña Nieto

Et même si le président mexicain Enrique Peña Nieto refuse catégoriquement de mettre la main à la poche, Trump a trouvé le moyen de l’y contraindre en bloquant les flux d’argent envoyés par les immigrants illégaux à leurs familles au Mexique. Mais Trump s’est fait moins bravache, reconnaissant finalement que son mur ne serait probablement qu’une clôture complétant le dispositif actuel à la frontière. Mexico a cependant de quoi s’inquiéter. Ces mesures, qui s’ajoutent à la promesse d’abroger l’Accord de libre-échange nord-américain et d’imposer des frais de douane aux exportations en provenance du Mexique, risquent d’avoir des conséquences catastrophiques pour son économie.

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L’expulsion en masse d’immigrés clandestins reste la priorité du nouveau président et semble, elle aussi, compliquée à mettre en œuvre. Après avoir promis de renvoyer au Mexique tous les clandestins, il a revu ses ambitions à la baisse et indiqué qu’il se concentrerait sur les « criminels ». Pour lutter contre l’immigration illégale, il compte aussi sur l’annulation des décrets de régularisation temporaire signés par Obama et sur la remise en question du droit du sol, qui permet à ceux qui sont nés aux Etats-Unis d’obtenir la nationalité américaine. Toutefois, cette seconde mesure paraît périlleuse puisqu’elle nécessite de toucher à la Constitution américaine.

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# Avortement

Le président des « pro-vie »

Le droit à l’avortement, sujet hautement inflammable aux Etats-Unis, fut l’un des thèmes de campagne du candidat Trump. Auprès des leaders de la droite religieuse « pro-vie » américaine, il s’est engagé à interdire l’avortement, ou tout du moins à en limiter sévèrement la possibilité. Dès sa première interview de président élu, Trump a réaffirmé sa volonté de réviser la loi générale sur le sujet et, dans l’immédiat, de restreindre les possibilités d’une interruption volontaire de grossesse « seulement en cas de viol, d’inceste ou de risque vital engagé pour la mère ». Le pourra-t-il ?

Elu président des Etats-Unis, celui qui n’a pas hésité à dire il y a quelques mois à peine qu’il fallait punir les femmes ayant recours à l’IVG – avant de se rétracter – va devoir franchir quelques obstacles s’il veut tenir sa parole. D’abord parce que l’avortement est légal depuis 1973 sur l’ensemble du territoire américain : en effet, selon l’arrêt Roe v. Wade rendu par la Cour suprême cette année-là, la justice américaine fédérale considère que le droit d’une femme à l’avortement concerne le droit à la vie privée, protégé par le XIVe amendement.

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Ensuite, le 27 juin dernier, les juges de la haute juridiction ont invalidé une loi texane de 2013 visant à restreindre la possibilité d’avorter, notamment en imposant des exigences drastiques aux cliniques pratiquant des IVG. Du coup, ce jugement invalide les restrictions multiples adoptées dans de nombreux Etats fédéraux hostiles à l’avortement, notamment ceux du Sud et du Midwest… depuis qu’une loi de 1992 laisse les Etats libres de limiter l’accès à l’avortement. Conscient de la complexité du sujet, Donald Trump a pris les devants pendant la campagne, en expliquant qu’il n’hésiterait pas à maintenir et même à élargir la majorité conservatrice au sein de la Cour suprême.

« Les juges que je vais nommer seront pro-vie. »

C’est ce qu’avait dit Trump lors du dernier débat présidentiel, le 19 octobre.

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# Terrorisme

Apologie de la torture

« Qu’est-ce que je pense de la simulation de noyade ? C’est très bien. Mais nous devons aller même au-delà. » Cette déclaration choc de Donald Trump a fait polémique pendant toute la campagne. Le recours à la torture, et notamment au waterboarding, une méthode d’interrogatoire par simulation de noyade, est l’une des mesures phares du nouveau président pour lutter contre le terrorisme. Pratiquée sous l’administration Bush à Guantánamo, elle avait été interdite par Barack Obama dès son arrivée à la Maison-Blanche en 2009. Mais bien qu’un rapport accablant du Sénat américain sur la torture pratiquée par la CIA ait conclu en 2014 que « l’utilisation de techniques d’interrogations poussées n’a pas été efficace » pour obtenir des informations ou la coopération des détenus, Donald Trump en demeure convaincu :

« La torture, ça marche. OK ? »

L’armée américaine est cependant hostile au rétablissement du waterboarding. L’ancien directeur de la CIA Michael Hayden a affirmé pendant la campagne que les soldats américains refuseraient d’ailleurs probablement d’obéir à un ordre qui viole la loi. Mais Trump peut utiliser des décrets ou son droit de veto pour imposer ses vues : « J’obéis à la loi, mais […] je voudrais que certaines lois soient élargies », a-t-il prévenu.

Comme Bush en son temps, il enfreindrait alors les lois internationales ratifiées par les Etats-Unis. Mais cela ne semble pas l’embarrasser. Il a lancé sur CNN :

« Tout le monde adhère à la Convention de Genève jusqu’à ce qu’il commence à perdre et, alors, c’est OK de sortir la bombe. »

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# Environnement

Coup de froid sur la COP

« Le réchauffement climatique est un concept inventé par la Chine pour pénaliser l’industrie américaine. » Non, ce n’est pas une brève de comptoir, mais un propos politique tenu par le candidat Trump, qui considère que la planète ne se réchauffe pas le moins du monde :

« Le temps change depuis toujours, il y a des tempêtes et de la pluie et du beau temps. »

Manifestants anti-Trump à New York, le 12 novembre.

Les négociateurs de la conférence mondiale sur le climat (COP22), qui se tient en ce moment à Marrakech, s’arrachent les cheveux, car le nouveau locataire de la Maison-Blanche a promis d’enterrer l’Accord de Paris (qui vise à réduire les gaz à effet de serre pour ne pas dépasser 2 °C de réchauffement) arraché de haute lutte à la dernière COP.

Le président Trump veut tuer la COP21. Mais le peut-il ?

Pourquoi ? Parce que les efforts liés à cet accord « vont tuer l’emploi et le commerce ». Lui ne voit en effet de croissance économique qu’en gris – la couleur des énergies sales. Il ne veut pas fermer les centrales à charbon et au contraire entend faire rouvrir les mines. Il va encourager la fracturation des sols à qui mieux mieux pour en extraire le gaz de schiste. Il va exhumer le projet Keystone, cet oléoduc gigantesque qui traversera les Etats-Unis pour acheminer le pétrole canadien jusqu’aux raffineries américaines et que Barack Obama, sur pression des écologistes, avait mis dans un tiroir. Quant aux énergies renouvelables, Trump n’est pas contre, mais à son goût, elles sont « coûteuses » en subventions publiques. C’est embêtant, d’autant que l’éolien, c’est « bruyant ».

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6 choses à savoir sur Scott Pruitt, le climato-sceptique nommé par Trump à l’Ecologie

# Fiscalité

Des impôts au service des inégalités

Les promesses fiscales de Donald Trump ? D’abord, alléger l’impôt des plus riches et réduire la progressivité du barème, en ramenant le nombre de tranches de 7 à 3 et le taux le plus élevé de 40% à 33% (pour un couple marié dont le revenu dépasse 225.000 dollars, soit 206.000 euros). De quoi creuser encore plus les inégalités ! Et ce d’autant plus que le nouveau président veut revenir en partie sur le grand programme d’assurance santé de son prédécesseur, l’Obamacare, qui apporte une couverture à 30 millions de ménages modestes. Il supprimera donc aussi la surtaxe de 3,8% sur les revenus d’investissement instaurée pour financer ce programme. Avantage pour les familles en revanche, il rend déductibles tous les frais de garde d’enfants, y compris pour les parents ne travaillant pas.

Baisse des impôts, déréglementations, fin du libre-échange… Le choc économique selon Trump.

Côté entreprises, il se lance dans une grande opération de dumping fiscal. Là où les Etats-Unis taxaient les bénéfices à 39,1% au niveau fédéral (29% en moyenne, compte tenu des déductions diverses selon l’économiste de l’Ieseg Eric Dor), il veut ramener le taux à 15%, le plus bas niveau jamais proposé par les républicains. Surtout, il veut permettre aux entreprises qui gardent des bénéfices gagnés à l’étranger sur des comptes en banque offshore, où ils ne sont pas imposés, de rapatrier ces fonds moyennant une taxe forfaitaire de 10%. Un fusil à un coup, qui permettrait à Trump de financer son plan de grands travaux, mais qui ne résoudrait pas à plus long terme le problème du déficit budgétaire abyssal que promet une telle réforme fiscale !

Obamacare and single payer healthcare

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