Fillon pris en flagrant délit de complotisme.
Le mea culpa, puis la contre-attaque. François Fillon a démontré, jeudi 23 mars soir sur France 2, qu’il était désormais rodé pour répondre aux accusations sur sa moralité… et que l’exactitude de ses arguments lui importait peu.
Invité de l’Emission politique, le candidat de la droite a développé une communication en deux temps. Il a d’abord reconnu une erreur au sujet des costumes de luxe reçus en cadeau, puis s’est livré à une lourde charge contre François Hollande, qu’il a accusé d’animer un « cabinet noir ».
« J’ai eu tort d’accepter », a déclaré François Fillon concernant les trois costumes de luxe, d’une valeur de 13.000 euros, offerts par Robert Bourgi, un avocat proche des réseaux de la Françafrique.
« J’ai fait une erreur de jugement », et « je les ai rendus », a ajouté François Fillon.
Le candidat a affirmé que ce cadeau s’inscrivait « dans une relation strictement privée », de la part d’un homme qu’il a présenté comme son « très vieil ami de plus de vingt ans ».

Un « cabinet noir » ?
Mais François Fillon ne s’est pas contenté de jouer en défense. Maniant une nouvelle fois l’argument complotiste, il a mis directement en cause François Hollande et a dénoncé un « scandale d’Etat ».
Mentionnant le livre « Bienvenue Place Beauvau », le candidat a demandé l’ouverture d’une enquête sur l’existence d’un supposé « cabinet noir » à l’Elysée.
« Je vais mettre en cause le président de la République. (…) Je demande ce soir solennellement qu’il y ait une enquête ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre, parce que c’est un scandale d’Etat », a attaqué François Fillon.
« Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la Ve République, un chef d’Etat n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité », a-t-il poursuivi.
L’un des auteurs dément.
Le livre « Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat » (Robert Laffont) est signé des journalistes Didier Hassoux, Christophe Labbé et Olivia Recasens. Selon l’ex-Premier ministre, « on cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé, en tout cas, à travers ces allégations » du livre.
Un cabinet noir, vraiment ? Malheureusement pour l’argumentation de François Fillon, l’un des auteurs du livre cité a immédiatement réagi pour souligner que les accusations portées par François Fillon ne figuraient pas dans l’ouvrage.
« La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Elysée, c’est François Fillon », a déclaré Didier Hassoux.
« On sent quelqu’un qui est aux abois. C’est étonnant de la part d’un homme d’Etat. Il n’a même pas lu le bouquin puisqu’il n’est pas sorti. Il essaie de faire un coup. »
Les accusations de François Fillon ne manquent pas de saveur quand on se souvient que l’ex-Premier ministre a demandé à Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Elysée de François Hollande, d’accélérer les poursuites à l’encontre de Nicolas Sarkozy, son rival dans la perspective de la primaire de la droite – François Fillon a porté plainte en L’Elysée a également réagi, indiquant que François Hollande « condamne avec la plus grande fermeté les allégations mensongères » et qu’il n’avait été « informé » des affaires concernant Fillon que « par la presse ».
« Le seul scandale ne concerne pas l’Etat, mais une personne qui aura à en répondre devant la justice », selon la présidence.
L’ombre de Bérégovoy.
Enfin, sur France 2, François Fillon a aussi joué la carte de la victimisation. « Ca fait deux mois que la presse déverse sur moi des torrents de boue », a-t-il lancé à David Pujadas. « Ca m’a fait souvent penser à Pierre Bérégovoy », a-t-il ajouté, dans une allusion au suicide de l’ancien Premier ministre socialiste, en 1993.
« J’ai compris pourquoi on pouvait être amené à cette extrémité. »
Cette comparaison lui a valu quelques minutes plus tard un échange houleux avec l’écrivaine Christine Angot, qui lui a demandé s’il faisait une sorte de « chantage au suicide ». Non, pour elle, « ça ne passe pas ».
Christine Angot : « Le coup de Bérégovoy, ça ne passe pas »